Une opposition sur-vitaminée et un maire dépassé

Pour une broutille de 7,8 millions d’euros, Veunac n’a même pas jugé bon de convoquer la commission des travaux et met l’opposition devant le fait du prince.

Efficace et combative, Maïder Arosteguy pour la première fois de sa carrière de conseillère municipale, s’est comportée en véritable opposante.

Novembre étant le mois où l’on énonce, devant le monument aux morts, le nom de nos chers disparus, l’appel des présents en entame de ce conseil municipal, est donc parfaitement conforme aux traditions : Castaignede ? Poueyts ? Ricord ? Pradier ? Vial ? Lannevere ? De Bailliencourt ? Bonnamy ? Tous disparus avec une bonne excuse, du style grippe de la palombe, rhume du cèpe ou angine du chipiron. Presque un tiers de défections au sein de la majorité (8 sur 26) quand l’opposition se présente au complet, guêtres lustrées et sabre au clair, voilà qui est révélateur du profond malaise de l’équipe qui nous dirige dans le sillage de son grand leader charismatique Veunac. L’absentéisme n’est jamais innocent.

http://ville.biarritz.fr/mairie-pratique/le-conseil-municipal/videos-deliberations/

Le contenu de ce conseil municipal s’avère pourtant hautement stratégique puisqu’il faut voter une enveloppe de 7,8 millions de travaux d’aménagements extérieurs pour L’Hôtel du Palais sans savoir qui va diriger l’établissement. Veunac se veut rassurant : « Le financement sera effectué à 100 % par la Socomix » grâce à un prêt-relais obtenu « dans de très bonnes conditions » Sauf que la Socomix est une coquille vide et qu’au final l’ardoise sera bien pour les Biarrots.

Coucou, revoici Vinci !

Est-ce l’absence de son encombrant voisin parti se prélasser sous les ors du Palais du Luxembourg qui la galvanise ? Pour la première fois depuis qu’elle fréquente ce lieu, Maïder Arosteguy va se montrer nette, tranchante et incisive et remplir pleinement son rôle d’opposante : « À la lecture des lignes que nous avons reçues, j’ai cru que nous étions revenus en 2012. Après des mois et des mois de revirements et une ardoise d’un million d’euros en frais d’études diverses et variées, j’attends que nous réfléchissions à une stratégie. Vous nous demandez de voter 7,8 millions de travaux, mais le permis n’est pas passé par la commission des travaux qui ne se réunit jamais. »

Et Maïder d’enfoncer le clou et de dénoncer des méthodes en droite ligne avec les pratiques de Borotra : « Le fonctionnement de la Ville est anormal et rend notre action très problématique. Je suis obligée de dénoncer l’incohérence de ces travaux et je m’étonne qu’ils aient été attribués à Vinci plutôt qu’à Eiffage qui fait travailler les entrepreneurs locaux. Vinci a une longue histoire avec Biarritz et on peut se demander si ce n’est pas un renvoi d’ascenseur »… Oh Maïder, comme si c’était le genre de la mairie !

Fidèle à ses habitudes, Veunac se garde bien de répondre sur le fond et déplore les remarques de l’opposante sur la dégradation de l’établissement : « Ce n’est pas dans l’intérêt de la Ville que de tenir des propos comme les vôtres. La Socomix est maîtresse de ses décisions, il ne faut pas dire n’importe quoi. Nous avançons au milieu des jugements hâtifs et non vérifiés. Il ne faut surtout pas flinguer. L’Hôtel du Palais se porte bien »

Couplet extraordinaire : selon Veunac, l’opposition ne devrait donc évoquer aucun sujet qui fâche sous prétexte que cela peut nuire à l’image de l’établissement. Quelle idée de la démocratie !

Veunac : « Vendre serait une grave erreur »

Alors que les hypothèses de vendre le fonds ou les murs sont évoquées, Domège et Darrigade sonnent à leur tour la charge.  Frédéric Domège qui s’efforce souvent de concilier les inconciliables est bien obligé de faire un constat accablant : « On arrive à quatre ans de mandat et ce projet donne l’impression de traîner, même si ces travaux sont absolument nécessaires et doivent être faits » Mais c’est Bénédicte Darrigade qui va se montrer la plus féroce sur la méthode Veunac : « Nous traînons et avons le sentiment que vous ne voulez pas envisager d’autres solutions, ce qui interdit tout débat. Je suis dépitée car vous êtes toujours ravi, tout va très bien, vous êtes très content de vous et nous ne pouvons débattre. »

Et comme pour confirmer les dires de Bénédicte Darrigade, le roi de la banalité sentencieuse, accessoirement maire de Biarritz, de conclure sans la moindre argumentation : « Je crois que ce serait une grave erreur de vendre le Palais. On a choisi une voie, cette voie nous la poursuivrons ! »

On va dans le mur, mais allons-y gaiement !

