Brisson tient enfin son bâton de sénateur

L’élu biarrot a toutes les qualités demandées à un bon politique sauf celle d’être un tueur. Le Sénat où les débats sont souvent d’une grande pondération devrait lui convenir à merveille.

Si l’emploi du temps du nouveau sénateur Max Brisson s’annonce chargé dans les semaines à venir, il est un rendez-vous que l’élu va pouvoir biffer de son agenda. Au vu de ce qu’il a vécu dimanche après-midi et du suspense qui lui a fait croire un long moment qu’il était battu par le socialiste Kotte Ecenaro, le second de la liste Espagnac, la consultation chez le cardiologue n’est plus d’aucune utilité. Et il pourra aller faire brûler un cierge en l’église Sainte-Eugénie, pour remercier Georges Labazée de l’avoir bien aidé dans sa conquête.

Avec 311 voix sur les 1789 exprimées par les grands électeurs du département, soit 17,38%, on ne peut pas dire que Max ait fait un triomphe, alors que Les Républicains sortent largement vainqueurs au niveau national de cette confrontation. Un résultat à l’image de toute sa carrière politique en dents de scie et de sa personnalité controversée.

« Bisque, Bisque, Basque ! », même s’il ne partage pas les convictions idéologiques de l’intéressé, se réjouit de cette élection qui est probablement une bonne nouvelle pour les Biarrots. Autant Max Brisson n’a guère été convaincant depuis 2014 dans son rôle de premier opposant au conseil municipal, avec ses louvoiements, ses revirements et sa volonté de ne pas insulter l’avenir, autant le futur sénateur avec sa passion de la vie publique, sa capacité de travail et sa prodigieuse culture historique et politique, devrait faire merveille en ce Palais du Luxembourg où le débat d’idées et le respect de l’adversaire sont la règle.  Et l’on serait fort surpris que l’élève-sénateur Brisson se monte aussi désinvolte avec la fonction qu’un Didier Borotra à l’absentéisme quasi pathologique.

Brisson, Espagnac, Saint-Pé, le département fait dans la diversité.

Face au diaphane Michel Veunac, Max Brisson présentait lors des élections municipales de 2014, toutes les qualités pour être le maire à poigne qu’il fallait à Biarritz, sauf une. Une incapacité à tuer le match comme on dit dans les milieux du rugby. Entre les deux tours, il n’a pas voulu s’abaisser à distribuer des chocolatines dans les maisons de retraite ou à batailler comme il aurait dû le faire après des signatures plus que douteuses dans les registres électoraux et des résultats défiant l’entendement dans deux bureaux de vote. Max est ainsi et c’est aussi ce qui le rend sympathique.

Et l’on ne peut s’empêcher de sourire en voyant à quoi tient une carrière politique. En 1988, Jacques Chirac était considéré comme la machine à perdre du RPR, l’homme incapable de gagner une élection, avant de devenir moins de trente ans plus tard l’ancien président le plus aimé des Français. J’imagine dans quel état serait Max Brisson aujourd’hui s’il avait perdu cette élection sénatoriale qui semblait faite pour lui et j’ai tendance à croire qu’il va devenir un sénateur très aimé et très impliqué dans le devenir du département.

Heureusement, et même si cela reste un métier de chien, il y a parfois une justice en politique.

Ringardise et gabegie

Dire que je ne suis pas fan du Sénat est un euphémisme. Cette notion même de grands électeurs, qui valent dans les faits deux barils d’électeur ordinaire, m’exaspère. Et le système électoral, qui n’a visiblement pas prévu l’éclosion en quelques mois d’un parti comme En Marche, rend encore plus obsolète ce type de scrutin. Il est la radiographie d’un temps où droite et gauche se partageaient gentiment le pouvoir et ne prend pas en compte les bouleversements politiques vécus depuis par notre pays.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, ce scrutin a permis de vérifier (… une fois de plus, malheureusement !) que la recherche d’économies ne valait que pour les électeurs traditionnels. Pour aller passer trente secondes à Pau, le temps de déposer son bulletin, les 1789 grands électeurs étaient défrayés de leurs frais kilométriques liés à l’utilisation de leurs véhicules personnels. Un covoiturage ? Un recours à Internet ? Un bureau de vote à Bayonne qui aurait transmis les résultats à Pau, histoire d’alléger l’addition ?  Certainement pas ! C’est de l’argent public, donc pourquoi diable se serrer la ceinture…

Des vendanges sans Vino…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (5)

Petite soirée tranquille pour les Grenoblois qui ont laissé les Bayonnais vendanger toutes les occasions à leur portée.

