Un déni de démocratie qui se paie…

Le retour de bâton n’est pas surprenant, depuis le temps que l’Europe traite par le mépris les aspirations démocratiques des citoyens.

Ah, la belle brochette d’hypocrites que voilà, de Hollande à Valls, de Juppé à Sarkozy, en passant par Bayrou ou Bruno Le Maire ! Tous, quand les médias les interrogent sur le Brexit anglais, évoquent une « catastrophe » et prennent un air compassé et entendu avec leurs interlocuteurs. Et c’est une vieille idée dominante de la classe dirigeante, gauche et droite confondues, qui ressort, non formulée mais tellement explicite : on ne va pas dire en public du mal du peuple, politique oblige, mais quand même on est entre journalistes et politiques et il n’est pas tout à fait normal que la voix de gens instruits, cultivés et visionnaires comme nous ou comme les Anglais qui ont voté pour le maintien de leur pays dans l’Union européenne ne compte pas plus que celle des prolos incultes qui ne comprennent décidément rien à rien et surtout à l’Europe. Désolé, mais en France et dans d’autres pays, des gens sont morts pour qu’un homme représente une voix et on ne voit pas pourquoi l’Europe échapperait à la règle.

Alors Hollande fait du vent en affirmant « L’Europe ne peut plus faire comme avant », Valls parle d’un « malaise trop longtemps ignoré », Juppé de « choc historique », mais tous, à l’exception de Marine Le Pen, se gardent bien d’évoquer ce qui serait le plus logique dans une démocratie, demander aux Français s’ils souhaitent poursuivre l’aventure européenne ou retrouver leur indépendance, car le résultat serait probablement le même qu’en Angleterre.

Cocu de Lisbonne mais pro-européen

Surtout qu’on ne s’y trompe pas. Contrairement aux électeurs frontistes, je souhaite de toutes mes forces l’Europe même si je fais partie des « cocus de Lisbonne », qui ont voté en 2005 contre une constitution européenne totalement illisible en pensant que les politiques allaient revoir leur copie et à qui on a fait subir en 2007 un insupportable tour de passe-passe dans la capitale portugaise, en méprisant les électeurs.

Au lendemain de ce départ surprise de l’Angleterre, nos hommes politiques français, aveuglés par leur corporatisme étroit, nous montrent une fois de plus qu’ils ne se sentent pas coupables le moins du monde de la situation, alors qu’on aimerait les entendre dire : « Nous avons été particulièrement nuls sur la question européenne ». À les en croire, il n’est que deux solutions possibles, aimer inconsidérément l’Europe et donc tout accepter d’elle, y compris les pires absurdités bureaucratiques, ou détester l’Europe, la quitter et plonger la France dans le chaos le plus absolu…

Et pourquoi donc ne pas souhaiter vivement l’Europe, sans transiger le moins du monde sur la démocratie, pourquoi donc accepter comme un postulat unique le libéralisme à tout-va de Bruxelles, qui nous conduit à des idioties comme la loi Travail ?

C’est le boulot des politiques d’expliquer, de rendre compréhensible le projet européen, de se battre pour une constitution et des institutions simples et comprises de tous. Mais quand on voit la façon dont nos élus (lire l’article suivant) traînent des pieds et vivent comme une punition le Parlement européen, est-il vraiment étonnant que les Français, lassés de vivre au royaume d’Ubu-roi, avec ses ordres et contrordres permanents, se méfient du monstre technocratique bruxellois.

L’Europe devrait être une belle fille qui nous fait rêver, et non une de ces hideuses Parques de l’antiquité, qui avec ses grands ciseaux cherche sans cesse à réduire le champ de nos libertés. Et c’est à cette tâche que devraient s’atteler tous nos beaux parleurs, au lieu de culpabiliser les citoyens.

