Retour sur un enfumage total

Lors de la délibération du 20 décembre sur le stationnement, Veunac ne parle ni de Streeteo ni du coût de l’opération, soit 1,5 million d’euros sur deux ans. Du grand art !

Veunac a mis 1 384 637 euros sur la table pour un contrat de deux ans avec Streeteo. Mais il s’est bien gardé d’évoquer la somme ou le nom de la société en plein conseil municipal.

Veunac plus fort que Chirac ! Si l’ancien président du RPR était surnommé « Monsieur dix minutes, douche comprise » par son bataillon de secrétaires, qui ne pratiquaient le « balancetonporc » qu’auprès de quelques journalistes amis, le maire de Biarritz, qui a dû être apiculteur dans une vie antérieure pour être ainsi devenu le roi des enfumeurs, a réussi en huit minutes, vote à l’unanimité compris, à faire avaliser à l’équipe municipale un plan de stationnement absurde et ruineux. En se gardant bien de donner aux intéressés la moindre information susceptible de leur permettre de comprendre les enjeux de la partie qui se jouait.

Chacun pourra vérifier cette affirmation, puisque le conseil municipal du 20 décembre dernier est toujours à portée de clic et que tout se joue entre 3h26’ et 3h34’.

https://www.youtube.com/watch?v=nRZiXE9WEa0

L’objectivité oblige à reconnaître que, contrairement à l’ancien Président de la République qui avait l’effusion sommaire et le reculottage rapide, notre Michel Veunac, que le monde entier nous envie, a soigné quelque peu les préliminaires en amusant la galerie sur l’extension de la zone de stationnement de 3h09’ à 3h25’. Seize minutes de câlinothérapie municipale où Peio Claverie explique recevoir de nombreuses lettres de Biarrots souhaitant que leur quartier devienne payant (sic !) pour éviter les voitures-ventouses tandis que Jean-Benoît Saint Cricq exprime haut et fort son étonnement et pronostique (à juste titre) un mouvement de colère. Sur cette délibération, l’opposition votera contre et Hervé Boissier s’abstiendra.

Une présentation elliptique, voire mensongère

Mais le grand numéro de virtuose commence ensuite. Il faut d’abord se souvenir du contexte de ce conseil municipal très particulier du 20 décembre. Après des semaines de tohu-bohu sur la vente des écuries de Bigueyrie, Veunac décide de retirer de la vente le terrain litigieux. Ce qui permet à l’opposition de s’en donner à cœur joie et à la majorité d’affirmer qu’elle est plus unie que jamais derrière son maire. Défense de rire !

Peio Claverie milite pour des parcmètres « intelligents et modernes ». Tout comme lui…

La délibération 22, intitulée « Dépénalisation du stationnement payant sur voirie : autorisation de signature des conventions de mandat et convention pour la gestion des forfaits post stationnement » arrive au bout de 3h30’ de conseil. Tout le monde ne pense plus qu’à l’imminente pause-pipi ou aux vacances prochaines, ce qui va permettre à Mimi l’embrouille ce numéro de haute-voltige, avec la complicité du faire-valoir Claverie. « L’Abertzalo », comme le surnomme ses copains indépendantistes, prévient tout de suite le conseil que « le dossier est très technique et pas très sexy ». Il poursuit ensuite son numéro de clown blanc en interpellant Madame Pradier, qui a l’impudence de bavarder avec sa voisine pendant que le grand homme intervient, avant de conclure, avec un culot phénoménal « J’appelle à un peu plus de vigilance » Sûr que si on avait expliqué aux conseillers que la Ville s’apprêtait à claquer 1,5 millions d’euros pour un contrat de deux ans, le silence se serait fait dans les rangs ! L’inénarrable Claverie se contente d’évoquer pour ces amendes une « sécurité pour le citoyen avec des horodateurs intelligents et modernes », tandis que Veunac, patelin, explique ensuite que dans « les 60 horodateurs de la Ville des éléments nouveaux vont être intégrés »