 Salut Manzana,

Triste week-end, en vérité pour le rugby basque, même si vous avez fait mieux que nous en limitant la casse à Vannes et en ramenant un point de bonus. Tu es au courant, j’imagine, de la catastrophe que l’on a vécue à domicile, jeudi soir, face à Grenoble. Quand on est arrivé avec Pantxika en tribune Afflelou, rang F places 102 et 103, où nous retrouvons depuis des années de vieux amis abonnés, on a tout de suite compris en voyant les travées vides que la soirée allait être difficile. Et c’est là que le premier incident a éclaté avec mon épouse. On avait vaguement parlé de la grève du Vino griego souhaitée par l’association Les Gars de l’Aviron, mais sans arrêter de position.

Pour moi, une soirée à Jean-Dauger sans entonner notre hymne favori, c’est un peu comme si je ne buvais que de l’eau minérale Ogeu pendant les fêtes de Bayonne. Aussi, quand les premières notes ont retenti, je me suis levé comme d’habitude, tout en remarquant que nous n’étions guère nombreux à le faire. J’ai tendance à penser qu’il faut soutenir notre équipe quand elle est en difficulté, au lieu de lui rajouter une pression supplémentaire. Et soudain, alors que je chantais « Allez, Allez les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… », Pantxika a dévalé les marches jusqu’à la main courante, a tourné le dos au terrain et m’a fusillé du regard. Tu sais que je n’ai pas peur de grand-chose et que, quand je jouais, j’avais plutôt la réputation de ne pas être avare en pêches, marrons, mornifles et autres caresses de rugbymen, mais, franchement, quand Pantxika fait son œil noir façon All Black, je ne connais personne qui puisse faire front.

Il faut croire que cette colère a aussi terrorisé les joueurs car dès le coup d’envoi, les locaux faisaient assaut d’amabilité pour laisser passer le petit lutin grenoblois Gervais Cordin qui s’empressait d’aplatir. Ajoutez à cela une transformation réussie et une pénalité et il y avait déjà 10 à 0, à la sixième minute, quand Pantxika et les autres grévistes du Vino griego, ont décidé de regagner leurs places en tribunes.

Mais décidément, c’était la soirée des vendanges pour les Bayonnais, au vu des occasions ratées à chaque fois que l’en-but était en vue.

Comme si la hotte n’était déjà pas suffisamment remplie, le demi de mêlée isérois Lilian Saseras trouvait le moyen d’aplatir à nouveau. 20 à 0 au bout de vingt minutes de jeu et un silence de mort sur le stade.

C’est le moment qu’a choisi Pantxika pour dégoupiller complètement. Furieuse, elle s’est levée en hurlant : « Ce n’est déjà pas très marrant de vivre avec un policier (Merci pour lui !), alors je ne suis pas là pour souffrir et me faire mal. Je me casse ! » Et avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle était partie. Sur le terrain, à voir les mines défaites des vendangeurs en bleu et blanc et la façon de mettre des coups de sécateur à côté des cibles, on sent qu’ils sont un certain nombre à avoir eux aussi envie d’être ailleurs.

Heureusement Van Lill réussit son quatrième essai de la saison avant que l’arbitre n’accorde un essai de pénalité aux Bayonnais, juste avant la mi-temps. 14 à 20, c’est déjà un peu plus présentable, ce qui n’empêche pas les supporters d’être désespérés par le spectacle offert.

Le coup de gueule de Berbizier dans les vestiaires a été si fort que les spectateurs de la tribune officielle ont cru un instant à une réplique du tremblement de terre au Mexique. À la reprise, les Bayonnais semblent enfin capables de jouer en équipe et de récolter. Tisseron traverse la moitié du terrain avant d’aplatir et donne enfin l’avantage à nos couleurs : 21 à 20 !

Mais il est dit que notre équipe nous fera mourir de peur, avec son incapacité à tuer le match. Les vendanges continuent, de passes en avant à dégagements ratés et ballons tombés, et le suspense est tel que les services de sécurité dénombreront à la fin du match trois crises cardiaques et la naissance de deux prématurés. Ce n’est pourtant pas faute au public, décidément pas rancunier, d’avoir poussé avec son équipe.

Pendant ce temps, les Grenoblois, tranquilles dans leurs chaises longues, laissent passer l’orage avant que David Mélé n’enquille les deux pénalités de la gagne à la 66e et 74e. Sacrée piquette pour nos couleurs. Et des semaines pas très joyeuses en perspective.

