Pour rester crédible, Macron doit virer Ferrand

Montrer ses muscles aux présidents étrangers, c’est très bien. Mais la cohérence impose aussi de savoir écarter ses proches quand ils sont en tort.

Et encore un faux-cul de première ! Richard Ferrand s’était montré très sévère pour les élus qui font travailler leur famille. Il savait de quoi il parlait.

La droite a beau s’égosiller pour faire oublier ses turpitudes passées, l’affaire Ferrand ne sera jamais l’affaire Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ayant battu une sorte de record national de la cupidité et continuant à faire des siennes puisqu’il refuse de rendre à son parti les trois millions d’euros récoltés par son mouvement pendant la campagne.

Richard Ferrand, le premier soutien socialiste d’Emmanuel Macron, devenu ministre de la Cohésion des territoires, n’avait pas eu de mots trop durs pendant la campagne présidentielle pour dénoncer les emplois familiaux et cette affaire Fillon qui « souille tous les élus de France ». L’homme savait visiblement de quoi il parlait, puisque il a employé pendant six mois son fils de 23 ans comme assistant parlementaire pour un total brut de 8704 euros et fait gagner en 2011 à sa compagne un petit pactole de 500 000 euros en lui proposant une juteuse opération immobilière avec Les Mutuelles de Bretagne qu’il dirigeait alors.

Une compagne avocate et non agent immobilier

Contrairement à Pénélope, les traces du travail du fiston ont été très faciles à établir et pour l’affaire immobilière le parquet de Brest a estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. Mais est-ce suffisant, alors qu’une loi sur la moralisation de la vie publique se prépare, pour accepter que Richard Ferrand poursuive ses fonctions de ministre ?

Imaginez votre réaction si vous souhaitez acheter un appartement à Biarritz et que quelqu’un vous propose à la vente un bien dont il n’est pas encore propriétaire. Vous seriez plutôt réticent, mais ce genre d’acrobaties immobilières n’a pas gêné Les Mutuelles de Bretagne.

Maître Alain Castel, ancien bâtonnier de Brest, qui avait supervisé l’opération à l’époque, déclare dans Le Parisien (29/5) avoir été « choqué » par cette transaction qui pour lui « relève de l’enfumage ». Rappelons les faits. Les Mutuelles de Bretagne cherchent de nouveaux locaux. La compagne du directeur Richard Ferrand, Sandrine Doucen, avocate de son métier et non agent immobilier comme on pourrait l’imaginer, propose un local qui ne lui appartient pas encore par l’intermédiaire de la Saca, une Société Civile Immobilière qu’elle n’a pas encore constituée. Sûre de revendre son bien, elle peut donc emprunter à 100% la somme nécessaire, rembourser presque instantanément et faire en quelques années un bénéfice de 586 000 euros selon Le Canard enchaîné du 24 mai.

Comme le dit maître Castel, « la vraie question, c’est pourquoi Richard Ferrand n’a pas fait acheter l’immeuble par la mutuelle. C’était l’intérêt de celle-ci ».

Volonté de faire un cadeau discret au jeune couple, volonté d’offrir à un directeur particulièrement performant aux dires de tous une prime conséquente sans susciter la grogne des syndicats, la fiscalité des entreprises étant beaucoup moins douloureuse que celle des particuliers… toutes les hypothèses sont permises puisqu’à ce jour aucune enquête n’est en cours, même si pour maître Castel « le dossier mériterait au moins des investigations complémentaires ».

La posture ne suffit pas

 Rien d’illégal donc, mais est-ce tout à fait moral pour un politique qui occupe maintenant le premier plan ? Emmanuel Macron réalise un très bon début de mandat. Comme l’écrit Jacques-André Schneck dans son blog politique « Souvenons-nous de sa phrase : « Ce qui manque aux Français, c’est la figure du roi ! ». Il fallait oser, mais il est en pleine cohérence et pour l’instant dans le sans faute ! Moi, il me bluffe ! » Sans être aussi enthousiaste que mon voisin de droite, force est de constater qu’il a su se couler dans le costume présidentiel avec une aisance que n’a jamais eu pendant cinq ans notre ancien capitaine de pédalo, François Hollande. Mais la politique est cruelle, avec ses bonnes et mauvaises séquences. Capable de se montrer brutal avec Trump, Macron s’est montré un peu trop conciliant avec Bayrou comme le prouvent les désastreuses investitures dans notre département, où le « roi du Béarn » a dû faire les fonds de placards centristes pour trouver des candidats à peine présentables comme Vincent Bru, grand pourfendeur du mariage pour tous.

