Le château mille leurres d’Alexandre de La Cerda

Un vin ou une vaste blague ?

 

Ce grand distrait d’Alexandre s’annonce propriétaire-récoltant à Saint-Martial, alors qu’il ne possède plus la moindre vigne depuis… 2009.

Alexandre est un homme simple. De son vrai nom Von Miller de Roberty La Cerda Castro Cabrera Y Leuse (Sud Ouest, 5/4/2010), il se contente d’un prosaïque Alexandre de La Cerda. Et le vin qu’il produit, le Château Miller La Cerda, est à son image : non pas un grand cru classé et arrogant, mais un Bordeaux Supérieur franc et généreux qu’il s’empresse d’emmener avec lui à chaque apparition publique, histoire de vendre quelques caisses.  Séduit par cet auteur engagé qui, entre deux envolées lyriques sur le déclin de l’occident judéo-chrétien et les hordes venues d’Afrique du Nord, cultive paisiblement sa vigne, Bisque, Bisque, Basque ! est donc allé enquêter à Saint-Martial, là où le « propriétaire-récoltant » La Cerda produit son velours de l’estomac. L’histoire n’est pas triste et va sans doute beaucoup intéresser tous les inconditionnels de l’auteur qui vont découvrir que pour jouer sur les mots, Alexandre n’a décidément pas son pareil.

Entre-deux mers… ou presque !

Le site présentant le « Château Miller La Cerda » (http://www.chateau-millerlacerda.com/) est somptueux et tout de suite le décor est planté. L’heureux propriétaire qui annonce parler couramment – excusez du peu ! – le français, l’anglais, le russe, l’espagnol et l’allemand, plus le basque, le gascon et le latin (de messe ?), nous incite tout de suite à rêver avec une carte destinée à montrer où est fabriqué son élixir : « Au cœur du prestigieux vignoble de bordeaux, dans l’Entre-deux-Mers, sur la rive droite de la Garonne, entre Sauternes et Saint-Emilion, près de Malagar, la demeure de François Mauriac, et à quelques pas du château où Toulouse-Lautrec vécut ses dernières années. »

Aussi distrait que piètre géographe, Alexandre fait figurer sa vigne de Saint-Martial dans l’entre-deux-mers, ce qui est faux.

Ni Mauriac ni Toulouse-Lautrec ne sont réputés pour leurs talents de vignerons, mais passons. Plus réaliste, le cadastre nous apprend que l’humble viticulteur possède une vigne de 1,70 hectare à Saint-Martial. Josiane Combret, maire de cette jolie commune, joue les rabat-joie : « Dire que l’on fait partie de la zone géographique de l’Entre-deux-mers se discute sérieusement. Quant aux vignes de la commune, il n’y a aucun doute possible, elles sont classées Côte de Bordeaux Saint-Macaire ». Même discours au syndicat viticole de l’Entre-deux-mers à La Sauve Majeure : « Saint-Martial n’a jamais fait partie de l’AOC Entre-deux-mers. Dire le contraire relève de la fraude ». Les gens manquent d’indulgence, tout de même. On ne peut pas à la fois être bon linguiste et bon géographe et c’est donc sans aucun doute par pure maladresse qu’Alexandre de la Cerda a situé son vignoble en plein cœur d’une zone viticole qui n’est pas la sienne et qu’il n’utilise pas sur son site l’appellation Bordeaux Saint-Macaire, un saint pourtant tout à fait respectable et qui devrait plaire à Alexandre, si l’on se fie à la Bible, puisqu’il est qualifié de « terreur des démons ».

Un château ? Quel château ?

Au bout de la vigne d’Alexandre, un bâtiment en tôle appartenant à un voisin… devenu un château dans l’imagination fertile du chroniqueur.

