En finir avec l’Hôtel du Palais

Il n’y a pas cinquante solutions quand on n’a pas les moyens. La Ville doit vendre le fonds et les murs du palace biarrot. Récit d’une gabegie qui dure depuis des décennies.

« Les Biarrots ne semblent pas se rendre compte qu’avec l’Hôtel du Palais, la mairie est en train de nous préparer une catastrophe industrielle qui va être bien pire que celle de la Cité de l’Océan », rapporte ce fin connaisseur de la vie municipale. Si Sud Ouest a informé avec beaucoup de précision ses lecteurs sur ce dossier brûlant (plusieurs très bons articles en ce mois de juin), nul doute qu’un petit décodage façon Bisque, Bisque, Basque !  vous aidera à y voir plus clair.

S’il n’y avait en jeu une bonne soixantaine de millions d’euros et si nous n’étions pas des contribuables biarrots, on pourrait presque rire des reculades, postures et éternelles hésitations du grand timonier chargé de piloter ce dossier, le très indécis Michel Veunac.

Le premier coup de tonnerre attendu survient en 2015. Le seul palace au monde appartenant à une ville a cinq ans pour se mettre aux normes et la rénovation est estimée autour de 50 millions d’euros. Après une hésitation entre Four Seasons et Starwood, les deux acteurs majeurs de l’hôtellerie de luxe, Michel Veunac annonce le 8 avril 2016, les fiançailles de la Ville avec le géant canadien, qui a le bon goût de mettre dans le panier commun 7 millions d’euros. Mais la lune de miel ne va pas se passer aussi bien que prévu et notre inénarrable Veunac provoque la rupture en juin 2017 et lance un nouvel appel d’offres qui devrait se conclure le 31 octobre. De l’art de perdre dix-huit mois, alors que le temps presse !

Veunac : « Qu’est-ce qu’ils disent ? »

« Que les partenaires passent des mois à s’escrimer, c’est assez normal en affaires, mais dans ce cas, les équipes chargées de négocier venaient de milieux trop différents. Cela a produit un clash culturel », analyse Virginie Lannevère, administratrice de la Socomix et conseillère municipale dans Sud Ouest (28/6). Le « clash culturel » suavement évoqué par la conseillère municipale qui, a travaillé une bonne décennie dans le secteur de l’hôtellerie de luxe mérite d’être détaillé.

Ne faisant confiance à personne et surtout pas à ses adjoints, Michel Veunac, dont le niveau d’anglais est proche d’un élève de sixième, a voulu piloter toutes les réunions mais a refusé d’engager un traducteur. D’où d’interminables quiproquos se terminant par les « Qu’est-ce qu’ils disent ? » du maire et l’agacement du géant canadien face à un interlocuteur qui n’a pas la moindre idée de ce qu’est une conversation d’affaires en anglais.

Quand Michel Veunac affirme que la raison de la séparation avec Four Seasons est le coût des travaux de 64,5 millions, alors qu’il ne veut pas dépasser une enveloppe de 50 millions d’euros, il nous mène en bateau. Quand il dit qu’Accor qui a racheté Fairmont pourrait devenir un partenaire intéressant, il est beaucoup moins loin de la vérité. En effet, il aurait cette fois face à lui des interlocuteurs français et pourrait délivrer nombre de ces phrases ronflantes dont il a le secret. Mais les cinq administrateurs de la Socomix qui se révoltent à juste titre contre cette décision en criant au fou (Amigorena, Pinatel, Chazouillères, Barucq et Lannevère) ont parfaitement conscience du désastre qui s’annonce. Le luxe est un segment très spécialisé et, sans offenser le groupe Accor jusque-là spécialisé dans le secteur des cadres supérieurs, on ne remplace pas une boutique Dior par un marchand de kebab quand on veut rester dans le haut de gamme. Malheureusement ces cinq membres de la majorité municipale liés par l’étrange assemblage majoritaire concocté par Veunac en 2014 n’en disent pas plus et c’est bien dommage.

Le patrimoine des Biarrots ? quelle vaste blague !

Les Biarrots sont très attachés à « leur » Hôtel du Palais et on les comprend. Mais ils se fourvoient totalement quand ils estiment que ce beau bâtiment fait partie de leur patrimoine. Quand on hérite d’un bien immobilier ou d’une entreprise familiale, on peut en profiter. Y a-t-il un Biarrot qui a obtenu la moindre réduction dans ce palace en arguant de sa qualité d’habitant de la ville ? Au contraire, depuis des décennies – et c’est particulièrement choquant ! -, les Biarrots financent avec leurs impôts locaux les vacances des Fillon, Le Maire ou autres Macron, des pauvres malheureux qui n’osent pas s’adresser au Secours populaire pour s’offrir un séjour à la mer.

