Le courage de Domège

Tout le monde souhaite que le feu d’artifice de Biarritz se tienne le 15 août. Mais faire le point à huis clos entre élus et sécuriser au maximum l’événement relève du bon sens.

À votre avis, si Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, vient rendre visite mardi aux élus municipaux de Bayonne, c’est uniquement pour être le premier à saluer le roi Léon ? N’ayant pas l’intention de relayer tout ce que j’entends pour ne pas favoriser le travail d’un illuminé qui se focaliserait sur la Côte basque, je peux juste constater, comme tous les journalistes de la région, une grande fébrilité de tous les responsables et les élus. Fébrilité totalement compréhensible après les attentats de Nice. Élu d’opposition à Biarritz, Frédéric Domège a donc tout à fait raison d’interpeller le maire de la Ville sur ce qu’il envisage de faire à l’occasion du feu d’artifice du 15 août et de demander la tenue d’un conseil municipal à huis clos (Sud Ouest, 25/7).

L’information n’est pas l’apanage d’une caste

Lorsqu’on est confronté à une menace terroriste, on ne peut pas tout dire et c’est parfaitement logique. Mais est-il normal qu’une petite caste d’initiés, policiers, élus, journalistes, sache à peu près ce qui se passe quand le grand public est maintenu dans l’ignorance ? Frédéric Domège raconte que son intervention lui a valu quelques coups de téléphone de compliments, comme les miens, et beaucoup de railleries, comme on peut le constater dans les commentaires Internet de l’article de Sud Ouest. À un de ses amis qui lui rétorquait « Il ne faut céder sur rien. Tu n’as pas de couilles en réclamant l’annulation du feu d’artifice ! », Frédéric, qui ne devait pas être le dernier quand il y avait une bagarre sur les terrains de rugby qu’il fréquentait, a juste répondu par une question : « « Mais au fait, tu y vas au feu d’artifice ? » Et l’autre, embarrassé : « Moi ? Jamais ! » Comme c’est facile d’être héroïque, quand on ne se trouve pas en danger soi-même ! Gageons que tous ceux qui, par peur d’une bronca des commerçants ou d’un vote sanction des festayres, nous incitent à faire comme si tout était normal dans notre beau pays, se garderont bien d’apparaître en public ou feront le service minimum les jours prochains.

La peur fait partie du courage

Ceux qui ont joué au rugby, ou qui ont fait de la boxe, deux sports que j’ai pratiqués, savent très bien que les imbéciles qui n’ont pas peur font rarement très long feu. Un soldat qui part au front sans son casque n’est pas un héros mais un idiot qui risque d’être blessé à la tête et de mettre en danger tous ses copains. Dans le vestiaire de rugby, ou avant de monter sur le ring, la peur est logique et même indispensable et le vrai courage c’est de la surmonter. Face à notre mode de vie français si précieux, si enviable, et si exécré par nos ennemis, nous devons bien évidemment continuer nos fêtes, nos coutumes, notre cohabitation heureuse basée sur nos différences, même si nous devons repenser toute notre existence à l’aune des attaques terroristes que nous subissons. Frédéric Domège raconte très bien : « Je suis élu. Je ne veux pas un jour me dire que quelqu’un a été blessé ou tué parce que je n’ai pas osé dire ce que je ressentais ». Bien évidemment les fêtes de Bayonne comme le feu d’artifice de Biarritz doivent de nouveau, dans un futur proche, rassembler les foules, mais le délai avant ces événements est-il suffisant cette année, alors que les exactions sanglantes se multiplient en France comme en Allemagne ?

La liberté collective avant la liberté individuelle

Quand un homme politique se manifeste, il est toujours tentant d’y voir un coup de communication pour exister. Sauf que la sincérité de Frédéric Domège dans cette affaire est totale et absolue. François Amigorena, dont la sincérité ne fait pas plus de doute que celle de Frédéric, même s’il a un point de vue différent, écrit : « Les commanditaires et les exécutants des assassinats qui ont endeuillé notre pays depuis le mois de janvier 2015 poursuivent un objectif principal : nous faire renoncer à notre mode de vie et à nos libertés. Annuler le feu d’artifice du 15 août à Biarritz serait indigne et offrirait une victoire inespérée à ces barbares obscurantistes » J’ai tendance à préférer la position de Frédéric à celle de François, mais je ne dispose pas des éléments d’information qui peuvent être communiqués à ces élus sous couvert de huis-clos pour qu’ils prennent une décision sereine et apaisée. Comme tout le monde, j’ai râlé quand des policiers voulaient fouiller mon sac et je râle beaucoup moins depuis quelques temps. J’ai râlé quand le gouvernement, excédé par les morts sur la route, m’a obligé à mettre une ceinture de sécurité, et je râle moins aujourd’hui car je suis bien obligé de constater qu’il avait raison.