Un noble sans château, c’est un peu comme une bonne sœur sans cornette. On connaît la propension des Bordelais à transformer la moindre remise à outils en château prestigieux. À ce sujet, la visite à Saint-Martial est édifiante. « Ah oui, le diplomate russe qui a voulu faire du vin » rigole un vigneron du coin qui, fort aimablement, nous conduit jusqu’au « domaine » d’Alexandre le bienheureux, une vigne modeste mais bien entretenue de 170 mètres sur 100 mètres. Trouve-t-on la trace d’un chai à proximité ? D’une cave ? D’une bâtisse quelconque, voire d’une simple cabane à outils ? La mairie confirme qu’Alexandre de La Cerda n’a jamais possédé le moindre bien immobilier dans la commune et qu’il fait faire son vin, chez un vinificateur, Alain Seral, habitant de la commune voisine de Saint-Laurent-du-bois. Là aussi, c’est parfaitement légal, mais le discret romancier, sans doute pour ne pas embêter le consommateur avec trop de détails, se garde bien d’en mentionner l’existence, préférant mettre en avant un château qui n’existe que dans sa fertile imagination.

« J’ai vendu ! La vigne, c’est fini ! »

Comme le prouve ce document, l’appellation Château Miller La Cerda est expirée depuis septembre 2014.

Mais il y a beaucoup mieux encore. Alors que la société créée le 20 juillet 2004 par l’exploitant agricole Alexandre de Miller de La Cerda n’emploie pas le moindre salarié, d’après societe.com, ce qui est curieux pour un propriétaire récoltant, la marque « Château de Miller De La Cerda » est expirée depuis le 10 septembre 2014 et peut être rachetée par n’importe quel quidam. Et pourtant les cuves tournent visiblement à plein régime si l’on en croit le site Internet du propriétaire : 11900 bouteilles en 2010, 9540 en 2012 et 80 hectolitres en 2014, soit environ 10 000 bouteilles. Des rendements qui font sourire quelque peu les agronomes interrogés sur la productivité d’une si modeste parcelle. Mais après tout, si Jésus a réussi à multiplier les pains, on ne voit pas pourquoi le très pieux Alexandre ne réussirait pas à multiplier les bouteilles.

Il existe peut-être une autre explication à cet abandon de marque et cette absence de salarié. Bisque, Bisque, Basque !  s’est fait un plaisir d’interroger l’homme à particules multiples. Gros malaise du noble Alexandre qui s’énerve tout de suite : « J’ai vendu. J’ai tout vendu. La vigne, c’est fini ! » Avant de raccrocher quand on lui demande à quelle date il a cédé ce bien dont il s’enorgueillit. Une réponse que le service de la publicité foncière s’empresse de nous donner. « La transcription nous est parvenue en 2010, donc cette vigne a été vendue en 2009 ». Voilà donc sept ans que notre chroniqueur à l’imagination débordante ne possède plus un cep de vigne, ce qui ne l’empêche pas de continuer à venir avec des caisses de vin, les dernières datées de 2014. Et l’on dira après ça que Dieu ne fait plus de miracles…

Le vin virtuel, c’est le meilleur !

Grande parade avec le sommelier de l’Hôtel du Palais et l’ancien maire de Biarritz Didier Borotra.

Lorsque des clients contactent cette semaine ce brave Alexandre en se disant intéressés par l’achat de quelques caisses, ce grand pudique se garde bien de leur dire qu’il a vendu ses vignes et leur sort le grand jeu. Le millésime 2014 ? « La robe est soutenue, couleur pourpre avec des reflets rubis – Nez net et intense, avec des notes de bourgeon de cassis frais et des nuances toastées discrètes. Bouche ronde en attaque, portée par des tanins plus musclés en finale et sur des arômes frais de crème de mûre. – Notre chai (à Saint-Martial près Sauveterre de Guyenne) a été entièrement rénové il y a trois ans : doublement de la surface, nouvelles cuves de vinification dont l’une enterrée, mise aux normes de l’exploitation du point de vue environnemental : installation de cuves d’évacuation enterrées pour les eaux usées, etc. » Voilà qui fait rêver, mais le souci, c’est qu’il n’existe pas le moindre chai à Saint-Martial selon la mairie.

