Le plus beau voyage immobile de Biarritz

Attention danger : vous allez rentrer pour cinq minutes et ne pas voir l’après-midi passer !

C’est une discrète maison adossée à la tribune Serge Kampf, juste en face de l’entrée du Stade Léon Larribau. Elle ne paie pas de mine et pourtant ce musée des anciens du BO contient des trésors et peut vous offrir des après-midis autrement plus enchanteurs qu’une séance de rôtissage à la plage. « Le Stade Toulousain et L’ASM sont déjà venus au renseignement, pour savoir comment nous avons réussi à constituer une collection aussi importante. Eux aussi aimeraient bien avoir un musée consacré à leur équipe favorite », reconnaît avec fierté le président de l’amicale des anciens du Biarritz Olympique, José Urquini, que tout le monde appelle Julio.

Julio Urquini ne se contente pas d’accueillir les visiteurs. Il classe et ordonne toutes les coupures de presse sur son cher BO.

On dit que le rugby fait de vilains vieux, mais Julio est la démonstration faite joueur qu’il ne faut pas se fier aux adages. Malicieux et pétillant, il a porté les couleurs de l’équipe première du BO, au poste de trois-quarts centre, de 1953 à 1955, et ne jure plus que par le rouge et blanc depuis. Exilé à Paris pour raisons professionnelles, le club lui payait le billet de train pour qu’il puisse fouler le carré d’herbe d’Aguilera (C’est ainsi qu’il a pu jouer en championnat contre Limoges ou le redoutable Racing de Crauste, Moncla et Marquesuzaa), avant de lui trouver un job au musée de la mer, ce qui était tout de même nettement plus pratique pour ce joueur de devoir qui se qualifie lui-même de « pas plus doué que cela, mais vaillant ». Et depuis cette époque, Julio conserve toutes les coupures de presse qui lui passent entre les mains.

Questions trophées, le BO n’est pas démuni…

« J’ai commencé à archiver tout ce qui concernait le club de plongée de l’USB, dont j’étais membre et puis, tout naturellement,  j’ai continué avec mon cher BO » Et comme Julio et ses copains, les Darrieussecq, Ithurbide et autres, qui se partagent tour à tour la garde de ce musée, totalement gratuit, disposent d’un sacré réseau et de solides amitiés auprès des joueurs, c’est une formidable déambulation dans le rugby biarrot qui nous est proposée. Là un trophée, là un maillot dédicacé et partout l’émotion omniprésente pour ce club qui nous a tant fait rêver. Clin d’œil datant de l’époque où le rugby était véritablement amateur, on peut voir ainsi le réveil de voyage, offert à Michel Celaya, à l’occasion de sa première tournée avec l’équipe de France, mais aussi des photos du jeune Rabagny à l’école de rugby, ou de Serge Blanco quand il était junior. Et puis toutes ces images de liesse des joueurs et de la foule en rouge et blanc à chaque fois que ce club a soulevé le bouclier de Brennus. Éric, 10 ans, venu avec ses parents du Nord, et qui rêve d’un destin similaire à celui de Slimani ou de Ben Arous est subjugué.

Pour cette famille du Nord, passionnée par le rugby, le musée est une aubaine.

Les parents, qui sont visiblement moins rugby que leur fils, apprécient que des objets et photos concernant toutes les sections amateurs du BO figurent aussi dans le musée, des basketteuses féminines de l’immédiat après-guerre aux vainqueurs de la section tennis, en passant par le rink-hockey.

L’appel du soleil est trop fort. Après une longue discussion avec Julio et un court passage par la salle du premier étage où se trouvent toutes les archives papier minutieusement classées, la famille nordiste prend la direction de la plage, avec un fils au sourire aussi immense que le Stade de France. Avec un éclectisme qui honore les maîtres d’œuvre de ce musée, sont pourtant regroupés, à raison de cinq ou six classeurs par saison, tous les articles de Sud Ouest, Midi Olympique ou de L’Équipe, concernant le BO, mais aussi les exploits et vicissitudes de l’équipe de France et même, ce qui montre une ouverture d’esprit plutôt sympathique, les principaux articles évoquant les « amis-ennemis » de l’Aviron bayonnais.

Musée 09Et en plus, cerise sur la télécommande, si vous le souhaitez, le préposé à la garde du BO, est prêt à vous installer confortablement dans un fauteuil pour vous permettre de regarder les principaux matches de Coupe d’Europe ou de championnat de France de ceux qu’on appelait au début de ce siècle Les Galactiques.

Trois fois que je viens à ce musée et je ne m’en lasse pas, tellement le voyage immobile proposé est superbe !

Cherchez l’erreur !

Au lieu de se ruiner avec des spécialistes qui sont bien incapables de remettre à flot la Cité naufragée, Michel Veunac serait bien inspiré d’envoyer en stage chez les petits poucets du musée des anciens du BO, le personnel de la Cité de l’océan. Très vite ils comprendraient que les visiteurs sont intéressés par les histoires locales et qu’ils se fichent éperdument du grand requin blanc d’Afrique du Sud ou des abysses chinoises, quand ils visitent le Pays basque. D’un côté, un musée gratuit, passionnant et ancré dans le vécu des gens, de l’autre une ruineuse et inintéressante Cité de l’Océan à plus de 15 euros l’entrée. Il y a un problème ?

Une réflexion sur “Le plus beau voyage immobile de Biarritz

  1. Il est bien dommage que la façade de ce musée soit en grande partie occultée par une énorme benne à ordures qui n’incite pas spontanément les visiteurs potentiels à s’approcher de la porte d’entrée. Posée là pour empêcher toute intrusion malveillante elle est du plus mauvais effet. il doit y avoir d’autres solutions tout aussi efficaces et plus esthétiques.

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