La CGT fait son boulot… pas la presse !

Un pays de plus en plus paralysé… Pas mal pour un « petit syndicat en perdition », selon les médias.

Vous les pédants qui avez lu de la première à la dernière ligne, n’en doutons point, la loi El Khomri, vous avez entendu parler d’un amendement prévoyant la suspension de cette loi Travail, en cas d’inondations ou pendant la période de l’Euro ? On se demande donc bien pourquoi le gouvernement reproche à la CGT de faire des grèves pendant les intempéries ou les jeux du cirque footballistiques, alors que l’avenir de millions de salariés est en jeu.

Mais il est clair que dans la situation actuelle, les petits muscles du matamore Manuel Valls pèsent peu face aux gros bras de la CGT et que tous les moyens sont donc bons pour salir l’adversaire et tenter de rallier les indécis à la cause gouvernementale. Ainsi, notre très à droite Premier ministre vient d’inventer le concept de la grève qui ne doit pas déranger, en répétant sur tous les tons qu’on « prend en otages les Français ! ». Mais bien sûr que la CGT a raison d’insister, bien sûr qu’une grève doit emmerder le monde pour avoir une chance de réussir. Pour une fois qu’un syndicat fait son boulot et écoute les salariés, au lieu de passer en douce des accords avec le gouvernement, on ne va pas se plaindre, et les agitations sémaphoriques de toute l’équipe gouvernementale n’arrivent pas à cacher le fait que de plus en plus de monde se retrouve dans la rue (après la SNCF, la RATP, les éboueurs !) pour rejeter violemment un texte qui donne le sentiment de revenir au XIXe siècle.

C’est un membre du bureau politique national du PS qui parle, évoquant : « un gouvernement brutal, minoritaire et responsable des blocages », avant d’enfoncer le clou : « Ne croyez pas que cette loi a été « adoucie ». Ne croyez pas qu’ils l’ont amendée. Ils le disent, mais ils mentent, ce sont de grands, de gros menteurs » (http://www.filoche.net/) Et l’homme qui écrit cela sait de quoi il parle, puisque Gérard Filoche a été inspecteur du travail.

Les modérés diront que le gouvernement a été particulièrement maladroit, ceux qui ne croient plus beaucoup aux convictions socialistes penseront que Valls a voulu donner des gages au patronat, ce qui parait plausible quand on voit Pierre Gattaz, le patron des patrons, demeurer le dernier soutien inconditionnel du Premier ministre. Mais une chose est sûre, le gouvernement est responsable du désordre actuel, de l’image catastrophique de la France qu’il donne et n’a d’autre solution que de renoncer totalement à cette loi Travail qui scandalise tous les électeurs de gauche. Avec obligation de faire de la pédagogie pour que tout le monde comprenne où il veut aller, avant de se lancer dans un nouveau projet de cette envergure.

La faillite du quatrième pouvoir

Combattre une loi qui renvoie les salariés au XIXe siècle, c’est le rôle d’un syndicat.

Que Valls et la CGT s’accusent mutuellement d’avoir semé le désordre, c’est normal. Ce n’est pas la première fois qu’un bras de fer oppose en France un gouvernement autiste qui jure qu’il ne calera pas, à la rue qui gronde. Et, en général, à l’image du Contrat Première Embauche (CPE) voulu par Villepin, le gouvernement finit par estimer que « les conditions ne sont pas réunies » et enterre le projet comme en 2006. Mais, dix ans plus tard, un changement majeur s’est opéré qui semble avoir échappé à nombre d’observateurs. Avec le rachat des grands titres de la presse écrite ou audiovisuelle par des industriels comme Serge Dassault, Vincent Bolloré ou Pierre Bergé, le quatrième pouvoir est devenu quasiment inexistant. C’est pourtant le rôle de la presse d’expliquer, de nuancer, de pointer du doigt les contrevérités, qu’elles viennent d’un camp ou de l’autre, de contrebalancer en quelque sorte les trois pouvoirs que sont l’exécutif, le législatif et le judiciaire. Au lieu de cela, à quelques heureuses exceptions près comme Médiapart, L’Huma, Acrimed ou certains réseaux sociaux, une armée de porte-plumes, porte-micros ou porte-caméras, proférant des contre-vérités encore plus énormes que leurs egos, a bourré le mou des Français comme jamais, dans le seul souci de relayer la bonne parole patronale et de ne pas déplaire à la main industrielle qui les nourrit. Que n’a-t-on entendu sur la CGT ! Un syndicat en perdition qui n’a plus aucun crédit auprès des salariés. Demandez aux Parisiens qui souffrent tous les matins en espérant un train ce qu’ils pensent de l’absence de représentativité de la CGT ! Demandez-leur s’ils ont le sentiment d’un syndicat en déclin ! Et vous avez entendu la moindre autocritique d’un de ces donneurs de leçons, reconnaissant qu’il s’est peut-être fait intoxiquer par des patrons prenant leurs désirs pour des réalités ?