Alexandre ne va pas s’arrêter à des détails aussi triviaux et pour faire rêver un éventuel chaland, reconnaissons qu’il affiche un talent sans pareil. « Lors de la sélection opérée en novembre 2013 par Decanter’s, notre vin a été retenu parmi les meilleurs bordeaux supérieurs, puis il a été primé au Decanter World Wine Awards – Notre vin est à la carte de restaurants étoilés Michelin (Cheval Blanc, Frères Ibarboure, etc., et d’établissements de la chaîne Châteaux & Relais. Il vient d’intégrer la carte du restaurant Azak de Saint-Sébastien (trois étoiles, sacré un des dix meilleurs restaurants au monde). Il est servi dans des manifestations de prestige, en particulier le bal des débutantes à l’hôtel Grosvenor House de Park Lane à Londres sous la présidence de la princesse de Kent (cousine de la Reine). » Et tout ça pour 99 euros la caisse de douze bouteilles, expédition comprise à partir de deux caisses… Ce n’est plus de la viticulture, c’est de l’apostolat !

Ce serait donc vraiment dommage de s’en priver, comme il serait dommage que le conteur La Cerda, vigneron sans vigne, nous prive de ses explications sur son rôle exact dans la production du Château Miller La Cerda. Un homme aussi pieux ne saurait mentir et Alexandre va donc se faire un plaisir de nous dire s’il achète son vin en coopérative et colle lui-même l’étiquette sur la bouteille, ce qui demande une dextérité manuelle certaine, ou si c’est pour ne pas faire de peine aux amateurs de grands bordeaux qu’il continue sur son site à se faire passer pour un propriétaire-récoltant ? Débordé sans doute par tous ses clients à servir, Alexandre de La Cerda n’a pas eu le loisir de répondre encore à nos questions (voir le document en fin d’article), mais il ne fait nul doute que nous saurons bientôt tout sur la confection de ce petit joyau en bouteille.

Comme Alexandre l’écrit joliment, le Château Miller La Cerda est un « vin d’auteur ». Un vin d’auteur de fiction, alors.

 

Le mail adressé à Alexandre de La Cerda et resté sans réponse

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Delambre, le surdoué tranquille

delambre-01Si de mes seize années passées au Canard enchaîné, je ne devais retenir qu’un trio, ce serait trois dessinateurs. Cabu, l’irremplaçable, pour sa gentillesse, son humanisme et son pacifisme ; Wozniak pour sa façon déjantée d’aller son chemin sans s’occuper des modes du moment ; Jean-Michel Delambre, enfin, l’homme aux talents multiples.

Un journaliste qui écrit bien, ce n’est pas si courant. Un illustrateur qui vous entraîne immédiatement dans son univers, c’est rare. Un dessinateur qui suscite le rire dans la seconde, encore plus. Au Canard, très souvent les jeux de mots contenus dans les dessins proposés par l’ancien prof de français Delambre sont si irrésistibles qu’ils sont piqués par la rédaction en chef et incorporés dans les articles, tandis que le crayonné déshabillé finit dans un carton. La rançon du talent! C’est pour cette raison que Jean-Michel Delambre, en plus de dessiner, est devenu le « Monsieur titre » du Canard enchaîné et qu’il est le plus souvent le responsable du bandeau de première page qui chaque mercredi vous fait tordre de rire.

delambre-04Auteur de nombreux recueils de dessins politiques comme Les années Sarkostiques, Delambre écrit aussi bien pour les enfants avec Le carnaval des amis mots que pour les adultes. Avec Fin, Nouvelles d’avant l’Apocalypse, c’est tout l’univers grinçant de cet homme en apparence si gentil qui surgit. Et, chez ce natif du Nord, qui était venu à Biarritz à l’occasion du Salon du Livre 2011, il y a du Roland Topor, cet emblématique artiste des années soixante-dix, aussi à l’aise lorsqu’il dessinait pour Hara Kiri que lorsqu’il rédigeait Four roses for Lucienne.

