Faut pas chatouiller le Bayonnais…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (7)

Salut Manzana,

La révolte bayonnaise en début de seconde mi-temps. L’Aviron chahute la mêlée charentaise et s’empare du ballon. Angoulême ne le reverra plus jusqu’à la fin du match.

Tu savais, toi, que les Charentais peuvent se montrer suffisants comme des Parisiens ou des Bordelais ? Moi pas ! Et je peux te dire que je suis sorti sacrément fier de nos couleurs, vendredi soir, après ce que les Angoumoisins ont osé nous faire. Voilà une équipe dont la réputation ne va pas au-delà de Confolens ou de Ruffec, une équipe qui devrait rentrer dans sa coquille d’escargot dès qu’elle franchit la Garonne et qui se permet de venir nous narguer sur nos terres. Et comment qu’on les a fessés…  Mais il faut que je te raconte dans l’ordre pour que tu t’y retrouves.

Jamais vu depuis le début de la saison une première mi-temps aussi insipide que celle qui a opposé notre cher Aviron à Soyaux-Angoulême. Et je laisse tomber le ballon et je repique à l’intérieur quand on est en surnombre, et je rate mes coups de pied.  À croire que les deux équipes se sont donné le mot pour ne pas filer de complexes aux joueurs de quatrième série.

À la 35e minute, alors que les nôtres mènent 14 à 9 grâce à un essai de Tisseron réussissant à se faufiler dans un trou de souris dès l’entame du match, et que l’ennui est palpable sur Jean-Dauger, je glisse un commentaire désabusé à Pantxika. Pas de réponse ! Je me tourne et qu’est-ce que je vois ? Elle dort à poings fermés. Et elle n’est pas la seule dans la travée. J’en compte six autres qui font de même, trois qui sucent leur pouce et quatre qui tournent le dos au match pour mieux pouvoir discuter avec leurs voisins. À la mi-temps, la bière est tiède et il souffle comme un vent de désespérance sur les buvettes. Fébrile, hésitant, l’Aviron semble bien parti pour perdre une fois de plus un match facile.

L’entame de deuxième mi-temps confirme toutes les craintes des supporters. Soyaux-Angoulême, ragaillardi, mène les débats et Pottoka a la queue basse des mauvais jours. Ric le métronome charentais enquille une quatrième pénalité et ramène son équipe à deux points de l’Aviron. Sur le renvoi, l’Aviron perd le ballon et les Charentais pilonnent l’en-but des nôtres.

Et c’est alors que se produit incontestablement, à la 50e minute, le tournant du match et peut-être même, souviens-toi de ce que je te dis Manzana, de la saison. Mêlée aux 22 mètres, introduction Angoulême. Le pack bayonnais est à l’agonie et s’écroule. J’ai tendance à trouver les arbitres anti-bayonnais primaires, mais sur ce coup personne ne peut contester la pénalité. Et tu sais ce que nous font ces suffisants petits coqs charentais ? Au lieu de jouer une pénaltouche, ils nous humilient en réclamant une nouvelle mêlée. L’affrontement se passe juste devant nous et j’ai le temps de voir passer une lueur de folie meurtrière dans le regard d’Iguiniz. Un pilier digne de ce nom ne peut accepter une telle humiliation sur ses terres. Introduction Angoulême, mais la mêlée ciel et blanc va faire le forcing et pourrir la sortie de balle. Agréablement surpris par cette révolte, les trois-quarts à leur tour décident de se retrousser les manches. Il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain. Saubusse à la 51e, Robinson à la 54e, Laveau à la 64e aplatissent en terre promise, avant que l’arbitre ne sanctionne les manquements charentais d’un essai de pénalité à la 69e minute. 41-12 au final et une soirée inoubliable. Crois-moi que Pantxika n’avait plus envie de dormir en deuxième mi-temps et que la fête a été belle.