Avec un déplacement difficile à Aurillac, le 6 octobre, il y a peu de chances que la sérénité revienne. Et ensuite, le 14 octobre, le match de l’année contre vous les Biarrots. Comme toi, Manzana, j’en ai vécu un certain nombre de derbys, mais celui-là, va être le match de la mort. Si Bayonne perd encore à domicile, j’en connais qui peuvent préparer leurs valises.

Quant à moi, ce que je vais te raconter ne va pas te convaincre des « joies » du mariage. Inquiet de ne pas voir Pantxika revenir, je ne me suis pas attardé à la buvette avec les copains. En arrivant au parking où était stationné notre véhicule, une sacrée surprise m’attendait. Plus de voiture ! Heureusement que je ne suis pas allé me plaindre au commissariat pour vol et que je me suis souvenu que Pantxika avait un double des clés. Et devine qui est rentré à pied jusqu’à sa maison d’Ustaritz ? Et crois-moi, j’avais pas très envie d’entonner le Vino griego !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Un bébé député, ça coûte énormément

À Aubervilliers, le séminaire de formation des députés En Marche a coûté 250 000 euros pour deux jours… Aux frais des contribuables, bien évidemment !

Toutes les mamans vous le diront, lorsque le cercle familial s’agrandit, le budget peut se retrouver sérieusement malmené avec l’achat des petits pots et couche culottes. Avec 313 députés élus, la plupart recrutés en catastrophe par Internet et par entretiens téléphoniques, le rassemblement En Marche connaît un sacré problème de formation de ses nourrissons à cocarde tricolore. Tout le monde a vu en juillet ces images d’une vice-présidente totalement dépassée dans l’hémicycle ou ces néophytes macronistes se trompant au moment des votes ou applaudissant Mélenchon, ce qui a fait sourire les vieux briscards de l’Assemblée.

Et quand on côtoie d’un peu près cette jeune cohorte appliquée mais pas toujours très douée, l’impression de pagaille absolue est encore pire. Ce confrère qui compte quelques décennies de Palais-Bourbon, n’est toujours pas revenu des confidences à son micro de cette députée d’un département proche, enseignante à la retraite soudainement bombardée parlementaire, et lui disant : « Je ne savais pas que c’était aussi dur et qu’on finissait aussi tard. Moi à vingt-trois heures, j’ai besoin de dormir… Il va bien me falloir deux ou trois ans pour m’habituer ». Et on opère une retenue sur son salaire en attendant ?

Il suffit d’ailleurs de connaître le parcours de certains de nos élus du département des Pyrénées-Atlantiques et leur absolue inexistence politique jusque-là pour se convaincre que nos nouveaux représentants étaient à peu près aussi préparés à cette fonction que le pape François à devenir chippendale.

En avant donc, pour un séminaire « team building » (On appréciera ce souci de défense de la langue française du mouvement majoritaire !) de deux jours à Aubervilliers, histoire de donner un semblant de cohésion à cet hétéroclite agrégat avant la nouvelle session parlementaire. Et que du lourd au programme si l’on en croit les journalistes qui ont fait le déplacement ! Jeux de rôles avec des foulards de couleur, pour se mettre dans la peau d’un ministre, d’un parlementaire ou d’un simple citoyen, chaises musicales où le perdant doit répondre à cette question d’une difficulté insurmontable : « Qu’est-ce qui nous motive ?», et même si l’on en croit l’image twittée par le député Mustapha Laabid de la 1ère circonscription d’Ille-et-Vilaine, atelier dessins pour que chacun exprime sa créativité.

Et l’apprentissage de la lecture et du calcul, ce sera pour l’an prochain quand on entrera au CP ?

C’est bien connu, un député ça mange énormément et cette petite plaisanterie comprenant la location d’un bâtiment de 8 000 m2 pour tenter de rendre présentables les nouveaux parlementaires a forcément un coût, qui s’élèverait selon l’hebdomadaire Marianne à 250 000 euros.

https://www.marianne.net/politique/exclusif-le-seminaire-team-building-des-deputes-macronistes-250000-euros-aux-frais-du

Guillaume Gouffier-Cha, le trésorier du groupe explique « Dans un premier temps, on avait imaginé faire ça à l’Assemblée, mais ce n’était vraiment pas pratique pour travailler de façon participative comme on le voulait« .

