Pour rester crédible, Macron doit virer Ferrand

Montrer ses muscles aux présidents étrangers, c’est très bien. Mais la cohérence impose aussi de savoir écarter ses proches quand ils sont en tort.

Et encore un faux-cul de première ! Richard Ferrand s’était montré très sévère pour les élus qui font travailler leur famille. Il savait de quoi il parlait.

La droite a beau s’égosiller pour faire oublier ses turpitudes passées, l’affaire Ferrand ne sera jamais l’affaire Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ayant battu une sorte de record national de la cupidité et continuant à faire des siennes puisqu’il refuse de rendre à son parti les trois millions d’euros récoltés par son mouvement pendant la campagne.

Richard Ferrand, le premier soutien socialiste d’Emmanuel Macron, devenu ministre de la Cohésion des territoires, n’avait pas eu de mots trop durs pendant la campagne présidentielle pour dénoncer les emplois familiaux et cette affaire Fillon qui « souille tous les élus de France ». L’homme savait visiblement de quoi il parlait, puisque il a employé pendant six mois son fils de 23 ans comme assistant parlementaire pour un total brut de 8704 euros et fait gagner en 2011 à sa compagne un petit pactole de 500 000 euros en lui proposant une juteuse opération immobilière avec Les Mutuelles de Bretagne qu’il dirigeait alors.

Une compagne avocate et non agent immobilier

Contrairement à Pénélope, les traces du travail du fiston ont été très faciles à établir et pour l’affaire immobilière le parquet de Brest a estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. Mais est-ce suffisant, alors qu’une loi sur la moralisation de la vie publique se prépare, pour accepter que Richard Ferrand poursuive ses fonctions de ministre ?

Imaginez votre réaction si vous souhaitez acheter un appartement à Biarritz et que quelqu’un vous propose à la vente un bien dont il n’est pas encore propriétaire. Vous seriez plutôt réticent, mais ce genre d’acrobaties immobilières n’a pas gêné Les Mutuelles de Bretagne.

Maître Alain Castel, ancien bâtonnier de Brest, qui avait supervisé l’opération à l’époque, déclare dans Le Parisien (29/5) avoir été « choqué » par cette transaction qui pour lui « relève de l’enfumage ». Rappelons les faits. Les Mutuelles de Bretagne cherchent de nouveaux locaux. La compagne du directeur Richard Ferrand, Sandrine Doucen, avocate de son métier et non agent immobilier comme on pourrait l’imaginer, propose un local qui ne lui appartient pas encore par l’intermédiaire de la Saca, une Société Civile Immobilière qu’elle n’a pas encore constituée. Sûre de revendre son bien, elle peut donc emprunter à 100% la somme nécessaire, rembourser presque instantanément et faire en quelques années un bénéfice de 586 000 euros selon Le Canard enchaîné du 24 mai.

Comme le dit maître Castel, « la vraie question, c’est pourquoi Richard Ferrand n’a pas fait acheter l’immeuble par la mutuelle. C’était l’intérêt de celle-ci ».

Volonté de faire un cadeau discret au jeune couple, volonté d’offrir à un directeur particulièrement performant aux dires de tous une prime conséquente sans susciter la grogne des syndicats, la fiscalité des entreprises étant beaucoup moins douloureuse que celle des particuliers… toutes les hypothèses sont permises puisqu’à ce jour aucune enquête n’est en cours, même si pour maître Castel « le dossier mériterait au moins des investigations complémentaires ».