Mais il faut que je te parle aussi de ce Grenoble-Biarritz que j’ai regardé à la sauvette en tirant les rideaux et sans mettre le son pour pas que mes voisins bayonnais ne m’accusent de traîtrise. J’ai quelque peine à le reconnaître, mais franchement le BO progresse de match en match et devient une équipe solide. Au passage, j’ai pu vérifier une fois de plus, combien le Biarrot peut être fourbe. Des talonneurs, j’en ai croisé dans ma carrière, des petits, des gros, des teigneux, mais votre numéro 2, ce Peyresblanques qui talonne avec le genou, ça je n’avais jamais vu. Il a conscience qu’il est en train de tuer le métier ? Si à cause d’un zozo comme celui-là, on nous appelle désormais les genouilleurs au lieu des talonneurs, c’est décidé, j’arrête le rugby !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Guéant et Ferrand, les magiciens de la République

Mais comment Macron peut-il se passer de tels talents ? Le premier aurait été parfait à l’Économie et le second à la Création de richesses.

Alors que notre nouveau Robin des Bois, l’homme qui prend aux pauvres pour donner aux riches, rame consciencieusement à la télévision pour expliquer son abjecte réforme du travail et sa toute aussi discutable révision de l’impôt sur la fortune, le grand public reste totalement perplexe. Pourquoi diable Emmanuel Macron se contente-t-il du bien fade Bruno Le Maire aux Finances quand il a sous la main un homme admirable comme Claude Guéant qui serait prêt à faire don de sa personne une nouvelle fois à la France pour expliquer à ses concitoyens comment faire de véritables économies ?

Avec Guéant, plus de nouveaux pauvres, de travailleurs précaires ou d’assistés sociaux… Bombance pour tout le monde ! Et qu’importe si les médias de notre pays, toujours prêts à ironiser,  et en particulier Fabrice Arfi de Médiapart qui a sorti l’affaire, se moquent d’un homme qui n’a tiré que 800 euros d’argent liquide entre le printemps 2003 et la fin de l’année 2012. Quand on est capable de ne dépenser que 6 euros par mois, on se doit de communiquer au plus vite sa recette à tous les gaspilleurs de France et de Navarre qui se plaignent de ne pas y arriver avec cent fois plus.

Celui qui n’est pas capable de payer les 720 000 euros de son appartement en liquide n’est qu’un fainéant pour Guéant.

Les juges sont décidément bien cruels en effectuant une saisie des biens immobiliers de cet homme et en le mettant en examen. Comme si un ancien ministre de l’Intérieur et ancien secrétaire général de l’Élysée pouvait se croire au dessus des lois ! Ils s’étonnent, ces benêts, de voir que Claude Guéant a pu s’offrir à cette époque un appartement dans les beaux quartiers de Paris d’une valeur de 720 000 euros en le payant totalement en liquide. Mais tous les « fainéants », toujours « prêts à foutre le bordel », chers à Macron, sont-ils capables comme le faisait ce pauvre homme une fois sa longue journée de travail terminée, d’aller faire à pied le tour du quartier pour ramasser toutes les petites pièces perdues par des distraits pour pouvoir enfin s’offrir un chez soi ? Et est-ce sa faute si son copain Kadhafi, lorsqu’il venait en France, l’aidait dans sa quête aux piécettes ?

Quant aux policiers, ces jaloux, ces rancuniers qui se vengent de leur ancien patron, ils ont franchi les limites les plus absolues de la mauvaise foi en s’étonnant qu’un homme qui ne dépense que six euros par mois puisse louer à la BNP un coffre plus grand que lui et le fasse trôner dans son bureau. La réponse, qui montre le sens de l’État de Guéant et qui devrait clouer le bec à tous les suspicieux est admirable. Cette forteresse servait à entreposer et garder les discours de Nicolas Sarkozy. Certes, ces discours circulaient par mail, étaient rendus publics par les médias et conservés en copie par tout le personnel de l’Élysée. Mais sait-on jamais… On accuse injustement ce pauvre Guéant de nous raconter des histoires à dormir debout, alors qu’à l’évidence il était uniquement préoccupé par l’Histoire.

Ferrand lave plus blanc que blanc

Le salut de l’artiste Richard Ferrand. Il ne fout pas le bordel, il enrichit juste les siens.

