Rabagny et compagnie le 9 décembre

Soirée hommage pour l’homme qui a enchanté Biarritz pendant plus de 35 ans…

invit_rabagnyHuit cent euros nets par mois, voilà ce que touche actuellement l’homme qui a tant fait pour Biarritz ! Chiffrera-t-on un jour l’argent que Robert Rabagny a fait gagner à Biarritz avec les événements qu’il a organisés pendant plus de trente-cinq ans ? Les grandes gueules sont souvent les plus pudiques quand il s’agit d’eux-mêmes, et il est clair que l’appât du gain n’a jamais été le moteur de l’animateur Rabagny, qui a exprimé de façon si singulière son immense amour pour sa Ville. Mais de là à se retrouver si bas…

« Monsieur Biarritz Bonheur » n’est pas seulement une biographie d’un personnage emblématique de cette ville, mais aussi un cri de colère de l’auteur contre les bassesses subies par Robert sans se plaindre, que ce soit sous Borotra ou sous Veunac. En 2014, la conjuration de médiocres propulsée à la mairie a décidé de se payer l’arrogant petit employé municipal qui a eu l’outrecuidance de soutenir Max Brisson pendant les élections municipales. Tous ceux qui n’ont jamais quitté le confort de leur douillet intérieur pendant les fêtes de fin d’année ont commencé par lui imposer de pointer quatre fois par jour (Demande-t-on au Père Noël de pointer ?). Puis on lui a refusé d’organiser Halloween – « Le Jardin public doit être réservé à la promenade des Biarrots ! » – avant de lui piquer sans vergogne ses idées. Pendant ce temps, au BO, on chassait sans état d’âme et sans même une cérémonie d’hommage la première mascotte du rugby professionnel, l’infatigable Géronimo, plus en odeur de sainteté politique, qui incarnait si bien le club. Et quand il est revenu au stade, on l’a encadré de deux agents de sécurité pendant tout le match.

Bassesses en séries

geronimo-001Puis on lui annonce qu’un comédien professionnel va être engagé à sa place pour Noël. Deux ans déjà que la nouvelle barbe blanche se contente de parader dans le petit périmètre des vanités de la Ville, en ignorant tous les quartiers périphériques que Robert avait à cœur de visiter !

Et quand l’homme, révolté par tant d’injustice, part en dépression et doit être hospitalisé, on lui propose de prendre une retraite anticipée pour raisons médicales. Le problème, c’est que Robert pour mieux pouvoir organiser les grandes compétitions de surf que tout le monde regrette a souvent pris des semaines, voire des mois à son compte. Il lui manque donc pas mal de trimestres pour prétendre à une carrière pleine et son éviction, à quatre ans de l’âge légal de la retraite, complique terriblement ses affaires.

Était-on vraiment obligé de le mettre sous les ordres de Claverie, alors que Peio et Robert ont du mal à se supporter ? Était-il nécessaire de le harceler systématiquement ? Ne pouvait-on pas, compte tenu de tout ce qu’il a apporté à Biarritz, lui demander de continuer à faire ce qu’il faisait si bien auparavant, jusqu’à l’âge légal de son départ, dans quatre ans. Voilà pourquoi Robert, mis en retraite d’office pour raisons médicales (Logique : à force de brimades, on rend malade quelqu’un et ensuite on le jette… puisqu’il est malade !) se retrouve actuellement avec huit cents euros de revenus par mois. Est-ce vraiment normal ?

Et vous découvrirez sans doute bien d’autres bassesses à la lecture de « Monsieur Biarritz Bonheur ». Décidé à se marier en 2014, Robert rêvait d’arriver à la marie avec le blazer officiel du BO, un blazer que le club lui a toujours refusé. C’est finalement Cécillon Puleoto qui lui prêtera le sien, tandis que Serge Blanco, à qui il avait demandé d’être son témoin de mariage, lui fera faux bond avec un cavalier « Je ne veux pas me retrouver dans la merde ». Savez-vous aussi que la médaille de la Ville qui lui avait été solennellement attribuée par Michel Veunac, en avril 2016 à l’occasion de la soirée de clôture de la Maïder Arostéguy Cup, lui a été reprise dans les coulisses par le maire « pour la faire graver ». Les graveurs doivent être rares sur la Côte Basque car sept mois plus tard, Robert n’a toujours pas revu sa médaille. Et l’on pourrait en raconter tout autant quand il était sous les ordres du « monarque » Borotra et que le poste de chef de bassin à la piscine municipale lui passait sous le nez…

Tous au Txik Txak !

Avec son grand copain, Soso Puleoto.

Pour toutes ces raisons, un hommage à cet homme exceptionnel s’impose. J’invite donc tous ceux que Robert a fait rêver à venir le remercier le vendredi 9 décembre 2016, de 18 à 20 heures, au restaurant Le Txik Txak, chez son ami Soso Puleoto. Et j’espère que pour une fois les Bayonnais, les Basques de l’intérieur et tous ceux qui aiment sa vision du rugby et son sens de la fête oseront s’aventurer jusqu’au parking d’Aguilera où se trouve le restaurant de l’ami Soso.