La posture ne suffit pas

 Rien d’illégal donc, mais est-ce tout à fait moral pour un politique qui occupe maintenant le premier plan ? Emmanuel Macron réalise un très bon début de mandat. Comme l’écrit Jacques-André Schneck dans son blog politique « Souvenons-nous de sa phrase : « Ce qui manque aux Français, c’est la figure du roi ! ». Il fallait oser, mais il est en pleine cohérence et pour l’instant dans le sans faute ! Moi, il me bluffe ! » Sans être aussi enthousiaste que mon voisin de droite, force est de constater qu’il a su se couler dans le costume présidentiel avec une aisance que n’a jamais eu pendant cinq ans notre ancien capitaine de pédalo, François Hollande. Mais la politique est cruelle, avec ses bonnes et mauvaises séquences. Capable de se montrer brutal avec Trump, Macron s’est montré un peu trop conciliant avec Bayrou comme le prouvent les désastreuses investitures dans notre département, où le « roi du Béarn » a dû faire les fonds de placards centristes pour trouver des candidats à peine présentables comme Vincent Bru, grand pourfendeur du mariage pour tous.

La vie politique est faite de postures, à l’image de la poignée de mains devant caméras entre chefs d’états, mais aussi de fond. Si Emmanuel Macron en évoquant une imminente moralisation de la vie publique n’est que dans la posture et le jet de poudre de moralité aux yeux des électeurs jusqu’à l’obtention d’une majorité au Parlement, il a raison de garder son vieux complice Richard Ferrand. Mais s’il veut vraiment rénover en profondeur les mœurs politiques, alors il doit donner l’exemple et sacrifier son ministre qui n’en a pas fait plus que bien d’autres, mais qui a le tort de se trouver sous les feux de la rampe à un moment où les Français n’en peuvent plus de la goinfrerie et du mélange des genres sans limite des politiques qu’ils élisent.

Car s’il faut attendre que Richard Ferrand fasse passer les convictions et le respect du mouvement En Marche pour lequel il militait si ardemment pendant la campagne présidentielle, avant les ors de la République et l’ivresse ministérielle, il est bien évident que les Français risquent de poireauter durablement. « Il n’y avait pas de conflits d’intérêts » répète Ferrand sur tous les tons. Ah, bon ? Et moi qui croyais que l’argent versé par les cotisants à leur mutuelle était destiné à les protéger de la maladie et non à améliorer l’ordinaire d’un jeune couple…

Macron n’y va pas de main morte

Impressionnant face à Donald Trump, le président Macron a remporté son duel… haut la main.

La rencontre de « deux mâles alpha » selon la presse américaine.

Pour avoir fréquenté des boxeurs dans ma jeunesse, j’ai toujours été frappé de la douceur avec laquelle ces sportifs vous serrent la main. Seuls les matamores de vestiaire, ceux qui cherchent à faire oublier leur médiocrité sur le ring, s’obligent à vous broyer les phalanges pour bien vous faire sentir leur virilité. Faute de pouvoir briller par sa hauteur de vues ou ses connaissances géo-politiques, le président américain Donald Trump a développé une stratégie bien à lui pour faire sentir à ses interlocuteurs qu’il entend demeurer le maître du monde. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, reçu à la Maison-Blanche en février dernier, n’est pas prêt d’oublier l’étreinte de dix-neuf secondes que le rustique président des États-Unis a fait subir à la petite miniature qui lui tient lieu de main. Ne ratez pas sa grimace de soulagement quand le supplice se termine, elle est désopilante.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/11/la-poignee-de-main-entre-donald-trump-et-shinzo-abe-derniere-d/

Emmanuel Macron apprend décidément très vite, même s’il n’a pas été élu à mains levées. Très à l’aise pour son premier G7, sachant habilement s’écarter avec Justin Trudeau tout en restant à portée de main pour offrir aux photographes l’image d’une jeune classe dirigeante triomphante, complice avec Angela Merkel comme jamais Hollande ne l’a été, le président français a retenu l’attention de tous les médias américains en se sortant