Les salles de l’Assemblée nationale sont effectivement inoccupées en ce moment, mais pourquoi se restreindre, puisque le groupe En Marche est entièrement financé par l’Assemblée nationale, et donc par le contribuable ? Malgré sa volonté de rupture affichée, le parti d’Emmanuel Macron est dans la droite ligne de ses prédécesseurs : la moralisation de la vie publique et les efforts financiers, c’est uniquement pour les autres !

 

Nevers, ça ne me botte pas…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (4)

Salut Patxaran,

 Décidément, il n’y a que vous les Bayonnais pour faire ainsi du social et tendre la main aux petites équipes en plein doute. Contrairement à toi quand tu épies en douce le BO, je ne me cache pas pour regarder à la télé les matches de l’Aviron et ne crains pas de voir arriver un voisin armé d’une pétoire. Comme je n’étais pas de service, jeudi soir, je me suis donc tranquillement installé dans le canapé pour voir comment vous alliez aplatir comme des crêpes ces Bretons qui ne manient le ballon ovale que depuis l’élection de Macron, ou peu s’en faut.

C’est à cause du froid ou pour ne pas entendre Berbizier, qu’Etcheto avait mis son bonnet?

Et là, surprise, vous aviez visiblement décidé de faire soirée portes ouvertes et on lâche les Vannes. Ce n’était plus du biniou mais de la bombarde que vous ont joué les rugbymen vannetais, qui ont tout de même eu la délicatesse de ne pas trop vous vanner. C’est sympa de s’efforcer de mettre en confiance les petites équipes en les laissant gagner 38-22 et en leur offrant quatre essais. Mais après tout, comme le match avait lieu au nord de la Loire, peut-être avez-vous cru qu’il comptait pour du beurre salé. Encore de la tension en perspective pour vous jeudi prochain face à Grenoble !

Mais, malgré mon goût certain pour la moquerie que tu connais, je ne ferai pas trop le faraud. Aller s’enorgueillir d’une laborieuse victoire contre Nevers, quand il y a peu encore, le BO fracassait à Aguilera aussi bien le Stade Français que le Stade Toulousain, demande beaucoup d’imagination. Et bientôt des victoires contre Ahetze ou Ustaritz ?

Alors pour te divertir, il faut que je te raconte le nouvel exploit de maman. Elle m’avait demandé de prendre deux places pour le match, mais depuis deux jours, elle maugréait. « Une dame de ma qualité… Il va voir ce qu’il va voir le latin lover ! ». Sans me vanter, tu connais mes dons d’enquêteur. J’ai donc très vite compris qu’elle reprochait à Gonzalo Quesada qui l’avait tant troublée lors du match du BO contre Béziers, de ne pas lui avoir fait signe ou téléphoné. Alors pour se venger du malotru tout juste bon à entraîner une équipe de rugby, maman a décidé une heure avant le coup d’envoi de ne pas venir au stade et de le punir par son absence. J’ai fait semblant d’insister, mais finalement je suis parti seul au stade, pas mécontent de la situation et me félicitant des amours malheureuses de maman.

Certes, nous avons gagné 32 à 20, mais il n’y a vraiment pas de quoi plastronner et il faut une imagination aussi débordante que celle de Nicolas Brusque pour voir dans le BO actuel une future terreur du Top 14. Surtout ne crois pas que j’éprouve un quelconque mépris pour ces Nivernais appliqués qui ont fait ce qu’ils avaient à faire avec leurs maigres moyens, mais quel ennui !  Et deux essais partout au final. Heureusement que Pierre Bernard avait acquis le secret de la botte de Nevers et a mis pratiquement tout ce qu’il voulait entre les poteaux avec 4 pénalités, un drop et deux transformations.

Pourtant, malgré ces deux tristes matches, le rugby reste passionnant. Dans « L’Équipe » du 13 septembre, Fabien Galthié explique de manière limpide tout l’écart qui sépare la France des grandes nations du rugby. On continue à recruter des joueurs en les faisant monter sur la balance sans se préoccuper de leur vitesse et de leurs qualités athlétiques. Je cite, au cas où tu n’aurais pas lu : « Ce qui me frappe, c’est que le Top 14 est le championnat professionnel le plus lent. ça se joue à 54 mètres par minute. Qu’est-ce que ça veut dire ? À partir du moment où le ballon est en jeu, c’est la distance parcourue en moyenne par les quinze joueurs de l’équipe. Le Pro12 c’est 80. Dès que tu vas en Super rugby, tu es à 90. Au niveau international, tu es encore au-dessus. On est 33% plus lent que le plus lent des championnats » Et après des calculs aussi savants, qui osera encore dire qu’il n’y a que les cons qui s’intéressent au rugby ? Même si à Vannes, vous deviez être plus près des dix mètres minute que des standards internationaux…

… Allez, Patxaran, ne t’étrangle pas de colère et donne -moi vite des nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Apostrophe à un petit fripon

Bernard Pivot l’avoue sans ambages : le corsage de sa voisine l’intéresse davantage que l’ouvrage qu’il a en main.