Bien entendu, vous pourrez vous faire dédicacer sa biographie (aucune obligation d’achat de votre part !), mais aussi boire un verre et admirer une exposition photos retraçant toute sa carrière. N’est-il pas plus que temps de rendre hommage à Robert et de marquer par notre présence notre désapprobation pour ce que on lui a fait subir ?

Personne ne sera chassé s’il vient saluer Robert sans avoir prévenu. Mais, pour des raisons de logistique, merci de me passer un petit mail si vous êtes sûrs de venir, en me disant combien vous serez. Vous nous simplifierez grandement l’organisation.

Mon mail : jeanyvesviollier@gmail.com

 La moitié des droits d’auteur pour Robert

Des actes plutôt que des paroles ! Les deux ans passés à fréquenter Robert m’ont convaincu de son altruisme et de sa générosité. J’ai donc décidé de partager avec lui  les droits d’auteur du livre, ce qu’il a eu du mal à accepter.

Les sourires en coin d’une Filloniste historique

fillon-martineauSon téléphone n’arrête pas de sonner, les messages de félicitations de pleuvoir, et, depuis une dizaine de jours, ses amis ne se comptent plus. Corine Martineau n’est pas dupe de cette soudaine agitation de tous ceux qui jouent placés. Alors que nous sommes politiquement aux antipodes, ce qui n’empêche pas le respect et la sympathie, il était intéressant d’entendre pourquoi, en 2015, cette militante fervente des Républicains, a choisi le camp de celui qu’on qualifiait alors de « Mister Nobody », avant de devenir le vainqueur-surprise de la primaire de la droite.

– Qu’est-ce qui t’amène à choisir Fillon ?

– « En politique, il n’y a qu’une vérité : le terrain ! J’ai été très intéressée par le tour de France qu’a entrepris François Fillon pendant trois ans. Et encore plus quand j’ai découvert qu’à chaque visite, il se tournait vers des gens de la société civile pour obtenir des remontées d’informations et effectuer un vrai travail de fond.

– Quelles sont les personnalités connues qui partagent ton engouement d’alors ?

– Je suis seule sur Biarritz et à part le maire d’Anglet, Claude Olive, les soutiens à Fillon sont plutôt discrets. Tous les Républicains sont Sarkozystes avant de devenir Juppéistes et j’ai droit à des plaisanteries répétitives comme « Fillon ne passera jamais. Il a raté le coche. »

– Tu as cru en lui dès le début ?

Au sommet de la Rhune.

– Je ne vais pas refaire l’histoire maintenant que c’est facile. Je ne pensais pas qu’il réussirait un score aussi élevé, mais j’ai toujours pensé qu’il allait s’imposer. Lors de la montée de la Rhune en compagnie de ses soutiens (juillet 2016), il nous a fait passer un moment très agréable, manifestant beaucoup d’écoute à chacun et réussissant pendant deux heures à parler tout en grimpant, ce qui démontre une belle condition physique. Son programme, comme son côté humain, m’ont séduit. J’ai pensé qu’il allait gagner car sur le terrain les gens affirmaient en avoir marre des politiques avec des casseroles, refusaient quelqu’un de trop âgé, et souhaitaient malgré tout un candidat expérimenté. Il me semblait qu’il incarnait la synthèse parfaite des attentes des électeurs. Et puis, c’est un chat, il avance sans faire de bruit contrairement à d’autres que l’on peut côtoyer dans la région (Grand éclat de rire).

– Qui vient assez vite te rejoindre dans le soutien à Fillon ?

En janvier 2016, Maïder Arostéguy choisit à son tour Fillon. Tour à tour, nous nous rendons à Paris le rencontrer ainsi que son équipe de campagne. En avril, lors d’un rassemblement des relais territoriaux, je pose une question en annonçant que je suis de Biarritz. Après la réunion, des gens du département des Pyrénées Atlantiques se font connaître. De là est parti le comité de soutien à François Fillon avant que Paris ne me désigne comme présidente du comité de soutien à Biarritz.

– Tout s’est bien passé ?

– Nous avons très bien fonctionné avec Pau et le Béarn. Je suis allée tracter à Orthez et à chaque fois, l’accueil a été très chaleureux. Le terrain m’a confirmé ce que je ressentais. Nous avons tout de même distribué 30 000 journaux. Les politiques n’ont pas encore compris l’importance des réseaux sociaux, où chacun lit de son côté et découvre que des gens pensent comme eux.

– À quel moment, as-tu cru à la victoire possible ?

– Lors du meeting organisé à Biarritz, on a senti que ça basculait. Le journaliste de BFM TV, venu pour la circonstance, m’a même confié : « On ne pensait pas voir ça à Biarritz » Pour lui, c’était une terre définitivement acquise à Juppé.

– Et le soir du premier tour ?

– (Corine lève les yeux au ciel !) Nous étions tous rassemblés à Saint-Jean-de-Luz et quand les résultats ont commencé à être connus, j’ai soudain vu Nathalie Motsch et Patrick Destizon venir me faire un vibrant éloge de François Fillon. Je ne suis pas dupe. Même chose avec les félicitations d’Édouard Chazouillères reçues ce soir-là.

– Et maintenant, quel est le programme ?

