Sacrée soirée à Aguilera

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (2)

Salut Patxaran,

Ta lettre reçue la semaine dernière m’a fait rudement plaisir même si « La séparation est un si doux chagrin » comme l’écrivait William Shakespeare dans Roméo et Juliette. Mais tu vas encore dire que je fais mon pédant de Biarrot, alors revenons-en au rugby. J’ai vu dimanche sur France 3 ton équipe en déplacement à Colomiers et je tiens à te féliciter. Après avoir pris 66 points à Perpignan, vous n’en encaissez cette fois que 36 en banlieue toulousaine, ce qui confirme des progrès très nets. Encore six mois d’efforts et peut-être que l’Aviron bayonnais arrivera à décrocher une victoire à l’extérieur ou au minimum un point de bonus défensif. Avec ce résultat, j’en connais qui vont encore passer une bonne semaine et avoir droit avec l’adjudant Berbizier à des footings à trois heures du matin dans le petit-Bayonne.

Mais comme je sens que tu t’énerves, Patxaran, et que c’est mauvais pour ton cœur, il faut que je te conte ma soirée à Aguilera vendredi soir. Je m’apprêtais à retrouver des copains à Aguilera pour BO – Béziers quand maman jaillit de son fauteuil : « Je veux voir le Latin Lover ! ».

Le quoi ?

– Mais oui, tu sais bien cet entraîneur qui est si beau…

– ???

– Celui qui a quitté la jolie petite Isabelle Ithurburu. Elle était mignonne, mais trop jeune pour lui.  Ce qu’il lui faut à Gonzalo Quesada, c’est une femme d’expérience comme moi.

Et là, je vois ma mère, soixante-dix ans aux prunes tout de même, afficher son sourire le plus coquin et décréter : « Je viens ! » Et tu sais comment est maman quand elle a une idée en tête : elle écoute à peu près autant son fils que Michel Veunac son opposition.

L’avantage à Aguilera, c’est que, même en arrivant cinq minutes avant le coup d’envoi tu trouves autant de places disponibles que tu veux. Mes copains m’attendaient en tribune Kampf, mais rien à faire, il a fallu aller du côté des officiels dans la tribune Blanco pour tenter d’apercevoir l’idole argentine. Nous sommes arrivés juste au moment du coup d’envoi, mais maman trépignait. Installée au septième rang, elle n’apercevait pas le banc de touche et vitupérait de ne pas localiser le Gonzalo. Je lui ai dit que Guy Lafite était là, très beau lui aussi dans la tribune officielle, mais elle ne voulait rien entendre.

Pas facile dans ces conditions de suivre le match face à cette équipe de Béziers aussi collante que le sparadrap du capitaine Haddock. Entame catastrophique. Munro envoie la balle entre les perches dès la 9e minute et l’équipe biarrote joue à peu près aussi groupée que la majorité municipale.

Et c’est alors que, juste à côté de nous, arrive une maman avec quatre enfants entre six et dix ans. Beau tir groupé, Madame, mais vous êtes sûre que la halte-garderie c’est ici ? Maman, qui boudait jusque-là, a commencé à discuter avec les deux petites filles, puis avec les deux garçons, avant de chanter avec eux des « Aupa BO ! » totalement hors sujet, puisque la dégelée continuait sur le terrain et que le public voulait envoyer l’arbitre précisément à l’endroit où les quatre bambins demandaient instamment à leur mère de les y conduire.

9 à 0 à la mi-temps et une ambiance plutôt plombée dans le stade où Koxka, qui n’a déjà pas l’ait trop malin au naturel, ne savait plus quoi faire pour ranimer la foule.

Maman, qui ne boit d’habitude que du vermouth, se met alors en tête d’aller chercher un verre, sans doute dans l’espoir de croiser son idole. Elle revient avec un demi et une mine défaite.

Et ça repart. Simon Raiwalui, l’entraîneur des avants, a dû menacer quelques joueurs dans les vestiaires de s’occuper personnellement de leur cas, car le BO semble un peu plus déterminé. Mais c’est juste à ce moment-là que Koxka passe dans les travées et se fait interpeler par les quatre petits diables. « Et je veux un selfie ». « Et moi aussi je veux un selfie ». « Oui, mais pas avec lui, il est trop méchant ». Je vois la foule exulter et comprends qu’un essai vient d’être marqué, essai que j’ai raté à cause de la mascotte à grosse tête. Ce n’est que le lendemain aux actualités régionales que j’apprendrai que Adriu Delai est l’auteur de l’essai à la 57e minute.

Les selfies ça va un moment, mais ça creuse ! La mère repart en mission en confiant la garde de sa progéniture à ma propre mère, qui en profite pour me dire que si je l’étais montré plus dégourdi dans la vie, elle pourrait être une grand-mère heureuse en veillant sur mes propres enfants. Pendant ce temps, l’autre maman rentre les bras chargés de sodas et de barquettes de frites au ketchup. Évidemment toute cette boustifaille atterrit sur les vêtements des voisins tandis que les deux plus grands se disputent, avant de se réconcilier en se faisant des passes avec la bouteille de soda… pleine et débouchée ! Ce qui fait que je ne verrai pas plus l’essai d’Alex Arrate à la 62e.

Biarritz va ensuite dérouler sans génie, pour finir à 18 à 9, même si tout le monde semble satisfait du match.

Alors que je discute avec l’ancien deuxième ligne David Couzinet qui balaie d’une moue moqueuse mes réserves « On a gagné. Point !» tout en me dirigeant vers la sortie, je sens soudain maman totalement tétanisée. Juste à côté d’elle, devant le carré VIP, le beau Gonzalo Quesada devise paisiblement. Maman n’est même plus capable de proférer une parole et crois-moi, Patxaran, pour lui paralyser la langue, il lui en faut.

Ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, en arrivant devant la voiture stationnée devant le restaurant de Soso Puleoto que maman a pu enfin dire, d’une voix rêveuse : « Sacrée soirée, tout de même ! »

C’est un point de vue, mais je ne suis pas sûr de le partager. Mais tu le sais comme moi, l’ami Patxaran, dans notre métier comme dans le rugby, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Pour la quatrième journée, j’espère que vous allez faire des misères à ces curistes de Dacquois et que de notre côté, nous allons écrabouiller les cagouilles charentaises, vendredi à Soyaux-Angoulême.

Donne-moi vite de tes nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Cache ta joie, Gattaz !

La réforme du travail pilotée par Macron, n’est qu’une façon de renvoyer l’ascenseur à ceux qui ont financé sa campagne. Et d’assigner à précarité des milliers de jeunes salariés.

Eh oui, il ne suffit pas de jouer aux osselets avec la main d’un président américain ou d’adopter un chien de la SPA au moment où sa popularité dévisse pour devenir le Président de tous les Français. À tous ceux qui renaudent actuellement sur le chef de l’État, j’ai envie de dire : « Vous avez voulu Macron, vous l’avez ! ». Voilà un homme qui avait été repéré par Minc et Attali après un brillant passage à la banque Rothschild, un homme qui a profité avec intelligence des machines à perdre que sont les primaires pour devenir le favori des sondages, mais surtout qui a su trouver les 50 millions d’euros nécessaires au financement d’une campagne présidentielle, alors qu’à l’en croire son patrimoine personnel est des plus modestes… Non, Macron n’est pas ingrat et c’est bien normal désormais qu’il cajole ceux qui l’ont nourri, comme Nemo le chien de l’Élysée lèche la main de son nouveau maître.

Si Pierre Gattaz, le patron des patrons, a été prié par les services de communication de l’Élysée de se montrer discret, ce n’est pas par hasard. Alors que l’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi grand en France (Sud Ouest 21 mai), Macron fait froidement voler en éclat le Code du travail, précipite les salariés jeunes dans la précarité absolue pour offrir encore plus de souplesse et de flexibilité au patronat.

http://www.sudouest.fr/2015/05/21/inegalites-l-ecart-entre-riches-et-pauvres-n-a-jamais-ete-aussi-haut-en-30-ans-1927595-5458.php

Autoriser les petites entreprises à dialoguer avec un représentant du personnel non syndiqué, c’est permettre les pires flagorneries, le cire-pompes de service devenant l’interlocuteur privilégié du directeur. Plafonner les indemnités de licenciement au lieu de laisser la Justice décider, c’est fragiliser encore un peu plus les rares contestataires tentant de survivre dans l’entreprise. Et utiliser le recours aux ordonnances à la place du débat parlementaire n’a rien de très glorieux.

Extrait du blog de Gérard Filoche.

Gérard Filoche, toute sa carrière a été un inspecteur du Travail remarquable. Avec abnégation, il continue à défendre les salariés et on ne peut que partager son point de vue quand il estime qu’on a « passé le code du travail à l’acide » et parle « d’un rêve de Medef ». Plus d’élection obligatoire de délégués du personnel dans les petites entreprises où règne déjà la terreur, plus de syndicats, c’est la fête du patronat !

http://www.filoche.net/

En fait, même s’il a effectué un début de mandat beaucoup plus habile que ceux de Sarkozy ou Hollande, Emmanuel Macron est en train de commettre la même erreur que Jacques Chirac en 2002. L’ami des patrons estime qu’il a été élu par 66% des Français et considère qu’il a les mains libres. Mais oublie que seul 24% des Français l’ont choisi au premier tour. Les autres, face au repoussoir Marine, se sont contentés de voter pour lui sans adhérer pour autant à ses idées ultralibérales.

Face à cet autisme délibéré, il n’y a qu’une seule réponse possible : la rue ! Le 12 septembre, il fait généralement encore très beau et la marche à pied est excellente pour la santé. Et s’il faut redescendre plusieurs fois dans la rue pour que le gouvernement comprenne la différence entre un putsch, où l’on donne délibérément tout aux uns au détriment des autres, et une réforme où l’on équilibre les concessions pour faire évoluer le pays, eh bien nous irons marcher avec plaisir jusqu’à ce que ce gouvernement revoie sérieusement sa copie.

Et tant pis si Gattaz en perd son sourire de benêt !

Cornut-Gentille totalement hors sol

Les Ateliers de la République sont toujours de haute tenue et le débat d’hier soir, à la maison des Associations, n’a pas échappé à la règle. Classé parmi les plus présents et les plus travailleurs, le député républicain de Haute-Marne, François Cornut-Gentille, s’est montré affable et enjoué et a eu le mérite de ne pas hésiter à venir affronter des contradicteurs. Mais cet élu qui entame son sixième mandat a bien montré à quel point il est difficile de rester lucide quand on passe trente ans hors de la vraie vie. Visiblement, à ses yeux, à partir du moment où il a été réélu en 2017, il ne s’est rien passé de notable dans la vie politique. La perte de confiance des électeurs pour leurs hommes politiques ?  Les élus En Marche recrutés en catastrophe sur Internet et précipités sans formation à l’Assemblée ? Le débat escamoté au Parlement sur la moralisation de la vie publique ? Peccadilles que tout cela ! Alors oui, totalement d’accord avec vous, Monsieur le député, sur le renforcement nécessaire de l’Assemblée nationale, mais ce renforcement ne pourra se faire qu’avec une exemplarité totale des élus et avec une confiance retrouvée des citoyens. On en est encore très loin.