Manifestant un talent certain pour l’erreur de jugement, j’avais écarté avec mépris « La mémoire n’en fait qu’à sa tête », estimant qu’Albin Michel avait publié cet ouvrage du président de l’Académie Goncourt dans l’espoir d’un retour sur investissement. N’étant pas à une contradiction près, je continuais pendant ce temps à me régaler des tweets de l’intéressé,- 570 000 abonnés tout de même !- toujours drôles et inattendus.

Avec « La Mémoire n’en fait qu’à sa tête », n’attendez pas de l’ancien présentateur d’ « Apostrophes », un récit détaillé et linéaire de son existence. Pivot nous offre les perles, à nous, de composer le collier. Partant à chaque fois d’une citation d’un écrivain, Pivot extrapole et nous conduit, à travers de courts récits souvent très réussis, dans des chemins de traverse irrésistibles. Son enfance de fils d’épiciers lyonnais, sa propension à la rêverie, son incapacité à opter pour une carrière avant de se révéler au Centre de Formation des Journalistes, mais aussi, plus surprenant, son baiser avec un garçon « pas mal » quand il était pensionnaire chez les frères du Sacré-Cœur à Lyon,  ou sa liaison amoureuse avec la poétesse Louise Labé, décédée en… 1566.

 L’octogénaire un peu polisson n’hésite pas à évoquer « les filles bandantes », les « baisers qui chamboulaient nos parties de colin-maillard » ou les décolletés, « ces tendres cachettes ouvertes » où il fait bon plonger, comme dans le livre de Pivot.

 « La mémoire n’en fait qu’à sa tête », Bernard Pivot, éditions Albin Michel, 230 pages, 18 €.

 

EXTRAIT

 Nombril et arobase

« La mode d’été incitant les jeunes filles à se promener le nombril dénudé, Milan Kundera considère qu’après les cuisses, les fesses et les seins, « ce petit trou rond détient le quatrième pouvoir de la séduction féminine ».

Cependant, contrairement aux trois autres appas, différents pour chaque femme, « tous les nombrils sont pareils ». Il existe donc selon Kundera, un érotisme fondé sur la similitude et la répétition.

Sitôt apparue sur nos ordinateurs, l’arobase des adresses électroniques m’a semblé ressembler beaucoup au nombril. Mêmes rondes et étroites géographies repliées sur elles-mêmes. Mêmes attaches circulaires. Universellement répandus, autant nécessaires l’un que l’autre, le nombril et l’arobase sont si évidents et si discrets qu’on ne leur prête guère d’attention. Il y a pourtant en eux une part de magie. Le nombril est une cicatrice qui remonte aux origines de l’homme ; la minuscule arobase est un caractère qui nous met en relation écrite avec la planète.

Ils se ressemblent encore en ce qu’ils ne sont que des auxiliaires, des intermédiaires.

Le plus important est quand même ce qui précède et suit l’arobase. De même, ce qui se situe au-dessus et au-dessous du nombril – pardon Milan Kundera – concourt avec plus de liant à la communication érotique. »

Veunac ne peut plus se cacher derrière son petit doigt

Après trois ans d’inexistence totale, le maire de Biarritz doit s’attaquer aux dossiers majeurs de son mandat : la Cité de l’Océan, Le Palais, et la mise à niveau de la Ville.

Depuis 2014, il atermoie, tergiverse, lambine, procrastine, hésite, barguigne, doute, flotte, oscille, biaise et louvoie. Comme le cancre au fond de la classe, il espère que la mouche qui volète dans un rayon de soleil va lui apporter l’inspiration qui lui manque tant. Alors, en attendant l’illumination, il s’offre avec l’argent public des études et même des contre-études pour vérifier si les experts sont d’accord entre eux et exaspère par son indécision et son absence d’imagination aussi bien son opposition que sa majorité… Comment avez-vous deviné qu’il était question de Michel Veunac ?