Saint-Cricq : « Nous pataugeons dans l’illégalité depuis 55 ans »

Saint-Cricq à Veunac : « Je n’aimerais pas être votre comptable ».

Jean-Benoît Saint-Cricq va se charger de ramener le débat sur le fond, même si la colère de l’opposition l’émoustille : « Je constate que la température monte dans ce conseil municipal. Sur le plan de l’exploitation, les chiffres sont bons, mais lorsqu’on a 50 millions de travaux à faire, au bas mot, on ne peut pas dire que le Palais se porte bien. Guy Petit a pris une bonne décision, il y a cinquante-cinq ans en sauvant l’Hôtel du Palais, mais cette situation de gestion municipale aurait dû être temporaire. Il n’est pas de la vocation d’une municipalité de piloter un palace. Je crains que nous ne pataugions dans l’illégalité depuis cinquante-cinq ans. La négligence de l’entretien du gros œuvre nous amène à des décisions urgentes »

Et le spécialiste du droit immobilier de pointer du doigt les failles juridiques de ce montage :

« La Socomix, locataire-gérante, va engager pour 9,5 millions de travaux TTC, ce qui pose une difficulté juridique. Si l’on se fie à l’article 555 du code civil, nous allons nous retrouver dans une situation embarrassante quand le bail va prendre fin en 2023. Je n’aimerais pas être votre comptable »

Veunac démarre au quart de tour, « Nous avons un excellent service juridique », mais se fait moucher dans la seconde par l’avocat biarrot : « Le Conseil d’État a dit en 2014, ce que valaient vos juristes à propos de la Cité de l’Océan ».

Jean-Benoît Saint-Cricq déplore ensuite le propos surréaliste du maire souhaitant qu’on ne dise pas de mal de son fleuron hôtelier.

« Cet hôtel appartient à la Ville. À quoi sert-on si on ne peut pas débattre en tant que conseillers municipaux ? Cet hôtel bénéficie de conditions de location qui ne sont pas normales, la Cour des Comptes vous l’a dit (NDLR : 370 000 euros de redevance annuelle, alors que Biarritz pourrait prétendre à 3 millions) Il faut aborder d’autre pistes, confier la cession du fonds de commerce à un groupe relève du bon sens. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs, ce que vous êtes en train de faire »

Et le grand démocrate Veunac de répondre à cette salve par une de ces formules toutes faites qu’il affectionne « Je vous remercie de vos conseils, mais on ne change pas au milieu d’un gué et on va continuer »

Lafite : « La vente? Je n’ai pas de tabou »

Heureusement Guy Lafite, étrangement serein et détaché comme s’il en avait sa claque de l’incompétence de son supérieur, comprend qu’on ne peut pas se contenter de botter en touche et va amener un peu de clarté au débat : « Je regrette que Four Seasons n’ait pas poursuivi, car c’est un très beau groupe. Ces travaux constituent une première tranche qui permet de raccourcir la deuxième (NDLR : Les travaux sur la structure du bâtiment) et de fermer moins longtemps L’Hôtel du Palais » Et mine de rien, l’habile Premier adjoint va glisser un sacré caillou dans la chaussure de Veunac : « La vente ? Je n’ai pas de tabou. Mais, à partir du moment où nous vendons, un groupe peut décider de fermer pendant l’hiver pour se concentrer sur les mois les plus rentables, ce qui met en danger le personnel. Quant au problème juridique que vous soulevez, il est réel. Avec cet emprunt, il faudra renforcer le Socomix et la logique sera d’apporter le fonds de commerce dans la corbeille de noces »

Jean-Benoît Saint-Cricq se sent rassuré : « Dit comme cela, ça va beaucoup mieux ! »

Même sa majorité ne prend plus Veunac au sérieux.

 Et à ce moment-là, l’assemblée partagée entre le rire sous cape et la consternation, entend la petite voix geignarde que sait prendre Michel Veunac quand il est dépassé : « Mais j’ai dit la même chose ! ».

« Pas du tout ! » rétorque l’avocat.