C’est désormais une affaire entendue puisque les radios et les télés nous l’ont répété sur tous les tons : L’ancien directeur des Mutuelles de Bretagne et éphémère ministre de Macron n’a strictement rien fait de mal et il a été totalement blanchi par la Justice. Comme dirait Coluche, Ferrand a utilisé la « lessive qui lave plus blanc que blanc » et « Circulez, y’a rien à voir ! »

Cette fois encore, on ne comprend pas bien comment Emmanuel Macron peut laisser un tel talent en jachère et ne pas en faire d’urgence son ministre à la Création de richesses. Car comme magicien, il est presque aussi fort que Claude Guéant.

Il y a dix ans, Richard Ferrand a quitté femmes et enfants, ce qui arrive à des gens très bien, pour tomber amoureux d’une jeune avocate sans le sou, Sandrine Doucen. Comme le montrent les documents publiés par Le Canard enchaîné, le citoyen Ferrand Richard signe un compromis de vente pour des locaux situés en plein cœur de Brest avec une clause suspensive de rétractation si Les Mutuelles de Bretagne ne sont pas intéressées par ces bureaux. Puis il cède le bien à sa compagne qui n’a toujours pas investi un centime dans l’affaire. Enfin le très respectable directeur des Mutuelles de Bretagne Richard Ferrand visite les locaux qui lui paraissent parfaitement adaptés et décide – hasard absolu !- de louer ce bien détenu par Madame Doucen Sandrine. Qui va ainsi, en dix ans, se constituer un capital de 600 000 euros sans bourse délier.

La Justice n’a rien trouvé à redire à cette opération, ce qui peut prêter à sourire. Richard Ferrand aurait pu être poursuivi pour prise illégale d’intérêt, mais, c’est ballot, les faits sont prescrits depuis 2015 et le procureur, dans sa grande mansuétude, a estimé que « les investigations menées n’ont pas mis au jour d’éléments de dissimulation avérée » ce qui aurait permis de lever le délai de prescription. Quelle malchance !

Voilà l’homme qui se proclame plus blanc que blanc. On notera au passage que cette juteuse opération immobilière a été faite avec de l’argent de mutualistes, vous savez ces salariés et retraités à la peine qui hésitent à se faire faire des lunettes ou des appareils dentaires tellement ils sont mal remboursés.

À la place de Richard Ferrand, après une telle affaire qui, même si elle a été jugée légale est incontestablement totalement immorale, on raserait les murs et on se retirerait de la politique, mais il est manifeste que les Présidents passent et que nos magiciens de la vie publique se surpassent…

Comment se nomme déjà le farceur qui, pendant les élections présidentielles, nous a fait croire à une imminente moralisation de la vie publique ?

 

Le lot de consolation offert à Nalpas

Max Brisson avait promis à son suppléant son poste au conseil départemental. Avant de se raviser et de lui proposer d’être son assistant parlementaire.

Qu’est-ce qu’on s’ennuierait si les politiques n’existaient pas !  La vie serait beaucoup moins drôle et on laisserait en route nombre de fous-rires provoqués par la façon qu’ils ont tous de faire de l’accrobranche et de tenter de masquer leurs grands écarts perpétuels sous des airs de raison, à l’image de ces gendres idéaux obligés de se coltiner leur belle-mère tous les dimanches ou de ces journalistes serviables chargés de rédiger la nécrologie, élogieuse forcément élogieuse, de gens qu’ils détestaient cordialement.

Ne ratez donc sous aucun prétexte l’article du nouveau sénateur Max Brisson, publié dans le Huffington post où notre nouvel élu explique qu’il doit « choisir entre deux mandats, entre le cœur et la raison ».

http://www.huffingtonpost.fr/max-brisson/choisir-entre-deux-mandats-entre-le-coeur-et-la-raison_a_23245730/

« Max-le-maigre » comme le surnomme l’impertinente Marquise de La Semaine du Pays basque depuis qu’il est au régime, a visiblement coché la case sport dans son programme minceur et il rame, il rame, il rame pour nous expliquer le bien-fondé de son choix. Pour un peu il nous tirerait des larmes sur son triste sort de néo-cumulard : « Le cœur fait pencher pour Biarritz, ma ville pour laquelle j’ai une réelle passion. La raison me conduit pourtant à choisir le département. » Pas étonnant après un tel déchirement que notre néo-sénateur, pour qui j’éprouve une réelle sympathie ce n’est un secret pour personne, se soit délesté en route de quelques dizaines de kilos !

