Moncla, le preux chevalier de notre enfance

moncla-01Lorsque il chargeait ballon sous le bras et tête haute, le plus souvent flanqué de son fidèle commensal Michel Crauste, le modeste téléviseur familial nous semblait soudain prendre des couleurs et nos héros habituels, Zorro ou Thierry la fronde, faisaient alors bien pâle figure à côté de cet aristocrate du ballon ovale. C’était l’époque où les joueurs internationaux en tournée obtenaient comme pécule de quoi envoyer une carte postale avec son timbre à leur famille, mais « ce que l’on reçoit à l’âge de vingt ans en termes de rencontres humaines, d’expériences sociales nouvelles, est bien plus précieux que toutes les enveloppes. Partout, aujourd’hui dans les grands clubs, il faudrait faire échec à la trivialité, élever le gamin dans l’honneur de porter la même cravate que les anciens ».

Un discours que pourraient tenir bien des vieux cons du rugby actuel, mais qui correspond profondément aux valeurs humaines d’un homme formé à l’école des électriciens de Gurcy, avant de devenir moniteur au moment même où il jouait pour le Racing Club de France. Handicapé par son « anglais de palombière », ce natif de la vallée d’Ossau sera de la mythique tournée de 1958, sous les ordres de Lucien Mias et jouera un rôle majeur dans la victoire historique contre les monstrueux Sud-Africains. Mais plus que le rugby pratiqué, ce qui marquera François Moncla c’est l’apartheid et la façon dont les hommes noirs sont traités : « J’en étais arrivé à signer des autographes qu’aux Noirs et pas aux Blancs, tellement j’étais furieux de les voir faire ». Cégétiste, sympathisant communiste, François Moncla prendra même un malin plaisir avec ses coéquipiers, à se faire photographier en tirant des pousse-pousse avec des autochtones noirs sur le siège arrière.

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En compagnie d’Olivier Dartigolles, rencontre avec une lectrice au Stade Piquessary de Boucau.

Capitaine de l’équipe de France après Mias et jusqu’en 1961, champion de France avec Pau en 1964, François Moncla, contrairement à tant de rugbymen qui après avoir pratiqué le sport le plus collectif du monde virent à droite, ne cessera de s’engager pour défendre la cause des plus défavorisés. Et le gamin facétieux de 84 ans ressurgit lorsqu’il raconte l’huissier récemment venu perturber un piquet de grève et sorti manu militari en battant des ailes comme un pantin désarticulé. Des histoires qui l’intéressent visiblement beaucoup plus que le top 14 actuel, même s’il va encore au Stade du Hameau à Pau.

Porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles était donc tout à fait indiqué pour rédiger avec un joli brin de plume cette biographie succulente quoiqu’un peu succincte, qui se termine sur ce constat très lucide de l’ancien troisième ligne : « La société a changé, le rugby a changé, mais l’une comme l’autre sont mis à mal par des principes qui ne sont pas les miens. Je ne suis pas nostalgique mais il n’y aura de solutions que dans un développement harmonieux pour les hommes et pour le vivre-ensemble. J’ai confiance. »

Moncla, un grand monsieur ? Non, un seigneur !

« François Moncla, récits de vie et d’ovalie, Olivier Dartigolles, les éditions Arcane 17, 80 pages, 10 €.

2 réflexions sur “Moncla, le preux chevalier de notre enfance

  1. Quel plaisir de venir voir et écouter François Moncla ce grand Monsieur dans l’antre de Piquessarry…mais aussi quel plaisir de lire les lignes de JYV…qui sait de quoi il parle quand il rend hommage à ce « Seigneur » !!!
    Peio…de Boucau

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