brillamment du traquenard tendu par Donald Trump. Face aux caméras, notre Macron que l’on découvre féroce, non seulement ne s’échappe pas face à la tentative de destruction de sa main droite par le soudard américain, mais il en rajoute et, pour notre plus grand chauvinisme triomphant, ce sont les articulations de Trump qui blanchissent, ses doigts qui papillonnent et se font flanelle pour tenter d’échapper à la broyeuse, tandis que Macron, sourire de façade et œil cruel rajoute une ultime pression avant de libérer les cinq otages. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le New-York Times à ce sujet :  » Leur poignée de main a suscité l’étonnement. Le président américain de 70 ans et son homologue français de 39 ans se sont donnés la main, entamant un salut viril qui s’est achevé en poignée de la mort bon enfant. Les mâchoires serrées, leur visage alternant entre sourires et grimaces, les deux hommes se sont serrés la main jusqu’à ce que les jointures de M. Trump pâlissent. A un moment, le président a essayé de retirer sa main, mais M. Macron a agrippé sa main encore plus fort et a continué à la serrer. Finalement, la seconde fois, M. Trump s’est retiré et M. Macron l’a laissé partir.« 

Même si Macron a franchi l’épreuve haut la main et si on applaudit des deux mains, on a le sentiment qu’il s’en est fallu de l’épaisseur d’un doigt que le président des États-Unis ne dégaine l’arme nucléaire s’il avait eu le fameux bouton rouge à portée de main.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170526.OBS9911/trump-aneanti-par-la-poignee-de-main-de-macron-la-presse-compte-les-points.html

Et c’est donc avec une certaine inquiétude que l’on attend la visite demain en France de Vladimir Poutine, autre grand primate de la virilité triomphante. Après le rituel baiser sur la bouche, vont-ils affronter un ours à mains nues pour pouvoir évaluer leur testostérone ? Tandis que Fillon, Juppé ou Valls regarderont les images en se répétant, nostalgiques, le vieil adage : « Aux innocents, les mains pleines ».

Mille raisons de ne pas voter Arosteguy

Soutien inconditionnel de Fillon, la descendante de la prestigieuse épicerie biarrotte a déjà adopté tous les travers des politiques les plus roués.

Maïder Arosteguy a fait sienne la devise de Jean-Claude Dusse, le séducteur des Bronzés : sur un malentendu, ça peut passer aux législatives. (Capture d’écran du blog de la candidate)

Surtout ne vous amusez pas à jouer à la marelle avec Maïder Arostéguy, car vous êtes certain de perdre ! Même si le Pays basque, en matière de figures politiques, compte quelques spécialistes réputés de la haute-voltige, on n’a jamais vu une candidate démontrer une aussi incroyable agilité pour passer d’une case à l’autre. Notre Nadia Comaneci locale fait ses débuts en politique à Biarritz en 2008 sur la liste d’un de ses amis personnels, Jean-Benoît Saint-Cricq. Ce qui ne l’empêchera pas de planter là dès le premier conseil municipal le godelureau qui l’a fait élire pour sauter dans les bras de Patrick Destizon. Là aussi les amours vont tourner court et deux séances plus tard, la novice en politique, adepte du trapèze volant, crée son groupe avec une colistière Denise Servy. Pendant six ans, Maïder Arostéguy sera officiellement dans l’opposition sans que personne ne s’en aperçoive, soutenant avec la majorité la Cité de l’Océan chère à Borotra et appliquant un principe simple : se faire oublier et guetter le coup suivant.

Même picorage au sein des partis politiques. Visant le conseil départemental, elle adhère à l’UDI, cette belle maison de passe du département, où à l’exception de quelques convaincus comme Philippe Morel, les ambitieux du suffrage universel viennent se faire ripoliner en centriste avant de se donner au plus offrant, à l’image du marcheur de dernière minute Vincent Bru qui vient de quitter l’UDI pour le MoDem, contre la perspective de devenir député.

L’alliance pour les départementales LR-UDI permet à Max Brisson et Maïder Arosteguy d’être élus en 2015. Mais l’ascenseur ne monte pas assez vite à son gré et Maïder redoute de ne pas obtenir l’investiture de l’UDI pour les législatives 2017. Maline, elle a compris qu’elle possède un nom de famille qui parle aux gens et  remarqué que les grands partis manquent beaucoup de femmes, alors que les amendes pour non respect de la parité ne cessent de croître. Elle quitte donc l’UDI au printemps 2016 pour rejoindre Les Républicains. Grande copine de Corine Martineau, elle a l’intuition de parier Fillon avant les primaires. Bingo ! Maïder  se retrouve investie pour les législatives. Jusque-là, pas grand-chose à dire. L’ambition, le flair et la chance font partie de la panoplie de l’élu potentiel.