Veunac, lippe boudeuse d’enfant contrarié, tente encore de se faire entendre dans l’indifférence générale : « C’est ce que j’ai dit !», tandis que les absents de la majorité, sans doute spectateurs du conseil devant leurs écrans, doivent se féliciter de leur décision.

Allez, Michel, rendors-toi au fond de la classe à côté du radiateur. On t’appellera quand on aura besoin…

7 réflexions sur “Une opposition sur-vitaminée et un maire dépassé

  1. Merci de nous rapporter cela Jean-Yves. Ce spectacle est navrant. Ce maire ne fout rien: ni projet(s) ni vision, rien. De surcroît il risque fort de rester un an de plus si Macron décide de modifier le calendrier électoral comme Le Canard Enchainé lui en prêtait récemment l’intention.

    Le retard que prend Biarritz dans le développement de ses infrastructures vitales comme le déploiement des énergies renouvelables, la piétonisation de tout le centre, une vrai politique d’e-mobilité (vélo et mini auto en prêt pour tous) de l’aménagement de la voirie (afin de l’adapter au vieillissement de la population et aussi à la piétonisation), de l’embellissement (par ex programme d’éclairages des plus belles façades), de l’économie (en redéveloppant l’attractivité pour des congrès internationaux, internet high speed gratuit pour tous afin d’attirer les start up du fait du cadre de vie et donc de créer les emplois de demain etc….), du social, du logement…..

    C’est juste à pleurer quand on pense à la renomée mondiale de Biarritz qui devrait être une perle impeccable comme Zermatt (aucune voiture à combustion dans toute la station), Gstadd, Monaco…

    Il est temps de développer un vrai projet haut de gamme afin de tirer Biarritz vers le haut, la position qu’elle n’aurait jamais du quitter, ce qui permettra aussi de réveiller son économie, de rajeunir sa population (qui vieillit et décroit) et de donner des perspectives pour tous

    De l’ambition bordel !

  2. Pour reprendre l’argument de Paul,  » A pleurer, c’est juste…  » une technique de communication pour cet édile. Ni l’Etat ni les collectivités n’ont les capacités de gérer une affaire. Ils n’ont qu’une vision technique voire technocratique : des dépenses suivies d’impôts puis encore des dépenses et encore des impôts… et toujours pour les mêmes, bien entendu ! Biarritz mérite mieux que cela !

  3. Me voilà rassuré, le maire a dit que l’Hôtel du Palais se porte bien !
    Pourtant, comme le souligne Saint-Cricq, des travaux sont urgents et se chiffrent à la hauteur de la valeur du fonds de commerce. Mais pourquoi personne n’a rebondi sur le caractère urgent des travaux votés? Quelle est l’urgence à refaire d’abord la piscine et ses aménagements extérieurs?Soi-disant pour gagner du temps dans la phase 2 des travaux de l’intérieur de l’hôtel ? Alors certainement parce que que je suis un simple citoyen, je raisonne bêtement à l’envers de mes élus. Lorsque l’on rénove à fond un bien immobilier, par quoi commence-t-on ? Par l’intérieur ou par le jardin ? Ici à Biarritz, on commence donc par le jardin, histoire de rendre la tache plus compliquée aux travaux suivants. Ca va être rigolo de voir les ouvriers en phase 2 venir en chaussettes et avec des brosses à dents pour rénover les façades et l’intérieur du Palais pour ne pas abîmer l’extérieur !!! Bref, ça ne vas pas dans le sens de l’économie et surtout le caractère urgent me parait une vrai fausse idée.
    Alors y a t il un rapide renvoi d’ascenseur à Vinci, comme le dit Maider Arosteguy? Nous n’avons pas eu réponse avec cette vrai question et c’est dommage.
    J’ai trouvé pertinente également la remarque de Tardits qui trouve les aménagements sportifs prévus à Aguilera décevants, surtout sur la piste d’athlétisme au format XS et non homologuée. C’est bien connu là aussi, les athlètes aiment s’entraîner sur des vulgaires pistes en terre. Mais Mr Ortiz s’est alors empressé de dire que c’était le choix du BO. C’est comme le BSC qui aurait dit soi-disant selon le maire qu’une petite piscine suffit largement aux entraînements. C’est je le rappelle quand même des membres du BSC qui avaient lancé les premiers une pétition il y a quelques mois en faveur d’une piscine olympique, pétition vite étouffée à la demande du maire.
    Bref, très jolie parodie de Carla Bruni ce conseil :
    « C’est quelqu’un qui m’a dit que ……..tu mentais encore « 

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