Le même déficit de démocratie pour la future EPCI

Quand on a la chance d’habiter le Pays basque, comment ne pas trouver un certain nombre de similitudes entre l’Europe actuelle et cette EPCI qui va regrouper les 158 communes du Pays basque ? Là aussi l’idée est séduisante, là aussi les politiques frétillent, parfois par convictions sincères et parfois à l’idée de nouvelles indemnités à empocher. L’invité que je suis dans cette région comprend parfaitement que « le train à ne pas rater », comme l’expriment les Abertzale, puisse séduire la grande majorité des conseils municipaux qui ont eu à s’exprimer sur le sujet et une part importante de la population. Mais, puisque le préfet veut à tout prix pour janvier 2017, ce regroupement de communes, puisque le consensus est en train de se faire sur ce projet, pourquoi ne pas voir plus loin et travailler la démocratie de cette institution en réclamant que les représentants de l’EPCI soient élus au suffrage universel, au lieu de hausser les épaules en se disant qu’on a bien le temps.

Dans les familles, comme dans les collectivités territoriales, il est bien rare de ne pas traverser une période de trouble. Quand l’EPCI connaîtra quelques ratés, ce qui n’aurait rien de surprenant pour un nouveau-né, les électeurs pourraient se souvenir, comme pour l’Europe, qu’on ne les a pas consultés directement et vouloir mettre à mal une construction qui a du sens.

La démocratie est la base de la vie collective et, pour l’Europe comme pour le Pays basque, transiger sur ce point c’est s’exposer à de fort possibles déconvenues.

4 réflexions sur “Un déni de démocratie qui se paie…

  1. hmmmmm une personne une voix démocratique Jean-Yves? voyez ce que les élus font du mandat que nous leur donnons une fois élus…. c’est une vraie question pour le bac philo ;o)

    De surcroit si le principe peut se concevoir dans un contexte local et sur certains sujets (nombre réduit de participants et questions « simples ») est-il vraiment adapté pour des consultations à grande échelle et sur les sujets hyper complexes que notre société actuelle se doit de régler ?

    Comment éviter les débats d’experts qui excluent les profanes que nosu sommes mais aussi les mensonges et manipulations d’individus mus par leur seul égo, intérêts persos, les lobbies ….?

    Ne faut-il pas repenser la « démocratie » et l’organisation de nos institutions à plus grande échelle et si oui comment ?

    comme toujours dans les référendums au sein de pays qui n’en n’ont pas la culture (ni celle du débat serein préalable à la consultation comme par ex. la Suisse) les gens ne répondent pas à la question posée.

    Au royaume uni ils ont votés contre Londres et ses élites « Oxbridge » de la City (Londes qui depuis l’après guerre a été privilégiée aux dépends du reste du pays qui pour certains endroits ressemblent tjs à l’Angleterre de Dickens) plus que contre l’Europe. Nombre d’Anglais ont votés pensant que le Brexit ne passerait pas avant de déclarer dès le lendemain matin qu’ils étaient prêts à …revoter…

    Personne ne sait encore ce qui va véritablement se passer pour les anglais, pour l’Europe, pour la France. Toutes les conjectures sont possibles. Toutefois, même imparfaite, l’Europe n’en n’est pas moins la seule option crédible pour des petits pays (comme la France) d’éviter la guerre entre ennemis durant des siècles et de peser à l’heure ou Russie, Chine, Inde, Indonésie, Brésil montent en puissance face à une Amérique bien essoufflée.

    Alors bien sur la seule option libérale, ultra-libérale et par certains aspects néo-cons prises ces dernières années par l’Allemagne, l’Angleterre, la France ne sont pas les bonnes. Mais elles sont pour les deux premiers pays le choix de votes « démocratiques » (une personne une voix) et pour la France le résultat d’une pathétique trahisons de politiques incompétents ne comprenant rien aux challenges qu’ils ont à résoudre.
    Une fois que j’ai dis tout cela, on fait quoi ????????????
    ARGHHHHHHHHHHHHHHHH (cri de révolte et désespoir).