Nouveaux monstres façon Delambre

Avec sa plume, Delambre va à l’essentiel pour capter la grâce d’un instant. Lors de ce premier amour adolescent, vécu pendant la seconde guerre mondiale « la plage se barricadait, les rêves se barbelaient pour longtemps. » Et pour cet homme qui va régulièrement voir sa mère en maison de retraite, « il voudrait qu’elle se voie dans ses yeux à lui qui commencent à s’embuer. Miroir, mon beau mouroir ! » Observateur, « il connaît tous les rites de l’établissement. Bientôt, on les alignera dans l’attente du souper, comme pour un départ de grand prix automobile ». Amoureux éperdu de la Corse, Delambre, au beau milieu d’une sombre histoire de tournante, sait prendre le temps de regarder : « La Corse où je retournerai un jour, avec l’espoir que la mer trop bleue me lessive l’âme et le corps. Marcher et nager à ses côtés et lui montrer, au loin, les aiguilles de Bavella qui transpercent le mauve des nuages. Et l’île de Pinarello, comme un marque-pages inséré entre mer et ciel. »

delambre-02… Sans illusion sur la nature humaine, Delambre invente aussi un héros parti chercher des secours et tenté en chemin d’abandonner définitivement celle qu’il aime dans le ravin où elle a chuté. Sans oublier ce chef d’œuvre de subtile cruauté intitulé « La Nuit porte conseil », avec un spécialiste de l’autodéfense qui s’enorgueillit d’un jardin étonnant et qui offre aux pandores du cru des citrouilles exceptionnelles.

Avec « Fin, Nouvelles d’avant l’Apocalypse », Delambre nous offre un catalogue revisité de ces « Nouveaux monstres » qu’avaient imaginé en 1977 les cinéastes Dino Risi et Ettore Scola et c’est totalement bluffant. Quel dommage qu’une chronique hebdomadaire, en plus de ses dessins, ne lui soit pas confiée au Canard enchaîné ! il donnerait des complexes à tous les monotâches qui se contentent d’agiter leurs petits doigts sur le clavier de leurs ordinateurs.

« Fin, Nouvelles d’avant l’Apocalypse », Jean-Michel Delambre, les éditions L’Harmattan, 140 pages, 15 €.

Pour mieux appréhender son impressionnant éclectisme :

https://www.delambre-cartoon.com/

 

 

 

Un BO aussi gris que son maillot

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Défense en porte de saloon pour le BO qui va encaisser cinq essais face à Dax (Photo Sud Ouest)

Gris, c’est gris ! La consternation était telle en ce lundi, que ce soit aux Halles ou au « Txik Txak » de Soso Puleoto, que l’on n’a guère envie d’en rajouter. Le BO nous avait promis monts et merveilles pour son déplacement à Dax. Et au final un score de 41 à 16, avec cinq essais marqués par les diables rouges contre un seul pour les maillots gris de Biarritz. Cette équipe semble tellement en plein mal être, tellement empruntée avec sa façon de faire tomber systématiquement les ballons, qu’elle paraît davantage avoir besoin du divan d’un psy que d’un entraîneur façon David Darricarrère. Qui peut encore croire en une qualification, en avril 2017, pour les phases finales ?

Koxka manque de couleur

Autre sujet d’étonnement, le jeune comédien qui habite la peluche Koxka, les jours de match à Aguilera, était présent dans les tribunes à Dax, mais visiblement il n’a pas l’autorisation de se produire lors des matches à l’extérieur. Une question d’argent, probablement. Personne ne s’en plaindra, tellement ses prestations jusqu’à maintenant ont été peu convaincantes, mais il est dommage que les joueurs, lors de déplacements aussi proches, soient si peu encouragés. Où est le temps où Géronimo mettait le feu dans les stades, lors des matches à l’extérieur ? À propos de Koxka, Bisque, Bisque, Basque !  n’en est toujours pas revenu de ses trouvailles en fouinant sur le site du BO (http://www.bo-pb.com/). Lorsqu’on clique sur la rubrique Koxka – oui, elle existe ! -, on trouve en tout et pour tout … trois dessins à colorier. Étonnez-vous après cela que le BO, tout comme sa mascotte, donne le sentiment de manquer de couleurs !

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En tout cas, on espère que le « créatif » qui a inventé cette rubrique destinée à faire rêver tous les fanatiques du rugby, va être grassement payé. Et qu’il va devenir partie prenante des entraînements du BO pour transmettre un peu de sa débordante imagination aux joueurs.