Et puis, quand les échéances deviennent trop pressantes, confondant action et incantation, notre élu à écharpe tricolore sort une maxime sentencieuse qui lui donne le sentiment d’avancer dans les dossiers en souffrance, : « Je vous ferai aimer la Cité de l’Océan » ou le péremptoire : « Moi vivant, l’Hôtel du Palais ne sera jamais vendu ».

Même si depuis 2014, il fait trembler les murs de la mairie avec ses colères brutales qui traduisent toute son impuissance face à des dossiers qui le dépassent totalement, l’homme Michel Veunac reste à l’évidence un bon bougre. Titulaire d’un bâton de maréchal avec un poste de deuxième adjoint, il n’était juste pas fait pour revêtir l’écharpe tricolore avec le gros temps qui attendait la Ville après le désastreux dernier mandat de Didier Borotra.

Non, la Cité de l’Océan ne va pas mieux…

Si un jour des conseillers municipaux s’avisaient de donner le nom d’une rue à Didier Borotra, on espère qu’ils choisiront une impasse pour la façon qu’il a eu d’envoyer tout le monde dans le mur lors de son dernier mandat. Pour réaliser ses rêves grandiloquents et sa désastreuse Cité de l’Océan, Didier Borotra a planqué les moutons sous le tapis, en ne s’occupant plus des fondamentaux de la Ville, voierie, eaux usés, entretien, au profit du paraître et de sa gloriole personnelle. On connaît la suite…

Malgré le lourd endettement de la Ville, la situation aurait pu être rattrapable avec un maire à poigne. Hélas nos suffrages se sont portés sur Monsieur hésitation permanente ! La façon dont Michel Veunac gère le dossier de la Cité de l’Océan est ainsi particulièrement édifiante. On fait venir des spécialistes, on commande des études, pour finalement… ne rien changer. Et on continue avec le ludo-scientifique qui nécessite des investissements coûteux tous les trois ans et on se gargarise de chiffres soi-disant mirifiques, tout en sachant parfaitement qu’ils ne sont que le résultat d’une politique de dumping forcené. Le papier publié par Sud Ouest, le 22 août dernier, a ainsi beaucoup contribué à embrouiller les esprits, en persuadant les Biarrots que le naufrage est derrière nous : « Dimanche soir, le 20 août, le nombre d’entrées payantes s’établissait à 54 803. S’y ajoutent 2 729 entrées gratuites pour un total de 57 532 visiteurs depuis le 1er janvier.  À la même date de 2016, 45 140 personnes étaient entrées à la Cité de l’Océan, dont 42 757 payantes. » Pour mémoire, on rappellera que la fréquentation des musées à Biarritz dépend beaucoup de la pluie estivale, qui ne nous a pas oubliés cette année, et que Didier Borotra claironnait régulièrement que ce futur joyau, qui lui aura au moins permis de donner du travail à sa fille, atteindrait son point d’équilibre à 350 000 visiteurs par an.  Et qu’un aquarium comme celui de La Rochelle accueille… 800 000 visiteurs par an !

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/2014/08/15/la-rochelle-l-aquarium-fait-le-plein-de-visiteurs-532684.html

Avec ses réformes cosmétiques, au lieu de réorienter vigoureusement le concept, Michel Veunac, comme dans tant d’autres domaines, diffère le problème, s’illusionne de chiffres qui ne sont pas bons et décide qu’il est urgent d’attendre… Biarrots, vous n’avez pas fini de mettre la main au portefeuille pour financer la mégalomanie de Borotra !

Hôtel du Palais : la seule solution, vendre !

Et, malheureusement pour nous, Michel Veunac se retrouve avec un dossier, celui de l’Hôtel du Palais, qui pourrait nous conduire à un désastre bien pire encore que celui de la Cité de l’Océan. L’appel à Four Seasons, a mis le doigt sur tout ce qui manquait au bâtiment de la grande plage pour prétendre au titre de palace. 50 à 70 millions de travaux de rénovation, qui finiront comme toujours à 100 millions d’euros.

Contrairement aux apparences, tout ne baigne pas à « L’Hôtel du Palais »

Michel Veunac a préféré couper la tête du porteur de mauvaises nouvelles au lieu d’écouter. Alors que le temps presse, il va nous annoncer lors du prochain conseil municipal, prévu le 29 septembre, qu’il fait appel à Accor et va faire cautionner l’emprunt nécessaire, puisque la Ville n’a pas un fifrelin, par La Caisse des dépôts.

