Cette médecine de plus en plus virtuelle…

Médecin qui ne salue pas son patient, inutiles analyses de laboratoire, « seringueur » fou… Témoignage vécu, clinique Aguiléra.

Ancien gibier d’hôpital, me portant beaucoup mieux depuis que je fréquente nettement moins les médecins, j’ai une certaine connaissance des rituels des blouses blanches. C’est donc sans la moindre appréhension, même si je sais par expérience vécue que mon existence peut basculer sur un simple examen radiologique, que je me rends clinique d’Aguiléra pour passer un scanner. Depuis trente ans, mes veines « larges comme des autoroutes » sont un sujet de plaisanterie récurrent pour les infirmières chargées de me faire des injections, tellement elles n’ont aucun problème à me piquer, mais le jeune homme qui m’accueille (infirmier ? interne ?) ne semble pas du même avis.

Et une injection pour rien, une !

Perplexe, il fait rouler sous ses doigts les veines du bras gauche puis du bras droit, hésite beaucoup et semble aussi à l’aise qu’une poule avec un couteau. Finalement après un premier lancer de fléchette à côté de la cible (« Désolé, je ne suis pas dans la veine »), la deuxième tentative semble la bonne et il peut m’injecter le produit iodé prévu pour l’examen. À mi-injection, j’entends alors une conversation un peu lointaine, avant que le jeune homme ne revienne penaud. «  Finalement, le docteur dit que vous n’avez pas besoin de produit pour ce scanner ». Voilà qui rassure sur la compétence du service où je viens d’atterrir ! Et un grand merci pour la saloperie injectée dans mon corps, alors qu’elle était inutile, un grand merci pour la prise de sang deux jours avant qui n’avait aucune raison d’être et un grand merci de la part de l’assurance maladie pour les 37 euros gaspillés.

Bêtement, comme tous ceux qui ont connu une médecine à visage humain, je m’imagine que la radiologue va venir me saluer et s’enquérir de la raison de ce scanner. D’autant plus que l’examen m’a été prescrit début février, que j’ai eu droit à sept semaines d’attente avant de pouvoir trouver une date possible et que mon état de santé a évolué depuis. Mais c’est oublier que je suis dans une usine qui travaille à la chaîne où l’humain est la dernière des préoccupations. Un médecin qui dit bonjour à son patient avant l’examen, et puis quoi encore ?

Scanner ou jeu vidéo ?

Mon seringueur fou m’installe donc sur le scanner, court se mettre à l’abri des rayons et l’examen démarre. D’habitude une voix humaine prend le micro pour demander à l’examiné de cesser de respirer ou de se relâcher, mais, décidément, on n’arrête pas le progrès à Aguilera. Comme dans un jeu vidéo un peu dingue, c’est une voix préenregistrée qui donne les ordres au fur et à mesure de l’examen. Surtout pas d’échange entre humains !

Quand c’est fini, on me demande de me rhabiller et d’attendre dans le couloir. Dix minutes après cette expérience de médecine virtuelle, je suis appelé à la caisse pour payer (examen non conventionné, bien entendu), et on m’annonce que le compte-rendu va m’être remis dans les cinq minutes.

J’ose proférer un timide « Mais je ne vais pas voir la radiologue ? ».

Soupir entendu : « Ah bon, vous voulez la voir ? »

Oui, mon médecin m’a demandé de lui préciser un certain nombre de choses et je vous ai confié des radios faites antérieurement que j’aimerais récupérer.

Re-soupir :

Bon, je vais voir si elle peut vous recevoir, mais elle est très prise.

Et en plus, ils se plaignent !

Nouvelle attente de dix minutes, avant que la radiologue, que je découvre à ce moment seulement, n’apparaisse dans le vestibule de son bureau. Elle est pressée et ne me propose pas d’entrer. Ce qu’elle me dit ne regarde que moi mais me laisse perplexe, car les propos ne semblent pas en accord avec ce qui est mentionné dans le compte-rendu qui m’est remis. Craignant une confusion entre deux patients, je lui demande s’il y a une évolution par rapport aux clichés antérieurs que j’ai amenés.

Agacée, la blouse blanche, qui vient de m’accorder au bas mot une soixantaine de secondes et reste debout alors que je suis assis, a un temps d’hésitation avant de me reprendre des mains les radios qu’elle n’a visiblement pas regardées auparavant. Le tout dure trois secondes, en comptant la remise des clichés dans l’enveloppe : « Vous verrez cela avec votre médecin traitant ».