Géronimo, l’homme libre

dax-bo-rabagnyEt pendant ce temps, Géronimo, alias Robert Rabagny, honteusement chassé du BO en 2015 et de la mairie de Biarritz en 2016, continue à penser et à agir comme un homme libre, et à faire ce qu’il a envie. En République, on a le droit de venir habillé comme on veut au stade. Et même si on est seul, on a le droit d’emprunter le sentier de la guerre pour soutenir son cher BO, particulièrement mal en point en ce moment. Robert Rabagny, qui n’est jamais aussi bon que lorsqu’il n’en fait qu’à sa tête, a donc décidé de ressortir de l’armoire son costume d’indien et de venir encourager des tribunes son cher BO, comme il l’a fait hier à Dax. Et pas de gris dans son costume de guerre, du rouge, du blanc, et un amour du maillot incomparable. Ah, si seulement les joueurs savaient s’inspirer de cet homme libre et convaincu ! Ah si seulement Koxka réussissait à capter le dixième de sa flamme !

L’éviction méritée de Cécile Duflop

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Battue dès le premier tour de la primaire des Verts, Cécile Duflot ne trouvera sans doute pas grand monde pour la regretter.

C’est l’histoire d’un naufrage personnel et collectif, l’histoire d’un réel talent qui a troqué ses convictions politiques contre un plat de lentilles, même pas bios. À 41 ans, Cécile Duflot, qui avait passé son tour en 2012, en laissant sa place à Éva Joly, avait toujours dit qu’elle serait de la partie présidentielle en 2017. Les maigres électeurs ayant participé à la primaire des Verts (à peine 12 000, soit 0,02% de la population française !) l’ont sèchement renvoyée dans ses foyers dès le premier tour, lui préférant Yannick Jadot et Michèle Rivasi.

Et ce qui est fascinant dans cette trajectoire météorique – elle est devenue secrétaire nationale des Verts en 2006 -, c’est de voir à quel point la politique peut être un raccourci d’existence, avec des hauts et des bas vertigineux.

Au départ, une fille sympa qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui plaît aux Français. Cécile Duflot n’a pas fait les grandes écoles et sa différence, son sens pratique s’entendent. Cette jeune mère de famille qui a trois enfants et vit avec le frère de Bertrand Cantat, a été écrivain public à la prison de la Santé et travaille comme urbaniste dans un groupe immobilier de Créteil spécialisé dans le logement social. Douée de dérision, elle dit d’elle-même qu’elle possède « un charisme d’huître », ce qui ne l’empêche pas d’être réélue avec 70% des suffrages en 2008.

Quand l’huître se prend au sérieux…

Malheureusement à force d’être cajolée par les politiques qui annexeraient bien volontiers les suffrages verts et d’être sollicitée par les médias qui voient en elle une « bonne cliente », l’huître va finir par se prendre au sérieux. Avec Jean-Vincent Placé, le Mazarin des Verts, elle va se lancer dans des manœuvres qui vont totalement discréditer son parti. Un parti qui a cruellement besoin d’argent, ce qu’a bien compris le renard socialiste. Si Hulot se présente à la présidentielle de 2012, le vainqueur de la primaire socialiste François Hollande, risque d’en pâtir. Cécile Duflot et les gros malins du PS vont donc bâtir un programme d’échanges que l’on pourrait appeler « Candidat fantôme contre groupe parlementaire ».

Et c’est ainsi que la très respectable juge Éva Joly, une candidate parfaite pour ne pas faire d’ombre au candidat socialiste puisque, même quand elle parle en français on croit que c’est du norvégien, va recueillir 2,31% des voix au premier tour de la présidentielle de 2012.

Duflot et Placé savaient parfaitement qu’ils envoyaient leur candidate au massacre, mais peu leur importait. En échange de leur « sagesse » aux présidentielles, le PS leur avait gardé des circonscriptions imperdables aux législatives, ce qui a permis à Europe Ecologie Les Verts (EELV), avec 17 députés élus, de constituer un groupe parlementaire. Et d’obtenir l’argent et les avantages qui vont avec.

Au revoir, Cendrillon !