La vie politique est faite de postures, à l’image de la poignée de mains devant caméras entre chefs d’états, mais aussi de fond. Si Emmanuel Macron en évoquant une imminente moralisation de la vie publique n’est que dans la posture et le jet de poudre de moralité aux yeux des électeurs jusqu’à l’obtention d’une majorité au Parlement, il a raison de garder son vieux complice Richard Ferrand. Mais s’il veut vraiment rénover en profondeur les mœurs politiques, alors il doit donner l’exemple et sacrifier son ministre qui n’en a pas fait plus que bien d’autres, mais qui a le tort de se trouver sous les feux de la rampe à un moment où les Français n’en peuvent plus de la goinfrerie et du mélange des genres sans limite des politiques qu’ils élisent.

Car s’il faut attendre que Richard Ferrand fasse passer les convictions et le respect du mouvement En Marche pour lequel il militait si ardemment pendant la campagne présidentielle, avant les ors de la République et l’ivresse ministérielle, il est bien évident que les Français risquent de poireauter durablement. « Il n’y avait pas de conflits d’intérêts » répète Ferrand sur tous les tons. Ah, bon ? Et moi qui croyais que l’argent versé par les cotisants à leur mutuelle était destiné à les protéger de la maladie et non à améliorer l’ordinaire d’un jeune couple…

6 réflexions sur “Pour rester crédible, Macron doit virer Ferrand

  1. tu as raison Jean-Yves: la crédibilité passe par les actes et non les paroles.

    On voit que chaque jour qui passe est un jour durant lequel Ferrand s’enfonce dans une défense impossible, se comporte comme un routier de la caste qui part du principe : j’y suis j’y reste.

    Mais que me veulent-ils donc? Je n’ai rien fait de répréhensible. Qu’on leur donne de la brioche !

    moralement, éthiquement ce qu’il a fait revient à de l’enrichissement personnel = c’est aussi pourri que Fillon et sa Pénélope (et je sais de quoi je parle ;o)

  2. Bravo! Mille Fois Bravo encore Bravo !

    Tous ces gens n’ont absolument pas envie d’abolir les privilèges dont ils se gavent!

    Alors une bonne fois pour toutes, merci à ces seuls journalistes d’investigations de nous faire découvrir les exactions de la SAGA Présidentielle et sa cohorte de représentants élus à toutes les fonctions d’une monarchie républicaine, certaine de profiter au mieux de la fonction d’élu de la nation pour s’enrichir personnellement ,

    L »exemple venant d’en haut vous avez là toute la panoplie pour vous faire rêver de ne surtout pas devenir pauvre.

    Electeurs citoyens ne restez pas passifs .

    Merci de comprendre que vos intérêts ne seront jamais,  » les leurres ».

  3. Eh oui….Entièrement d’accord…..
    Dur pour le PR…..C’est toujours dur de devoir sacrifier un compagnon de route….des plus proches et à qui l’on doit son succès pour une part….
    Et encore, Macron à la baraka: Il n’a pas nommé Ferrand PM, alors qu’il était cité parmi les favoris…
    Le PM Philippe dit que le suffrage universel jugera. S’il le dit, c’est que c’est l’avis du PR.
    Battu aux législatives, Ferrand ne serait sans doute plus ministre.
    Mais est-ce suffisant?
    Sûrement pas pour la crédibilité de Macron.
    Car « la femme de César ne saurait être soupçonnée »! Et non, ce n’est pas un jeu de mots pervers sur une putative bisexualité de Macron!😂
    Les Français, tout comme les électeurs de la circo de Ferrand, auront toujours les élus qu’ils méritent.
    Qu’ils élisent.
    Balkany, prétendûment très « aimé » à Levallois, à été constamment réélu triomphalement, alors que ses turpitudes étaient parfaitement connues…..
    Mais les lignes bougent, on dirait…..

  4. S’il veut moraliser la vie politique française, Macron doit surtout se débarrasser du Modem, de Bayrou, Bru, Lasserre car ils seront les prochains boulets du Président

  5. . Plus on avance dans la connaissance du macronisme plus on voit sa parenté avec le boulangisme dont il n’est qu’un avatar moderniste avec ses poses démagogiques, son populisme discret, ses soutiens paradoxaux et ses ambiguïtés institutionnelles …
    Faudra-t-il attendre l’après législatives pour que le bon peuple crédule commence à déchanter ou les ratages que sont les Ferrand, Bayrou, Sarnez and Co vont-ils stopper cette marche victorieuse vers un futur très incertain ?…

    • Le mal est fait et à présent il perd sur les 2 tableaux : si il le garde et si il le vire. Il ne faut jamais laisser le temps au doute de s’installer. C’est trop tard. Avec cette histoire Macron témoigne qu’un « jeune » peut agir comme un « vieux ». Tout change, rien ne change…
      Elections piège à ….?

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