Boissier veut moderniser la parole citoyenne

Si quelques tricheries ne faussent pas le jeu, le projet de démocratie participative concocté par ce conseiller municipal pour remplacer les conseils de quartier, pourrait être très novateur.

Drôle et pédagogue, Hervé Boissier a imaginé un projet bluffant.

Débuter son engagement politique par l’occupation de l’Odéon en mai 68 et finir comme conseiller municipal sur une liste Veunac, voilà qui relève de l’équilibrisme le plus absolu ! Mais il en faut plus pour émouvoir cet ancien responsable de l’action sociale de la CAF de Bayonne, qui a l’habitude de se battre pour ses idées et de ne pas mettre son drapeau dans sa poche. Des qualités unanimement reconnues par la majorité comme l’opposition qui apprécient ce gros bosseur habitué à traiter à fond les dossiers qu’on lui confie et à dire ce qu’il pense. Ne fait-il pas partie des rares dans la majorité à avoir voté contre la prise en charge des frais juridiques de Didier Borotra dans sa dernière affaire de prise illégale d’intérêts ?

Hervé Boissier estime que les conseils de quartier ne fonctionnaient pas très bien, « car ils n’osaient pas aller au-delà d’une certaine limite. Même s’il y avait de la bonne volonté, on était tombé dans une certaine routine et lourdeur administrative. ». D’où « la nécessité de fonctionner autrement ».

C’est Peio Claverie, chargé de la Réglementation, de l’Etat-Civil, des Conseils de quartiers et de la Vie Associative, qui aurait dû prendre en charge ce dossier, mais, précise Hervé Boissier avec un sourire malicieux, il a estimé qu’il « était trop pris » (ou qu’il y avait des coups à prendre dans cette affaire ?) et c’est donc lui, simple soldat municipal, « passionné par ce dossier » qui a hérité du bébé.

Après quelques visites à Talence, Paris ou Nanterre, quelques échanges avec Rennes ou Besançon, Hervé Boissier a pu présenter son projet lors du dernier conseil municipal, mais s’est un peu fait voler la vedette par l’affaire des écuries de Bigueyrie. Pas rancunier, il a accepté de détailler pour Bisque, Bisque, Basque ! ce qu’il envisage.

« Je suis un enfant de 68 ! »

L’ancien soixante-huitard, convaincu des vertus de la démocratie participative, veut élargir le débat et « créer une sorte d’agora » où chacun peut prendre la parole. Les six anciens conseils de quartier sont remplacés par trois conseils participatifs, Biarritz Nord, Biarritz Est, Biarritz Sud. « Le centre-ville ne sera plus traité à part comme avant » précise Hervé Boissier. Chaque habitant, en fonction de son domicile, sera membre de droit d’un conseil participatif et pourra assister à toutes les réunions. Mais la grande nouveauté réside surtout dans la désignation du bureau de chaque conseil participatif. « Il sera composé de vingt personnes : Dix futurs membres du bureau seront tirés au sort sur les listes électorales, avec la possibilité de refuser si elles ne sont pas intéressées. Un procédé qui existe dans d’autres villes et qui fonctionne très bien. » Le mauvais esprit légendaire de Bisque, Bisque, Basque ! ressurgit : « Mais n’y a-t-il pas un risque que le tirage au sort soit quelque peu orienté ? Avez-vous prévu un huissier ? » Une question qui amuse Hervé Boissier : « Je veillerai à ce que des élus de l’opposition soient présents le jour du tirage au sort ».

Quant aux anciens membres des conseils de quartier, désireux de poursuivre l’expérience, ils pourront faire acte de candidature, comme tout citoyen intéressé, et dix d’entre eux seront tirés au sort pour compléter le bureau de chaque conseil participatif. « Je suis un enfant de 68 » rappelle Hervé Boissier pour expliquer pourquoi il croit dur comme tête de CRS casqué à son projet.

Ce bureau, où personne n’aura de voix prépondérante, sera ensuite chargé de préparer pour l’assemblée plénière les propositions présentées par les membres. Ensuite, toutes les idées seront soumises à l’assemblée plénière et toutes celles qui seront ratifiées seront transmises à la mairie.

« Je ferai tout pour que ça marche »

Pour féliciter ou critiquer la mairie, les Biarrots utilisent déjà beaucoup Popvox.

Hervé Boissier ne veut surtout pas que le dialogue se limite à soixante citoyens tirés au sort, tandis que tout resterait comme avant pour les citoyens ordinaires. Depuis quelques mois, une petite application a été mise à titre expérimental à disposition des Biarrots. Popvox veut mettre fin à ce désolant spectacle de citoyens qui se plaignent d’avoir écrit à la mairie plusieurs mois avant sans n’avoir jamais reçu la moindre réponse. Le logiciel gratuit se téléchargeant très facilement (www.popvox.fr), on peut redouter à terme un embouteillage des services face à la demande citoyenne, mais pour le moment, force est de constater que les réponses sont rapides et efficaces et qu’il est plus simple d’envoyer sur son téléphone ou ordinateur un message à la mairie plutôt que de se rendre sur place sans garantie d’avoir un interlocuteur. Ce dispositif, va être mis en avant et les Biarrots incités à s’en emparer.