Même duplicité lors de la composition du premier gouvernement Ayrault, avec une Cécile Duflot nommée ministre du Logement et le très anonyme Pascal Canfin qui devient ministre délégué au Développement. Hollande et Ayrault se sont bien gardés de propulser Cécile Duflot à l’Écologie. Grisée sans doute par la pompe et les ors ministériels, on n’entendra plus Duflot, tandis que son ex-compagnon Jean-Vincent Placé, resté à la porte, dira tout le mal qu’il pense de ce gouvernement. Miracle : depuis qu’il a été nommé secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État, en février 2016, Jean-Vincent Placé trouve ce gouvernement très bien et on ne l’entend plus. Tandis que Cécile Duflot, qui a quitté le gouvernement, cherche à faire croire qu’elle est devenue une opposante de premier plan. Avec le succès que l’on sait.

S’il ne s’agissait de l’écologie, d’une cause qui devrait être prioritaire dans tous les programmes politiques et non d’une simple variable d’ajustement pour faire le plein des voix, on serait presque tenté de sourire.

Quant à Cécile Duflot, qui a dû lire enfant l’histoire de Cendrillon, elle aurait dû se rappeler que le carrosse redevient citrouille passé minuit. On lui souhaite une vie heureuse et beaucoup de joies professionnelles dans le bureau d’urbanisme qu’elle ne va pas manquer de réintégrer.

Parce que, franchement, au vu de ce qu’elle a montré comme duplicité et absence de convictions pendant ces dix dernières années, on n’a guère envie de la revoir sur l’estrade politique.

Discrétion de rigueur

Les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! sont loin d’être idiots. Ils comprendront sans doute très vite pour quelle raison ce blog ne fera pas le moindre commentaire sur le renvoi devant le tribunal correctionnel de Didier Borotra, le 31 janvier prochain, pour prise illégale d’intérêts. Françoise Pautrizel, l’ex directrice de la Cité de l’Océan est convoquée pour complicité et Sophie Borotra pour recel de prise illégale d’intérêts (sudouest.fr, 18/10).

C’est promis, nous assisterons à l’audience prévue et nous nous ferons alors un plaisir de tout vous raconter, preuves à l’appui.

Pour mémoire, l’article publié par Sud Ouest, sous la plume de Muriel Bonneville, le 7 février 2015.

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

Nicolas Sarkozy, le président calme et paisible dont rêvent tous les Français pour 2017…

Rencontre inopinée avec un maire de la Côte basque pour qui j’éprouve beaucoup d’estime : « Il faut absolument aller voter à la primaire de la droite pour nous aider à nous débarrasser de Sarkozy ». Même raisonnement chez un couple d’amis de gauche : « Aucun doute possible pour nous, on participera à la primaire de droite. Parce que l’idée d’avoir un deuxième tour Nicolas Sarkozy-Marine Le Pen est insupportable ».

L’ex Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui roule pour Alain Juppé, ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque « une élection présidentielle à quatre tours » Et pour ceux qui ont aussi une sensibilité de gauche et des sympathies pour l’écologie, ça devient une élection à huit tours ?

Aucune raison d’aller voter à la primaire de droite

Je déteste Nicolas Sarkozy, ses vantardises permanentes, son opportunisme idéologique, et son mépris de la loi quand ses intérêts personnels sont en jeu. Il est à mes yeux le pire président de toute l’histoire de la France et je trouve difficile de lui pardonner d’avoir accepté de l’argent de Kadhafi en 2007 pour financer sa campagne électorale (lire à ce sujet les excellents articles de Médiapart), de l’avoir laissé installer sa tente dans les jardins de l’hôtel Marigny, avant de le faire assassiner en octobre 2011. Et si par malheur les Français avaient le choix au deuxième tour de l’élection présidentielle entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, je resterais insensible aux appels républicains de la droite et je voterais blanc, tellement je ne veux ni ne peux établir de distinguo entre l’original et la copie.

Mais malgré toutes ces perspectives peu réjouissantes, en aucun cas je n’irai voter à la primaire de la droite, pour trois raisons au moins.