Manque de morale

C’est en 2017 que tout se complique et que cette candidate, que j’apprécie à titre personnel mais certainement pas à titre politique, va tomber dans tous les travers des élus les plus roués, alors que l’on attend des novices fraîcheur, enthousiasme et volonté de moraliser la vie publique. Ce qui nous vaudra d’ailleurs un échange téléphonique où je lui annonce que je vais désormais la combattre dans ce blog et où elle conclura impavide : « Merci pour cet échange républicain ». Obtenir une investiture aux législatives à cinquante ans, neuf ans après des débuts comme simple conseillère municipale, relève de l’exploit et Maïder le sait.

Quand le vilain Canard enchaîné, révèle fin janvier que Pénélope est assistante parlementaire de son mari depuis vingt ans, sans que quiconque ou presque ne trouve trace de son activité, c’est la catastrophe pour Maïder qui voit l’appétissant gâteau que lui réserve l’Assemblée nationale s’éloigner d’elle. D’où une page Facebook, un blog, un compte Twitter surréalistes, fustigeant les journalistes, criant au complot et affirmant sans la moindre distance que Fillon est le seul président possible pour la France.

La politique, tous les Français le savent, est un métier difficile et corrupteur, même si tous les élus ne sont pas pourris, loin de là. Ce sont les meilleurs au départ, les plus altruistes, qui s’y intéressent et qui se dévoient avec le temps au fil d’arrangements improbables entre amis. Si on commence à accepter qu’un candidat soit parjure, qu’il se présente à la plus haute fonction de l’État en étant mis en examen pour « escroquerie aggravée » voire « faux en écritures publiques », si on s’égosille à le soutenir parce que c’est son intérêt du moment, alors bien évidemment, quand on se retrouvera une fois élue confrontée à un problème moral, on fera preuve du même manque de rigueur et on franchira la ligne jaune. Cette première raison suffit déjà largement à perdre toute envie de voter Arosteguy. Mais il y a pire.

Manque de courage

Le soir du premier tour, c’est comme si la lumière s’était soudain éteinte dans la maison Arosteguy. D’un seul coup les écrits de la candidate potentielle ne s’intéressent plus à la vie publique, mais affichent des clochettes de muguet, des vues de ce Pays basque si beau et si ensoleillé et de ces gens si merveilleux qui vont voter immanquablement pour vous aux prochaines législatives. Pourtant, il reste deux candidats en lice qui devraient mobiliser tout politique digne de ce nom. D’un côté Macron avec son mouvement hybride ni droite ni gauche mais républicain, de l’autre la représentante d’un parti antirépublicain et raciste, qui cherche à dédiaboliser son mouvement et ne dupe personne. On ne rigole pas avec le Front national, on le combat !

 L’attitude ambigüe d’un Jean-Luc Mélenchon m’a scandalisé, celle de Maïder Arosteguy tout autant. Quand des Brisson ou Olive se montrent très clairs dans leurs choix, même si ça ne leur a sans doute pas fait plus plaisir qu’à moi de voter Macron, notre ambitieuse se complaît dans une équivoque ambiguïté, histoire de ratisser le plus large possible et de ne pas se mettre à dos pour les législatives des militants républicains susceptibles de voter Marine Le Pen.