Vous n’y croyez pas ? C’est la Chambre régionale des Comptes qui a relevé que sous Borotra, la Ville touchait annuellement 170 000 euros de redevance mais dépensait plus de 200 000 euros par an… sans le moindre justificatif. Borotra invitait à hue et à dia et les contribuables biarrots payaient.

Sans compter les risques encourus face à cette situation économique aberrante ! Jean-Benoît Saint-Cricq s’est escrimé, tout au long du dernier mandat de Borotra, à dénoncer cette situation en soulignant que la Ville risquait une amende fort salée du Conseil de la Concurrence et des Prix, si un hôtelier s’avisait de se plaindre d’une concurrence déloyale. En effet, pour une entreprise de ce type, le montant de la redevance s’élève généralement à … deux millions de francs annuels.

Quand on s’extasie sur la très bonne année 2016 effectuée par le palace biarrot, avec une redevance versée à la Ville de 355 000 euros, on constate qu’on est encore fort loin du compte.

Une magnifique machine à corrompre

Mais tout cela, les élus se gardent bien de le dire, car ils y tiennent à leur Hôtel du Palais qui leur permet de fréquenter des politiques de niveau national ou de se faire des obligés. Sous Borotra, le directeur de Sud Ouest, Pierre Jeantet, grand passionné de corridas, était régulièrement invité au Palais avec son épouse. Bon courage ensuite aux journalistes locaux pour se permettre la moindre critique sur la politique municipale dans les pages du journal ! Et tous les employés du palace biarrot de décrire avec consternation les agapes récurrentes et répétitives de nos élus dans l’établissement. Grand connaisseur de l’âme humaine, Didier Borotra savait jouer des deux machines à corrompre à sa disposition, le Foro et le conseil d’administration de L’Hôtel du Palais, pour calmer toute velléité d’opposition. On se souvient tous avec amusement, en 2008, de « l’opposante » Maïder Arosteguy, déjà naturellement pas très gaillarde dans sa contestation, et devenue d’accord sur tout avec le maire du jour où elle a intégré le conseil d’administration du prestigieux établissement.

Si les excès sont devenus un peu moins voyants avec Michel Veunac – on se doit de lui rendre justice ! -, personne n’a oublié son air ravi quand il s’est trouvé en présence d’Emmanuel et Brigitte Macron, l’été dernier.

Nul doute donc que le palace biarrot est un joujou fort commode pour saupoudrer d’étoiles les yeux de nos politiques locaux, mais est-ce la vocation d’une Ville d’être propriétaire d’un palace ? Bien sûr que non !

Deux siècles minimum pour retomber sur ses pieds

Et c’est là où le débat posé par nos élus – Four Seasons ou Accor, 64 ou 50 millions d’euros de travaux – relève de la mystification totale. Quand un automobiliste passe son véhicule au contrôle technique, il n’a pas le choix. Soit il effectue les réparations demandées, soit il cesse de rouler. Comme le précise François Amigorena dans sa page Facebook, (https://www.amigorena.fr/actualites/hotel-palais-four-seasons-accor-etc-quelques-necessaires-eclaircissements/) « l’architecte qui a audité le bâtiment parle de multiples pathologies (béton, plancher, toiture, édicules, mascarons, corniches, etc). La rentabilité actuelle de l’hôtel ne permet en aucun cas de faire face au niveau d’investissement nécessaire. Pour exemple, les seules reprises structurelles concernant les planchers, le clos couvert, les toitures et le désamiantage/déplombage s’élèvent à elles seules à plus de 9 millions d’euros. »

Pour que l’établissement garde sa classification palace, il va donc falloir au bas mot trouver 70 millions d’euros car il est sûr que comme toujours le coût sera plus élevé que prévu.

Si l’on se fie à l’année 2016 jugée exceptionnelle en termes de fréquentation qui a rapporté 355 000 euros à la Ville, il faudra donc plus de deux cent ans (intérêts non-compris) pour que Biarritz retombe sur ses pieds. Sans compter les aléas du tourisme et des menaces terroristes qui peuvent donner envie aux touristes d’aller voir ailleurs.

Et qu’on ne nous parle pas de vendre le fonds tout en gardant les murs ! Sachant qu’au maximum le fonds vaut 10 millions d’euros et que les travaux restent à charge du propriétaire, on voit bien que cette hypothèse est une impasse totale.

