L’art d’être où il ne faut pas

Remarquable photojournaliste, Daniel Velez, 79 ans, raconte dans un livre édité par son fils ses plus emblématiques clichés.

C’était une réflexion immanquable, lorsque, jeunes journalistes de L’Équipe, nous nous retrouvions dans une ville de province peu connue et que, le temps d’interviewer les sportifs et d’envoyer les articles, il était plus de minuit. « On a un photographe avec nous ? Pas de problème, il va nous dénicher une table encore ouverte ». Les photographes de presse (Ne dites pas photographes de paresse, car s’il est un métier difficile, c’est bien celui-là !), maintenant appelés photojournalistes ont toujours eu cette réputation fort justifiée de débrouillardise exceptionnelle quand les manieurs de stylos faisaient figure de gros balourds à leurs côtés. Quelques années avant mon arrivée, Daniel Velez a commencé sa carrière à L’Équipe avant de retrouver très vite son cher Pays basque. Fils d’un photographe qui avait son magasin à Saint-Jean-de-Luz, Daniel a baigné dans la technique photographique avant même de se tourner vers le journalisme.

L’ETA, le GAL et les scanners calés sur les fréquences de la police pour être le premier sur les lieux où il se passse quelque chose ont rythmé sa vie. Mais Daniel Velez a aussi gardé quelque chose du talent artistique de son père et de cette capacité du photographe à être où il ne faut pas et à voir ce qui échappe au commun des mortels. C’est un pottok récalcitrant mal maîtrisé par deux éleveurs, un surfeur octogénaire qui tombe de saisissement en voyant l’objectif, ou une magnifique composition le long d’un fronton. Et à chaque fois, l’homme interrogé par son fils Christian, passionné de photo lui aussi et devenu éditeur, vous raconte son cliché comme si sa production relevait d’une banalité totale ne méritant pas le moindre commentaire.

Pourtant à 79 ans, Daniel Velez n’a nullement perdu son instinct de chasseur d’images exceptionnel. Alors que les photographes se pressent à Aguilera, il est le seul qui, captant une agitation insolite dans les tribunes, aura le réflexe de tourner le dos à la partie et de découvrir que la mascotte Géronimo, venu assister au match dans son costume d’indien est flanquée pendant toute la partie par deux hommes de la sécurité, ce qui suscitera une grande vague d’indignation dans le milieu du rugby.

 « Ce travail, c’est vingt pour cent de métier et quatre-vingts pour cent de chance » affirme modestement l’auteur. Peut-être, mais certains grands photojournalistes, à l’image des grands gardiens de but au football, ont visiblement plus de chance que d’autres. Vous hésitez encore pour votre cadeau de fête des pères ? Ce livre superbe, qui raconte le Pays basque, son charme comme ses drames, va à l’évidence faire un triomphe dans toute votre famille.

« Une photo Une histoire », Daniel Velez, éditions Zortziko, 124 pages, 35 €.

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