Le vrai courage en politique, c’est d’être devant ses électeurs et non planquée derrière, c’est d’anticiper, d’annoncer clairement ses décisions et quand on n’est pas suivi de savoir en tirer les conclusions qui s’imposent. Face au parti de la haine, ce n’est pas très glorieux de rester ainsi silencieuse. Pour la même raison, je ne voterai pas Vincent Bru, arriviste de la dernière heure, qui pour justifier son investiture, annonce qu’il va adhérer à En Marche (Il est temps !) et affirme avoir voté Macron à deux reprises. Un politique ne vote pas à titre personnel. Il éclaire les citoyens moins avertis que lui et rend publique la couleur de son vote.

Manque de convictions

Morale, courage et convictions, voilà ce qu’on attend d’un politique et ce que l’on cherche vainement dans cette candidature Arosteguy. Si Maïder avait assisté à quelques débats à l’Assemblée Nationale, elle aurait une petite idée du niveau requis, de la culture historique et politique des participants, du talent oratoire nécessaire et du rythme infernal demandé à ceux qui participent véritablement à toutes les séances, comme la députée Colette Capdevielle (Quel dommage, que je ne dépende pas de la Ve circonscription, mon choix serait vite fait !). J’avoue que je ne peux pas imaginer un élu qui ne soit pas passionné par la vie publique, qui ne pense pas qu’à cela.

Le lendemain du débat de deuxième tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, tout Biarritz ne parlait que du Facebook de Maïder Arosteguy, qui assistait à une représentation des ballets Malandain à l’heure où Macron pilonnait Marine. Un peu comme si le président de la fédération française de rugby Bernard Laporte publiait un selfie de lui juché sur un âne à l’heure de la finale du top 14. Et beaucoup de se demander sérieusement si la candidate des Républicains n’est pas beaucoup plus intéressée par son devenir personnel, par les avantages liés à la députation, que par l’avenir de la France. Dans l’opposition municipale depuis trois ans, Maïder brille par une navrante absence de convictions et une prudence absolue quand il s’agit d’émettre un avis ou de faire de la peine à ce cher Michel Veunac. Mais dans ses tracts électoraux, la nouvelle venue nous annonce en toute modestie que « La France a besoin d’un changement majeur en 2017 » … et qu’il faut donc voter pour elle.

Le changement avec les vieilles pratiques d’antan, serait donc incarné par notre sémillante candidate ?  Entre l’école où on joue à la marelle et l’Assemblée où l’on pratique souvent la corde raide, il est long, très long le chemin. Sans doute beaucoup trop long pour la « petite » Arosteguy, comme on l’appelle ici, même si à Biarritz on a tendance à élire tout ce qui porte l’étiquette « À droite ».

Liberté de la presse façon Arosteguy

À l’image du grand démocrate Veunac qui refuse de répondre à mes questions de journaliste, Maïder Arosteguy a décidé que je n’aurai plus accès à son compte Twitter. Un peu plus habile en matière de réseaux sociaux que Vincent Bru qui ne sait toujours pas comment ça marche, comme se plaît à le raconter François Amigorena, Maïder n’a visiblement pas réalisé que créer un nouveau compte Twitter prend trente secondes. J’ai donc une nouvelle identité, fort discrète celle-là, qui me permet en tant qu’abonné de tout savoir des commentaires visionnaires et définitifs de la candidate.

Et ce n’est pas triste !  

Le document qui disculpe (sur un point) Maïder Arosteguy

« Je me suis engagée dès réception du courriel à représenter le Président dans le cadre de ma délégation. Votre critique de mon absence au débat ne me paraît pas justifiée… » La candidate aux législatives conteste formellement un point et le document qu’elle adresse à Bisque, Bisque, Basque ! montre sa bonne foi  sur son absence au débat de deuxième tour.  Dont acte, ce qui n’excuse pas pour autant le grand silence face à Marine Le Pen.

 

La mutuelle des arbres

Solidaires et adeptes de la vie en communauté, les arbres, quand l’homme ne s’en mêle pas, s’entraident et se protègent.