– On continue à se mobiliser plus que jamais en vue des présidentielles de 2017. En janvier, on va connaître les investitures pour les élections législatives. Je souhaite que Maïder Arostéguy soit désignée, plutôt qu’un ou une Filloniste de dernière heure. Et si on rétorque que Maïder est depuis trop peu de temps dans notre parti pour obtenir l’investiture, alors, en tant qu’ancienne militante du parti, je poserai ma candidature pour ces législatives.

– Que penses-tu de Bayrou et Macron ?

– Macron, plus jeune plus neuf, va bouffer les voix de Bayrou. Les gens ont besoin de rigueur et d’assurance. Les deux en sont totalement dépourvus.

– Comment vois-tu la primaire de gauche ?

– Je pense que Hollande pourrait sortir vainqueur de cette primaire, s’il se présente. L’autre hypothèse est Arnaud Montebourg car il fait figure d’homme neuf. Je ne crois pas à Valls, votre Sarkozy de gauche, car il est trop clivant.

– Je réalise soudain que tu ne m’as pas parlé de Max Brissson. C’est un hasard ?

– (Grand sourire) Sans doute ! Max va évidemment se rallier au vainqueur de la primaire. Je prendrai Max dans mon équipe pour travailler, s’il est d’accord. »

C’est comme si c’était fait !

Vous pouvez retrouver les points de vue décapants de Corine Martineau sur son Facebook :

(https://www.facebook.com/corine.martineau1)

Drame de la pauvreté : Sarko n’a même plus 2 euros pour voter

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Capture d’écran Pierre WEMEL

On ne mesure pas ce que peuvent représenter deux euros en temps de crise économique. Dans Le journal du Dimanche (27/11) un homme raconte qu’il souhaitait voter au premier et deuxième tour de la primaire de droite mais que cela représente deux repas pour la cantine de sa fille et qu’il ne peut pas se permettre ce luxe.

Autre pauvre nécessiteux, depuis que Mouammar Kadhafi n’est plus en mesure de lui assurer un peu d’argent de poche, l’actuel président des Républicains. Soucieux de discrétion, Nicolas Sarkozy est venu voter avant neuf heures et s’est trouvé fort contrarié de croiser les caméras de BFM TV. Aucun journaliste ne semble pourtant avoir remarqué qu’il se trouve fort démuni quand, après avoir voté, l’une des responsables du bureau de vote lui demande de verser les deux euros prévus pour le scrutin. Témoin d’une splendeur passée, le manteau de l’ex président est bien coupé, mais les poches sont vides. Visiblement, Carla Bruni a serré la vis sur l’argent de poche. Heureusement, dans la file d’attente, une dame touchée par la détresse du petit Nicolas, a sorti deux euros de son sac pour venir au secours du nécessiteux, tandis que le public a du mal à cacher son hilarité. Apercevant les caméras, Sarko, miraculeusement, finira par trouver la pièce requise sans avoir besoin de rançonner sa voisine.

Après Copé et le pain au chocolat low-cost, c’est maintenant le président des Républicains qui ne savait pas que la primaire de droite était payante. Guignol’s band!

Avis de tempête sur le Royal

royal-01Un site qui allie compétence et impertinence et offre des papiers bien écrits, c’est rare ! Ramuntxo Garbisu, directeur d’Eklektica, a accepté d’offrir aux lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! cet article concernant l’éviction de la directrice du cinéma Le Royal, Stéphanie Jaunay, alors qu’une manifestation citoyenne est prévue devant le cinéma, le 28 novembre à 11 heures.

( http://www.eklektika.fr/)

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La directrice du Cinéma Royal (salement) virée,

la ville de Biarritz placée devant ses responsabilités

Mise à pied depuis quelques jours, Stéphanie Jaunay sera fixée sur les raisons exactes qui motivent son éviction du cinéma qu’elle dirige depuis février dernier, ce lundi 28 novembre à 11h fournissant l’occasion aux spectateurs de la ville d’obtenir eux-aussi des explications sur cette décision. Depuis le 17 novembre dernier, elle a dû remettre ses clés, les codes de sécurité et la carte bleue du cinéma art et essai Le Royal de Biarritz, elle a vu son salaire immédiatement bloqué, son arrêt maladie lui permettant tout de même de savourer cette époque actuelle où, heureusement, on ne tond plus les scélérates : engagée comme directrice et programmatrice de l’unique cinéma de la ville depuis février 2016, le sort de Stéphanie Jaunay lui sera notifié ce lundi 28 novembre à 11h30 par l’association Version Originale, présidée par Corine Ospital, lors d’un entretien préalable pour licenciement immédiat.

Elle saura à ce moment-là plus précisément ce qui motive sa mise à pied extrêmement autoritaire « à titre conservatoire », alors que l’exploitation à trois écrans dont elle a la charge progresse normalement au niveau de l’an passé (environ 100.000 entrées), et que les comptes n’attirent l’attention que par le fait que l’association ne les a toujours pas certifiés pour l’année 2015. « Mon sort est jeté, mais je reste claire avec mes idées et mes convictions », confie-t-elle à Eklektika, une affirmation peu différente de l’hommage que lui rendit comme « grande professionnelle » le délégué général du Festival latino de Biarritz Marc Bonduel en septembre dernier, ou bien le cinéaste Benoit Jacquot, invité le 7 novembre dernier, qui la remercia publiquement pour l’opportunité de cette master class de cinéma lors de l’avant-première de son nouveau film « A jamais ».