Puisque la municipalité peut très bien modifier son Plan Local d’Urbanisme (PLU) pour conserver la vocation hôtelière du périmètre et éviter qu’un promoteur avisé ne transforme le bâtiment en appartements de luxe, on ne voit pas pourquoi la Ville s’apprête à se lancer dans un emprunt totalement déraisonnable au vu de l’état des finances municipales. D’autant plus que question patrimoine, les Biarrots ne seront propriétaires que d’une dette et que ce sont les banques, via la Socomix qui deviendront les vrais propriétaires du prestigieux bâtiment.

Une offre qatarie écartée en 2014

Selon nos informations, notre petit cachottier de Veunac s’est bien gardé, au moment où il prenait le pouvoir en 2014, de rendre publique une offre qatarie à hauteur de 185 millions. Vu la dégradation constante du bâtiment, il est probable qu’il se vendrait désormais un peu en dessous. Mais quand on sait que la dette actuelle de la Ville tourne autour de 90 millions d’euros (soit 3600 euros par habitant !), comment imaginer autre chose qu’une vente de l’établissement, alors que tous les jours nous pâtissons du système Borotra. Beaucoup de poudre aux yeux, de clinquant à l’image de la Cité de l’Océan et aucun travail de fond, une voierie hors d’âge, des bâtiments délabrés et le sentiment que la Ville est sale.

Vendre L’Hôtel du Palais permettrait d’apurer la dette, de remettre la ville à niveau et les seuls qui en pâtiraient vraiment seraient les élus, ce qui ne paraît pas dramatique en ces temps de moralisation de la vie publique.

Si votre voisin possède une rutilante Ferrari et que pour mettre de l’essence dans sa voiture, il ne donne plus à manger à ses enfants, penserez-vous que c’est un bon père ?

Le temps des joujoux mis au service des politiques est révolu. Il faut vendre !

 

Lire aussi sur le sujet : https://www.jacques-andre-schneck.fr/territoire/ville-de-biarritz/hotel-palais-biarritz-on-sortait-cadre/

Le désœuvré magnifique

Jacques de Bascher n’a rien fait de sa vie, mais a durablement bouleversé celles de Karl Lagerfeld et Yves Saint-Laurent.

Un miroir n’est pas a priori un objet très passionnant. Mais si ce miroir vous permet d’observer à la dérobée un univers qui vous est totalement inconnu, alors la perspective change du tout au tout. Fils de bonne famille, à l’évidence très beau et plutôt cultivé, Jacques de Bascher, en arbitre des élégances qui se respecte, passe un temps considérable devant sa glace et ne fait strictement rien de sa vie, si ce n’est un modeste court-métrage en 1977 pour annoncer la première collection de prêt-à-porter de Karl Lagerfeld chez Fendi. Un tournage épique à Rome, avec un metteur en scène qui n’arrive pas à travailler avant dix-sept heures et qui arrête à la tombée du jour pour aller se poudrer le nez et profiter de la nuit romaine.

« Tout ce qui se dit la nuit ne voit jamais le jour », aimait à répéter à ses amants de passage l’excentrique dandy. Jacques de Bascher a vingt ans quand il croise Karl Lagerfeld et déjà une belle carrière de provocateur né. Ils vont vivre dans le sillage l’un de l’autre pendant dix-huit ans. « Jacques de Bascher jeune, c’était le diable fait homme avec une tête de Garbo » se remémore le grand couturier allemand. « Il s’habillait comme personne avant tout le monde. C’est la personne qui m’amusait le plus, il était mon opposé. Il était aussi impossible, odieux. Il était parfait. Il a inspiré des jalousies effroyables ». Karl installe son amoureux dans une de ses garçonnières et, bien plus porté sur le travail que sur le sexe, refuse absolument de savoir ce qu’il fait quand ils ne sont pas ensemble.

Tout ce petit monde se retrouve le soir rue Saint-Anne et côtoie d’autres bandes amies, comme celle de Pierre Bergé et Yves Saint-Laurent. Ce dernier, dont la relation avec Pierre Bergé s’étiole, va concevoir une passion violente pour le dandy désinvolte. Passion, puis cris, insultes, larmes. Pierre Bergé, décidément aussi odieux quand il était jeune qu’il l’est maintenant, s’en mêle et manque un soir d’en venir aux mains avec Karl Lagerfeld au 7, le QG des deux bandes de la rue Sainte-Anne. Le couturier allemand, qui apparaît sous un jour très sympathique dans ce livre, préfère rire de tout ce cirque : « Je suis un puritain de la pire espèce. Mais les histoires de Jacques m’amusaient. Plus différent de moi, on ne peut pas trouver. L’histoire avec Saint-Laurent, évidemment, j’étais au courant. J’étais très ami avec Yves depuis vingt ans».

