Peio Etcheverry-Ainchart : « Hélette a été fait pour nous emmerder »

Les maisons qui brûlent, le droit au logement, le malus social et écologique… Interview sans concession d’un candidat d’une toute autre tenue intellectuelle que le diaphane Vincent Bru.

À quoi tient un destin. Après de solides études d’histoire, Peio Etcheverry-Ainchart se destine naturellement au métier de professeur d’histoire qu’il n’exercera que quinze jours. Ni son employeur de l’époque ni lui n’ont réalisé que sa condamnation à quatre mois de prison avec sursis pour une action de désobéissance civile, un titre de gloire à un moment où la police d’état régentait le Pays basque, lui interdit la fonction. Peio Etcheverry-Ainchart rentre donc chez Elkar en 2002 devient éditeur et auteur de plusieurs ouvrages historiques qui font référence. Les élèves y ont sans doute beaucoup perdu, mais le grand public y a incontestablement gagné.

Fatigué par une longue campagne électorale et par un jeune fils qui se rappelle à son bon souvenir presque toutes les nuits, Peio Etcheverry-Ainchart accepte de répondre posément aux questions de Bisque, Bisque, Basque ! Fin, subtil et pédagogue, il offre un contraste saisissant avec les deux candidats choisis par les électeurs pour le second tour des législatives et donne des regrets à tous ceux qui pensent que sa présence à l’Assemblée nationale aurait apporté tout autre chose que celle du diaphane Vincent Bru, incarnation de la politique à l’ancienne et élu au final par 23% des électeurs inscrits.

« Biarritz nous plombe comme d’habitude »

– Quel bilan tirez-vous de ces législatives ?

« Je ne vais surtout pas faire de victimisme. Biarritz nous plombe comme d’habitude, mais nous avons nettement progressé et ce n’est pas qu’une impression. Avec moins d’électeurs qui se sont exprimés qu’en 2012, nous obtenons 800 voix de plus, au terme d’une bonne campagne où nous avons effectué un vrai porte-à-porte et été généralement très bien accueillis. Il est des détails qui ne trompent pas. Le 5 juin, nous avions prévu à notre agenda une « journée de secours », c’est-à-dire une journée décidée au dernier moment pour défendre notre cause là où c’était le plus judicieux. Tous les copains étaient présents sur Biarritz, ce qui prouve bien l’adhésion qu’il y avait autour de notre candidature avec Nathalie Aïçaguerre. En fait, notre seul souci, c’est l’inversion des calendriers qui suit la présidentielle, et qui pendant dix mois, depuis la première primaire, polarise la vie publique sur la politique hexagonale dont nous sommes absents, conditionnant la législative et nécessitant ensuite de notre part une intense campagne de proximité.

L’observateur qui arrive au Pays basque est souvent dérouté. Il entend parler d’Abertzale de droite, d’Abertzale de gauche. On a un peu l’impression que, comme les Verts, vous vous engouffrez dans toutes les compositions politiques possibles…

– Le socle du mouvement abertzale, c’est la reconnaissance de notre langue et de notre culture. Mais ce ne serait pas bon que tous les Abertzale pensent à l’identique. Nous avons des gens de droite et de gauche. En ce qui concerne mon cas personnel, je suis issu d’une famille de petite notabilité, puisque mon grand-père a été député juste après la guerre, où tout le monde était à droite sauf ma mère. Je n’ai d’ailleurs jamais tout à fait su pourquoi elle était de gauche. Conseiller municipal à Saint-Jean-de-Luz, je suis moi-même de gauche. À mes yeux, la dimension de gauche complète la dimension abertzale, car sinon on serait de purs nationalistes, mais d’autres militants, à l’inverse de ma position se sentent, eux, de droite et ne sont pas à EH Bai.

« Le droit d’aller à la plage passe après le droit au logement »

Parlons maintenant de la maison incendiée à Hélette avec des inscriptions sur les murs « Le Pays basque n’est pas à vendre ». Pourquoi n’avez-vous pas publié un communiqué condamnant cet acte ?

– Si on réagit et que la presse publie notre communiqué, du fait de la règle d’égalité du temps de parole, on se retrouve pénalisés puisqu’on a utilisé le faible espace qui nous est imparti à autre chose qu’à défendre nos idées. Sachez tout de même que la candidate de la 4e circonscription, Anita Lopepe, s’est rendue sur place et que, loin des caméras, nous nous sommes manifestés auprès de la famille navarraise.

Je vais être carré dans ma réponse. Voilà trois ans qu’il n’y a pas eu la moindre action sur cette thématique-là et subitement, juste avant le premier tour, il se passe quelque chose. À croire que ça été fait exprès pour nous emmerder nous. Je suis prêt à user de tous les synonymes du mot « réprouver » ou critiquer » pour qualifier cette action, mais je n’utiliserai jamais le mot « condamnation », devenu un mot totem récupéré par les élus locaux cherchant à laisser penser que leur action est suffisante pour solutionner le problème, ce qui est faux. Je ne veux pas dédouaner les élus de la responsabilité qu’ils ont face à ce problème.