– On ne peut pas déplorer les petites manœuvres des politiques, privilégiant leurs intérêts du moment avant leurs convictions et… faire de même en tant que citoyens. Signer une charte affirmant : « Je partage les valeurs républicaines de la droite et du centre » me révulse, et tout autant l’idée de donner deux euros à un parti qui compte encore plus de ringards au mètre carré que la gauche.

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– Avec des élections nationales ou régionales où le taux de participation n’arrive pas toujours à atteindre la moitié des électeurs inscrits, il ne me semble pas judicieux de multiplier les scrutins.  Les classes aisées – et politisées ! – se mobilisent pour les primaires, tandis que la majorité de la population s’en contrebalance totalement et ne voit pas l’intérêt de dépenser de l’argent et, éventuellement en province, de faire un long trajet pour ce vote. On en arrive donc à un résultat totalement anti-démocratique où une élite choisit les candidats pour lesquels le bon peuple devra se prononcer.

Une droite haineuse qui rêve de précarité pour tous

– Vous vous souvenez comment, en 2002, nous nous sommes tous mobilisés pour que Chirac soit élu face à Jean-Marie Le Pen. Est-ce que Chirac a tenu compte ensuite des votes de gauche dans la politique qu’il a menée ? Nullement ! Le débat de jeudi a confirmé ce que nous savons tous : si le PS est en état de quasi mort cérébrale, le parti Les Républicains est en décomposition avancée. Aller voter aux primaires de droite, c’est cautionner cette droite haineuse qui rêve de finir le massacre entrepris par Valls sur le code du travail, en instaurant la précarité pour tous, sauf pour les grands patrons. Que ce parti accouche au terme du processus des primaires d’un Nicolas Sarkozy, meilleure chance de victoire de la gauche, ou d’un Alain Juppé, à peu près aussi moderne qu’une De Dion-Bouton participant au Salon de l’Auto 2016, m’importe en définitive peu.

La droite aura le candidat qu’elle mérite et ne se gênera pas ensuite pour prendre en otages les citoyens de gauche ou de centre-gauche qui auront participé aux primaires.

Pour toutes ces raisons, les primaires, avec le dévoiement politique qu’elles impliquent, me paraissent d’une imbécillité sans nom. Imagine-t-on, en 1987, le Président François Mitterrand se soumettre à l’exercice des primaires avant de se représenter en 1988 ? Mais lui, contrairement à l’actuel Président de la république, savait parfaitement habiter la fonction présidentielle. C’est à chaque parti de prendre ses responsabilités et de désigner en bureau fermé son candidat sans se lancer dans ce grand barnum médiatique, antidémocratique et sans intérêt.

Et qu’on ne vienne pas me dire que les primaires sont modernes, puisque les États-Unis les appliquent depuis des décennies. Un système qui accouche, comme candidats ultimes de Donald Trump et d’Hillary Clinton ne peut que prêter à sourire… Ou à pleurer !

Lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/14/primaire-de-droite-le-bal-des-ringards-13/

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité… (2/3)

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Quoi que fasse Hollande, ça finit toujours par lui tomber dessus…

Au temps où François Hollande régnait en maître rue de Solférino et où ses amis socialistes rivalisaient de surnoms aimables à son égard, « La fraise des bois », « Le culbuto », « Monsieur petites blagues », il ne serait venu à personne l’idée de contester au Premier secrétaire du parti socialiste un réel talent dans ses relations avec les journalistes, et pas uniquement avec Valérie Trierweiler.

Il faut croire que l’atmosphère de L’Élysée est devenue bien mortifère pour que, dans ce domaine comme dans tous les autres, notre bon François cumule les déconvenues. Arrêtons-nous tout d’abord sur ces soixante-et-un rendez-vous accordés à Fabrice Lhomme et Gérard Davet, comme si le fait était exceptionnel. De tous temps les journalistes ont assidûment fréquenté l’Élysée. La seule différence avec le précédent quinquennat, c’est que sous Sarkozy, Patrick Buisson et consorts avaient bureaux et ronds de serviette à l’Élysée et que François Hollande a eu le bon goût d’épargner les deniers de l’État en allant dîner chez ses interlocuteurs.

Le syndrome Nafissatou Diallo ?