C’est à cette date-là, dès le lendemain de la venue du réalisateur, que l’histoire s’accélère, par une réunion de travail se transformant en tribunal portant sur une séparation professionnelle à envisager, le grief portant sur une insatisfaction quant à sa programmation, et le procès d’une « rétention d’informations » visant à « fragiliser » le Cinéma avant la fin de cette année. « Mes mails professionnels ont été épluchés », l’idée étant d’y déceler des confidences d’en abattre les murs, et, faute d’y parvenir en produisant des petits mouvements de langue, tout de joie mauvaise, le programme de décembre a été effectué sans elle, sans que ses interlocuteurs habituels dans la distribution n’aient saisi les raisons de ce changement d’interlocuteur (« elle est en arrêt maladie pour 15 jours mais on lui transmet la demande, et elle va vous répondre rapidement », c’est vilain de mentir comme un fils d’évêque, même obligé).

La place que Stéphanie Jaunay a pris dans le paysage culturel de Biarritz, accompagnée de la satisfaction qu’elle a procurée hors des trois salles qu’elle dirige, ne devrait pas être clairement explicitée dans les griefs qui lui seront reprochés lundi prochain, la re-rédaction du projet culturel du Royal étant plus attendue, qui pourrait fournir le Cheval de Troie à présenter à ceux qui douteraient du bien-fondé de cette décision. Dans les faits, la reconduction l’an passé de la délégation de service public pour les six prochaines années ne justifie pas urgemment de le ré-écrire à nouveau, confie-t-elle, mais ce mode de gestion déléguée place désormais la ville de Biarritz devant ses responsabilités. Le 14 novembre, à l’occasion d’une réunion de travail quelques jours avant sa mise à pied, elle a personnellement informé le maire Michel Veunac des menaces qu’elle sentait sur elle, le premier élu de la ville lui confiant son sentiment personnel sans ombrages sur son professionnalisme.

Le Royal tangue salement

Une semaine plus tard, le 21 novembre, la présidente Corine Ospital (que la nature a malheureusement omis de pourvoir en délicatesse et souci d’humilité) a pris soin d’avertir le personnel abasourdi que ce même Michel Veunac entendait « conserver sa confiance » dans l’association, malgré ce contexte délétère. Le charme permanent de cette belle ville balnéaire, peuplée de surfeurs, tient tout entier dans ce paradoxe constant, qui n’apprécie rien de moins que l’idée que ce genre de péripéties ne fasse pas de vagues. L’attitude d’un Ponce Pilate est pourtant insuffisante, quand, dans les textes, cette gestion publique déléguée pointe « une part de risque transférée au délégataire, /…/, de sorte que toute perte potentielle supportée par le délégataire ne doit pas être purement nominale ou négligeable ». Michel Veunac ne peut donc pas se contenter d’arguer d’une simple problématique interne (en adoptant le visage inquiet d’un bon père de famille entendant du chahut dans la chambre d’à-côté).

Privé de sa directrice et programmatrice, le Royal tangue salement, et les spectateurs et citoyens de Biarritz s’en sont émus, qui ont déjà proposé de créer une pétition pour exiger des comptes à cette association fermée (composée uniquement de 15 personnes n’ayant pas la possibilité de prendre part aux décisions d’un conseil d’administration, aussi restreint que l’espoir de voir Donald Trump embrasser un migrant mexicain). Ce lundi 28 novembre à 11h, une manifestation citoyenne demandant des explications est prévue devant le Cinéma Le Royal : Stéphanie Jaunay s’y rendra une demie-heure plus tard, pour cet entretien préalable à licenciement (cette belle formule portant la poésie d’un coup de pied au derrière aussi inéluctable qu’une confrontation fatale avec un python dans une cabine téléphonique d’Indonésie). Face à elle, des sourcils froncés (évoquant immanquablement un débat sur les primaires de droite) ne lui feront pas perdre son sentiment qu’elle n’a « plus rien à perdre », l’avenir de ce cinéma la souciant plus que son seul sort.

Stéphanie Jaunay a tenté de joindre le maire pour lui exposer directement la toxicité de la situation, « j’attends encore, mais j’espère qu’il prendra la peine de me téléphoner ».

Ramuntxo Garbisu

Monsieur BO a désormais sa bio

geronimo-001Si vous souhaitez écrire la biographie de Robert Rabagny, surtout ne vous encombrez pas d’un quelconque enregistreur ! Passées les deux premières minutes où votre homme va sagement rester assis face à vous, toutes les conventions d’un entretien classique, telles qu’on vous les a enseignées dans les écoles de journalisme, vont voler en éclats. Hyper actif qui ne peut se maîtriser, Robert va se lever, partir faire un tour dans son jardin, tout en continuant sa discussion, revenir, embrayer sur une histoire qui n’a strictement rien à voir avec le sujet évoqué, mimer la scène, fouiller dans ses armoires pour vous sortir une vielle photo étayant ses dires ou se laisser submerger par ses émotions quand les souvenirs sont trop douloureux.

Robert, lors la fête des Quartiers à Plaza Berri.