Le trio infernal Veunac-Lafite-Claverie, qui a fomenté ce complot parle au conseil municipal d’Indigo, une société bien connue à Biarritz, sans jamais prononcer le nom de Streeteo qui aurait fait sursauter nombre d’observateurs. De la même façon, Veunac évoque les 200 000 euros investis pour mettre à niveau les parcmètres. Mais ce grand pudique oublie juste de dire qu’il a mis en plus 1 384 637 euros sur la table en signant un contrat de deux ans avec la société qui balance des prunes plus vite que son ombre. Qui va croire à une maladresse ou une étourderie du maire face à ces omissions délibérées ?

Et le 15 février, lorsque le conseil approuve le procès-verbal, même silence pudique sur les sommes engagées. Du grand art, on vous dit, qui a permis de duper des conseillers municipaux aussi aguerris que Jean-Benoît Saint-Cricq, Frédéric Domège ou Maïder Arosteguy, qui auraient réagi tout à fait autrement si on s’était donné la peine de leur communiquer un minimum d’informations sur ce dossier.

L’Agglo fait silence radio

La majorité municipale n’a pas eu droit elle non plus au moindre éclaircissement sur le sujet, comme Bisque, Bisque, Basque ! l’a écrit il y a deux jours. Ce qui est bien dommage, car il se serait trouvé certainement un petit malin qui aurait joué de la calculette. Pour rentabiliser les 750 000 euros versés chaque année, il faut dresser annuellement 37500 procès-verbaux à 20 euros. Certes, les automobilistes, quand la prune atterrit sous l’essuie-glace beaucoup plus vite que le ticket ne sort de l’horodateur, ont tendance à mettre un peu plus d’argent dans le parcmètre qu’auparavant, ce qui enrichit la Ville. Mais avant d’atteindre cette somme…

https://jeanyvesviollier.com/2018/03/04/ces-adjoints-qui-decident-les-yeux-bandes/

Comme la plus grande partie du Forfait Post Stationnement (FPS) est récupérée par l’Agglo, partons de l’hypothèse, sans doute hautement optimiste, où 10 euros reviendraient à la Ville. Ce sont alors plus de 70 000 contraventions qu’il faut dresser pour équilibrer les comptes. Une folie totale dans un village comme Biarritz.

Bisque, Bisque, Basque ! ne peut se montrer guère plus précis sur les chiffres, car, comme tous les élus de la majorité, qui ont dû faire confiance et voter pour un projet sans que le moindre élément de réflexion ne leur soit communiqué, ce blog s’est heurté à un parcmètre en béton armé lorsqu’il a voulu savoir comment s’effectuait la répartition des FPS entre l’Agglo et la Ville.

Interrogée le 21 février à 15h17, et malgré des relances tous les deux jours, l’Agglo opte pour le silence radio, avant de m’annoncer hier par téléphone qu’elle « ne souhaite pas communiquer sur le sujet » Une telle opacité est-elle vraiment normale dans une démocratie ?

Un choix économique aberrant

Je vais encore me faire quelques copains du côté des membres de l’association Ramdam 64-40, mais il n’est rien de pire qu’un énarque qui se met en tête de vendre des congélateurs à des esquimaux. Lorsque les élus tentent de questionner le Mozart des Finances Guy Lafite sur cette nouvelle politique de stationnement, l’adjoint sentencieux coupe court à la conversation d’un péremptoire : « On a trouvé un modèle économique ». Avant de rajouter, les jours de loquacité extrême « Et moins on en parle, mieux ce sera ». On le sait, Streeteo a promis une pluie d’or qui va se déverser sur les villes, ce qui explique son implantation étonnamment rapide dans des grandes métropoles comme Paris où Strasbourg. On le sait aussi, la société essuie un déluge de protestations pour son système informatique qui ne marche pas bien et doit subir des démissions en cascade (17 départs à Strasbourg, la semaine dernière). Et l’on finit par se demander, tant les chiffres restent improbables et le modèle économique incertain au vu des dégâts qu’il fait dans les villes, si le trio infernal Veunac-Lafite-Claverie, n’a pas mordu un peu vite à l’appât qui lui était tendu.

