Une pathétique nombriloscopie

Brillant orateur mais piètre écrivain, Didier Borotra, ego démesuré et absence totale de remise en cause, se rate complètement dans ses mémoires.

Qu’attendre en vérité de quelqu’un qui, à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne, a affirmé avoir appris « par hasard » l’engagement de sa fille Sophie par la directrice de La Cité de l’Océan qui travaillait sous ses ordres ? Des approximations et de grandes gesticulations autosatisfaites.

La réalité Borotra, connue de tous les Biarrots, est toute autre que celle racontée dans le livre au titre ampoulé « La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs ». Didier Borotra, c’est d’abord un homme qui rate complètement sa vie professionnelle avant de se raccrocher aux branches la cinquantaine venue grâce à la politique, quelqu’un qui a connu la gêne financière avant de prospérer sur le tard, le cumul des mandats aidant. Mais la vie antérieure du brillant gestionnaire Borotra est expédiée en dix lignes et devient « de graves tensions financières au sein de l’entreprise au mileu des années 1980. Cette responsabilité de gestion, lourde et préoccupante, a été surmontée grâce à la solidarité familiale. » Étonnez-vous après cela que la Ville, au moment de son départ, soit passée à ras de la mise sous tutelle préfectorale pour cause de surendettement !

Élu à regret à Biarritz

Même fable en ce qui concerne son implication dans la vie politique biarrote. À l’en croire, cet inconditionnel de Jean Lecanuet a cédé à la pression affectueuse de ses amis en se présentant à Biarritz : « Je dus une nouvelle fois y aller… plus contraint que porté par une réelle ambition. J’entends bien que ce goût du sacrifice peut paraître suspect ; certes ma sympathie à l’égard de Bernard Marie était nulle et, sincèrement, j’étais fort tranquille à la mairie d’Arbonne et au conseil général ».

Et l’on en arrive au morceau de bravoure de 1991 où l’angélique Borotra dément catégoriquement une quelconque « ambition de devenir maire ». C’est uniquement la peur de voir raser le casino municipal, ce chef d’œuvre de l’art déco, qui l’a poussé à faire sécession contre Bernard Marie. Comme c’est curieux, Borotra oublie totalement de citer les coupures de presse de l’époque où il se déclare, fin 1990, « enthousiasmé » par le projet d’implantation d’un nouveau casino sur la colline des hortensias. Talonné par Michèle Alliot-Marie que tout le monde voyait succéder à son père, le premier adjoint Borotra trahit Marie, car il n’en peut plus d’être vizir et se rêve calife. Mais si on le lit, c’est uniquement par amour de Biarritz et de la belle architecture qu’il a agi ainsi et non par arrivisme forcené.

Des costards à tout va

Et c’est là où « La renaissance de Biarritz » devient une énorme déception. Didier Borotra, même s’il est l’illustration des méfaits liés à vingt-trois de règne sans partage, a incontestablement été un maire qui avait une vision de sa Ville et qui a réveillé la belle endormie de la Cöte basque. Mais à force de ne pas s’attribuer la moindre erreur, le moindre ratage (Il continue à croire que la Cité de l’Océan deviendra « avec le temps, l’un des atouts majeurs de l’image et du développement de Biarritz » !), Borotra en devient totalement ridicule.

Prenez par exemple l’homme qui a été sénateur des Pyrénées-Atlantiques de 1992 à 2011. Un sénateur tellement inexistant que M6 s’était amusé à faire un reportage sur lui, présent par hasard au Sénat et incapable de localiser son bureau. À part Pénélope Fillon, vous connaissez quelqu’un incapable de retrouver son bureau après dix-neuf ans passés au sein de la même entreprise ? Et qu’écrit celui qui devrait raser les murs après avoir si mal accompli son mandat : « Mon expérience de sénateur s’avéra assez décevante en raison de l’âge et du manque de dynamisme d’un grand nombre de mes collègues, du faible poids de l’assemblée dans les grands débats politiques et des difficultés éprouvées à faire émerger les majorités d’idées auxquelles j’aspirais » Si tu avais un peu plus participé au travaux, Didier, peut-être aurais-tu apprécié le Sénat !