À vous de capter ces instants d’authenticité absolue où Robert est bien meilleur que dans un questions-réponses traditionnel et de vous débrouiller ensuite à reconstituer le puzzle ! Avec ce conteur exceptionnel, vous pouvez aussi bien devenir, l’espace d’un instant, le Père Noël venu rendre visite à un camp de gitans de Bassussary, l’ambassadeur du surf solennellement accueilli par le gouverneur à Hawaï, ou Géronimo, arrêté par les flics rue de Rivoli, à l’occasion de la finale 2002, avant d’être triomphalement escorté par la maréchaussée dans tout Paris.

On a connu existence plus banale et l’idée d’écrire une biographie de ce personnage hors norme s’est imposée, de même que le titre « Monsieur Biarritz bonheur », par allusion à ce vieux magasin du centre-ville où les Biarrots, il y a peu encore, pouvaient trouver tout ce qu’ils souhaitaient. Mais avant de prendre la décision de se lancer dans ce travail commun, en septembre 2014, après une campagne municipale qui avait laissé Robert sur le flanc, il a fallu dissiper un malentendu initial qui nous vaut depuis de bien beaux fous-rires…

« Ils ont de la chance d’avoir de tels animateurs ! »

Fréquentant régulièrement Biarritz depuis 1969, journaliste depuis 1973, je me suis retrouvé toute ma carrière, comme la plupart de mes confrères de la presse quotidienne, avec un nombre important de jours de repos à récupérer, consécutifs à des événements sportifs longue durée comme le Tour de France ou Roland-Garros, aux jours fériés où l’on travaille, ou à des remplacements inopinés de collègues malades. Les hasards de ce métier m’ont donc amené à venir fréquemment prendre un grand bol d’océan à Biarritz aussi bien l’hiver que l’été ou à l’occasion d’une belle affiche rugbystique. Croisant le Père Noël à la fin de l’année, un organisateur passionné de compétitions de surf au printemps ou une trépidante mascotte nommée Géronimo à l’automne, je m’étais fait cette réflexion : « Ils en ont de la chance, les Biarrots, d’avoir des animateurs de ce calibre ! ».

Remplacé par un comédien professionnel mais absolument pas égalé, Robert sur son char, nous fait regretter la magie de Noël qu’il savait célébrer comme personne.

Habitant à Biarritz depuis 2005, ce n’est que vers 2010, après plusieurs échanges avec Robert dans son établissement de « Biarritz Hollywood » que j’ai compris que la flamboyante équipe d’animateurs biarrots que je me complaisais à imaginer se résumait à la seule et unique personne de… Rabagny. Je le croyais à la tête d’une prospère société d’événementiel et j’ai découvert qu’il était simple employé municipal. Amusé, j’ai commencé à l’interroger, à comparer nos vécus des matches de rugby auxquels nous avions assisté tous les deux, lui au centre du terrain et moi en tribune, à le faire parler des Tontons Surfeurs, ou d’Halloween sans penser le moins du monde à un projet d’écriture.

En juin 2014, indigné par sa spectaculaire éviction du Biarritz olympique, je lui ai proposé d’écrire sa biographie. Robert a dans un premier temps totalement refusé, ne « voulant pas faire le moindre tort à son ami Serge Blanco et au club qu’il a toujours soutenu ». Ce n’est qu’en septembre, après avoir constaté le lâchage de son ami de jeunesse et sa sévère mise au pas au sein du personnel municipal, que Robert et Patricia ont pris la décision d’accepter ma proposition.

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À l’occasion du match BO-Lyon, Robert sera encadré tout le match par deux agents de la sécurité. (Photo Daniel Velez)

Sans se douter que quelques mois après Robert allait se retrouver en unité psychiatrique à Bayonne et que le médiocre feuilleton allait se prolonger les années suivantes : 2015, un BO indigne envoie des agents de sécurité le jour où Robert, déguisé en indien, veut venir saluer la nouvelle mascotte Koxka. 2016, la majorité municipale se prête à un lynchage sournois de son plus emblématique employé municipal.

« Monsieur Biarritz bonheur » n’est donc pas seulement l’histoire de l’homme qui a enchanté Biarritz par ses trouvailles successives, mais aussi celle des avanies qu’a subies sans se plaindre le plus Biarrot des Biarrots, que ce soit en 1991 avec Didier Borotra, ou en 2014 avec Michel Veunac, avant qu’une conjuration de médiocres ne réussisse en 2016 à le chasser définitivement de la mairie, alors qu’il n’a pas l’âge légal de la retraite.

Robert cette fois-ci, raconte tout dans ce livre et, à son image, ça déménage.

◊ « Monsieur Biarritz Bonheur », 160 pages et 60 illustrations couleurs, édité chez Atlantica, sera en vente à partir de début décembre. Prix annoncé : 18 euros.

