Aussi gauches que primaires

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Même Thomas Pesquet dans sa station spatiale paraît moins coupé de la réalité que les sept prétendants au trône de gauche qui nous ont offert un long voyage au bout de l’ennui.

Parler en quatre-vingt-dix secondes maximum de la lutte contre le terrorisme ou de son programme économique est à peu près aussi simple que vider l’océan à la petite cuillère. Mais, pour ceux qui auront survécu à l’interminable échange de banalités qu’a été ce premier débat de la primaire de gauche clôturé à plus de 23h30, démonstration a été faite que ces primaires, non contentes d’être une offense à la démocratie – les bobos friqués et disponibles établissant le casting des candidats qui seront soumis ensuite au suffrage universel -, relèvent aussi de l’ineptie politique pure et simple, chacun étant obligé comme dans un concours de miss de se montrer le plus primaire et le plus démagogue pour avoir une chance de l’emporter.

Si Spock avait bossé un jour dans sa vie…

Prenez par exemple le délicieux Benoît Hamon, qui visiblement plait beaucoup aux sondeurs, sans doute à cause de ses yeux bleus et de ses oreilles pointues qui évoquent le personnage de Spock dans Star Trek. Il propose un revenu universel d’existence, ce qui peut être une bonne idée. En décembre, il parlait de 800 euros par mois, avant de revoir sa copie autour de 700. Coût de l’opération entre 300 et 400 milliards d’euros par an. Et le candidat, bravache, d’annoncer « Ce projet se réalisera en plusieurs étapes ». Tandis que les réseaux sociaux se pâment (Hamon l’emporte très nettement sur Twitter, sans doute pour avoir engagé le plus grand nombre de petites mains), le candidat est bien incapable d’expliquer comment il financera son projet. Et si le gentil Benoît avait un seul jour de son existence travaillé ailleurs qu’au parti socialiste ou dans le confort douillet des ministères, il saurait que le vrai problème est le faible niveau du salaire minimum, tellement voisin de ce qu’on peut toucher par l’assistanat qu’il dissuade d’aller travailler. Dans les zones rurales où il faut faire des kilomètres pour rejoindre son employeur et dépenser des fortunes pour faire garder ses enfants, on économise parfois de l’argent à rester chez soi. Mais quel est le socialiste qui a compris depuis Mitterrand que la première urgence, c’est de relever le salaire minimum à un niveau décent ?

Le ringard Montebourg veut faire marcher au pas la jeunesse

Mon intention n’est pas de m’en prendre spécialement à Benoît Hamon. Tous les candidats, hier soir, ont donné le sentiment d’être des beaux parleurs n’ayant pas la moindre idée concrète à proposer pour redresser la France dès 2017. Un peu comme des sinistrés qui regarderaient brûler leur maison tout en évoquant calmement avec les pompiers la prochaine Ferrari qu’ils vont s’offrir. Entre Jean-Luc Bennahmias qui ne se souvient pas des mesures qu’il a inscrites dans son propre programme, François de Rugy de l’école Jean-Marc Ayrault, capable d’endormir n’importe qui dans les cinq minutes, ou Vincent Peillon, aussi lisse que son brushing, le téléspectateur sincèrement à gauche a l’impression de vivre un cauchemar.

Alors pour se donner l’air présidentiable, on enfile un costume bleu, on réajuste la cravate et on ressort des vieilles idées planquées dans l’armoire derrière la naphtaline. Le fringant Montebourg, qui a connu l’armée dans un bureau de pistonnés caserne Mortier, veut « rétablir le service militaire ». Il a donc oublié que l’armée a été pour notre génération l’école de la bêtise galonnée du sergent Kronembourg, de la fainéantise absolue, de l’alcoolisme élevé au rang de divinité. C’est ça la gauche moderne ?

Et comme Bisque, Bisque, Basque ! déteste tirer sur les ambulances, personne ne s’appesantira sur les propos de la candide Sylvia Pinel déclarant « L’entreprise, ce n’est pas la guerre ». Si seulement, cocotte, tu avais fait autre chose dans ta vie qu’intégrer dès ton plus jeune âge le Parti Radical de Gauche pour sauter sur les genoux cagneux de Jean-Michel Baylet, tu saurais que bien souvent l’entreprise c’est Beyrouth Bagdad et Mossoul réunis. Comme le prouvent le nombre sans cesse croissant de suicides sur le lieu de travail.

