Primaire de droite : le bal des ringards (1/3)

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Cinquante nuances de droite, peut-être, mais une haine commune du démuni, du salarié, du syndicaliste et un amour sans limite pour le patronat et la finance…

On ne remerciera jamais assez les sept candidats à la primaire pour le bonheur qu’ils ont apporté à tous les gauchers contrariés qui souffrent depuis 2012 d’avoir mis un bulletin en faveur du François-le-benêt qui nous dirige. « Je m’estime peu quand je m’examine, beaucoup quand je me compare » affirmait Auguste de Villiers de l’Isle-Adam, dans ses bien nommés Contes cruels.

Si quelques désespérés de la gauche étaient avant l’émission momentanément tentés par une incursion à droite, nul doute que les cent cinquante minutes de pompeuses platitudes débitées, jeudi soir sur TF1 par la bande des sept ringards les auront définitivement détournés de ce projet.

Avec un Bruno Le Maire réactionnaire à souhait dont la seule modernité consiste à ne pas porter de cravate, un Alain Juppé pontifiant et redoutant la gaffe, une Nathalie Kosciusko-Morizet cramponnée à son joint de cannabis dépénalisé dans sa pathétique course à la modernité, un Sarko toujours plus agité et toujours plus convaincu d’être une victime de tous, un Jean-François Copé décidé à incarner à lui tout seul les douze salopards réunis et un François Fillon, capable d’endormir un congrès de notaires, on a parfois l’impression d’avoir affaire à la droite la plus bête du monde. Preuve de la faiblesse du casting, c’est le très à droite Frédéric Poisson, grand militant anti-mariage pour tous et pourfendeur de l’islam qui retient l’attention, ce qui situe le niveau.

Identité heureuse façon Juppé

Dans ce show pathétique où chacun dispose d’une minute pour répondre, ce qui est largement suffisant pour un buteur de Top 14 au moment de la transformation, mais peut-être un peu sommaire pour quelqu’un qui s’imagine un jour diriger la France, ce sont finalement les points communs entre toutes ces nuances de droite, beaucoup plus que les divergences, qui ont frappé le téléspectateur. Car lorsqu’il s’agit de fustiger les salariés, ces fainéants, ces profiteurs, ces assistés, tous se retrouvent, ont soudain l’œil qui luit et promettent d’en découdre.

Un mot, un seul, sur les patrons voyous ou exploiteurs ? Sûrement pas ! Sur ceux qui pratiquent l’évasion fiscale ? Toujours rien ! Sur les banques qui vont prochainement nous envoyer à nouveau dans le mur ? Ne soyons pas obscènes !

Et qu’est-ce qu’ils nous promettent ces beaux messieurs et cette belle dame pour 2017 ?

Un impôt unique à 23,5% (NKM), la suppression de l’ISF (tous ou presque) et autres risettes fiscales pour les plus riches. Et pour les salariés, pour ces nouveaux-pauvres qui n’arrivent pas à survivre malgré leur travail ? Le passage aux 39 heures sans contrepartie pour presque tous grâce à des accords d’entreprise où les plus mal défendus ne pourront qu’opiner, la suppression de 500 000 emplois de fonctionnaires et de 400 000 emplois aidés pour Bruno Le Maire, ou pour Alain Juppé, qui doit sans doute classer cette mesure dans la rubrique « L’identité heureuse », la limitation à deux mandats pour les délégués syndicaux et l’obligation de consacrer 50% de leur temps de présence au travail. Un programme que les politiques devraient s’appliquer d’abord à eux-mêmes, car, s’ils se limitaient à deux mandats et allaient de temps en temps faire un tour dans la vraie vie en quittant les ors ministériels, ils diraient moins de bourdes à la télévision.

Oui, décidément, il y a des soirs où on est heureux d’être de gauche !

Demain

Primaire de gauche : Si Hollande avait un peu de dignité (2/3)

https://jeanyvesviollier.com/2016/10/15/primaire-de-gauche-si-hollande-avait-un-peu-de-dignite-23/

Moncla, le preux chevalier de notre enfance

moncla-01Lorsque il chargeait ballon sous le bras et tête haute, le plus souvent flanqué de son fidèle commensal Michel Crauste, le modeste téléviseur familial nous semblait soudain prendre des couleurs et nos héros habituels, Zorro ou Thierry la fronde, faisaient alors bien pâle figure à côté de cet aristocrate du ballon ovale. C’était l’époque où les joueurs internationaux en tournée obtenaient comme pécule de quoi envoyer une carte postale avec son timbre à leur famille, mais « ce que l’on reçoit à l’âge de vingt ans en termes de rencontres humaines, d’expériences sociales nouvelles, est bien plus précieux que toutes les enveloppes. Partout, aujourd’hui dans les grands clubs, il faudrait faire échec à la trivialité, élever le gamin dans l’honneur de porter la même cravate que les anciens ».

Un discours que pourraient tenir bien des vieux cons du rugby actuel, mais qui correspond profondément aux valeurs humaines d’un homme formé à l’école des électriciens de Gurcy, avant de devenir moniteur au moment même où il jouait pour le Racing Club de France. Handicapé par son « anglais de palombière », ce natif de la vallée d’Ossau sera de la mythique tournée de 1958, sous les ordres de Lucien Mias et jouera un rôle majeur dans la victoire historique contre les monstrueux Sud-Africains. Mais plus que le rugby pratiqué, ce qui marquera François Moncla c’est l’apartheid et la façon dont les hommes noirs sont traités : « J’en étais arrivé à signer des autographes qu’aux Noirs et pas aux Blancs, tellement j’étais furieux de les voir faire ». Cégétiste, sympathisant communiste, François Moncla prendra même un malin plaisir avec ses coéquipiers, à se faire photographier en tirant des pousse-pousse avec des autochtones noirs sur le siège arrière.

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En compagnie d’Olivier Dartigolles, rencontre avec une lectrice au Stade Piquessary de Boucau.

Capitaine de l’équipe de France après Mias et jusqu’en 1961, champion de France avec Pau en 1964, François Moncla, contrairement à tant de rugbymen qui après avoir pratiqué le sport le plus collectif du monde virent à droite, ne cessera de s’engager pour défendre la cause des plus défavorisés. Et le gamin facétieux de 84 ans ressurgit lorsqu’il raconte l’huissier récemment venu perturber un piquet de grève et sorti manu militari en battant des ailes comme un pantin désarticulé. Des histoires qui l’intéressent visiblement beaucoup plus que le top 14 actuel, même s’il va encore au Stade du Hameau à Pau.

Porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles était donc tout à fait indiqué pour rédiger avec un joli brin de plume cette biographie succulente quoiqu’un peu succincte, qui se termine sur ce constat très lucide de l’ancien troisième ligne : « La société a changé, le rugby a changé, mais l’une comme l’autre sont mis à mal par des principes qui ne sont pas les miens. Je ne suis pas nostalgique mais il n’y aura de solutions que dans un développement harmonieux pour les hommes et pour le vivre-ensemble. J’ai confiance. »

Moncla, un grand monsieur ? Non, un seigneur !

« François Moncla, récits de vie et d’ovalie, Olivier Dartigolles, les éditions Arcane 17, 80 pages, 10 €.