En sortant, impossible de louper dans les couloirs les affiches annonçant une grève des radiologues le 23 mars à cause de la baisse tarifaire décidée par l’État. Bien sûr, il ne s’agit surtout pas de mettre tous les médecins dans le même sac. La médecine est un art plutôt qu’une science, le dialogue avec le patient la base de tout et certains médecins, je dis bien certains,  méritent un respect absolu. Mais allez savoir pourquoi, ce jour-là, la cause des radiologues me motive à peu près autant que Serge Dassault faisant appel à la générosité publique pour financer une de ses campagnes électorales.

12 réflexions sur “Cette médecine de plus en plus virtuelle…

  1. Et c’est une des spécialités qui affiche les plus gros revenus , 189 000 € de moyenne en 2011, les pauvres , la vie est dure pour certains !

  2. Triste état de notre système de santé qui est lui aussi au bout du rouleau alors qu’il était un excellent système il y a 30 ans.

    En laissant entrer à l’hopital comptable et administrateurs qui ont phagocyté le système, on marche sur la tête. Eux se versent des salaires de dingues et ne servent à rien et pour justifier leur job ils ferment services, lits avec les conséquences que l’ont sait pour les patients.

    C’est un scandale. La mort des hopitaux publics c’est l’explosion des cliniques privées qui elles sont clairement là pour faire du cash donc …. ce que tu décris Jean-Yves.

    Prends soin de toi !

  3. Bonsoir, en tant que personnel de santé( je ne travaille ni dans cet établissement ni dans cette région) ; commentaire désintéressé. je tenais à apporter 1 ou 2 précisions. Le seringueur fou est un manipulateur en électroradiologie ( à mon image), 3 années d études en CHU après un bac scientifique. Il travaille sous l autorité du radiologue en charge des examens sur une modalité ( scanner irm radio) . Piquer est une action effectuée à de très nombreuses reprises par ces personnels ( bien plus qu un grand nombre d infirmiers à l heure actuelle); décréter l incompétence avec une connaissance parcellaire est , à mon avis, peu respectueux . Une variation dans la glycémie ou l activité peut entraîner des complications pour la pose de la voie veineuse. Si j effectue une lecture rigoureuse de votre prise en charge , je comprends que vous n avez reçu ni iode ni produit agressif pour votre organisme puisque la pose du cathéter n entraîne qu une injection de chlorure de sodium ( eau physiologique ) pour s assurer du caractère stable de la voie et éviter tout risque. La voix enregistrée permet un timing idéal pour la réalisation des images et non, une déshumanisation par fainéantise. La décision du radiologue est a priori intervenue sur une analyse de votre dossier et le souhait après réflexion, de vous épargner l injection iodée. Le monde de la radiologie est central dans la prise en charge de tout patient pour des pathologies sérieuses à l heure actuelle; le futur le rendra décisif.
    Je comprends votre malaise et sa retranscription numérique, je comprends également les méconnaissances qui vous y ont conduit. En vous souhaitant une prise en charge optimisée lors de votre prochain examen .

    • Merci pour toutes ces informations que je suis ravi de partager avec les lecteurs. Restent deux points qui me posent encore problème.
      Est-il courant d’envoyer un patient faire une prise de sang et arriver avec son médicament à base d’iode et de lui dire : « Finalement, vous n’en avez pas besoin ». Voilà une dépense pour l’assurance maladie, me semble-t-il, qui pourrait être évitée.
      Par ailleurs, vous me parlez « technique » mais vous n’abordez pas le sujet de l’humain. Est-il normal que le radiologue vive enfermé dans sa cabine sans dire bonjour au patient et lui demander ce qui l’amène?
      Bien amicalement.

      • Étant manipulateur en électroradiologie médicale et donc au cœur de ce processus, je vais tenter de répondre à vos interrogations.
        La fameuse prise de sang et le produit iodé commandé n’est pas nécessairement un problème de la radiologie mais du médecin qui prescrit les imageries. Beaucoup de médecin prescrivent en quantité de l’imagerie malheureusement inutile selon la clinique du patient ou la pathologie recherchée. Heureusement que la majorité des radiologues prennent le temps de regarder les prescriptions et adaptent le type d’imagerie (scanner, radio, irm …).
        Malheureusement les radiologues ne sont pas au chevet des médecins prescripteurs et ne peuvent canaliser ces abus et de surcroît cette dérive à la dépense de la sécurité sociale. Mais cela reste encore plus profond (de moins en moins de clinique faite par les médecins mais de plus en plus d’imagerie) mais ce n’est pas le sujet aujourd’hui.

        En ce qui concerne le relation humaine des médecins radiologues… malheureusement cela dépend de l’éthique de la personne, une grande majorité garde cet esprit humain tandis que d’autres se laissent engloutir par ce business qu’est aujourd’hui la médecine.

        Le problème aujourd’hui c’est que la médecine est une loterie, il faut tomber malade au bon moment et trouver le bon médecin au meilleur moment.