Pierre Bergé commère partout en racontant que la liaison entre Bascher et Saint-Laurent a délibérément été organisée par Lagerfeld pour déstabiliser leur maison de couture, ce qui en ces temps de grande liberté sexuelle paraît pour le moins hasardeux. Il insulte aussi publiquement Yves Saint-Laurent : « Je n’ai jamais compris comment tu avais pu tomber amoureux d’un séducteur d’opérette efféminé, fat et mal monté » La grande classe !

Désormais irréconciliables, les deux bandes vont abandonner de plus en plus la rue Sainte-Anne pour fréquenter Le Palace, le temple des excentricités de la rue du faubourg Montmartre. C’est l’époque des excès, de la démesure, du tout est possible, avant que le SIDA ne vienne modifier définitivement les comportements. Jacques de Bascher est devenu totalement dépendant de la cocaïne, ce qui n’empêche pas Karl Lagerfeld de continuer à l’aimer et à le soutenir. « J’admire les gens qui savent se détruire et aller au bout. Dans un sens, cela demande plus de courage que les égoïstes comme moi qui ne tiennent qu’à se préserver ».

Proche de la fin, Jacques de Bascher s’efforce de consoler son frère Xavier qui veille sur lui : « Ne sois pas triste si je meurs. Même si tu vis jusqu’à cent ans, tu ne connaîtras sans doute pas la moitié de ce que j’ai vécu ».

On l’aura compris, on peut être un simple miroir des vanités et mener une existence passionnante qui justifie tout à fait qu’un livre vous soit consacré..

« Jacques de Bascher, dandy de l’ombre », Marie Ottavi, éditions Séguier, 294 pages, 21 €.

Un passionnant documentaire ethnographique

Petite fourmi laborieuse, travaillant à L’Équipe, juste à côté du Palace, j’ai souvent croisé, à l’heure où nous sortions du bouclage, les bandes évoquées qui arrivaient en grand tapage devant la boîte de nuit, prenaient un verre Au vieux gaulois, le café qui était notre quartier général où même venaient carrément dans la cour intérieure de notre journal pour s’aérer les narines. Presque tous étaient avenants, rigolards et suscitaient la sympathie, même s’il y avait à peu près autant de différences entre notre monde et le leur qu’entre une gouvernante du XVIe arrondissement de Paris et ses patrons. La journaliste de Libération Marie Ottavi a fait un remarquable travail d’enquête et a parfaitement su restituer l’esprit de ces années quatre-vingts, dans ce livre qui se dévore.

Peio Etcheverry-Ainchart : « Hélette a été fait pour nous emmerder »

Les maisons qui brûlent, le droit au logement, le malus social et écologique… Interview sans concession d’un candidat d’une toute autre tenue intellectuelle que le diaphane Vincent Bru.

À quoi tient un destin. Après de solides études d’histoire, Peio Etcheverry-Ainchart se destine naturellement au métier de professeur d’histoire qu’il n’exercera que quinze jours. Ni son employeur de l’époque ni lui n’ont réalisé que sa condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour une action de désobéissance civile, un titre de gloire à un moment où la police d’état régentait le Pays basque, lui interdit la fonction. Peio Etcheverry-Ainchart rentre donc chez Elkar en 2002 devient éditeur et auteur de plusieurs ouvrages historiques qui font référence. Les élèves y ont sans doute beaucoup perdu, mais le grand public y a incontestablement gagné.

Fatigué par une longue campagne électorale et par un jeune fils qui se rappelle à son bon souvenir presque toutes les nuits, Peio Etcheverry-Ainchart accepte de répondre posément aux questions de Bisque, Bisque, Basque ! Fin, subtil et pédagogue, il offre un contraste saisissant avec les deux candidats choisis par les électeurs pour le second tour des législatives et donne des regrets à tous ceux qui pensent que sa présence à l’Assemblée nationale aurait apporté tout autre chose que celle du diaphane Vincent Bru, incarnation de la politique à l’ancienne et élu au final par 23% des électeurs inscrits.

« Biarritz nous plombe comme d’habitude »

– Quel bilan tirez-vous de ces législatives ?

« Je ne vais surtout pas faire de victimisme. Biarritz nous plombe comme d’habitude, mais nous avons nettement progressé et ce n’est pas qu’une impression. Avec moins d’électeurs qui se sont exprimés qu’en 2012, nous obtenons 800 voix de plus, au terme d’une bonne campagne où nous avons effectué un vrai porte-à-porte et été généralement très bien accueillis. Il est des détails qui ne trompent pas. Le 5 juin, nous avions prévu à notre agenda une « journée de secours », c’est-à-dire une journée décidée au dernier moment pour défendre notre cause là où c’était le plus judicieux. Tous les copains étaient présents sur Biarritz, ce qui prouve bien l’adhésion qu’il y avait autour de notre candidature avec Nathalie Aïçaguerre. En fait, notre seul souci, c’est l’inversion des calendriers qui suit la présidentielle, et qui pendant dix mois, depuis la première primaire, polarise la vie publique sur la politique hexagonale dont nous sommes absents, conditionnant la législative et nécessitant ensuite de notre part une intense campagne de proximité.