Un grand, des petits…

 Plus de deux cents noms figurent à l’index de « Monsieur Biarritz Bonheur ». Et toutes les personnes rencontrées emploient curieusement la même expression pour qualifier Robert : « Une boîte à idées ! ». Adorant la controverse, j’ai cherché un contradicteur susceptible de mettre en doute ses talents d’organisateur… sans le trouver. Pour tous, il est un surdoué de l’animation et un meneur d’hommes exceptionnel, même si certains déplorent son côté grande gueule, trop engagée en politique.

geronimo-005Nos entretiens avec Robert et Patricia se sont étalés sur presque deux ans (septembre 2014 à juin 2016) et représentent plus de soixante-dix heures de tête à tête. Même si Robert est un véritable cauchemar pour un journaliste, car il n’a ni la mémoire des dates ni celle des noms, et oblige à des vérifications scrupuleuses, il est difficile de ne pas éprouver une vive sympathie pour l’homme. Car derrière la grande gueule se cache un écorché vif, un rebelle qui se donne les moyens de réussir ses rêves, et, plus étonnamment, un enfant qui ne ment jamais et qui ne réalise pas toujours l’importance de ce qu’il a réussi. « Robert, quand tu organisais le Biarritz Surf Festival, ça amenait du monde ? ». Un instant d’hésitation : « Je ne sais pas. Peut-être vingt mille personnes ». Vérification faite grâce au très précieux Sud Ouest, on apprend que pendant le Biarritz Surf Festival les embouteillages étaient comparables au mois d’août et que plus de cent mille personnes prenaient le chemin de Biarritz à l’occasion de cet événement. Même désarmante sincérité quand il évoque l’école, « J’ai appris une seule chose : la déconne », ou ses problèmes de santé de fin 2014 : « je me suis retrouvé chez les fous ».  Et face à cet homme exceptionnel qui manque tellement à Biarritz, comment ne pas éprouver beaucoup d’admiration pour son désintéressement et beaucoup d’indignation pour ce qu’il a subi ?

 

Au théâtre, ce soir…

Les comiques sont de sortie !

La démocratie façon Claverie consiste à supprimer les conseils de quartier sans savoir ce qu’on va mettre à la place, tout en affirmant qu’ils sont indispensables.

Mais pourquoi diable aller payer plus de trente euros son billet à la Gare du Midi pour aller voir un comique de deuxième zone, quand on peut s’en offrir gratuitement toute une brochette, lors d’un conseil municipal et même se permettre une séance de replay sur le site de la mairie, si l’on n’a pas compris toutes les blagues échangées ?

(http://ville.biarritz.fr/mairie-pratique/le-conseil-municipal/videos-deliberations/).

On savait cet assemblage hétéroclite d’humoristes qui compose l’actuelle majorité municipale coupé de toute réalité et, lundi soir, on en a eu une saisissante illustration, en constatant à quel point manque dans cette troupe un homme ou une femme d’intérieur. Achetées 50 000 euros, les treize caméras qui « ornent » notre ville depuis juillet n’ont offert pendant trois mois que des images totalement floues, si l’on en croit Sud Ouest du 17 septembre. Heureusement la lumière, si l’on peut dire, est venue d’une inspection des services de la police nationale qui a constaté qu’une pellicule d’embrun salin déposée sur les verres de la caméra empêchait toute vision correcte. N’importe quelle ménagère habitant Biarritz sait qu’il faut faire régulièrement ses vitres si on veut voir ce qui se passe, mais visiblement ce détail avait échappé à l’aréopage municipal et personne n’avait eu l’idée de prendre son seau et sa petite éponge pour aller briquer les carreaux obscurcis. Mais notre grand ordonnateur Veunac l’a promis, « les services municipaux vont faire le nécessaire ». Nous sommes sauvés. Et nous pouvons désormais rire de bon cœur avec le duo de « frères ennemis » Frédéric Domège, Louis Vial.

C’est surprenant : Veunac hésite

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Mais qu’est-ce qu’on rigole !

L’opposition municipale, sans doute lassée de faire la claque aux mots d’esprit particulièrement éculés du très satisfait de lui-même Michel Veunac, avait décidé de s’éclipser, Marie Hontas restant seule aux côtés de Frédéric. Ce dernier, décidé malgré tout à faire le job, avait posé une double question à la majorité à propos des caméras et de l’armement de la police municipale. L’opposant Domège s’étonnait de ce choix de caméras fixes puisqu’il est impossible de zoomer un éventuel coupable : « S’il y a un mouvement de foule et qu’on s’en aperçoit quinze jours après, ça ne sert à rien ». Une impertinence qui a eu le don d’exaspérer le commandant de police honoraire Louis Vial, qui aurait bien mis Domège en garde à vue si le loisir lui en avait été donné. « Nous ne vous avons pas attendu pour être tous les jours aux côtés de la police municipale ». Retour gagnant de Domège qui rappelle qu’en démocratie le rôle de l’opposition consiste à poser les questions qui fâchent, tandis que Vial marmonne.

Indifférent à ce différend, le Monsieur Loyal du conseil municipal, flanqué de son clown blanc Lafite, enchaîne sur l’armement de la police municipale et dégaine son arme secrète : pour trancher, va être créée une commission, composée d’élus de la majorité, de l’opposition, de policiers municipaux et de quelques-uns de ces experts dont Veunac est si friand : « Armer ou ne pas armer la police municipale ? C’est une décision, je le confesse, que j’ai des difficultés à prendre ». La salle rit sous cape, car la véritable information serait que Veunac, au bout de trois ans de mandat, prenne seul une décision, sans hésiter et sans consulter le moindre spécialiste. Mais n’est pas Borotra qui veut.

Pas de quartier pour les conseils… de quartier !