CGT 04

Le patron de a CGT, Philippe Martinez, est considéré comme le principal adversaire de Valls. Mais, curieusement, la presse ne lui donne pas la parole.

De la même façon, au début du conflit, la presse unanime a titré « Valls-Martinez : le duel », mais, comme c’est bizarre, seul Manuel Valls a pu vanter longuement les « bienfaits » de sa loi Travail. Et quand le leader de la CGT Philippe Martinez, agacé de ne pouvoir s’expliquer, distribue un communiqué sur ses positions, la presse, au lieu de se réjouir de cette information supplémentaire, la récuse, obligeant les ouvriers du Livre à un coup de semonce.

Présidentielles : le grand ménage commence

Si les industriels propriétaires de journaux expliquent en partie cette soudaine pusillanimité de la presse, la proximité de l’élection présidentielle y est aussi pour beaucoup. C’est maintenant que se distribuent les places qui « donnent de la visibilité » selon la formule de Laurent Fabius, quand il était aux Affaires étrangères. Et comme en 2001, en 2006, ou en 2011, il s’agit de promouvoir des hommes sûrs à la tête des services politiques ou des rédactions et de virer ceux qui déplaisent au pouvoir en place. Aucun doute n’est possible, l’information sera bien « verrouillée » en 2017, car, encore plus violemment qu’avant, le grand ménage a commencé. Aude Lancelin, la directrice adjointe du « Nouvel Observateur » faisait l’unanimité pour sa rigueur journalistique. Considérée par Niel, Pigasse et Bergé comme « trop à gauche », elle vient d’être virée pour des motifs fumeux, alors que la vraie raison est sa non-allégeance à Hollande. (https://www.mediapart.fr/journal/france/230516/purge-l-obs-reprise-en-main-marianne?onglet=full) Coup de balai aussi à « Marianne » où le fantasque directeur de la rédaction Joseph Macé-Scaron, plutôt imprévisible dans ses réactions politiques, rejoint un improbable « comité éditorial » et est remplacé par Renaud Dély qui n’a jamais fait de mal à une mouche socialiste…

Et ce n’est qu’un début !

Pauvre presse !

9 réflexions sur “La CGT fait son boulot… pas la presse !

  1. Même sur « le bigaro » la question du jour posée hier http://www.lefigaro.fr/actualites/2016/06/09/01001-20160609QCMWWW00165-les-grevistes-doivent-ils-arreter-leur-mouvement-durant-l-euro.php
    surprend par son résultat obtenu après participation d’un nombre important de sondés : la colère en France est bien réelle et pas seulement à gauche.

    Pour ceux qui veulent exprimer leur solidarité avec les grévistes en contribuant à les soutenir financièrement on peut faire un petit don sur: https://www.lepotcommun.fr/pot/x9a9rzjr

      • Oui hélas après combien de semaines perdues, de violences inutiles….

        L’épisode de cette loi est tristement français. Une manière verticale, hiérarchique (archaique) brutale, héritée de notre histoire militaro-coloniale ou l’on évangélise à coup de tonfa.

        Comme toujours l’énarchie sait ce qui est bon pour le peuple et le « gère » par le mépris. Lorsque ce dernier bouge encore, alors on déploie la force. Les 35 heures ne sont pas la spécificité de la France mais les énarques le sont, qui phagocytent l’entier appareil administratif (et donc contrôlent de facto la machine au nez et à la barbe de politiques impuissants ou complaisants, d’un parlement de pacotille).

        Le discours « autoritaire » et martial de nos pantins publics (Valls et consorts) est pathétique, un bel aveu d’impuissance.

        Seul la modernisation de notre constitution (rédigée je le rappelle par un militaire né au 19ème siècle…) couplée à l’apparition de nouveaux visages hors partis, donneront de l’oxygène à notre système d’un autre âge. Faute de cela la France deviendra un petit pays dont l’emblème – comme Coluche le disait fort justement – est le seul animal qui chante les pieds dans la merde.

  2. Plutôt que de hurler avec les loups certains devraient jeter un petit coup d’œil dans le rétroviseur. C’est bien par la lutte que les salariés ont obtenu des avancées en termes de salaires, congés payés, protection sociale, santé. Je n’ai pas souvenance que c’est par bonté d’âme que les prédécesseurs de Gattaz ont, à tout prix, voulu améliorer la vie de leurs salariés et de leurs familles.Bien au contraire puisque leur objectif principal est de remettre en cause les acquis du Conseil National de la Résistance, résistance au cours de laquelle la Classe Ouvrière a payé un lourd tribut ( François MAURIAC l’a dit beaucoup mieux que moi et ses propos ne sont pas à l’avantage de la classe dominante ).
    Bernard ITHURBIDE Syndiqué CGT

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