L’observateur qui arrive au Pays basque est souvent dérouté. Il entend parler d’Abertzale de droite, d’Abertzale de gauche. On a un peu l’impression que, comme les Verts, vous vous engouffrez dans toutes les compositions politiques possibles…

– Le socle du mouvement abertzale, c’est la reconnaissance de notre langue et de notre culture. Mais ce ne serait pas bon que tous les Abertzale pensent à l’identique. Nous avons des gens de droite et de gauche. En ce qui concerne mon cas personnel, je suis issu d’une famille de petite notabilité, puisque mon grand-père a été député juste après la guerre, où tout le monde était à droite sauf ma mère. Je n’ai d’ailleurs jamais tout à fait su pourquoi elle était de gauche. Conseiller municipal à Saint-Jean-de-Luz, je suis moi-même de gauche. À mes yeux, la dimension de gauche complète la dimension abertzale, car sinon on serait de purs nationalistes, mais d’autres militants, à l’inverse de ma position se sentent, eux, de droite et ne sont pas à EH Bai.

« Le droit d’aller à la plage passe après le droit au logement »

Parlons maintenant de la maison incendiée à Hélette avec des inscriptions sur les murs « Le Pays basque n’est pas à vendre ». Pourquoi n’avez-vous pas publié un communiqué condamnant cet acte ?

– Si on réagit et que la presse publie notre communiqué, du fait de la règle d’égalité du temps de parole, on se retrouve pénalisés puisqu’on a utilisé le faible espace qui nous est imparti à autre chose qu’à défendre nos idées. Sachez tout de même que la candidate de la 4e circonscription, Anita Lopepe, s’est rendue sur place et que, loin des caméras, nous nous sommes manifestés auprès de la famille navarraise.

Je vais être carré dans ma réponse. Voilà trois ans qu’il n’y a pas eu la moindre action sur cette thématique-là et subitement, juste avant le premier tour, il se passe quelque chose. À croire que ça été fait exprès pour nous emmerder nous. Je suis prêt à user de tous les synonymes du mot « réprouver » ou critiquer » pour qualifier cette action, mais je n’utiliserai jamais le mot « condamnation », devenu un mot totem récupéré par les élus locaux cherchant à laisser penser que leur action est suffisante pour solutionner le problème, ce qui est faux. Je ne veux pas dédouaner les élus de la responsabilité qu’ils ont face à ce problème.

On en vient à cette question des résidences secondaires, à cette sur-taxation qui peut aller jusqu’à 60% dans des communes comme Bidart et Guéthary. J’imagine que vous approuvez totalement.

– La loi SRU impose désormais 25% de logements sociaux. Certes des élus n’ont pas toujours manifesté une grande volonté politique en faveur du logement social, mais le niveau de prix atteint dans les villes côtières devient hallucinant et les élus, quelle que soit leur bonne volonté, ne peuvent atteindre les objectifs fixés par la loi. Tandis que les jeunes s’éloignent des villes où ils sont nés, faute de moyens financiers suffisants. Il y a à Biarritz 11500 logements vides. À Saint-Jean-de-Luz, les résidences secondaires représentent 47% du parc immobilier de la ville. Dans ces conditions, un malus social et écologique s’impose. Le droit de pouvoir bénéficier d’un logement à l’année doit passer avant le droit d’aller à la plage ».

Un livre très pédagogique

Les deux Peio Etcheverry sont nés en 1973 mais ne sont pas de la même famille. Co-auteurs de « Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque », ils ont réalisé un manuel très agréable à lire et très pédagogique qui permet de remettre en perspective des connaissances un peu éparses quand on n’habite le Pays basque que depuis quelques années. 10 euros pour être un peu moins bête, ça ne se rate pas…

 

« Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque », Peio Etcheverry et Peio Etcheverry-Ainchart, éditions Arteaz, 112 pages, 10 €.

 

 

 

 

Une girouette à L’Assemblée… Quel intérêt ?

Interview surréaliste dans Sud Ouest de notre nouveau député. Décidé à vendre ses charmes au plus offrant, Vincent Bru ne sait pas encore quelle casaque il va porter.

