Hollande, pourtant, n’a rien d’un primaire

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Le joueur François Hollande peut avoir le sourire : il vient de prendre tous ses rivaux socialistes à contre-pied… (Photo Slate.fr)

Le roi du poker-menteur vient encore de frapper ! Car vous n’êtes pas naïfs au point de croire que Jean-Christophe Cambadélis a décidé tout seul de l’organisation d’une primaire à gauche. C’est bien évidemment, l’Élysée qui anime la partie et distribue les cartes, même si c’est dans un endroit réputé pour ses mélanges hasardeux et parfois détonants, la Maison de la Chimie, que le secrétaire du PS a été chargé d’annoncer la nouvelle aux journalistes présents.

Alors que sa popularité stagne à 14 % d’opinions favorables (et un maigre 21% pour Manuel Valls), le président de la République, qui, questions coquineries, manœuvres d’appareil et partie remportées avec une paire de deux, en connait plus qu’un rayon depuis son long séjour rue de Solférino, sort le grand bluff, en ayant visiblement bien retenu les leçons de 2012.

Tandis que Nicolas Sarkozy coincé par sa fonction présidentielle avait dû jouer « passe » pour la droite, François Hollande n’a pas oublié à quel point le débat entre socialistes, qui fut plutôt de bonne tenue malgré quelques inimitiés féroces entre Montebourg, Valls, Ségolène Royal, Martine Aubry et lui-même, avait focalisé l’attention des médias sur la gauche et privé d’air son futur rival lors de la grande finale présidentielle. Alors, comme un joueur de poker, Hollande version 2015 pose les derniers jetons qui lui restent sur la table et annonce « Tapis ! » pour obliger ses adversaires potentiels à se découvrir.

Car les « créatures » qu’il a fabriquées pour amuser la galerie et venir animer la table des grands, commencent à s’émanciper sérieusement. C’était magnifiquement joué de sa part de faire mousser Emmanuel Macron pour ne plus laisser de périmètre de jeu à Manuel Valls. Le problème, c’est que le ministre des Finances, n’a pas vu que le roué Hollande le laissait gagner volontairement pour le valoriser et qu’il a fini par se prendre pour ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire un politique talentueux.

Mélenchon a les genoux cagneux

En organisant une primaire, Hollande met Valls et Macron dans une position très compliquée. S’ils regardent la partie se dérouler sans eux, alors qu’ils ont quelques cartes dans leur jeu, ils seront terriblement frustrés, ainsi que tous ceux à droite qui les adorent. Mais s’ils surenchérissent pour tenter de rafler la mise, alors ils passeront pour des traîtres qui ne respectent pas leur obligation de loyauté gouvernementale et l’électeur sera tenté de leur faire payer.

Même casse-tête pour l’aile gauche du PS. Montebourg ou Hamon seront accusés de lâcheté s’ils ne participent pas aux primaires. Mais s’ils font sécession et se présentent sans passer par la case primaire, ils seront obligés de quitter le PS et, à gauche de la gauche, on voit mal Jean-Luc Mélenchon, dont l’esprit partageur n’est pas la qualité première, venir les accueillir sur ses genoux.

Quant aux écologistes, il se trouvera bien un écolo-compatible désireux de se faire mousser, style Placé ou de Rugy, pour y participer. Même si les effectifs des écolos tiennent désormais dans une cabine téléphonique, c’est toujours ça de pris…

Le coup de la primaire est donc magnifiquement joué, car, perdu pour perdu, Hollande montre à l’opinion publique qu’il est sport, tout en éliminant quelques dangereux rivaux. Et si le roi du tapis vert avait été encore premier secrétaire du PS, on se serait franchement pâmé pour son sens tactique et sa façon de gagner des parties improbables.

Le hic, c’est que depuis 2012 et même si on l’oublie trop souvent tellement il joue discret, François Hollande est Président de la république et censé veiller sur tous les Français. Vous imaginez en 1988, François Mitterrand s’abaissant à une primaire, si Charasse, Dumas ou Badinter avaient eu quelques velléités de se présenter à l’élection présidentielle ? Et après le coup de chapeau au joueur talentueux pour la façon dont il conduit sa partie avec si peu d’atouts dans son jeu, on en revient très vite à l’impression première : incontestablement, François Hollande est intelligent, habile, sympathique, mais, avec ses bluffs, ses roueries et ses hésitations, comment croire qu’il est fait pour ce costume présidentiel dix fois trop grand pour lui ?

Lors de la primaire socialiste, Ségolène Royal qui avait quelques bonnes raisons de lui en vouloir, et pas que politiques, avait eu ce propos assassin dans « Le Figaro » : « Le point faible de François Hollande, c’est l’inaction. Est-ce que les Français peuvent citer une seule chose qu’il aurait réalisé en trente ans de vie politique ? Une seule ? »

Ségolène est trop dure : pendant son quinquennat, Hollande a consciencieusement planqué les moutons sous le tapis, pris des engagements financiers qui impliqueront les imbéciles qui seront élus à partir de 2017 et sorti de son paquet de cartes des lois sur la déchéance de nationalité ou sur le travail, que seuls des énarques de la promotion Voltaire, coupés de toute réalité, ont pu rédiger… au casino, sur un coin de tapis vert probablement, en espérant trouver la martingale gagnante !

4 réflexions sur “Hollande, pourtant, n’a rien d’un primaire

  1. navrant.

    Hollande est vraiment formaté sur un logiciel 1980 (la preuve est qu’il ne comprend rien à la société de 2016). Toutefois les combines qui produisaient alors certains effets escomptés dans
    un contexte donné risquent de ne plus donner les mêmes résultats 36 ans plus tard.

    Il fait bien sûr le pari de la piètre qualité de ses concurrents vs. lui l’homme qui a l’expérience de la fonction. Seulement cette fois ci son éloquence (moi président….) ne nous prendra plus pour des gogos: nous savons qu’entre le verbe de Hollande et son action, existe un océan.

    Je parie mon pot de sangria qu’il se fera humilier à la primaire en la perdant dans les grandes largeurs

  2. Et on s’étonne que la France, l’Europe et la planète soient dans un tel état !!!! On est parti-e-s pour évoluer vers le haut avec ça… Au fait… la France, elle est où dans cette équation nombriliste ? Le projet et l’avenir communs, il sont où dans ce tout à l’ego ? Ca étonne encore quelqu’un le dégoût qu’éprouve la population pour tous ces gens quand on voit un tel spectacle et de tels minables petits calculs ? Sans doute le gars Hollande a-t-il oublié qu’il était à la tête d’un pays et non d’une forme de groupuscule clientéliste dont les adhérents vont finir par pouvoir tenir leurs réunions dans une cabine téléphonique. Et de cabines téléphoniques, il n’y en a plus beaucoup dans le pays.
    Quand on pense que la France a eu, pendant une période – certes assez courte – comme devise « Liberté, égalité, humanité, fraternité », on se dit que si la devise de ce pays devait être réécrite aujourd’hui, on aurait probablement « démagogie, individualisme, populisme et égotisme ». Au lieu de tenter de faire évoluer l’intelligence artificielle, on devrait peut-être essayer de donner une place à l’intelligence tout court… C’est pas parti pour.

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