Double mauvais choix : Accor qui n’a aucune expérience dans le très haut de gamme va essuyer les plâtres avec Le Palais et risque de commettre des erreurs conséquentes. Quant à la Caisse des Dépôts, la philanthropie n’est pas sa préoccupation première et, en cas de catastrophe industrielle comme des attentats qui feraient fuit les touristes hors de France et empêcheraient notre ville de rembourser sa dette, son seul souci serait de brader à vil prix pour récupérer sa mise.

Michel Veunac peut donc bien nous faire tous les mouvements de menton du monde. L’emprunt à faire est tel pour une ville surendettée comme Biarritz que, de facto, les Biarrots ne sont plus propriétaires de L’Hôtel du Palais. Alors que le bâtiment perd de sa valeur d’année en année, le bon sens commanderait de vendre d’urgence ce joujou adoré des politiques locaux qui devient un boulet financier pour les contribuables.  Malheureusement, connaissant Veunac…

Et dire que Veunac pourrait être le maire de la relance !

Quand on circule dans Biarritz, il est pourtant étonnant de voir comme l’idée a fait du chemin dans l’esprit des Biarrots, sans doute à cause du courage de conseillers municipaux comme François Amigorena ou Jean-Benoît Saint-Cricq, qui ont pris clairement position. Et la majorité municipale, même si elle hésite à sortir du bois, pense de même. Il n’est plus guère que Veunac pour continuer à clamer son « Moi vivant ! », ou un spécialiste des combats d’arrière-garde comme Patrick Destizon pour affirmer partout sur les réseaux sociaux qu’il ne faut « jamais vendre les bijoux de famille ». Et si, Monsieur le spécialiste des causes perdues, les bijoux de famille ont toujours servi en cas de mauvaise passe, à remettre à flot tout le monde. Regardons un peu les choses en face au lieu de se cacher derrière son petit doigt.

Aux dires de tout le monde, jamais Biarritz n’a été aussi sale, aussi mal entretenue. La voierie est dans un état pitoyable, on rapièce, on ravaude, sans jamais s’attaquer au fond du problème. Et est-il normal, en 2017, de continuer à déverser les eaux usées en douce après des grandes pluies au lieu de financer enfin des installations modernes, évitant aux visiteurs qui rêvent de baignades dans notre ville, les conjonctivites, otites et autres maladies de peau qu’on leur offre en prime ? Pour caricaturer, quel est l’intérêt de rénover à grand frais le Palais, si tout autour le touriste ne croise que des quasi-favelas.

Avec un peu d’imagination, Michel Veunac pourrait être un maire qui marque l’histoire de la Ville. Il franchit le pas, vend l’Hôtel du Palais, apure la dette de la Ville et profite de l’argent qui lui reste pour mettre enfin à niveau la Ville et avoir un geste fort envers les Biarrots, au lieu de privilégier systématiquement les touristes, comme la réalisation de cette piscine olympique qu’il avait promis dans son programme électoral avant de se dédire.

Mais, une telle décision demande une vision politique, de l’audace, de la témérité, du courage.

Peut-être pas les qualités premières de notre actuel maire qui, sans nul doute, va continuer à tergiverser, lambiner, procrastiner, hésiter, barguigner…

C’était Willie Du Plaisir

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (3)

Salut Manzana,

Ils me font marrer à la télé à parler en boucle des ouragans Irma et José. Celui qui n’a pas entendu Pantxika, mon épouse, chanter le Vino griego ne peut avoir une idée de ce qu’est une tornade de force 5 ! Et en plus elle n’était pas très satisfaite d’elle, estimant « manquer d’entraînement », et m’a glissé à l’oreille, alors que nos chers Bleus et Blancs rentraient sur le terrain de Jean-Dauger pour affronter Dax qu’elle allait devoir répéter à la maison. Mais c’est qu’elle va nous tuer nos petits derniers ! Quant à moi, je suis prêt à écrire à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur et me porter volontaire pour n’importe quelle mission plutôt que de devoir endurer cela.