Valls candidat ne connaît pas… Valls Premier ministre

Reste enfin le propos le plus stupéfiant entendu pendant cette trop longue soirée, un propos que les commentateurs ne semblent pas avoir relevé. Tandis que Manuel Valls, que tous ses petits camarades se sont bien gardés de malmener frontalement, est interrogé sur la Loi Travail, il balaie le sujet d’un revers de main : « Un vieux débat qui ne m’intéresse pas ! ». Vingt-huit millions de salariés qui sont aussi des électeurs sont concernés, ils ont le sentiment que la gauche les a trahis et veut les obliger à dire « Merci mon bon maître » à ceux qui daigneront les employer, mais le schizophrène candidat Valls Manuel ne veut pas savoir ce qu’a fait le Premier ministre Manuel Valls.

C’est désolant pour tous les militants socialistes sincères, désolant pour tous les élus qui font consciencieusement leur boulot, mais, face à ce spectacle d’une gauche exsangue et totalement vermoulue dans ses propositions, face à ces apparatchik-candidats qui ne savent rien de la vraie vie, on se dit, quel que soit le chagrin qu’on éprouve, qu’à un moment il faut se rendre à la raison, savoir refermer le couvercle du cercueil socialiste et aller chercher les valeurs de gauche du côté de Jean-Luc Mélenchon. De profundis !

7 réflexions sur “Aussi gauches que primaires

  1. encore une fois tu as visé juste Jean-Yves mais Hamon (malgré quelques défauts) est aussi celui qui comprends la période qui vient et la révolution qui s’annonce (pertes massives d’emploi, aucun retour de croissance au sens des années 70/80, nécessité de prévoir un autre modèle de pensée de la société ou en effet le travail ne sera plis l’élément central et structurant de nos échanges sociaux).

    Financer le revenu universel est possible des tests sont en cours en Finlande, Pays-Bas qui ne sont pas des pays proto-communistes. Si les politiques FR savaient lire l’anglais ils saurait que des économistes de droites comme de gauche le prône depuis des lustres.

    Il faut en effet taxer les robots et autres machines qui produisent en remplaçant la main d’oeuvre et aussi bien sur rationaliser tout le système social afin que celui coute moins cher à administrer (couts qui sont alors redistribués par ailleurs). Certains décideront de ne pas travailler (et c’est tant mieux car il feront autre chose) d’autre le percevront et travaillerons quand même (nickel si ils le souhaitent).

    Il faut aussi avoir préalablement repensé le système éducatif – qui aujourd’hui produit de bons petits soldats dociles prêts à affronter des semaines surchargées en statuts précraires sous payés – pour qu’il se mette à produire des citoyens libres, critiques qui s’organisent en communauté et non plus en individus les uns contre les autres

    Bref vu la mentalité individualiste FR je ne pense pas que ce modèle soit aisément transposable chez nous mais c’est le seul qui vaille car encore une fois, la combinaison de la robotique, des logiciels et de l’intelligence artificielle, trois domaines qui arrivent à maturité et dont il est difficile de prévoir toutes les combinaisons possibles et donc les potentiels de révolution dans la science et l’organisation du quotidien, vont révolutionner notre quotidien.

    • Paul,

      Ravi de te voir réagir. Je me demandais si tu boudais le blog. Tu as tout à fait raison de mentionner la taxation des robots, une vieille lune évoquée par la gauche depuis trente ans sans qu’elle ose franchir le pas. Je ne fustige pas la proposition de revenu universel de Benoît Hamon, seule idée nouvelle proposée par cette gauche indigente. je déplore juste que le candidat Hamon, faute d’être allé faire un tour dans la vraie vie active, ne comprenne pas que le revenu minimum ne peut pas se concevoir sans un salaire minimum fortement revalorisé. Sinon, les citoyens y verront un effet d’aubaine, ce qui est parfaitement compréhensible.
      Mais pour en revenir à ce débat des primaires, quel ennui, quelle absence d’imagination, quelle ringardise!