Le risque zéro n’existe pas. Mais si des élus sortent d’un conseil municipal à huis clos, en disant qu’au vu des éléments qui leurs ont été communiqués, ils se sentent sereins pour autoriser le feu d’artifice, alors un progrès considérable aura été accompli. Frédéric Domège a donc mille fois raison dans sa démarche, et Veunac, qui s’est pour l’instant contenté d’un SMS au récalcitrant l’invitant à boire un verre avec lui, se montre une fois de plus à côté de la plaque.

Le vrai courage, c’est de lutter, pas de se faire tuer bêtement.

 

La lettre adressée à Veunac

Monsieur le Maire,


Dans quelques semaines, le 15 août, Biarritz organisera son grand feu d’artifice. Cette événement draine jusqu’à environ 100 000 personnes autour de la grande plage. Dans le contexte actuel de prolongation de l’état d’urgence il est de la responsabilité des élus de s’interroger sur l’opportunité ou non de maintenir cette manifestation. Certes il en est de votre compétence et de celle de monsieur le Préfet, mais votre décision engagerait tout le conseil municipal.

Certains diront qu’il ne faut pas céder aux terroristes, d’autres qu’il ne faut pas toucher à nos traditions, d’autres au contraire que le risque est trop grand pour ce qui n’est en fait qu’un simple feu d’artifice. Tous ces arguments, recevables au demeurant ne tiendront plus en cas d’attaque terroriste. Comment opposer la tradition, ou la résistance à une famille venant de perdre son enfant. Car il y a un avant et un après 14 juillet à Nice. 

Le rayonnement mondial de Biarritz peut nous faire penser que notre cité pourrait être une cible privilégiée et je crois que le risque est trop grand pour ne pas envisager une annulation pure et simple. Quoiqu’il en soit je vous saurai gré de bien vouloir réunir un conseil municipal à huis clos afin d’aborder ce dossier d’une importance capitale, et de nous exposer les mesures de sécurité mises en place en cas de maintien. Il est important que chacun puisse s’exprimer sur le sujet, sans considérations partisanes mais dans le seul but d’assurer la sécurité des Biarrots et de nos visiteurs.

Veuillez agréer monsieur le Maire mes sincères salutations.
Frédéric DOMÈGE, conseiller Municipal ( LR)

4 réflexions sur “Le courage de Domège

  1. ça peut arriver au feux d artifice du 15 août, ça peut aussi arriver le dernier samedi avant Noël en plein carrefour… partout et n importe où ! Que peut-on y faire?

  2. il ne faut pas céder à la panique créée par des médias dont les journalistes ne font pas leur boulot, soit la mise en perspective: rappeler au public la dangerosité des rues il y a un siècle, les anarchistes, l’extrême droite dans les années 30 et les massacres de la décolonisation etc.
    1 – les attentats en France en 2015/2016 = 200 morts (de trop);
    2 – les accidents de voiture en 2013 (source: https://fr.wikipedia.org/wiki/Accident_de_la_route_en_France) plus de 55000 accidents, plus de 3000 morts et près de 26000 blessés.
    Statistiquement il est donc plus dangereux de monter dans une voiture

    On fait donc peur à la ménagère de plus de 50 ans avec l’arabe à ceinture d’explosif qui a remplacé le bolchevik mangeur d’enfants afin de justifier toujours moins de libertés publiques et toujours plus de flics et objets de surveillance de masse …

    Quant au feu d’artifice de Biarrritz : du point de vue économique/touristique: combien cela coûte-t-il à la ville et qu’est ce que cela rapporte?

  3. Bonjour,
    Je ne me suis jamais exprimé à propos de ce sujet sur aucun réseau social et je ne relaie rien mais là, et ce sera ma seule exception, je vais partager mon humble avis avec Eric Lacharme car au delà de tous les débats sur les mesures de sécurité qu’auraient du être prises ou doivent être prises, personne, je dis bien personne ne peut empêcher un fou de vouloir faire une hécatombe autour de lui pour mourir en martyr, d’aller retrouver les 1000 vierges au paradis ou ailleurs avec le sentiment du devoir accompli.
    Rien ne m’empêche demain, le 15 août ou à >Noël de prendre un fusil de chasse, d’aller à Ikea, B A B ² et de faire un massacre…
    In fine, une chose est sûre, c’est que mon petit de 13 ans (rugbyman, boxeur, surfer) a pleuré quand sa maman lui a dit qu’elle allait aux fêtes et lui pourtant déconcertant de « Pep’s » de « Bougeotte » qui adore Bayonne et ses fêtes a PEUR et ne veut pas y aller.
    Bonjour chez vous (comme aurait dit Patrick McGoohan )

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