Une part de vérité… Une part seulement !

Comme toujours dans les déclarations de politiques, il y a une part de vérité, et l’on ne doute pas que laisser le champ libre à Veunac sur Biarritz soit un crève-cœur pour Max. Ensuite, c’est l’histoire du verre à moitié plein ou à moitié vide. Ses détracteurs diront que comme par hasard, Max choisit le mandat rémunérateur et qu’il abandonne le mandat qui ne rapporte rien. Ses soutiens mettront en avant sa technicité et l’inquiétude de Jean-Jacques Lasserre qui trouvait le conseil départemental un peu dépourvu de pointures.

Nalpas, Durand-Purvis, Brisson, lors des élections départementales (Photo Sud Ouest)

Reste qu’en politique, et ce n’est pas Max Brisson qui dira le contraire, on parle toujours trop. Grand seigneur pendant la campagne des sénatoriales, il avait promis à son suppléant au conseil départemental, Philippe Nalpas, de lui laisser la place. Ou du moins c’est ce que ce dernier avait cru comprendre. D’où une grosse amertume du suppléant qui s’y voyait déjà en découvrant que Max allait abandonner son rôle d’opposant au conseil municipal et céder sa place au suivant sur la liste Alain Puyau. À l’idée de perdre Nalpas, embarras de Max Brisson qui n’est pas sûr de réussir à aligner deux tables de belote avec ses fidèles, avant de trouver LA solution.

«  Les nouvelles vont vite ! »

Philippe Nalpas est très surpris du coup de téléphone de Bisque, Bisque, Basque ! « Décidément, les nouvelles vont vite ! » avant de reconnaître avec franchise qu’il est en pourparlers avec Max. « Oui, j’ai eu l’occasion de dire à Max ce que je pensais et j’ai été très agréablement surpris qu’il me propose un poste d’assistant parlementaire. Je ne pouvais pas accepter un poste à plein temps, car je ne veux pas abandonner mon métier. Nous devons en parler samedi, mais on se dirige vers un mi-temps qui me convient parfaitement ».

Vrai passionné de politique, animateur de l’association Biarritz 2.0, Philippe Nalpas sera sans doute tout à fait à sa place à ce poste, même si ce côté petits arrangements entre amis peut prêter à sourire. Alors connaissant le côté bosseur de Max Brisson, ne surnommez pas Philippe Nalpas « Pénélope », car son travail d’assistant parlementaire n’aura probablement vraiment rien de fictif.

La majorité se délite et les langues se délient

Dans son article du Huffington Post, Max Brisson, au moment de s’éloigner, devient soudain très lucide sur la majorité municipale, estimant qu’elle « se délite » :

« Biarritz a souvent opté pour une gouvernance municipale ouverte mais efficace, associant des hommes et des femmes venus d’horizons différents mais en phase sur un projet de développement partagé et servi dans la cohérence.

Cette gouvernance, à laquelle j’ai eu l’honneur d’apporter ma pierre de 2001 à 2014, m’a appris l’importance du contrat municipal. Le sens du collectif, avec sa part de discipline librement consentie, c’est l’alpha et l’oméga de la réussite d’un projet municipal. Manifestement c’est ce qui manque le plus à l’équipe actuelle et explique les retards pris par tous les dossiers municipaux ainsi que l’impression d’immobilisme qui caractérise le mandat en cours et qui devra le moment venu être dépassé.

C’est fort de ce constat et de convictions chevillées au corps mais aussi de l’expérience que m’apportera mon nouveau mandat que je conserverai un regard attentif sur Biarritz qui reste la Ville où je vis et que j’entends continuer demain à servir avec passion. »

Un sacré coup sur le carafon…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (6)

Salut Manzana,

Dans les dernières minutes, le BO plie mais ne rompt pas. C’est l’Aviron qui repart avec un sacré mal de tête.