  2. Bouder Bisque Bisque Basque ? Diantre non surement pas, c’est une bouffée d’air frais que je m’octroie à chacun de tes billets.

    tu as raison sur le fond le niveau est faible et il est dommage qu’aucun de ces candidats, tous professionnels de la politique, ne connaissent la société civile (ce n’est pas l’emploi bidon de Montebourg pendant quelques mois chez Habitat qui va nous faire croire qu’il bossait comme tout un chacun alors qu’il préparait sa campagne, ou les stages des uns et des autres auprès de compagnie proche des partis…).

    c’est (une fois de plus) un choix par défaut que le peuple de gauche devra faire (choisir le moins pire et non le meilleur). Mais quel que soit le vainqueur de cette primaire, LA question reste: pourra-t-il faire alliance avec MéMélenchon et à Jadot, seule option permettant d’espérer passer le stade du 1er tour de la présidentielle?

    Je ne le crois pas. Perso je deviens schizo: je soutiendrai Hamon lors du 1er tour de la primaire afin de peser sur une ligne plus à gauche que les autres candidats et s’il ne se qualifie pas au 2nd tour alors je m’abstiendrai (Valls et Montebourg sont deux égomaniaques qui se foutent comme d’une guigne des gens et sont formatés au siècle dernier).

    Toutefois pour la présidentielle si il continue sur sa lancée actuelle je voterai Macron au 1er tour car je le pense être le seul candidat (du centre) en mesure de battre la droite dure et l’extrême droite, mais surtout qui comprends les changements fondamentaux qui arrivent sur notre vieux continent.

    Ne dis rien Jean-Yves, je l’admets : « it sucks » mais voila le dilemme qui me fait souffrir en ce moment. Vivement 2018 ;o)

    • On devient tous schizophrène, avec cette élection piège à cons! Ma première certitude, c’est que je n’irai pas voter à la primaire de gauche. Hamon est bien mignon, il a compris certaines évolutions de la société, mais annoncer une mesure à 400 milliards d’euros annuels (20% du budget annuel de l’État!) sans expliquer comment on la finance, c’est du foutage de gueule. Pour de multiples raisons (déni de démocratie, tentation pour les plus médiocres de capter la lumière, démagogie inévitable, inégalité entre les candidats qui se soumettent aux primaires et ceux qui s’en affranchissent), je déteste les primaires qui me paraissent une régression très nette de la vie démocratique et une fausse bonne idée parfaite.
      Au premier tour, je voterai Mélenchon sans grande illusion. Au second, je n’ai pas encore acheté de boule de cristal et on verra…

      • En fait je commence à revenir sur ma position pro-primaires quand je vois comment elle sont organisées et vérouillées par les partis (cf voir comment le PS a écarté Gérard Filoche) qui galvaudent ce qui est à la base une bonne idée démocratique.

        Pour moi Mélenchon est une arnaque : intelligent, cultivé, habile tribun, mais un autre pro de la politique depuis près de 40 ans… et qui m’a énormément choqué par son ton inutilement agressif pendant des années à l »encontre des journalistes, pour se profiler en fausse victime des médias sans lequel il n’existerait pas. Quelqu’un qui se dit défendre les travailleurs ne peut pas insulter ceux qui travaillent à lui donner une tribune quelle que soient la nature des questions qu’ils posent, c’est cela faire de la politique.

        Je me méfie des candidats anti-système avec un profil du sérail car en général ce sont qui renient leurs engagements le plus vite (cf le tristement célèbre ennemi de la finance…).

        Cela me désespère de faire moi aussi, ces calculs tordus de projection hypothétique sur qui peut être au second tour le meilleur rempart à un candidat de droite anti-social et/ou raciste. Bref espérons que dans les mois qui viennent les choses se clarifient et qu’à la fin nous soutenions celui ou celle qui sera en mesure de battre Fillon et Le Pen au 1er tour car c’est tout l’enjeu de cette élection : éviter de casser le modèle FR et le déclassement de notre pays.

      • Les limites de Mélenchon qui a monté sa propre boutique par dépit de ne pas être reconnu au PS, on les connaît. Mais pour moi, la vraie, l’authentique arnaque, c’est bien Macron!

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