  4. j’ai vécu 8 ans en Allemagne et vis depuis presque 17 ans aux Pays-Bas.

    TOUS les examens d’imageries médicales sont dans ces deux pays DEBRIEFES avec les patients par un MEDECIN.

    L’humain – en particulier sur les sujets sensibles comme le sont les (possibles) maladies – sont beaucoup mieux pris en compte par les praticiens.

    Dans ce domaine aussi la France la France a des progrès à faire: plus de personnels, mieux formés, mieux payés

    Si c’est possible ailleurs alors ce doit l’être aussi chez nous.

  5. Bonsoir, c est très courant puisque nécessaire. Si la prise de sang n est pas réalisée en amont et que l examen sans injection objective une indication à l injection d iode, l équipe médiacle est alors en possession de toutes les informations requises pour injecter de l iode. ( ce qui évite un second rdv et rallonge les délais, point que vous souleviez) Second point, les radiologues sont des hyper spécialistes qui analysent des examens où les images de 0.6 mmètre sont au nombre de 500 à 1200 pour un corps entier. Nombre d entre eux préfèrent consacrer du temps à votre examen, à la qualité de votre diagnostic , à la pertinence du compte rendu ( intérêt de recontrole (s) ou d autres modalités ou avis spécialistes ) et donc, en aval faciliter votre prise en charge par votre médecin généraliste et/ou votre spécialiste assurant votre suivi. Vu du coté patient , cette attitude peut paraître peu respectueuse du patient; avec un peu de recul, ceci est de la concentration et du bénéfice pour la prise en charge du malade. A l évidence si le temps permet au radiologue de dialoguer avec les patients, c est une excellente chose mais l essentiel est le diagnostic et sa qualité intrinsèque. La partie échange, annonce et émotionnelle éventuelle appartient à VOTRE médecin à mon gout.

    • Mwouais…. c’est possible ailleurs et pas chez nous ? Le débrief du radiologue en Allemagne ou aux Pays-Bas n’exclue bien sur en rien le suivi par le généraliste ou spécialiste ! Mais il est fait et cela rassure car bien évidemment on veut savoir ce que l’on a une fois l’examen terminé.

      Il faut que la médecine s’adapte, descende de son pinacle (comme le professeur, le flic, le notaire, le pharmacien etc. toutes ses professions qui ont trop eu l’habitude de se placer au dessus des citoyens via une « autorité » mal placée).

      En 2017 les patients n’ont plus le même profil qu’en 1977. L’éducation de masse (par ailleurs imparfaite sur plusieurs plans) n’en a pas moins fait son oeuvre et on attend une relation, un échange équilibré dans la communication (sans parler du facteur rassurant, émotionnel, comme le disait Jean-Yves, HUMAIN)

      En tout les cas, AKA, bravo pour la qualité de votre poste dont les esprits mal placés pourraient penser qu’il soit en fait celui d’un radiologue d’….Aguiléra ;o)

      Bon week end a tous

  6. Dommage que l’article soit bourré d’incohérences, ça le décrédibilise. Sinon quelques vérités.. mais mal exprimées par manque de connaissances.
    #monmétierdejournalistememanque#laretraitesepassemal

    • Vous exercez sans doute un métier médical ou paramédical pour vous montrer aussi catégorique. Ce que je regrette, c’est que vous ne faites pas la différence entre un quotidien ou hebdomadaire de presse écrite et un blog.
      Ma retraite se passe à merveille, mon métier ne me manque pas depuis que j’ai quitté Le Canard Enchaîné et je suis juste content de partager gratuitement avec quelques lecteurs un certain regard sur l’actualité. C’est la citoyenneté qui m’anime et non la nostalgie du passé. Par ailleurs, je n’ai jamais prétendu avoir des connaissances médicales et ne peux pas me lancer dans des vérifications comme je le faisais auparavant. Ce qui me frappe, c’est que j’ai reçu des dizaines de messages de connaissances me disant  » Mais pour nous, en radiologie, cela se passe toujours comme cela et on ne voit jamais le médecin ». Pour moi c’était une première et j’ai trouvé intéressant de le raconter. Le directeur de la clinique d’Aguilera m’a d’ailleurs appelé pour me dire qu’il transmettait l’article au service concerné.
      Si vous aviez été dans une démarche généreuse, au lieu d’évoquer les incohérences de cet article, vous auriez expliqué où sont les erreurs pour permettre à tout le monde de réfléchir. Je suis toujours ravi d’apprendre. Et sur l’élan, vous auriez pu signer votre réponse, pour que l’on sache à qui l’on s’adresse.
      Mais pour avancer à visage découvert, il faut un peu de courage.

      Bien amicalement.
      Jean-Yves Viollier

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s