Visiblement les brumes de la fête de la veille n’étaient pas tout à fait dissipées, lorsque le très peu charismatique Vincent Bru s’en est allé à la rencontre de Sud Ouest (20/6). Voilà donc un homme qui est le premier surpris de se retrouver élu, mais qui n’a rien prévu, rien anticipé et qui, à l’en croire, ne sait même pas sous quelle casaque il va concourir en arrivant à l’Assemblée nationale, ce qui relève de l’escroquerie absolue pour les électeurs qui lui ont fait confiance. Écoutez-le, c’est à peine croyable, quand on lui demande s’il a repris sa carte du MoDem : « Je suis rattaché au MoDem sur le plan financier, mais je ne sais pas dans quel groupe je siègerai. Peut-être dans celui du MoDem, dans la mesure où ce groupe est loyal envers le Président et le gouvernement ». Et peut-être pas.

La journaliste Emma Saint-Genez n’en revient pas de ce qu’elle entend. Tant de désinvolture et de donjuanisme l’étonne, de la part d’un député qui a deux jours d’ancienneté. Elle se croit obligée de préciser : « C’est pourtant bien François Bayrou, président du MoDem, qui a appuyé votre candidature ?» Et notre volage girouette, qui déteste qu’on lui rappelle ses amours passées, d’avouer du bout des lèvres : « Oui, parce qu’il sait que je suis centriste ».

Soit Vincent Bru est idiot, ce dont on peut douter, soit il est décidé à vendre ses charmes au plus offrant, ce qui est bien plus plausible. Sachant que l’avenir peut s’annoncer compliqué pour Bayrou et sa troupe puisque le Président de la République n’a plus besoin de lui, l’homme de convictions Vincent Bru anticipe et fait du gringue aux Macroniens pur jus, histoire de pouvoir vivre un mandat tranquille au sein de la majorité. La politique dans tout ce qu’elle a de plus consternant, comme ce gros mensonge sur l’UDI où il n’aurait passé qu’un an (Philippe Morel, le délégué départemental, tient les preuves du contraire à disposition de ceux que ça intéresse).

Le fragile maire de Cambo se montre bien imprudent et désinvolte et semble oublier que le nouveau ministre de la Justice est un rancunier, parfois aussi teigneux qu’un officier de gendarmerie qui vous fait souffler dans le ballon un soir de bringue. Si Bru s’avise de faire quelques infidélités à son protecteur béarnais, on risque de voir quelques plumes voler pour notre Zaza Napoli local, comme le surnomme, allez savoir pourquoi, La Marquise de Vérité dans La Semaine du Pays basque.

Un spectacle qui ne fera sans doute pas beaucoup de peine dans le département à nombre de fidèles authentiques d’En Marche.

Article de Sud Ouest du 20 juin.

Le soleil, seul responsable de l’abstention?

Vent de fraîcheur sur l’Assemblée nationale. Mais Emmanuel Macron ne doit pas oublier que le premier parti de France reste l’abstention.

Réalisateur de « Merci, patron ! », le député de France Insoumise n’a pas l’intention de la jouer « Merci, Macron ! »

Il se murmure que la rupture avec les partis traditionnels, voulue par Emmanuel Macron, donne des sueurs froides au Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier, qui avait onze ans à l’époque, a sans doute entendu parler de la joyeuse anarchie qui s’était emparée de l’Assemblée nationale en 1981, quand des enseignants barbus et fraîchement socialos, s’étaient retrouvés avec la mallette de député. Même les boys de Chez Michou, le cabaret de la butte Montmartre, se montraient plus disciplinés que ces nouveaux élus ! Avec sa troupe improbable et majoritaire, nul doute que le sergent-chef Philippe, barbe de sapeur au vent, va devoir pousser quelques gueulantes pour conserver un peu d’ordre dans les rangs des nouvelles recrues d’En Marche.

Guère fanatique de Macron, même si je lui accorde des bons débuts, je vois pourtant plusieurs motifs de se réjouir de ce deuxième tour des élections législatives, malgré le désolant spectacle de politique à l’ancienne et de petites combinaisons d’un autre temps offert par notre 6e circonscription et cette 5e où Colette Capdevielle, au nom de son travail acharné, méritait mille fois d’être élue.

Bayrou enfin muselé

Un premier mandat pour plus de 400 néophytes, voilà qui va amener de la fraîcheur et de l’enthousiasme à l’Assemblée nationale. Les surboums n’ont pas encore été programmées, le disc-jockey pas encore recruté, mais il est clair qu’on va avoir quelques bonnes et mauvaises surprises. Surtout, et c’est là l’effet Macron, on revient aux origines de la chambre, avec Sandrine Le Feur agricultrice dans le Finistère, Laetitia Saint-Paul du Maine-et-Loire, militaire de carrière ou Stanislas Guerini, Parisien et petit patron d’une société d’entretien de linge, on en passe et des très intéressants…

Pas d’angélisme, toutes les classes sociales ne sont pas encore représentées parfaitement, mais l’arrivée de nombreuses femmes, avec du vécu professionnel au lieu d’années passées à traîner leurs fonds de jupes sur les sièges de velours rouge de l’Assemblée, va profondément modifier la vie parlementaire.

