Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

5 réflexions sur “Il apprend vite, le gamin…

  1. TB papier comme d’habitude merci Jean-Yves. En effet le plus dur est fait mais les emmerdes commencent ;o)

    La formation du gouvernement va être un message clair et là pas le droit à l’erreur vu l’état du pays. Espérons qu’il réussisse à moderniser l’appareil d’état (avec cette pompe d’un autre siècle que nous finançons à crédit vu le déficit budgétaire de la FR) et ses institutions qui sont à bout de souffle.

    Ensuite les législatives et là c’est aussi une autre paire de manches car du résultat dépendra grandement sa capacité d’action

    Enfin hier je m’étais attendu à des violences de la part du FN (possible mauvais perdant), violences qui ne sont pas venues. En revanche l’extrême gauche a foutu le merdier dans plusieurs villes. Mélenchon joue au con et veut une surenchère dangereuse pour le pays car l’insurrection n’est jamais bonne pour personne et rien ne se règle par la violence.

  2. Juste un tout petit rappel de calcul.
    Il serait d’ailleurs de bon ton que l’ensemble des médias fasse correctement son boulot et arrête d’induire en erreur les électeurs et citoyens que nous sommes.
    Remettons un peu les choses dans l’ordre.
    Macron n’obtient que 43.63% des inscrits et Lepen 22,37%.
    Macron obtient donc 20.754.915 voix incluant la moitié des 20% réalisé par Mélenchon soit 2.500.000 à la louche.
    Les abstentionnistes représentent tout de même 25,43 % auxquels il faut ajouter 4.069.257 de blancs et nuls.
    On se retrouve donc avec un volant de 16.170.673 électeurs soit 33,99% des inscrits ce qui est énorme,
    « Tuadeboyeuxtusais » a donc un peu de soucis à se faire quand à sa future majorité. On peut rêver à des jours moins sombres si l’ensemble des partis de gauche s’accorde pour mettre en place et ce dés le premier tour des candidats de coalition de gauche. On peut y croire et donc ne pas laisser au « bellâtre » une carte blanche beaucoup trop favorable aux banquiers et autres spéculateurs et désosseurs d’entreprises.

    • Pour compléter et finir mon propos, Macron n’obtient pas 66.1 % mais 58,51 % des suffrages. On est loin du plébiscite de Chirac en 2002. Mais bon nos politico-rigolos vont nous expliquer par A plus B que Macron est le Président de Tous les Français et qu’il a été élu avec une large majorité.

      • Cher Ménard oui Macron est le président de TOUS les Français, vous y compris ne vous en déplaise mais rien d’extraordinaire à cela car ce sont les institutions démocratiques qui s’appliquent et lui contrairement à d’autres a toujours refuser de voir ses adversaires sifflés.

        Je vois que vous maniez encore le mot banquier telle une insulte imparable mais soyons sérieux deux minutes: à moins de vivre dans un état administré type Corée du Nord, Cuba ou Vénézuela (avec le succès que l’ont sait et le bonheur fantastique pour les gens qui n^’ont pas d’autre choix que d’y rester) il me semble que cette fonction (banquier) soit encore nécessaire au bien être de nos pays et de sa population dont le plus grand nombre seraient sans eux (les banquiers) encore tous paysans comme nos arrières, arrières grands parents. Il faut de la finance, régulée soit, mais il en faut (précisions: je ne suis pas banquier ;o).

        Arrêtons donc un peu de tirer sur l’ambulance. Pour une fois que nous avons un jeune qui a l’air motivé, compétent qui pourrait même comprendre l’époque dans laquelle il vit (je vous rappelle qu’il a démissionné de la banque, qu’il a démissionné de la fonction publique) pour se coller à cette tâche titanesque qui représente un engament civique monumental au service du pays (il gagnerait beaucoup plus a redevenir banquier qu’un salaire de président de la RP FR), faisons en sorte qu’il ait du soutien pour pouvoir travailler. Lui tirer dans les genoux ne servira personne et certainement pas les personnes en difficulté.

        Après soyons clair ce n’est pas le travail d’un chef de l’état de s’occuper des fermetures d’usines à gauche ou a droite mais aussi des élus locaux de faire leur travail quotidiennement sur le terrain et là c’est une autre problématique. A nous tous de savoir qui nous portons au pouvoir des exécutifs locaux.

        Hier je lisais un excellent tweet taquin disant:  » Scandale: Macron est élu depuis 10 minutes et le chômage n’a pas baissé d’un seul pour cent ! »

        Soyons critiques quand il convient de l’être si l’action est néfaste mais soyons aussi fair-play si le joueur est talentueux, même si il ne joue pas pour notre équipe.

  3. J’ai la faiblesse de CROIRE qu’IL va réussir, ce JEUNE PRESIDENT … qu’on s’accorde à trouver séduisant !
    Non pas que j’en sois à admirer son seul entregent … mais je LE trouve intelligent et ça, c’est une qualité que j’aurais bien aimé découvrir chez certains de ses prédécesseurs … en vain ;-(
    Laissons-le nommer son 1er ministre ( éphémère !) pour voir si son choix est vraiment EN MARCHE … et pas en marche arrière !
    Pour le reste, I wait and see … comme le font sans doute tous les dirigeants de notre planète …
    VOIR comment IL va travailler pour la FRANCE et pour l’EUROPE … puisque les deux drapeaux s’agitaient dimanche soir sur l’Esplanade du Louvre …
    Je LUI souhaite BON VENT, en tout cas !
    Et j’attends de voir quels seront ses Députés à l’assemblée, avec l’espoir que l’UN des BIARROTS qui l’ont constamment soutenu en fera partie ! François AMIGORENA est capable d’assumer ce choix, j’en suis certain !
    A demain ou à plus tard, lorsque Jean-Yves nous fera à nouveau signe sur son BLOG … même s’il n’y a que LUI dans son Parti … je le sais incapable de parti pris :-))))

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