Pour une fois la publicité dit vrai et vous ne regarderez plus jamais la forêt de la même manière après avoir lu « La Vie secrète des arbres, ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent ». Peter Wohlleben, l’auteur de ce livre qui a déjà été vendu à plus de 650 000 exemplaires, est un forestier allemand qui a commencé son métier en pratiquant comme les anciens : éclaircissement des parcelles pour que les arbres sauvegardés aient plus de place pour grandir, coupes régulières et méconnaissance absolue du fonctionnement d’un arbre. « Quand j’ai commencé ma carrière de forestier, j’en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres qu’un boucher sur la vie affective des animaux. » Fort heureusement, notre sylviculteur a compris avec le temps qu’un arbre ne servait pas uniquement. à produire du bois. Devenu responsable d’une forêt écologique à Hummel en Allemagne, Peter Wohlleben nous raconte et c’est absolument passionnant.

Vous imaginez les arbres commes des individus isolés tentant de survivre et profitant des déboires de leurs voisins pour étaler leurs frondaisons ? Rien de plus faux ! En fait, quand ils sont de la même espèce, les arbres s’épaulent et se protègent entre eux. Si une graine a la malchance de pousser à un endroit peu fertile, les arbres voisins par leurs racines donneront au petit rabougri les nutriments dont il a besoin pour pousser comme les autres.

Pour être fort et beau, un arbre doit grandir lentement. Dans les forêts naturelles, celles qui n’ont pas été « ordonnées » par l’homme, le rôle des parents consiste donc à empêcher leurs enfants de croître trop vite en ne lui laissant que peu de lumière. Ainsi le jeune arbre s’enracine profondément dans le sol et ne craindra rien à l’âge adulte.

Car, bien évidemment, la notion du temps pour un arbre est sans commune mesure avec celle d’un humain. Cinq cents ans constituent juste l’arrivée dans la plénitude de ses moyens pour un chêne ou un hêtre qui ne connait pas d’intervention humaine, et l’on estime que certaines souches vont vivre plusieurs milliers d’années.

En fait, notre passionné et passionnant forestier constate que les scientifiques savent bien peu de choses sur les forêts, pourtant indispensables à la vie terrestre. Dans des laboratoires, des chercheurs ont réussi à faire remonter de l’eau par capillarité à une hauteur maximale de un mètre. Mais comment font les arbres pour puiser le liquide nourricier dans la terre et aller rafraîchir leur houppier qui se situe parfois à plus de cinquante mètres du sol ? Personne jusqu’à maintenant n’a pu l’expliquer.

Wohlleben va même plus loin en remarquant que les arbres ont chacun leurs caractères. Dans la forêt qu’il observe quotidiennement, dans un même bosquet, ce sont toujours les mêmes arbres, d’un tempérament précautionneux, qui vont se dépouiller de leurs feuilles aux premiers froids, tandis que d’autres, plus téméraires, lanterneront jusqu’au dernier moment. Et le forestier d’avouer qu’il ne serait pas surpris si les scientifiques trouvaient une sorte de cerveau dans les racines de ces arbres qui savent si bien s’adapter aux conditions climatiques changeantes. Heureux de voir la souffrance animale enfin reconnue, l’auteur aimerait que l’on réfléchisse maintenant à la condition végétale   « Quand on sait qu’un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire, que des parents-arbres vivent avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir, ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l’assaut des sous-bois ».

Quand je vous disais que vous ne regarderez plus jamais un arbre de la même façon…

« La vie secrète des arbres… », Peter Wohlleben, éditions Les Arènes, 270 pages, 20,90 €.

Faut reconnaître, c’est du Bru…tal

Vincent Bru pique l’investiture En Marche à François Amigorena. Un mauvais polar dans lequel Michel Veunac a trempé. Récit des coulisses.

En politique, les bons sentiments ne durent qu’un temps et les tontons flingueurs ont souvent le dernier mot.