Autre bonne nouvelle pour Macron, avec 361 élus il dépasse confortablement le seuil fatidique des 289 députés et pourra voter sans souci les lois qu’il souhaite. Car les 51 sièges obtenus par le MoDem et assimilés ne vont pas constituer une minorité de blocage. Il va donc s’offrir le luxe de tenir quelque peu à l’écart l’arrogant Bayrou qui est persuadé – il est bien le seul ! – avoir une grande part dans la victoire de Macron. Les troupes du Béarnais logeaient dans une cabine téléphonique mais grâce à cet opportun ralliement au Président de la République, le Modem va empocher près de dix millions d’euros de l’État et retrouver quelques couleurs. Quand on vous dit que la politique, c’est avant tout une affaire de convictions…

Insoumis et communistes vont se faire entendre

André Chassaigne, député communiste de conviction, très apprécié de ses collègues.

Enfin la très bonne nouvelle sera la présence de 16 élus de la France Insoumise et de 10 élus communistes qui ont déjà annoncé qu’ils ne céderaient pas un mètre de terrain dans le combat social qui s’annonce. Le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne était un parlementaire écouté de tous lors de la précédente mandature. Nul doute que lorsqu’il prendra la parole puis la donnera à François Ruffin, le réalisateur du documentaire « Merci patron ! » qui n’a pas du tout l’intention de la jouer « Merci Macron ! », ça va swinguer à l’Assemblée. Ruffin a des valeurs et pour l’avoir connu, il y a près de vingt ans, quand il était étudiant au Centre de Formation des Journalistes, je suis sûr que celui qui le fera marcher au pas et dire ce qu’il ne pense pas, même si c’est Jean-Luc Mélenchon, n’est pas encore né.

Anecdote révélatrice du personnage, très en phase avec la classe ouvrière qui crève la dalle autour d’Amiens, le trublion a décidé de ne s’octroyer que le SMIC et de reverser le reste de son indemnité aux œuvres sociales locales. Le panache !

Nous voilà donc avec une Assemblée nationale bien plus intéressante que prévue, même si les godillots qui lèveront le doigt uniquement quand on leur donnera l’autorisation, ne vont pas manquer. Emmanuel Macron, qui avait annoncé avant les législatives que le pire pour lui serait d’avoir une Chambre à ses ordres, va dont être servi et les débats de devraient pas manquer de tenue.

Reste pour lui à bien interpréter cette élection et à ne pas faire l’erreur commise par Chirac en 2002 qui avait méprisé le vote de gauche qui s’était porté sur lui face à Jean-Marie Le Pen. Si l’abstention s’élève à 56,83%, record absolu de la Ve République, ce n’est pas uniquement parce que nous sommes en période de canicule. Beaucoup ont hésité entre le vote blanc et l’abstention pure et simple. Sur 42859 votants à Biarritz, les volontaires chargés du dépouillement ont comptabilisé 4887 bulletins blancs (plus de 10%), ce qui est énorme au vu des taux d’abstention.

Alors oui, Macron a fait de bons débuts, oui Macron a fait blanchir les phalanges de Trump et traité d’égal à égal avec Poutine. Mais Macron, malgré ses idées novatrices et sa rafraîchissante vision d’une France « jupitérienne », reste minoritaire dans son pays. Il devra désormais convaincre les réticents qui redoutent une dégelée ultra-libérale et ce ne sera sans doute pas le plus facile.

Il faut sauver Roger-Viollet

Anne Hidalgo profite de la période électorale pour tenter un mauvais coup sur un fonds historique de 12 millions d’images. Mobilisation exigée !

Manifestation sur le parvis de l’hôtel de ville. (Photo Dominique Danne)

Ancien rédacteur en chef en charge de la photographie à L’Équipe, Dominique Danne reste un passionné absolu de l’image. Il nous fait parvenir ce texte que nous partageons bien volontiers avec les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque !

 « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », affirme le proverbe.  Alors que dire quand une agence photo de renommée mondiale comme Roger-Viollet est en danger ? La ville de Paris actionnaire principal, aurait décidé après 79 années d’existence de fermer l’agence, sur décision de Bruno Julliard, premier adjoint au maire chargé de la culture.

La mission de l’agence est de diffuser, numériser, sauvegarder les fonds photographiques des musées et bibliothèques municipaux et de les mettre à disposition de la presse, édition, télévision …un fonds de 12 millions d’images dont les plus anciennes datent du XIXe siècle.