  2. Peut-être faut-il aussi voir plus loin que le déni de démocratie dans toute cette histoire. Le premier paramètre à ne pas oublier – et non des moindres – est celui d’un Royaume-Uni basé sur le libéralisme, qui n’a vu dans l’Union Européenne qu’une opportunité commerciale supplémentaire, sans toutefois adhérer à autre chose.
    Cela nous ramène évidemment aux principes fondateurs qui sont avant tout économiques, mais il se trouve que les fondateurs voyaient dans l’économie un ferment d’union susceptible de créer une communauté d’intérêts à une époque où tout le monde venait quand même de se taper sur la figure avec entrain. Nul doute que les Etats-Unis ont également vu là une opportunité commerciale. On a trop souvent tendance à oublier que ces derniers sont une colonie anglaise avant tout, de culture anglo-saxonne et protestante. Contrairement aux pays d’Europe du sud qui ont une culture latine et catholique. Ce qui veut dire que la vision de l’économie et du social est quand même très sensiblement différente. Il ne s’agit pas de faire resurgir ici une guerre de religions, il y en a assez à l’heure actuelle, il s’agit de souligner que ce passé, bien que ridiculement court au regard du passé animiste, chamanique et païen qui est celui de l’humanité, pèse encore suffisamment pour engendrer des divergences substantielles. N’oublions pas que la richesse et la réussite sont considérées par les anglo-saxons, comme des récompenses divines, alors qu’à contrario, la pauvreté et l’échec ne seraient que des sanctions divines. Ce qui justifie qu’on ne se préoccupe pas des pauvres et que l’on fustige l’échec. Nous n’en sommes pas encore totalement là en France, par exemple.

    Autre point qui n’est pas abordé par les commentateurs – ce que j’estime quand même peut-être dommage -, c’est l’aspect affectif de ce qui vient de se passer. Les Britanniques n’ont aucun affect vis-à-vis de l’Europe puisqu’ils sont uniquement dans une vision commerciale de cette union. Il n’est pas dit que ce soit vrai pour les pays continentaux. Ce qui fait que d’un point de vue affectif, l’Europe continentale de l’Ouest (au moins), vient tout simplement de se faire cracher à la figure par des Britanniques qui considèrent qu’ils sont les seuls maîtres du jeu, là où chacun de nos pays est censé accepter les compromis pour faire communauté. A titre personnel, je vois surtout le dépit d’un royaume qui n’a pas pu instaurer avec l’Europe, les relations colonialistes qu’il entretient avec le Commonwealth. Et je juge également important, que notre Union Européenne soit basée sur des liens mobilisant autant que faire se peut un affect positif, afin de contraindre l’aspect purement économique et affairiste de cette communauté humaine.

    Encore un pan de l’histoire européenne – au demeurant toujours en vigueur – jamais rappelé ou évoqué par la presse non plus que par nos politiques (ce qui est du pareil au même malheureusement depuis quelques années) : le mouvement paneuropéen. Lequel se trouve en action dans beaucoup de nos provinces et voit sa traduction dans les mouvements séparatistes régionaux. Qui, aujourd’hui, se préoccupe d’en parler ? On a beaucoup glosé, par exemple, sur les pseudo-bonnets rouges 2013 bretons, sans se préoccuper de savoir ce qui se cachait réellement derrière, d’où provenait ce mouvement pseudo-spontané, et qui avait réellement à y gagner, tout en évoquant en affichage une Europe démocratique des peuples.

    On peut évoquer évidemment le manque de démocratie européenne. Qui se déplace pour aller voter ? L’argument majeur étant que, évidemment, personne n’a envie de voter pour une entité inconnue. D’accord. Qui se magne le popotin pour se renseigner sur l’Europe ? Parce que c’est bien joli de parler de l’incurie (réelle) de la représentation politique, mais si on évoquait un peu l’incurie citoyenne qui relève en fait du simple réflexe de consommation ? Une fois que l’on a mis de côté une minorité active, intéressée et qui cherche à faire avancer la société, si on parlait de la masse des consommateurs qui ne se sont jamais posé la moindre question sur qui faisait quoi, comment les produits arrivent dans leurs assiettes et comment leurs centres bourgs ont pu ressembler à autre chose qu’un tas de gravats ? Le FEDER, le FEOGA, les aides à l’agriculture (malheureusement intensive et concentrationnaire, je vous l’accorde volontiers), à l’artisanat, aux projets innovants, aux transports, aux études… Les gens ont-ils seulement la curiosité, lorsqu’ils voient des panneaux « travaux » auprès de chez eux, de regarder quelles sont les participations publiques ? Forcément non. Il est plus facile de passer son temps à geindre et à critiquer. A envier l’autre. Sport d’excellence également dans notre société.