Mais, à la lecture de « Un président ne devrait pas dire ça », on reste confondu devant la collection de vacheries inconscientes adressées aussi bien aux magistrats qu’aux footballeurs par celui qui se qualifie lui-même de « spectre de l’Élysée », alors qu’il devrait être le rassembleur de tous les Français. Et l’on a un petit sourire de pitié en écoutant ses laborieuses explications sur les « sans dent » ou ses rodomontades sur son « courage ». C’est même à se demander si l’agréable François Hollande – frappé par le même syndrome destructeur que DSK avec Nafissatou Diallo ? – n’a pas laissé parler son inconscient en provoquant une crise pour éviter d’avoir à se représenter.

Car soyons clair, lorsqu’un président de la République s’invite à la table d’un journaliste qui sait qu’il va bénéficier d’une façon ou d’une autre des confidences qui vont lui être faites, l’homme d’état est tout à fait en mesure de poser ses conditions et de déterminer si l’entretien est « on » ou « off ».

Les rétropédalages forcenés de son dernier carré de fidèles, de Frédérique Espagnac à Jean-Marie Le Guen, affirmant que le président n’était pas au courant de la sortie du livre, montrent bien un président qui ne maîtrise absolument plus sa communication. Pas plus que son quinquennat d’ailleurs ! Comme l’affirme le député PS de Seine-Maritime Guillaume Bachelay : « On est plus dans le dépôt de bilan que dans le bilan ».

On nous serine sur tous les toits que Hollande est plus déterminé que jamais et qu’il va se déclarer en décembre pour la prochaine élection présidentielle. S’il avait un tout petit peu de dignité, au vu de son calamiteux quinquennat, au vu de ses ratages dans presque tous les domaines et en particulier dans l’inversion de la courbe du chômage, le « capitaine de pédalo » qui n’est jamais descendu de son frêle esquif pour prendre la barre du paquebot France déclarerait dès maintenant qu’il renonce à un nouveau mandat, au lieu de se complaire dans ces petits jeux politiques qui désespèrent les Français.

Aventure personnelle ou avenir de la gauche ?

Rêvant d’avoir, face à lui, un Nicolas Sarkozy qu’il est persuadé pouvoir écrabouiller à nouveau, François Hollande ne réalise pas qu’il est hors réalité, même si on peut comprendre l’envie d’en découdre du bon bougre Hollande, qui s’est retrouvé dans un costume beaucoup trop grand pour lui, face à une authentique canaille comme Sarkozy, qui a méprisé les lois de la République, aussi bien en 2007 qu’en 2012, en faisant financer sa campagne par de l’argent libyen ou en trichant sur ses comptes de campagne par l’intermédiaire de Bygmalion.

Mais, quand on est obsédé par l’Histoire, tout comme l’était François Mitterrand, on doit sentir quand elle vous donne rendez-vous. Il n’est pas digne de la fonction présidentielle de se laisser aller à des petites phrases, pas plus qu’il n’est envisageable d’aller montrer ses muscles dans une primaire quand on est un président sortant.

En cédant sa place dès maintenant et en renonçant à se présenter à la présidentielle, François Hollande prouvera que son avenir lui importe moins que l’avenir de la gauche. S’il persiste, il démontrera que seul compte son destin personnel et que la gauche pour lui n’est qu’un colifichet qu’on sort pour les grandes occasions.

Souhaitant vivement la victoire finale d’un candidat de la gauche de la gauche, je ne suis pas fan de Manuel Valls, de sa façon de cajoler les patrons, de ses postures et de cette abomination nommé Loi travail. Mais le Premier ministre a tenu bon dans la tempête et s’est montré d’une loyauté sans faille au président. C’est à Manuel Valls d’aller en découdre face aux autres candidats de la primaire de gauche et, qui sait, de renverser la table électorale face à une droite qui ne rêve que de libéralisme sauvage et d’assassinat des droits des travailleurs…

Allez, François, pour une fois montre-toi à la hauteur et arrête tes manœuvres à deux balles !

 

Demain

Primaires : Tout faire pour pas que Sarkommence ? (3/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/16/primaires-tout-faire-pour-pas-que-sarkommence-33/