La très modérée Association des Maires de France a multiplié les notes sur la nouvelle réglementation du stationnement. Elle rappelle que des Agents de Surveillance de la Voie Publique (ASVP) et les policiers municipaux peuvent remplir ce rôle tout aussi bien que des agents salariés d’un prestataire.

 

Un rapide calcul laisse un peu songeur sur « le modèle économique » dont se gargarise Lafite. L’actuelle brigade Streeteo sur Biarritz se compose de deux salariés touchant le salaire minimum et d’un cadre à environ 1500 euros par mois. Trois vacataires sont prévus en renfort pendant les quatre mois estivaux, soit l’équivalent d’un poste annuel. Avec les charges patronales, la masse salariale se situe donc nettement au-dessous des 150 000 euros annuels. Difficile de croire que les 600 000 euros d’écart avec l’option Streeteo, se justifient par la quincaillerie défaillante fournie par le prestataire ou par les frais d’écriture pour ceux qui « oublient » de payer.

À Biarritz, on pouvait donc faire beaucoup mieux pour beaucoup moins cher.

Anecdote qui fera sans doute rire jaune les futurs verbalisés, à Paris, les Streeteo se surnomment entre eux « les pouces magiques » et affirment être capables de verbaliser en quatorze secondes. Mais contrairement à des policiers municipaux qui tout en verbalisant font au quotidien un travail de quadrillage, d’information et de prévention, signalement d’un dépôt d’ordures illicites ou d’un SDF en difficulté, les cow-boys de Streeteo, pour certains ex-fichiers S, fumeurs de shit ou inconnus au fichier des permis de conduire, n’amènent rien en dehors du matraquage des automobilistes.

Alors que Veunac, dépassé par la fronde qu’il a lui-même provoquée, lâche du lest avec les commerçants et les salariés travaillant à plein temps sur Biarritz, n’importe quel observateur de la vie publique, au vu des éléments de réponse collectés et du coût de l’opération, est bien obligé de se poser les deux seules questions qui vaillent dans ce dosser traité une fois de plus avec une opacité magnifique : Pourquoi cette présentation totalement fallacieuse en plein conseil municipal ? À qui profite le crime ?

À coup sûr pas aux Biarrots !

3 réflexions sur “Retour sur un enfumage total

  1. Qui devons nous blâmer le plus : Veunac qui propose un système opaque, couteux, mal fichu ? et / ou les conseillers municipaux qui le votent ?

    Perso je penche clairement pour la seconde catégorie Jean-Yves.

    On peut avoir un « mad king » aux manettes (rien ne garantit jamais qu’un élu soit bon, honnête, travailleur etc) mais alors c’est au Conseil Municipal de prendre ses responsabilités et de REFUSER DE VOTER ce que le Maire propose ou mieux – si il se trouve face à un élu qui agit afin de les enfumer – les conseillers municipaux doivent avoir le courage de DÉMISSIONNER comme l’éthique et la morale (oui LipoLibéral je sais ces mots ne font pas partie de votre vocabulaire) l’exigeraient de personnes qui se disent vouloir agir pour le bien commun.

  2. Pour gagner du temps à défaut d’argent en payant consciencieusement mon parcmètre, j’ai téléchargé l’application OPnGO récemment vu les circonstances…
    Cependant, de passage à Bayonne la semaine dernière, j’ai constaté que la ville n’utilisait pas la même application…
    Conscient des rivalités entre les 2 villes sur le sport, je pensais pas que cela allait aussi pour le stationnement : quelle usine à gaz !

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