C’était le restau du cœur et des copains

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 « Au rendez-vous des bons copains de Rabagny, y’a pas souvent de lapins » aurait dit l’ami Brassens. Toutes les espérances ont été dépassées vendredi 9 décembre et le Txik Txak de l’adorable Soso Puleoto était plein à craquer pour l’occasion. Pour venir rendre hommage à Robert Rabagny, des Biarrots, mais aussi des Bayonnais, des Luziens et même des Toulousains, des Parisiens et un couple de Niçois présents dans la région. Côté rugby Pascal Ondarts, Philippe Bidabé ou Philippe Guillard. Côté politique, Jean-Jacques Lasserre, Max Brisson, Maïder Arostéguy, Corine Martineau, François Amigorena, Richard Tardits ou Jeannine Blanco sont venus, malgré leurs emplois du temps acrobatiques, rendre un hommage mérité à celui qui a su si bien enchanter Biarritz. Et côté amis de Robert,aucun ne manquait à l’appel.

150 exemplaires de Monsieur Biarritz Bonheur ont été vendus et les files d’attente pour les dédicaces ont parfois été longues, Robert, incorrigible bavard jamais pressé d’empoigner le stylo, ayant toujours une bonne anecdote à raconter à chacun.

Finalement, seuls manquaient à l’appel Michel Veunac, Peio Claverie et Nicolas Brusque. Ils auraient bien aimé être présents, mais ils étaient en réunion pour tenter de dénicher un nouvel ambassadeur aussi emblématique que Robert pour Biarritz et le BO. C’est logique, on coupe d’abord la tête qui dépasse, puis, après avoir réfléchi, on se demande comment remplacer l’irremplaçable.

(Reportage photos Any MENDIBURU)

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Robert cause et Patricia gratte.

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Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

Voyage, quand tu nous tiens…

un-parfum-de-mousson« Je suis parti sur les routes sans vraiment trop savoir pourquoi, simplement convaincu par le fait que ce voyage n’était pas une fuite, mais une première réponse ». Matthieu Delaunay n’est pas du genre voyageur d’opérette qui redoute le dépaysement et hésite à deux fois avant de se rendre à pied à la boulangerie du coin. Quand la soif de découverte s’empare de lui, il prend son vélo et part avec un copain à… Vladivostok, en passant par le Maghreb, l’Égypte, la Syrie, puis le désert de Gobi et Oulan-Bator. Un périple de presque un an, commencé par une double fracture de la mâchoire, et terminé par une chute vertigineuse dans un ravin de 200 mètres, sur les rives du lac Baïkal. L’intrépide s’en tirera avec une fracture des cervicales, jugée comme une simple péripétie par celui qui plus que jamais rêve de découvrir le monde.

Matthieu a fait une escale de dix-huit mois (une éternité pour lui !) à La Semaine du Pays basque, où il a pu faire profiter les lecteurs locaux de sa très belle plume. Avant de rejoindre l’ONG Enfants du Mékong, où il travaille depuis 2014 comme reporter pour Asie reportages.

Matthieu Delaunay, sac à dos à l’épaule.

 Anti Bernard-Henri Levy par excellence, Matthieu ne parle que de ceux qu’il a réellement côtoyés, les ouvriers chinois usant leur santé sur des chantiers titanesques, les enfants des rues de Manille, les habitants des bidonvilles de Phnom Penh. Et avec la tendresse, la lucidité et la foi en l’homme qui le caractérisent, il a pu vérifier que les plus belles fleurs humaines poussent parfois sur le fumier.  Nos petits états d’âme d’occidentaux trop choyés par la vie pèsent bien peu quand on se retrouve ainsi confronté à la réalité de l’existence.

Matthieu Delaunay a réussi un recueil de neuf nouvelles qu’il pourra, contrairement à bien des romanciers, relire avec fierté dans trente ans, tellement ces textes sont modernes et intemporels et placent l’homme au centre des préoccupations.

Si vous voulez savoir ce qu’est un vrai journaliste, soucieux de comprendre et désireux d’expliquer, un journaliste à des années-lumière de ceux qui vous intoxiquent avec leurs perpétuels rideaux de fumée destinés à masquer une totale absence d’idées, alors achetez d’urgence « Un parfum de mousson ».

Pour ce grand admirateur de Joseph Kessel, « il y a une différence majeure entre connaître et savoir : pour savoir, il faut avoir vu ». Matthieu a vu et compris.

« Un parfum de mousson », Nouvelles du Sud-Est asiatique, éditions Transboréal, 190 pages, 9,90 €.