Voyage, quand tu nous tiens…

un-parfum-de-mousson« Je suis parti sur les routes sans vraiment trop savoir pourquoi, simplement convaincu par le fait que ce voyage n’était pas une fuite, mais une première réponse ». Matthieu Delaunay n’est pas du genre voyageur d’opérette qui redoute le dépaysement et hésite à deux fois avant de se rendre à pied à la boulangerie du coin. Quand la soif de découverte s’empare de lui, il prend son vélo et part avec un copain à… Vladivostok, en passant par le Maghreb, l’Égypte, la Syrie, puis le désert de Gobi et Oulan-Bator. Un périple de presque un an, commencé par une double fracture de la mâchoire, et terminé par une chute vertigineuse dans un ravin de 200 mètres, sur les rives du lac Baïkal. L’intrépide s’en tirera avec une fracture des cervicales, jugée comme une simple péripétie par celui qui plus que jamais rêve de découvrir le monde.

Matthieu a fait une escale de dix-huit mois (une éternité pour lui !) à La Semaine du Pays basque, où il a pu faire profiter les lecteurs locaux de sa très belle plume. Avant de rejoindre l’ONG Enfants du Mékong, où il travaille depuis 2014 comme reporter pour Asie reportages.

Matthieu Delaunay, sac à dos à l’épaule.

 Anti Bernard-Henri Levy par excellence, Matthieu ne parle que de ceux qu’il a réellement côtoyés, les ouvriers chinois usant leur santé sur des chantiers titanesques, les enfants des rues de Manille, les habitants des bidonvilles de Phnom Penh. Et avec la tendresse, la lucidité et la foi en l’homme qui le caractérisent, il a pu vérifier que les plus belles fleurs humaines poussent parfois sur le fumier.  Nos petits états d’âme d’occidentaux trop choyés par la vie pèsent bien peu quand on se retrouve ainsi confronté à la réalité de l’existence.

Matthieu Delaunay a réussi un recueil de neuf nouvelles qu’il pourra, contrairement à bien des romanciers, relire avec fierté dans trente ans, tellement ces textes sont modernes et intemporels et placent l’homme au centre des préoccupations.

Si vous voulez savoir ce qu’est un vrai journaliste, soucieux de comprendre et désireux d’expliquer, un journaliste à des années-lumière de ceux qui vous intoxiquent avec leurs perpétuels rideaux de fumée destinés à masquer une totale absence d’idées, alors achetez d’urgence « Un parfum de mousson ».

Pour ce grand admirateur de Joseph Kessel, « il y a une différence majeure entre connaître et savoir : pour savoir, il faut avoir vu ». Matthieu a vu et compris.

« Un parfum de mousson », Nouvelles du Sud-Est asiatique, éditions Transboréal, 190 pages, 9,90 €.

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