Et vient alors le grand moment de la soirée où Michel Veunac, la main sur le cœur, jure qu’il ne veut pas la mort des conseils de quartier, comme pouvait le laisser croire l’interview sans nuance du grand démocrate Peio Claverie (Sud Ouest, 16/11), qui annonçait sans rire la suppression des conseils de quartier et son remplacement… par un voyage d’études à Mulhouse pour réfléchir à l’avenir : « En principe, le renouvellement des conseils de quartiers aurait dû intervenir en 2017, mais ils ne seront pas reconduits sous la forme actuelle (… ) Nous sommes en pleine réflexion. La disparition des conseils de quartier ne signifie pas l’enterrement de la démocratie participative à Biarritz. Nous n’avons pas besoin de conseils municipaux bis, mais de relais avec nos concitoyens. »

Michel Veunac, quand il énonce une contre-vérité, a toujours une façon caractéristique de se redresser sur sa chaise et de tendre le cou. Monsieur Loyal va donc venir au secours du garçon de piste Claverie : « J’ai été le créateur des conseils de quartier. Esseulé, il y a vingt ans, on ne peut donc pas me reprocher de vouloir régler leurs comptes à ces quartiers. Il s’agit juste de leur donner une architecture différente » Mais alors, pourquoi diable les supprimer en attendant d’avoir trouvé la formule idéale ? L’explication est simple, même si Veunac, en vieux comédien rompu à la scène, a tendance à prendre les spectateurs pour des imbéciles. Des citoyens de valeur, amoureux de leur ville et combattifs ont intégré ces quartiers protestant contre l’implantation des compteurs Linky ou autres décisions municipales, et Veunac, pas assez cajolé dans le sens du poil et préférant vaincre sans péril, adopte le courage fuyons.

L’ajointe aux « Salauds de pauvres! » lucide : « Personne ne m’écoute! »

Incapable d’apprivoiser ses concitoyens, Veunac se mue soudain en dompteur pour montrer son autorité aux lionceaux de la majorité municipale. Tandis que François Amigorena renaude à payer une subvention de 56 000 euros à l’association Surfrider et dénonce une gestion un peu aventureuse, il se fait sèchement recadrer par le dompteur : « Vos considérations d’ordre moral ou citoyen, vous les gardez pour vous ! » Même soufflet public pour Nathalie Motsch qui propose de consentir une simple avance de trésorerie. L’adjointe à l’urbanisme, que l’on ne surnomme plus que « l’adjointe aux salauds de pauvres » depuis qu’elle veut supprimer les logements sociaux, a même un vif mouvement de dépit quand elle constate que son immense personne laisse tout le monde indifférent : « Mais, il ne m’écoute pas ! »

Quant à Veunac, apprenant que des tablettes numériques ont été distribuées aux élus pour un prochain conseil municipal « zéro papier », le 20 décembre prochain, il s’étonne d’avoir été l’oublié de la distribution : « Peut-être qu’on estime que je suis totalement fossilisé dans l’usage du papier » Tout le monde opine de la tête en oubliant que l’ancien deuxième adjoint de Borotra avait pourtant manifesté un don certain pour le copier-coller lors de la rédaction de son impérissable étude sur les débordements festifs de la jeunesse bayonnaise.

Soulagé, le public se dissipe sans demander aux comédiens de remonter sur scène pour une ultime révérence. Même si on lui doit de grands moments de franche hilarité, cette troupe composée de vieux cabots et de jeunes opportunistes aux dents longues, s’est montrée au final assez peu convaincante. Heureusement que le spectacle était gratuit !

 

L’expo qui contredit la mairie

cm-21-nov-04Ouverte jusqu’à samedi tous les après-midis au collège Fall, une exposition regroupant photos anciennes et vidéo contemporaine, permet de mieux appréhender le quartier de la Négresse tel qu’il était quelques décennies plus tôt. Lieu d’échanges sympathiques avec les bénévoles présents, il a été organisé par … le conseil de quartier de la Négresse et démontre l’inanité des propos du maire voulant les supprimer.

Un journal, c’est du brutal !

Trois livres différents et la même désespérante vision de la presse française.

brutal-01-lancelinGrand ménage d’automne dans les rédactions de la presse nationale. Comme en 2001, 2006 ou 2011, le pouvoir politique, qui affirme la main sur le cœur ne jamais intervenir dans la vie des médias, s’assure avant les élections présidentielles que des fidèles sont en place à la tête des rubriques politiques et font pression sur les directeurs de journaux pour écarter sans ménagement ceux qui ne sont pas strictement dans la ligne. Aude Lancelin était il y a peu encore directrice adjointe de la rédaction du Nouvel Observateur. Personne ne vous dira que ce n’est pas une excellente professionnelle, bonne plume, solide mécanique intellectuelle et grande capacité à écouter les autres. Pourtant elle vient de rejoindre la longue cohorte des titulaires de carte de presse qui pointent actuellement à Pôle Emploi.