Les deux seuls points communs entre Michel Veunac, le maire de Biarritz et son premier adjoint Guy Lafite ? Le mépris mutuel qu’ils éprouvent l’un pour l’autre et leur détestation cordiale et partagée du septième adjoint François Amigorena. Il faut dire aussi que ce petit garnement, accessoirement membre de la brinquebalante majorité municipale, s’est permis de contredire les creuses incantations du premier en plein conseil municipal et de ridiculiser l’autre en démontrant qu’il ne comprend rien de rien aux réseaux sociaux, ce qui la fiche un peu mal pour un énarque.

Lundi 8 mai, Michel Veunac qui a regardé la veille à la télévision les premiers pas d’Emmanuel Macron,  décide qu’il ne se contentera pas comme d’habitude des trois mouvements de menton qui lui tiennent lieu de jogging quotidien. Il est plus que temps d’agir et dès son arrivée à la mairie, SuperMimi s’empare de son téléphone pour dire à son ami François Bayrou tout le mal qu’il pense de l’investiture possible de François Amigorena. Le président du MoDem, dont les troupes tiendraient au large dans une cabine téléphonique, ne peut rien refuser à « son ami Michel » et, roulant des mécaniques comme à l’accoutumée,  lui affirme qu’il fait son affaire du trublion biarrot. Guy Lafite de son côté passe la deuxième couche en revisitant son carnet d’adresses d’anciens de l’ENA et en délivrant le même message sur l’impossible Amigrosdégâts.

D’où cette surprise et ce sentiment de flottement, en milieu de semaine dernière lorsque la liste des candidats En Marche est publiée. La décision d’investiture dans la VIe circonscription est suspendue. Ce qui signifie que le candidat Amigorena, souhaité par les militants car présent depuis le lancement du mouvement est mis en balance avec Vincent Bru, le maire de Cambo, un inconnu au bataillon de La République En Marche.

Les manigances sont de sortie

Et l’on découvre qu’entre l’intention et l’action politique existe comme un fossé dans lequel ont fini bien des audacieux. Claquer deux bises chaleureuses à Tata Merkel, lors de son premier voyage officiel à Berlin, ne suffit pas pour faire de la politique autrement. Emmanuel Macron nous promet une moralisation de la vie publique, mais les ratés lors de la constitution du gouvernement comme les frondes qui éclatent dans de nombreuses circonscriptions, démontrent que les professionnels de la politique ne baisseront pas pavillon face au jeunot sans ourdir quelques manigances.

Prenez le caprice de François Bayrou, une fois la liste des investitures connues. Cet homme ne pèse strictement rien, il est un casus belli vivant avec son appel à voter en 2012 pour François Hollande que la droite ne lui pardonne pas. Macron pouvait traduire de façon spectaculaire et quasiment sans risque sa volonté de rénover la vie politique en laissant Bayrou bouder dans son coin. Et Amigorena aurait eu une investiture légitime au vu de son parcours. Et de réelles chances de l’emporter.

Au lieu de cela, le joueur de poker Bayrou réussit à intoxiquer l’équipe adverse avec sa misérable paire de deux et fait monter les enchères. Le coup de bluff réussit au-delà de toute espérance. Mais comme Bayrou n’a pas suffisamment de militants, il se retrouve obligé de ratisser large et de se tourner vers de possibles affidés.

Contre le mariage pour tous, Vincent Bru n’hésite pas à rallier… Macron.

Le diaphane Vincent Bru est le portrait en creux du candidat dont Macron ne veut plus entendre parler : multirécidiviste ayant bouffé à tous les râteliers politiques, avec pour seul étendard l’absence totale de convictions et une ductilité idéologique à toute épreuve si une copieuse gamelle se profile à l’horizon. Candidat sans étiquette, il forme un ticket avec Michèle Alliot-Marie en 2012 aux législatives. Après l’échec dont tout le monde se souvient, il appareille pour l’UDI où il se distingue par son absentéisme. Il affirmerait, selon ses dires,  des sympathies depuis le début de l’année pour le mouvement En Marche, mais l’homme est tellement discret que personne ne se souvient l’avoir vu participer à la moindre réunion militante ou au grand meeting de Pau.