J’ai été très touché que tu prennes de mes nouvelles quand je me suis retrouvé à l’hôpital Saint-Léon en soins intensifs, mais j’ignore si les collègues t’ont raconté en détail ce qui m’est arrivé. Il y a trois semaines, quand j’ai su qu’Hubert Vindemess, celui qu’on avait déjà coffré pour trafic d’hosties frelatées et de jambon falsifié, s’était évadé de la prison de Bayonne, j’ai tenté de te joindre mais on m’a dit que tu étais en vacances. Pour moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute, cet escroc s’était planqué à Domezain chez ses copains intégristes. Félicien, notre stagiaire landais, m’a immédiatement accompagné et nous nous sommes dirigés vers l’église Saint-Jean Baptiste, persuadés que nous allions trouver notre homme en train de faire trempette dans l’eau bénite. Heureusement que j’avais demandé à Félicien de couvrir mes arrières ! Alors que je déambulais dans l’église que je croyais vide, le sinistre Vindemess, planqué dans un confessionnal, m’a cassé un manche de pioche sur la tête avant que Félicien ne réussisse à le plaquer au sol et à alerter les collègues.

Tout cela on me l’a raconté, car tu te doutes bien que je n’ai guère de souvenirs. Il paraît simplement que dans l’ambulance, je me réveillais de temps en temps pour marmonner : « Je vais rater le derby, Je vais rater le derby ».

Reste cette étonnante impression d’être au paradis entouré de gens aimables et de jeunes femmes en blouse blanche totalement aux petits soins, ce qui n’est pas toujours notre lot quotidien dans la police. En reprenant conscience, j’ai compris que j’étais à l’hôpital où, je dois le dire j’ai particulièrement été bien soigné. Pantxika a vite été rassurée par les médecins : « On n’a jamais vu quelqu’un avec la tête aussi dure. Il n’a même pas une bosse. C’est le manche de pioche qui a eu très mal » Et Pantxika de rajouter à l’intention de tous ceux qui sont venus me rendre visite : « Les médecins sont formels. On lui a fait une radio du cerveau et on n’a rien trouvé ». Des fois, je me demande si elle ne se moque pas un peu…

Tu imagines sans peine ma joie, cher Manzana, quand, au lendemain de ma sortie de l’hôpital, je me suis retrouvé à Jean-Dauger, samedi soir en compagnie de mon épouse et de mon fils adoré qui a réussi à se libérer pour le match. Ah que c’est bon de voir ce stade bourré comme un festayre le premier soir des fêtes de Bayonne et paré de bleu et blanc ! Et je ne te raconte pas mon émotion au moment du Vino griego, entonné sans retenue par 17 000 personnes à l’exception de quelques pisse-froid de Biarrots contingentés dans une aile de la tribune nord.

L’entame du match m’a totalement surpris, avec un incident sur Jané dès le premier ballon. C’était l’occasion idéale de se réchauffer les mains en balançant quelques claques aux Biarrots, mais au lieu de cela les nôtres se sont contentés de les tenir au col et de les repousser presque paisiblement. Décidément le rugby n’est plus ce qu’il était. Est-ce Berbizier qui avait insufflé cet esprit de sérieux ? La première mi-temps, comme souvent dans les derbys, a été crispée au possible. Du Plessis, qui claquait un drop d’entrée, et Bustos Moyano qui se montrait habile dans le jeu au pied, semblaient dans un bon jour, tandis que les Biarrots paraissaient quelque peu empruntés. J’ai vraiment cru que nous allions l’emporter sans trop de difficulté. Hélas, hélas, la légendaire étourderie bayonnaise allait encore frapper avec un gros cadeau défensif et un essai cadeau offert à Artru, qui permettrait aux Biarrots de prendre l’avantage juste avant la mi-temps.

Guillaume Rouet a été un poison constant pour le BO. Pour l’empêcher de courir et de marquer, un fourbe Biarrot a même trouvé le moyen de lui baisser le short sur les genoux.

Et c’est ensuite, tu as pu le constater comme moi Manzana, que les deux équipes nous ont offert une deuxième mi-temps superbe. Les Biarrots un peu plus puissants, jouant au près et guettant la faute, tandis que les Bayonnais, plus véloces, cherchaient à créer du désordre. Si mon cœur n’a pas lâché ce jour-là, il ne lâchera jamais ! Coup sur coup Lucu puis Hamdaoui nous poignardaient à la 52e et 54e minute et nous avons tous pensé dans les tribunes que la cabane était définitivement tombée sur le pottok.