Les raisons de son éviction ? Trop à gauche, pas assez en admiration béate devant Hollande et vivant avec un des responsables de « Nuit debout ». Dans Le monde libre, transparente allusion au trio Bergé, Pigasse, Niel, propriétaire de son ex journal ainsi que d’un grand quotidien de référence, on retrouve quelques portraits féroces de tous les lâches et incompétents qui prospèrent dans les rédactions, mais aussi et surtout une description de cette information de plus en plus paralysée par des intérêts politiques et économiques qui passent bien avant l’exactitude des faits : « En quinze ans, un directeur de la rédaction aguerri peut littéralement paralyser un corps collectif, le priver de ses nerfs, saper toute sa capacité de résistance, y rendre l’intelligence odieuse, l’originalité coupable, la syntaxe elle-même suspecte. Il peut y changer entièrement la nature des phrases qui sortiront de l’imprimerie. Pour cela il faut être extrêmement rigoureux dans la sélection des pousses. Rejeter tout individu qui aura montré une forme quelconque d’insoumission ou de nervosité face à un ordre, fût-il aberrant. Le jeune journaliste doit déjà avoir la souplesse du vieux cuir » Pour avoir subi pendant seize années les errances d’un directeur incompétent au « Canard enchaîné », je partage totalement l’analyse d’Aude Lancelin. Le monde libre vous offre la plus précise des radiographies si vous voulez comprendre comment fonctionne un grand titre de la presse nationale et les acrobaties permanentes avec la vérité des galonnés qui dirigent ces entreprises de presse.

Main dorée sur l’information

brutal-02-mauduitEt surtout n’allez pas croire que cette perpétuelle reprise en main d’une presse qui ne devrait s’intéresser qu’aux lignes jaunes à franchir, se limite à quelques titres. Laurent Mauduit, de Mediapart, nous offre dans Main basse sur l’information une recension précise de tous les grands patrons qui se sont emparés des principaux médias nationaux. « Le temps est venu de se révolter contre l’état de servitude dans lesquels sont placés la presse et tous les grand médias d’information, radios et télévision. C’est pour inviter à cette révolte citoyenne que j’ai souhaité écrire ce livre. » Ce n’est pas par passion de la presse que Vincent Bolloré, mais aussi Patrick Drahi, Pierre Bergé, Mathieu Pigasse, Xavier Niel ou Arnaud Lagardère se sont offerts les fleurons des médias français, mais uniquement pour en faire des instruments de chantage et de propagande face au pouvoir. Avec des anecdotes détaillées sur les lubies de chacun de ces milliardaires, des purges staliniennes de Bolloré à Canal + en passant par les interventions incessantes (et véhémentes !) de Pierre Bergé, Laurent Mauduit nous montre à quel point la presse est devenue aux ordres et comment le journaliste devient un simple aligneur de mots et d’expressions destinés à faire briller les idées préétablies du patron. Il a été frappant de voir à quel point, au moment de la loi Travail, tous les médias se sont mis à cogner comme des sourds sur la CGT, alors que la centrale syndicale était parfaitement dans son rôle en contestant une réforme du travail pour le moins libérale. Qu’il est loin ce « Projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre » adopté le 24 novembre 1945 par la Fédération nationale de la presse : « Article 1. La presse n’est pas un instrument de profit commercial. C’est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain.

Article 2. La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté.

Article 3. La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale, ni des puissances d’argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs »

Soixante-dix ans plus tard, le recul avec ces louables intentions est saisissant.

Du papier toilette au papier journal

brutal-03-perdrielEt comme un livre sur un grand patron de presse vient de sortir, profitons-en pour compléter ce panorama de la presse actuelle. Dans Sans oublier d’être heureux, Marie-Dominique Lelièvre nous offre la biographie d’un des plus appréciés patrons de presse des années quatre-vingts, Claude Perdriel, actionnaire principal du Nouvel Observateur, puis du Matin de Paris. Vie étonnante que celle de cet enfant de classes aisées, abandonné par son père et délaissé après son remariage par sa mère. Brillant élève, Perdriel, quatre-vingt-dix ans depuis le début de l’année, va réussir Polytechnique et faire fortune dans les Sani broyeurs et autres inventions modernes. Il vendra aussi du charbon et des ascenseurs. Des activités qui vont lui rapporter des millions, mais qui ne lui donnent pas une visibilité flamboyante, comparable à celle des patrons de presse. Ami de Jean Daniel et de Bernard Franck, authentiquement à gauche, il va se précipiter en 1964 pour racheter Le Nouvel Observateur, puis fonder en 1977 Le Matin de Paris pour soutenir dans son ascension François Mitterrand. Et, dans ce livre très bien tricoté par Marie-Dominique Lelièvre, on retrouve en creux toutes les préoccupations affirmées précédemment par Aude Lancelin et Laurent Mauduit. Perdriel, la main sur le cœur, vous jure qu’il n’intervient jamais auprès de sa rédaction, mais le récit permanent de ses tractations avec le pouvoir socialiste, son combat pour trouver de nouvelles sources de financement destinées à favoriser l’avènement de François Mitterrand, montrent bien qu’un journal est un lieu de pouvoir permanent où le simple salarié, titulaire d’une carte de presse, ne pèse guère.

Oui, comme diraient les bien-nommés tontons flingueurs, « un journal, c’est vraiment du brutal ! »

« Le monde libre », Aude Lancelin, éditions Les liens qui libèrent, 234 pages, 19 €.

« Main basse sur l’information », Laurent Mauduit, éditions Don Quichotte, 448 pages, 19, 90€.

« Sans oublier d’être heureux », Marie-Dominique Lelièvre, éditions Stock qui libèrent, 378 pages, 20,50 €.