AVC, comme Arrêtez Vos Conneries

En croyant bien faire, l’entourage amical de la victime d’un pépin de santé peut se montrer fort pesant et maladroit…

Franchement, après une semaine d’hôpital et six semaines en centre de rééducation, vous pensez véritablement que, lorsque je vous croise lors d’un de mes rares moments de liberté, la première chose que j’ai envie d’entendre est le récit détaillé du triple AVC de votre belle-mère ou celui de l’opération au cerveau de tonton Bernard ?  Et je ne vous parle pas de ceux qui faute de disposer d’un bel AVC saignant et frétillant, se rabattent sur la fistule anale de leur gardien d’immeuble ou la sonde urinaire de leur copine…

C’est une affaire entendue, que ce soit à l’hôpital de Bayonne ou au centre des Embruns à Bidart, j’ai découvert une médecine moderne et dynamique, mais surtout des professionnels remarquables, à l’écoute et attentifs à l’évolution de leur patient. Mais quel soignant va avoir la bonne idée de rédiger un guide-pratique à l’usage de tous ceux que le convalescent rencontre dans les jours qui suivent son accident de santé et qui se montrent souvent d’une maladresse crasse ? Témoignage vécu, garanti authentique.

« Tu n’as pas l’air trop diminué »

Vous arrivez et, sous prétexte de s’enquérir de votre santé, votre interlocuteur vous ausculte mentalement, vous jauge, vous évalue avant de constater, un peu dépité, « Tu n’as pas l’air trop diminué ». C’est promis, la prochaine fois, j’essaierai de m’appliquer davantage et d’arriver en fauteuil roulant, histoire de rester crédible. Et puis il y a le soupçonneux qui ne peut pas se contenter de la première impression, « J’ai bien vu que ton audition a morflé et que tu tendais l’oreille quand je t’ai parlé ». Mais non, banane, ça fait trente ans que je suis sourd comme un vieux pot !

Vient l’inévitable deuxième question quand on constate que physiquement je ne fais pas mon AVC : « Et la tête, ça va ? »  Au début, je me suis efforcé d’expliquer qu’aux Embruns, je faisais des pleins et des déliés dans des cahiers d’écriture, que je réapprenais à lire et que j’allais attaquer les multiplications et les divisions la semaine suivante, mais je me suis vite rendu-compte que pas grand monde ne percevait mon humour. Pire, certains y croyaient dur comme fer. Franchement, est-ce que je vous interroge sur votre dernière panne sexuelle, histoire que l’embarras change de camp ?

« Ta vie ne sera jamais plus comme avant »

Dans le centre de rééducation de Bidart, on croise des hommes et des femmes qui luttent chaque jour pour de dérisoires victoires, marcher avec une simple canne, faire ses premiers pas sans assistance dans un couloir, réussir comme mon copain Mario à enfin attraper le ballon de rugby avec les deux mains. Mais ces victoires qui nous rendent heureux comme un coureur qui accomplit son premier marathon, ne regardent que nous, notre famille et le personnel médical qui nous aide et encourage. Ceux qui me connaissent depuis plus de trente ans et qui se souviennent de mon long flirt avec la camarde, à l’époque de Tonton Mitterrand, me disent même « Tu es un double miraculé ». Et alors ? Je ne dois plus rire, chahuter ou raconter des vannes sous prétexte qu’effectivement je fais du rab ? Faut-il aussi que je prenne mon maillot de bain pour aller faire des longueurs dans le bénitier de l’église Sainte-Eugénie ou que, revêtu d’une robe de bure, je fasse brûler un cierge gros comme un baobab ? Par pitié épargnez-moi vos conseils et laissez-moi décider seul du chemin à suivre. Et évitez-moi le sempiternel, « Ta vie ne sera plus jamais comme avant » Elle sera mieux qu’avant, car j’ai décidé de devenir encore plus caustique, encore plus incisif, encore plus combatif… C’est bien connu, Dieu propose et l’homme dispose.

« Tu as eu peur, hein, avoue que tu as eu peur »

Chez d’autres, la maladie suscite des réactions incontrôlées ou irrationnelles. Écoutez-les attentivement et vous en saurez long sur leurs peurs profondes. « Tu as eu peur… Reconnais que tu as eu vraiment peur ». N’essayez pas d’expliquer que nous sommes des humains et que nous savons tous comment l’histoire se termine pour nous, ne racontez pas que vous vous sentiez bizarre mais serein aux urgences, prêt à franchir le pas et à accomplir le même parcours que votre père, décédé d’un AVC à 59 ans… Celui qui vous fait face ne vous écoute pas, et, tout à sa propre peur de mourir, ne croira pas un mot de ce que vous lui dites.

Alors c’est entendu, la boxe et le rugby avaient mis un joli désordre dans mes neurones qui se sont miraculeusement remis en place après l’AVC et sont plus intrépides et pétillants que jamais. Qu’on se le dise !

« C’est parfait, ça t’occupera ! »

Et puis il y a aussi tous ceux qui éprouvent soudain une immense compassion pour vous et ont une idée très précise de la rentabilisation de votre temps libre. « Tu dois te faire chier. Je t’ai envoyé une douzaine d’articles à lire et réécrire ». « J’ai une enquête super à mener sur Biarritz, je t’adresse les éléments » Sans parler de la bonne centaine de mails reçus chaque jour, tous exigeant une réponse immédiate. « Réponds-moi vite, ça fera fonctionner ton cerveau ». Ces bonnes âmes, bien décidées à me tirer du péril de l’oisiveté ne semblent pas avoir remarqué que ce blog est en quasi-déshérence, faute de temps à consacrer à une écriture personnelle, et que s’il y a une chose qui agace mes nouveaux neurones, ce sont bien les opportunistes.

Alors, si vous me croisez la prochaine fois, ne me parlez pas de vos expériences médicales ou de la façon dont je dois mener ma vie. Évoquez plutôt avec moi, le rugby, la littérature, notre inénarrable Veunac, ou ce petit producteur de vin de Bordeaux qui nous donne le sentiment de tutoyer le divin…

… Et quel est le mauvais esprit qui s’imagine que je parle du château virtuel Miller La Cerda ?

Pour ceux qui ont la mémoire courte : https://jeanyvesviollier.com/2016/10/31/le-chateau-mille-leurres-dalexandre-de-la-cerda/

2 réflexions sur “AVC, comme Arrêtez Vos Conneries

  1. Bravo Jean Yves : reste « encore plus caustique, encore plus incisif, encore plus combatif… C’est bien connu, Dieu propose et l’homme dispose. ».
    Tient-tient « DIEU » se serait-il, enfin, approché de tes brillants neurones ?
    Avec toute mon amitié et mon clin d’œil appuyé !

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