Mais c’était sans compter sur la vaillance des nôtres qui nous ont fait nous dresser de nos sièges. Un essai de Tisseron au large, deux minutes plus tard, puis un exploit de notre centre qui la jouait en solitaire, ce qui est bien normal quand on s’appelle Robinson, allaient ramener les Bleus à trois points des Biarrots. Suspense insoutenable. Et par charité, je ne parlerai pas de la fourberie du Biarrot qui a baissé jusqu’aux genoux le short de Guillaume Rouet, empêchant notre malheureux demi de mêlée de courir alors que l’essai semblait imparable !

Sans se décourager, les Bleus poussent, poussent et poussent sans parvenir à franchir, payant leur déficit de puissance. Et Biarritz, pour la première fois depuis 2010, remporte enfin le derby.

Tu vas être surpris, Manzana, et sans doute attribuer cette crise d’objectivité au coup reçu sur la tête, mais le score reflète le match et la victoire des Biarrots est méritée même s’il m’en coûte de le reconnaître.

Alors que les Bayonnais quittaient le stade un peu déconfits, une grande émotion s’est emparée de moi. Finalement, si vous n’étiez pas là, les Biarrots, nous n’aurions pas la chance de vivre cet événement extraordinaire qu’est le derby et peut-être que le rugby n’aurait pas la même importance dans nos vies. Et je vous rappelle quand même pour pas que vous attrapiez bobo à vos petites têtes de Biarrots que nous menons 7 à 1 sur les huit derniers derbys disputés et que j’attends déjà le match retour avec gourmandise.

En fait, alors que suis encore obligé d’ingurgiter quelques médicaments contre le mal de tête, je partage totalement l’avis de Vincent Etcheto (Sud Ouest, 16/10) : « Je ne crois pas à la fameuse légende urbaine qui dit qu’une fois qu’on a perdu un derby, on en a pour quatre mois de mal de tête. On va prendre des Doliprane et la migraine, on va vite l’oublier ».

Je ne te raconte pas, Manzana, notre retour à la maison. Tu sais comment est Pantxika quand je vais bien. Alors depuis que les médecins lui ont dit de veiller sur moi… Lors de la sortie du stade, le moindre passant qui s’approchait à moins de trente centimètres, Pantxika était prête à lui mettre un coup d’épaule ou un croche-pied pour l’écarter. Cette fois, je ne risquais pas de rentrer à pied à Ustaritz (Lire l’épisode précédent). Et je ne te dis pas le cirque quand on s’est retrouvé devant la maison familiale. Les médecins m’ont provisoirement interdit de porter des charges importantes. Dans la voiture, j’avais un vieux Midi Olympique que je n’avais pas fini de lire. Pantxika a refusé que je le porte en disant qu’il était trop lourd et a menacé de grimper les marches qui nous conduisent à notre porte d’entrée en me portant sur les épaules si je ne l’écoutais pas. La honte devant tous les voisins !

Vivement que je retrouve la santé, tout comme l’Aviron !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Les matins chagrins de Séguin

Dans un livre touffu mais passionnant, Arnaud Teyssier dresse le portrait de l’homme qui a éclaboussé la droite de son talent.

Tous ceux qui s’intéressent à Philippe Séguin ont en tête cette image d’un enfant de six ans ployant sous les poids des médailles militaires de son père, tombé au champ d’honneur quatre ans plus tôt. Quand un jeune garçon n’a pas un père biologique ou de substitution pour le prendre par la main, fendre la foule devant lui et l’aider à entrer dans le monde des adultes, cet enfant, quelles que soient ses qualités, se cognera à vie à des conventions qui lui échappent, collectionnera les déconvenues et, étonné de se voir sans cesse devancé par un cortège de médiocres, se murera immanquablement dans une grande solitude. Quand son père est un lâche qui a fui ses responsabilités, l’enfant pourra à la rigueur s’en accommoder et, à force de résilience, s’inventer une vie où il deviendra le père vertueux qu’il n’a pas eu. Mais si par malchance suprême, le père est un authentique héros unanimement salué par tous, l’errance à vie provoquée par l’impossibilité d’égaler le modèle est garantie.