Ce fond contient des images de Paris à toutes les époques, les deux guerres mondiales, les grands travaux haussmanniens. Les solutions envisagées par la Mairie de Paris pour faire des économies seraient une diminution drastique des activités des activités de l’agence « Roger-Viollet, la Parisienne de photographie », voire la fermeture de l’agence ce qui mettrait 35 personnes hautement qualifiées au chômage.

Il faut vous faire une photo ?

Dominique Danne

Le Front national en pince pour Arosteguy

Candidat du Front national aux élections municipales de 2014, Frank Perrin appelle à voter dimanche pour Arosteguy. Comme cela, au moins, c’est clair.

Maïder Arosteguy s’est bien gardée de faire de la peine aux Frontistes entre les deux tours. Elle est récompensée aujourd’hui.

C’est un renvoi d’ascenseur qui nous rappelle l’ancienne politique, du temps où Emmanuel Macron suçait son pouce et n’avait pas encore enclenché la marche avant. Entre les deux tours de la présidentielle, la candidate LR Maïder Arosteguy, avait sidéré tout le monde par son silence, ménageant toutes les susceptibilités politiques et se gardant bien de trancher entre Macron et Marine Le Pen. Le programme très droitier de la dame, son soutien inconditionnel à Fillon et cette main tendue au Front national sont visiblement allés droit au cœur de l’ancien candidat du Front national Frank Perrin, qui, après avoir pris quelques distances avec la vie publique en 2015, nous revient plus passionné que jamais. Avec son ami Gérard Rabanal, Frank Perrin a donc fait parvenir ce communiqué à Bisque, Bisque, Basque ! qui pourrait presque ressembler à une déclaration d’amour pour l’ex-transfuge de l’UDI, si l’intéressé n’était sur le point de convoler. Bien entendu, ces propos nullement modifiés et publiés dans leur intégralité, sont sous sa seule responsabilité.

Le communiqué de Frank Perrin

 « Au regard de l’abstention record du premier tour et suivant les directives du porte-parole de la Présidence de la République, à savoir venir voter dimanche prochain massivement pour le second tour des législatives, j’ai décidé avec mon ami frontiste Gérard Rabanal de porter ma voix sur la candidate biarrotte Maïder Arosteguy à défaut de candidat Front National. Démocrates et républicains, nous pensons faire le choix qui s’impose à savoir faire en sorte qu’il y ait une réelle opposition à l’Assemblée Nationale et éviter le raz de marée annoncé.

Frank Perrin et Gérard Rabanal (Photo Sud Ouest)

 Avec une attitude digne et responsable entre les deux tours des présidentielles, dotée d’un programme solide et concret, Maïder a su nous convaincre. Nous pensons qu’il serait souhaitable que nos amis frontistes de Biarritz fassent comme nous et portent leurs voix sur Maïder Arosteguy dimanche 18 juin pour, je le répète, faire en sorte qu’il y ait une réelle opposition au Parlement. Ce n’est pas l’appel du Général de Gaulle, non simplement l’appel de deux sympathisants du Front National qui n’ont pas d’œillères et essaient de raisonner un peu.

 Dans le programme de Maïder Arosteguy, plusieurs volets nous intéressent celui de la sécurité, celui de l’emploi et également les propositions concernant les personnes handicapées, les transports et les jeunes. Pour rappel le Front National est classé hors extrême-droite dans la nomenclature dite des partis, signée par le Ministre de l’Intérieur de 2014 Manuel Valls. Document signé par mes soins ainsi que par les autres candidats aux municipales de Biarritz à la sous-préfecture de Bayonne lors de la remise des listes en mars 2014. Ce document est incessible, nous n’avons pas pu obtenir la copie et pour cause… sinon le peuple dans sa grande majorité saurait que le Front National est comme les autres un parti dit républicain.

 Bien entendu je tenais à préciser que cet engagement n’engage que Gérard Rabanal et moi-même et n’est en aucun cas une directive du Front National et encore moins celle de son secrétaire général Front National des Pyrénées-Atlantiques. Gérard et moi-même n’avons pas de fonction au sein du parti actuellement mais nous avons la fibre nationale et surtout souhaitons bonne chance à Maïder qui doit se battre jusqu’au bout. Nous serons de cette bataille dimanche ! »

Frank Perrin

Un communiqué qui, sans aucun doute, va contribuer à la bonne ambiance au sein des Républicains, agacer les partisans de Juppé et enchanter ceux de Wauquiez. Mais quand on ratisse large, voilà à quoi on s’expose. Comme diraient les Frontistes, lorsqu’ils trinquent en fin de repas : « Elle est des nôtres ! »