« Je démissionnerai si nécessaire »

Hervé Boissier estime que « Biarritz est une ville qui attire une population très variée et qu’il serait dommage de ne pas utiliser l’expertise de ces usagers ». Sur le stationnement, le développement touristique, les incivilités, le conseiller municipal verrait bien se créer des « commissions thématiques » qui seraient composées pour moitié de citoyens ayant des connaissances pointues sur un sujet et pour l’autre moitié d’élus et de fonctionnaires municipaux. « J’insiste pour que mes collègues me proposent des thématiques qu’ils souhaitent voir traitées » Difficile de dire si les élus vont être enthousiasmés par ce partage de leurs prérogatives, mais il est évident qu’une association comme Biarritz 2.0, très présente sur la question du quotidien des Biarrots va se saisir de cette proposition.

Et notre homme, qui a visiblement longuement réfléchi à son affaire, a encore des cartes à sortir de sa manche avec le « Budget participatif », un dispositif auquel il croit particulièrement, puisque les citoyens auront la possibilité de disposer d’un « budget d’investissement pour créer quelque chose d’utile à tous les Biarrots ». À l’aide de « Biarritz-Magazine » et des outils de communication à disposition de la Ville, un appel à projets sera fait pour améliorer le quotidien des Biarrots. Ces projets seront analysés et budgétisés et ce sont in fine les Biarrots qui se prononceront en votant. « Les conseils de quartier coûtent actuellement 15 000 euros à la Ville. À Talence, une ville qui fait le double de notre population, on consacre 300 000 euros à ce budget participatif. Ce n’est pas à moi de décider du montant qui sera alloué, mais il faut une enveloppe conséquente pour que ce ne soit pas de la cosmétique ». Par exemple, on rajoute un zéro à l’ancien budget des conseils de quartier ? Hervé Boissier sourit en silence, conscient de la situation tendue des Finances de Biarritz.

Hervé Boissier sait que la route est encore longue pour son projet, puisque trois adjoints vont être chargés de l’aider à la mise en place : Édouard Chazouillères et Stéphanie Ricord, avec qui il s’entend très bien et Patrick Destizon qui n’est peut-être pas le plus moderne de tous les adjoints. Mais l’ancien révolutionnaire Boissier est prêt à jeter un pavé dans la mare si ça ne se passe pas bien : « Je ne suis pas là pour faire une carrière politique et de toute façon, je m’arrête en 2020. Dialoguer est normal, mais si je vois qu’on me met des bâtons dans les roues, je démissionnerai immédiatement ».

Ce serait vraiment dommage, car Bisque, Bisque, Basque !  qui a assez rarement l’occasion de saluer le travail de la majorité municipale, est plutôt favorablement impressionné par la dimension de ce projet très cohérent que notre bon Rabelais aurait même qualifié de « totalement épastrouillant ». Et dire que certains réactionnaires continuent à croire que mai 68 n’a fabriqué que des inutiles !

Le rôle important de Michel Veunac

Chassez le sociologue, et il revient au grand galop revêtu de son écharpe tricolore ! Bisque, Bisque, Basque !  s’est suffisamment permis de critiquer l’action de la majorité municipale pour saluer sans états d’âme les trop rares bonnes initiatives de la mairie, comme celle en 2014 de filmer les débats municipaux ou celle en 2017 de faire évoluer les conseils de quartier. (Bisque, Bisque, Basque ! ne fera pas la liste des ratés et indécisions de la mairie, car ce serait trop long).

À l’évidence, l’expression démocratie participative fait sens pour Michel Veunac. Le maire de Biarritz a suivi avec intérêt les travaux d’Hervé Boissier et beaucoup échangé avec lui. De la même façon, il s’est montré très intéressé par l’idée d’un budget participatif. Si les quelques ringards de sa majorité, grands pourfendeurs de réseaux sociaux, ne réussissent pas à édulcorer ce beau projet, si les citoyens s’emparent des outils qui vont leur être proposés, voilà une évolution qui pourrait faire date.

L’indéférence plutôt que l’indifférence…

Heureuse année 2018 avec le plein d’humour, de dérision et d’impertinence.

Bisque, Bisque, Basque ! est formel : l’excès d’impertinence ne nuit nullement à la santé. Seule la vigilance citoyenne, face à des politiques bien décidés à continuer leurs petits coups en douce, (N’est-ce pas Vincent Bru ? N’est-ce pas Florence Lasserre ? N’est-ce pas Odile de Coral ou Michel Veunac ?) permettra de faire évoluer les mentalités.

Pour que 2018 soit une année heureuse, une seule solution : pratiquez l’indéférence plutôt que l’indifférence !