Même toupet de plume en ce qui concerne Michèle Alliot-Marie, de la part d’un homme politique dont la renommée n’est guère allée au-delà de Mauléon. Didier Borotra a le droit de détester la famille Marie, mais de là à écrire sur l’un des plus beaux parcours de la République : « Certes, son parcours politique l’a amenée à exercer de hautes responsabilités, la hissant à la tête de quatre ministères régaliens. Mais, quand on regarde de près quelle fut son action, on constate qu’elle aura laissé peu de traces durables de son passage » Vingt ans à faire partie de tous les gouvernements possibles, c’est ce que Didier imperator appelle ne pas laisser de traces ! Mais visiblement, comme l’avocat Robert Bourgui, Borotra a décidé d’offrir des costumes taillés sur mesure à tous ceux qui lui sont chers.

L’encensoir sans empathie

Et l’on s’étonne dans ce livre qui fait, disons-le tout net, un peu de peine pour son auteur d’une construction surprenante que l’éditeur aurait dû récuser. D’un côté une sorte de curriculum vitae laborieux où l’on retrace les grandes dates d’une existence sans raconter le dessous des cartes, un peu comme si Jérôme Thion nous rappelait dix ans plus tard le minutage des essais lors du dernier bouclier de Brennus au lieu de nous raconter l’ambiance des vestiaires, de l’autre des portraits qui arrivent sans prévenir au milieu du récit avec une hyperbole de superlatifs et une absence totale d’empathie, qui donnent à penser à une soirée des Césars où le lauréat n’oublie jamais de remercier le moindre décorateur ou preneur de son.

Vous l’aurez compris, derrière « La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs » se cache surtout de la part de son auteur un manque absolu d’humilité qui est révélateur d’un manque total d’humanité. Et l’on plaint ce vieillard au cœur sec pour avoir fait dans ce livre fort loin d’être impérissable inlassablement le tour de son nombril avec sa plume.

« La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs », Didier Borotra, éditions Le Festin, 224 pages, 19 €.

Amnésie consciente et inconsciente…

Borotra évoque longuement le Foro, destiné à propager la gloire de Biarritz en Amérique du Sud mais oublie totalement de préciser aux lecteurs que sa fille qui vivait sur le continent américain touchait un salaire d’attachée parlementaire de sa part, quand il était sénateur, ce qu’elle a confirmé au tribunal. Encore plus fort que Fillon ! Ce qui n’empêche pas notre inénarrable Didier de nous faire un grand couplet sur l’argent et la politique : « Il faut reconnaître que beaucoup d’élus locaux ne font rien, sinon de la présence et touchent des indemnités exagérées » Fallait oser ! Comme il fallait oser affirmer n’être nullement intervenu dans la campagne des municipales de 2014 : « Max Brisson considérait qu’il était imbattable, Veunac qu’il était le plus légitime, tandis que Guy Lafite estimait qu’il était le plus compétent. Tout cela n’était pas faux, mais pas totalement exact non plus ».

D’autres erreurs, comme l’a souligné La Semaine du Pays basque d’aujourd’hui, traduisent une mémoire qui flanche et n’auraient pas dû passer au travers d’une relecture sérieuse. Borotra fait participer De Gaulle aux législatives de 1978 au lieu de 1968, parle de Bernard Marie député en 1993 alors qu’il avait abandonné son mandat en 1981 et le reste à l’avenant. Mais le détail que les Biarrots auront le plus de mal à lui pardonner est sans doute cette légende de photo, page 112, parlant du bouclier de Brénus et non de Brennus. À croire que Didier s’est pris un coup de bouclier sur la tête, lors de la dernière finale…

2 réflexions sur “Une pathétique nombriloscopie

  1. Cher tous au journal de14.00 ce jour sur France Info, un directeur de recherche du CNRS qui a mis au point un algorythme pointu https://fr.wikipedia.org/wiki/Serge_Galam

    Selon ses travaux, du fait d’un phénomène dit « d’abstention inavouée », la victoire de Marine le Pen reste possible.

    POUR LE 2ND TOUR PAS D’ABSTENTION – SVP VOTEZ – POUR EMMANUEL MACRON

    voir explication sur le phénomène étudi

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