    Y a-t-il seulement eu une étude sur le comportement des citoyens qui se plaignent dans ce pays ? Vous seriez sans doute surpris du nombre de braves citoyens qui se rendent aujourd’hui dans leurs mairies pour solliciter en permanence, se plaindre de leur voisin parce que la poubelle dépasse de deux millimètres sur leur bout de terrain au lieu d’aller voir le voisin en question. Et quand le chien aboie, on va voir le maire… parce que c’est à lui de régler ça. Il est devenu tellement compliqué d’aller toquer à la porte du voisin pour discuter avec lui et résoudre les problèmes… Et ceux qui prennent des photos des voitures mal garées parce qu’ils se sont pris un PV et veulent que les autres soient également sanctionnés. « Et qui va nettoyer mon trottoir, tirer les mauvaises herbes contre mon mur côté rue… » (un truc que n’importe qui faisait avant sans se poser de question). Et les poubelles balancées dans les fossés ou dans celles du voisin, parce qu’un système de puce a été instauré qui permet de peser ce que chacun jette et donc d’adapter la taxe des ordures ménagères au réel poids des déchets de chaque ménage…
    Parce que les institutions ont bon dos, mais personne ne met les citoyens devant leurs propres lacunes, leur absence de prise de responsabilité, leur attitude consumériste et puérile. On pourrait penser que c’est quelque chose qui leur est imposé, je maintiens que beaucoup s’y complaisent.

    La presse, qui n’offre aucune étude sérieuse de ce que l’Europe a également apporté à chacun d’entre nous en termes de mieux être et de gain démocratique. Qui en parle ? Qui lui fait la remarque de son inculture crasse en la matière ?

    Les politiques, qui rejettent leurs erreurs et leurs échecs sur l’Europe… on en parle un peu ? La France est championne, de surcroît, qui envoie au parlement européen tous ses recalés, ceux dont personne ne veut plus ici. On les envoie pantoufler et surtout ne rien faire, bien au chaud. Pourquoi ne dit-on pas que les décision de l’Europe sont prises également par nos élus nationaux ?

    Aujourd’hui, l’Europe a certes besoin d’un grand ménage et d’une reprise en main sociale et humaniste. Mais les citoyens ont aussi pas mal de retard à rattraper. La première des choses dont ils devraient avoir conscience, c’est que leurs droits leur imposent aussi des devoirs. Donc on se bouge les fesses pour aller voter. Blanc si on veut, mais on vote. Ils devraient aller voir leurs élus pour exiger une action sociale et politique de ceux-ci. Et ça, ça s’organise et on y va en groupe. Ils devraient se regarder et se demander jusqu’à quel degré d’indifférence à l’autre et d’égoïsme ils sont parvenus car nos élus et notre société sont aussi le reflet de ce que nous en faisons. Et le silence équivaut à un acquiescement.
    Le Brexit n’est pas une catastrophe pour l’Europe et n’en sera pas même sans doute pour les Britanniques. Et si c’est une catastrophe pour ces derniers, cela leur permettra de mesurer la joie de l’isolationnisme, du mépris et de l’égoïsme. En revanche, ce Brexit devrait être un électrochoc et permettre de mesurer ce qu’il nous faut ensemble réaliser pour que l’Europe ne retourne pas à ses vieux démons. Et ça vaut aussi pour l’Allemagne de Merkel, notre superbe modèle européen dont on n’évoque jamais la face obscure des emplois minables, de la pauvreté, des infrastructures en décomposition faute d’investissements. Tous nos grands économistes qui tapent sur la dépense publique à coups redoublés, devraient se demander si les routes qu’ils empruntent et sont carrossables, les ouvrages d’arts sécurisés, l’électricité qui leur arrive, les lignes téléphoniques qui fonctionnent, l’eau courante et le tout à l’égout, ils ne le doivent pas avant tout à la dépense publique.
    L’hypocrisie dans cette histoire est quasi-générale, à tous les échelons de la société. Quant à nos représentants politiques et même à la presse, ils n’ont qu’à continuer comme cela à l’échelon européen, et les partis dits populistes (parce que le vocabulaire est de plus en plus édulcoré…) n’auront même pas besoin de faire campagne. L’Europe pourra imploser pour la plus grande joie de Poutine et des nationalistes dépourvus d’absence de vision à long terme et planétaire.

  3. L’Europe un cadeau miné – Le BREXIT est à savourer, -Seuls les parlementaires le cul dans la graisse, ont à craindre de nouveaux départs

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