On en vient à cette question des résidences secondaires, à cette sur-taxation qui peut aller jusqu’à 60% dans des communes comme Bidart et Guéthary. J’imagine que vous approuvez totalement.

– La loi SRU impose désormais 25% de logements sociaux. Certes des élus n’ont pas toujours manifesté une grande volonté politique en faveur du logement social, mais le niveau de prix atteint dans les villes côtières devient hallucinant et les élus, quelle que soit leur bonne volonté, ne peuvent atteindre les objectifs fixés par la loi. Tandis que les jeunes s’éloignent des villes où ils sont nés, faute de moyens financiers suffisants. Il y a à Biarritz 11500 logements vides. À Saint-Jean-de-Luz, les résidences secondaires représentent 47% du parc immobilier de la ville. Dans ces conditions, un malus social et écologique s’impose. Le droit de pouvoir bénéficier d’un logement à l’année doit passer avant le droit d’aller à la plage ».

Un livre très pédagogique

Les deux Peio Etcheverry sont nés en 1973 mais ne sont pas de la même famille. Co-auteurs de « Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque », ils ont réalisé un manuel très agréable à lire et très pédagogique qui permet de remettre en perspective des connaissances un peu éparses quand on n’habite le Pays basque que depuis quelques années. 10 euros pour être un peu moins bête, ça ne se rate pas…

 

« Pourquoi nous sommes Abertzale, 55 clés pour comprendre le mouvement basque », Peio Etcheverry et Peio Etcheverry-Ainchart, éditions Arteaz, 112 pages, 10 €.

 

 

 

 

12 réflexions sur “Peio Etcheverry-Ainchart : « Hélette a été fait pour nous emmerder »

  1. c’est bien joli mais quand le sympathique Peio aura tondu tous les « allogènes » (au propre comme au figuré) ils feront quoi les « Basques » : du fromage de chèvre et des concours de danses folkloriques ? La Côte Basque sans le tourisme / les « estivants » c’est quoi exactement au niveau éco ?
    Je vais acheter le bouquin pour tenter de comprendre ce qu’ils revendiquent mais j’espère que ce n’est pas la énième version d’un « nous » vs. « les autres »

    • c’est vous qui faites du « nous » contre « les autres » avec votre commentaire qui n’a rien à voir avec les propos tenus. Vous ne lisez même pas l’article avant de le commenter, je doute de l’enseignement que vous pourriez tirer de la lecture de ce livre, m’enfin, soyons optimiste, votre lecture en sera peut être moins orientée et plus attentive.

      • Quelle réaction Unai? j’ai heurté un nerf sensible apparemment. Bien évidemment je persiste et signe et vous invite à ne pas interpréter mais à lire ce que j’ai écris, ni plus ni moins. Bonne journée chez vous ;o)

      • Vous rendez vous compte du niveau de votre réponse ?

        si vous aviez lu des livres vous sauriez que vous réagissez comme un soviétique ou un nazi de la grande époque. Les purs d’un côté et les animaux de l’autre. je vous plains.

      • Je déteste le tour que prend ce débat, qui démontre à quel point la situation est mal vécue d’un côté ou de l’autre. Arrêtons les invectives et réfléchissons à des solutions satisfaisantes pour tous.

      • Les invectives viennent de ceux qui refusent de penser, de réfléchir, de ceux qui savent ou sont les coupables et se font forts de les déloger (sans mauvais jeu de mots Jean-Yves).

        Unai choisit ses mots et son ton brutal témoigne de d’un schéma de pensée qui fait peur en 2017.

  2. Non pas de nerf sensible, c’est pas moi qui interprète quoi que ce soit, il ne parle nulle part de tondre les allogènes ni au propre ni au figuré, et l’économie touristique ne repose pas sur les éventuels possesseurs de résidences secondaires qui seraient refroidis pas une surtaxation. Le seul nous et eux qui se pose ici, c’est ceux qui ont l’argent et ceux qui ne l’ont pas.

    • Mais bien sûr que c’est un nerf à vif que j’ai touché, à vous voir vomir votre haine des riches (Au fait c’est quoi un riche? Quelqu’un qui n’est pas du Pays-basque et qui achète un appartement à un Basque comme je l’ai fait après avoir travaillé 25 ans, économisé puis contracté un prêt pour le faire?

      Et puis c’est tellement plus simple de porter des têtes aux bouts de piques que de se bouger soi-même pour y arriver, hein !

      Vous avez raison : sus à ces salauds de riches qui viennent polluer votre Pays-basque avec leurs maisons secondaires… Bon une fois que vous avez donc résolu la question « riche », vous faites quoi: du saucisson de pottok?

  3. NO COMMENT … c’est le moins comme le plus que je puisse faire … à retardement !
    Après une telle avalanche comme je n’en ai jamais lue sur ce Blog de Jean-Yves …
    Je suis complètement esbarnouflé (terme provençal = à la renverse !)
    Je souhaite à chacun comme à TOUS des jours meilleurs et surtout des commentaires plus avenants pour ce que nous fait partager M. VIOLLIER !
    Amitiés à TOUS ..; sans distinction de riche ou pauvre, de Basque ou Greffé …
    Que M’IMPORTE !
    Je suis si bien parmi VOUS TOUS

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