Normalien et énarque, Arnaud Teyssier a travaillé avec Philippe Séguin à l’Assemblée nationale. Mais ce n’est pas pour autant qu’il a rédigé avec ce « Philippe Séguin, le remords de la droite » une biographie autorisée, même s’il a eu accès aux archives familiales. Bluffé (qui ne le serait pas ?) devant l’intelligence, la capacité de travail et la hauteur de vue de celui qui était à l’évidence une grande pointure politique, l’auteur fouille aussi avec beaucoup de lucidité du côté de ses failles, de son perfectionnisme déconcertant souvent qualifié de mauvais caractère, ou de ses errances politiques et alliances improbables qui l’éloigneront petit à petit du pouvoir.

Ma première rencontre avec « l’ogre » Séguin date de 1986, alors que j’étais journaliste à L’Équipe. Ministre des Affaires sociales du gouvernement Chirac et maire d’Épinal (Un cumul de mandats tout à fait banal à l’époque), le fervent lecteur du quotidien sportif qu’il était, s’était étonné que le championnat du monde de pétanque organisé dans sa ville reste ignoré de la presse. La remarque était pertinente et il était logique de couvrir l’événement, mais le caractère de l’homme était déjà tellement établi que, de mots d’excuses en défections soudaines et inopinées des reporters attitrés, je m’étais retrouvé envoyé spécial d’office, sous prétexte que j’étais celui du journal qui aimait le plus la politique. Je me souviens d’échanges passionnants dans l’avion qui nous conduisit du Bourget à Épinal, d’anecdotes désopilantes sur ses débuts de reporter au Provençal et d’un dîner où je n’avais jamais vu quelqu’un capable d’engloutir de telles bouchées.  Disons-le tout net, Séguin a tout de suite compris qu’intellectuellement, face au jeune reporter que j’étais, il pouvait ne faire qu’une bouchée de moi, et il eut l’élégance de ne pas trop le montrer.

Lors de mon arrivée au Canard enchaîné en 1997, j’ai eu la surprise de voir à quel point il était apprécié d’une rédaction très majoritairement à gauche. Très en pointe pour sa ville d’Épinal, l’homme a aussi mené le combat contre le traité de Maastricht avec Charles Pasqua, mais surtout, il a été le seul avec Juppé à parier en 1995 sur Chirac quand tout le monde ne jurait que par Balladur et sa chaise à porteurs. La nomination de Juppé comme Premier ministre, la prise de conscience de la méfiance de Chirac à son égard, et l’acceptation d’une présidence de l’Assemblée nationale en guise de hochet de consolation, vont développer en lui un cruel sentiment de solitude. Dans « Le Point » du 3 février 1996, Catherine Pégard écrivait : « Les doutes et la violence mêlés de Philippe Séguin sont des territoires inconnus et incompréhensibles pour Jacques Chirac » Avant de rajouter, fine mouche : « En réalité, ce que Jacques Chirac redoute chez lui, c’est ce matériau politique de base dont il est lui-même singulièrement dépourvu et qu’on appelle les convictions » Car Séguin est un pur gaulliste qui crie au fou et à la trahison des institutions quand deux ans après son élection le Président de la République veut dissoudre l’Assemblée. Une fois de plus Séguin avait raison, mais, trop seul, trop brocardé par les petits marquis de la droite qui ne lui arrivaient pas à la cheville, il n’arrivera à se faire entendre.

L’échec à la mairie de Paris sonnera le glas d’une carrière politique qui peut donner beaucoup de remords à la droite, tant le talent de l’homme est évident.

Lors de ses obsèques, le 13 janvier 2010, un de ses rares fidèles, Jean de Boishue, traduira à merveille la complexité de son mentor : « Pour nous qui formions son premier cercle, il était, au sens propre, un maître à penser. Mais aimer Séguin était toute une affaire. J’ai toujours pensé que Philippe détestait ceux qui l’aimaient, parce qu’il ne supportait pas qu’on lui dise en face ses quatre vérités. Il ne supportait pas non plus de se regarder dans un miroir. Par lâcheté masculine ? Un peu sans doute, mais surtout parce que mieux que n’importe qui, il savait, en réalité, combien les sautes de son caractère, son laisser-aller physique et sa passivité dans certaines circonstances privaient le France de sa stature d’homme d’État. Séguin, c’était une figure unique, un mélange de Jaurès et d’Oblomov, ce héros du roman de Goncharov frappé du mal de vivre »

Non, décidément non, on ne se remet pas d’un père absent pendant l’enfance.