En revanche, une rapide recherche sur Internet montre que Vincent Bru n’a pas été le dernier à combattre les lois défendues par Emmanuel Macron, comme le prouve cette pétition contre le mariage pour tous signée – à l’insu de son plein gré très certainement – par le maire de Cambo.

http://www.mairespourlenfance.fr/les-signataires?search_field=dept&value=64&operator=LIKE&sortBy=city&ascdesc=ASC&submit=Rechercher#participants-list

Un vieux routier de la politique, homophobe de surcroît, voilà vraiment une investiture qui s’imposait pour le grand mouvement moderne REM! Contacté mardi, pour s’expliquer sur son parcours, le courageux maire de Cambo s’est bien gardé de répondre à Bisque, Bisque, Basque! La timidité, sans doute.

Morel : « Bru part dans le sens du vent »

Reste encore un épisode dont l’authenticité fait débat dans cette interminable saga intitulée « Agitons-nous, folle ville de Biarritz ! ». Il se situerait ce week-end dernier, juste avant l’annonce de l’investiture de Vincent Bru, lundi 15 mai, et concernerait Didier Borotra. « Impossible que le vieux prenne son téléphone pour défendre quelqu’un d’autre que lui-même » affirme un fin connaisseur de la vie biarrote qui est intarissable sur le copieux nombril de l’ancien maire. « Borotra apprécie François Amigorena, rapporte un autre,  mais s’il a pris son téléphone pour appeler Bayrou, c’est uniquement pour emmerder Lafite, à qui il ne pardonne pas son lâchage dans l’affaire de la  Cité de l’Océan ».  Impossible de savoir le fin mot de l’histoire, mais force est de constater que Veunac a désormais plus de poids que Borotra auprès de Bayrou, ce qui en dit long sur l’état de déliquescence du MoDem.

Le très prudent Philippe Morel, qui pèse toujours ses mots avec une balance d’apothicaire quand il parle aux journalistes, masque mal sa perplexité : « Cette investiture étonne l’UDI. Le miltant Vincent Bru ne s’est jamais expliqué au bureau départemental sur sa candidature. En rejoignant Macron, il part dans le sens du vent ». On a connu encouragements plus chaleureux.

François Amigorena est le plus à gauche : sur la photo au moins.

Journaliste spécialisée en économie bleue mais aussi référente du mouvement En Marche pour les Pyrénées-Atlantiques, Nathalie Niel, affirme avoir reçu 350 mails indignés pour  protester contre l’investiture de Vincent Bru. « J’ai saisi la commission d’éthique par rapport aux militants, car cette décision est totalement contraire à tout ce que j’ai raconté en tant que référente. Par son parcours et ses prises de position contre le mariage pour tous, Vincent Bru ne fait absolument pas partie des valeurs de En Marche ».

De son côté, un militant de base du mouvement, Pierre Aldama, a lancé une pétition contre cette désignation et pour une investiture Amigorena.

https://www.change.org/p/emmanuel-macron-contre-l-investiture-par-lrem-de-vincent-bru-dans-la-6%C3%A8me-circonscription-du-64

J’ignore pour ma part si François Amigorena ferait un bon député, même si je l’en crois capable. Mais, à l’évidence, avec son engagement des premiers instants, sa vie civile plus que respectable et sa personnalité, il incarne le renouvellement voulu par Emmanuel Macron quand Bru personnifie tout ce que les Français ont rejeté.

Ces petits mouvements d’humeur d’un lointain département pyrénéen auront-ils un effet quelconque sur un état-major parisien qui semble déjà soumis à bien des tensions et des contradictions ? La réponse dans quelques heures, en rappelant à la commission d’investiture qu’il n’est jamais trop tard pour être cohérent.

Lundi : Mille raisons de ne pas voter Arosteguy

PS : Merci à La Marquise de Vérité de « La Semaine du Pays Basque », pour m’avoir autorisé à emprunter ce titre, contre un baise-pied et trois menues flexions.

Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !