Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

4 réflexions sur “Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

  1. Valls est formaté 1970. C’est un roquet, violent dans son tempérament et dans son style de management qui ne sait que parler d’autorité, de loyauté, de police, de prisons, d’armée, de guerre etc. Rien chez qui élève, rien qui rassemble. De surcroit il ne me semble pas avoir conscience de ce qui se passe dans le monde aujourd’hui.

    Perso je mets un billet sur Macron : jeune, cultivé, ouvert sur le monde, conscient des enjeux à venir et de la nécessité de changer de logiciel car on ne fait pas face aux défis futurs (par ex. robotisation + automatisation informatique + intelligence artificielle = massives supressions d’emplois) avec des solutions du passé

    Si je perds, JY, je paye ma tournée ;o)

    http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2016/12/07/97001-20161207FILWWW00305-valls-se-detache-pour-la-primaire-mais-reste-devance-par-macron-sondage.php

    • Cher Paul Bismuth,

      Je croyais que tu t’étais définitivement retiré de la vie publique, depuis la primaire de la droite, mais je constate que la politique française te passionne toujours autant.Je relève le pari. Je crois que Valls va avoir beaucoup de mal à se dépêtrer de la primaire. Mais, s’il sort vainqueur, je suis convaincu que les courbes s’inverseront et qu’il finira largement devant Macron. Après, je suis tout à fait d’accord avec ton portrait de Valls. Ce n’est pas une gauche qui fait rêver. Mais le programme de Fillon est tellement insensé qu’il faut se réveiller.

      • En effet Jean-Yves ils ne font pas rêver mais ce n’est d’ailleurs pas ce que nous leur demandons. Quoi qu’il arrive et pour qui que vous votiez (hormis les extrêmes) VOTEZ.
        A défaut d’avoir le meilleur, il convient d’éviter le pire

      • Comme SARKOZY , VALLS sera mis dehors -Au détriment de VALLS, et autres consortium P.S MACRON semble bien placé dans le peloton -Sans lui MELENCHON aurait pu prendre jusqu’a 18% dans cette future Présidentielle –

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