« Philippe Séguin, le remords de la droite », Arnaud Teyssier, éditions Perrin, 412 pages, 24 €.

Le rescapé de la menthe à l’eau

Un imprévu peut être l’occasion d’un reportage en première ligne à l’hôpital de Bayonne et d’une bien belle leçon d’humanité.

Le pépin de santé, c’est comme l’amour ou la religion, c’est intime et ça ne se raconte pas. Mais puisqu’un Assez Vilain Canardeur, surnommé AVC, a tenté de m’éteindre la lumière, autant profiter de ce reportage en première ligne pour rendre hommage aux héros et héroïnes du quotidien croisés à l’hôpital de Bayonne.

Pendant seize ans, au Canard enchaîné, mon métier a consisté à débusquer les trains qui n’arrivent pas à l’heure. Cette fois, après être devenu quelques jours spectateur de mon existence plutôt qu’acteur, j’ai pu voir en action un train qui marche. Et qui marche bien. Organisation au millimètre aux urgences comme en neurologie, informations précises données au patient et à ses proches, vraie volonté de dialogue, empathie et humanité absolue du personnel soignant. Et on dira après que notre service public ne fonctionne pas !

En immersion au cœur du réacteur

Ayant déjà eu l’occasion de faire un « reportage » du même acabit, il y a une trentaine d’années, à l’hôpital Saint-Louis à Paris, je mesure la chance que j’ai eu d’atterrir à l’hôpital de Bayonne. À Paris, j’avais été traité comme un bout de viande à l’étal d’un boucher, avec un médecin-chef qui passait dans votre chambre avec sa cour d’internes pour disserter de votre cas sans même vous saluer ou vous adresser la parole. À l’hôpital Saint-Léon de Bayonne, alors que mon cas nécessitait jour et nuit des contrôles toutes les deux heures, j’ai croisé un personnel assumant une charge de travail écrasante, mais toujours plein d’empathie et capable, même à minuit, d’avoir le mot pour rire, la blague qui donne envie de répliquer et par là même de vivre.

Mélange d’ancien et de moderne, l’hôpital Saint-Léon de Bayonne est très fonctionnel.

Des humains après avoir connu des robots en blouse blanche, voilà qui change tout et qui nécessite d’exprimer son immense gratitude ! Le reporter qui sommeillait bien malgré moi au fond du lit a guetté pendant une semaine le mouvement d’humeur de l’infirmière ou le geste d’agacement de l’interne qui allaient nuancer mon propos. J’ai cherché, cherché… et pas trouvé ! Vite, Madame la ministre de la Santé, envoyez-moi tout ce personnel médical parisien et désabusé en stage à l’hôpital de Bayonne pour qu’il retrouve les fondamentaux de son métier !

Désormais installé au centre de rééducation Les Embruns de Bidart, où là aussi je croise un personnel médical d’une rare écoute, je fais totalement mienne à propos de ma santé la devise de Churchill « Never explain, never complain ! » (Ne jamais expliquer, ne jamais se plaindre !). Mais je suis totalement conscient de la chance que j’ai de vivre dans cette région où le rire est la meilleure des réponses à tous les problèmes qui se posent. Merci à tous ceux qui m’ont adressé des messages pétillants comme l’existence, à l’image de cet ami-pêcheur : « ça t’apprendra à boire de la menthe à l’eau ! Si tu avais consommé du vin rouge comme tout le monde… » Allez, on trinque ?

Un blog au ralenti

Si je ne rêve que d’écrits encore plus incisifs et mordants que jamais, je dois faire face, dans ma chambre actuelle, à quelques contraintes techniques comme un Internet à pédales modèle fin du XXe siècle. Télécharger Sud Ouest le matin demande plus de trente minutes et l’opération n’est pas toujours couronnée de succès. Heureusement, les brèves escapades me sont autorisées et j’en profiterai pour publier quelques papiers dont vous vous moquerez éperdument mais qui sont indispensables à ma rééducation. Avant de recommencer à m’intéresser sous peu à ces si admirables homme politiques qui nous entourent…