En fait, on fait les malins maintenant que notre cher Aviron l’a aisément emporté sur Dax (51 à 15), mais on n’était pas très rassurés en arrivant à Jean-Dauger. Je suppose que tu as lu comme moi, dans le Sud Ouest du 8 septembre, l’interview de Berbizier, toujours gai comme un croque-mort, intitulé : « La fin des illusions ». C’était prévisible, mais on sent qu’il y a comme de la friture sur la ligne avec Vincent Etcheto. Et notre Berbize démarre comme au temps de sa folle jeunesse quand on évoque son adjoint « Tout le monde a des responsabilités, staff et joueurs. Il faut bien les déterminer à condition qu’on voie tous la même chose. » Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine qu’il a dû y avoir cette semaine entre les deux un débat technique de la plus haute importance, Berbizier préconisant de poursuivre pour les joueurs le régime carottes râpées, eau minérale Ogeu et footing à trois heures du matin et Etcheto militant pour un dégagement Irouleguy, ventrèche, gâteau basque d’une nuit entière pour que l’équipe se retrouve.

Quant au soufflon passé à Bustos-Moyano pour ses chaussettes en flanelle face aux poteaux à Colomiers, il a été efficace puisqu’au bout d’un quart d’heure de jeu, l’arrière argentin avait déjà enquillé trois pénalités entre les perches. 9 à 0 et la tribune Afflelou qui soupire d’aise.

Et c’est alors que la cabane a failli tomber sur le pottok !

Bureitakiyaca, l’ailier fidjien de Dax délivre un petit coup de pied par-dessus Bustos Moyano. et percute sans ballon notre danseur de tango favori. Ce dernier a beau assurer à l’arbitre qu’il n’a pas touché son adversaire qui est tombé en marchant sur son lacet, c’est carton jaune pour le capitaine de l’Aviron, obligé d’aller lire les « Prolégomènes à la maîtrise de soi » sur le banc de touche.

Le Landais est fourbe, tu le sais comme moi. Non content d’inscrire trois points sur la pénalité qui s’ensuit, les Dacquois profitent lâchement de l’absence de notre arrière pour marquer un essai par le même Bureitakiyaca, qui nous a bien cassé les burettes celui-là, et mener 10 à 9.

En tant qu’ancien talonneur j’ai plus de goût pour les combats de devant que pour les entrechats des danseuses de l’arrière, mais l’honnêteté m’oblige à reconnaître que c’est l’ouvreur Du Plessis qui a sauvé la boutique bayonnaise. Permettant à son équipe de respirer avec ses longs coups de pied ( La NASA ferait bien de se méfier, il va finir par décaniller un de ses satellites), Willie va ajuster un drop plein d’intelligence pour permettre à l’Aviron de reprendre l’avantage au score avant d’alterner le jeu à merveille, même si Dax dans un ultime sursaut réussira à marquer un deuxième essai par Chiappesoni à la 25e minute. Ensuite, ce sera du rugby comme je l’aime avec plus qu’une seule équipe sur le terrain, la nôtre, qui va infliger cinq essais aux croqueurs de maïs, dont l’ultime à la 80e minute par Oulai, un beau bébé sénégalais qui a l’habitude de tout renverser sur son passage.

Victoire avec le bonus offensif donc et acclamations de la foule quand le speaker de Jean-Dauger a annoncé la victoire de Soyaux-Angoulême face au BO. Franchement, se faire battre par des cagouillards, vous n’avez pas de quoi être fiers les Biarrots pour une équipe qui affirme viser le top 14. Et si tu as regardé le classement, l’ami Manzana, qui est devant vous désormais ? Oh, je sens que je t’agace !

À Bayonne, tout le monde était tellement heureux de cette belle victoire qu’on s’est éternisés à la buvette où Laporte en a pris pour son grade. Je ne sais pas si tu as lu l’enquête d’ Antton Rouget de Mediapart, mais question pognon et affairisme, notre nouveau président pourrait presque donner des leçons à Fillon. Ce rugby-là me désespère.

(https://www.mediapart.fr/journal/france/070917/les-dossiers-noirs-de-l-argentier-du-rugby-et-de-bernard-laporte)

Heureusement, il y a toujours Pantxika pour me ramener au vrai rugby. Vers 2 heures du matin, elle me dit soudain : « Tu ne crois pas que deux ou trois jours de coupure en fin de semaine nous feraient du bien ? Si on allait en Bretagne ? Maman pourrait garder les enfants ! » Un peu surpris, je lui rappelle qu’elle m’a toujours dit que le Nord de la Loire n’existait même pas pour elle. Avant de me souvenir que notre cher Aviron s’en va jouer à Vannes, jeudi soir.

C’est promis, je te raconterai. Et il va falloir qu’ils soufflent sérieusement dans le biniou, les Bretons, pour arriver à se faire entendre quand Pantxika chantera notre hymne !

 

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