Ciao ! Et à bientôt peut-être…

Lassé de publier des informations qui ne sont pas reprises, agacé de la pusillanimité permanente des élus et des médias locaux, Bisque, Bisque, Basque ! s’offre une pause.

Le bonjour du kospei« Il n’est de si bonne compagnie qui ne finisse par se quitter » affirme le proverbe. En mettant en ligne, le 13 août 2013, « Le bonjour du Kospei », Bisque, Bisque, Basque ! n’imaginait pas se lancer dans une aventure de cinq ans, avec 539 articles publiés, 3414 abonnés et plus de 10 000 lecteurs uniques à chaque article publié.

Aucune gloriole à retirer de ce parcours qui m’a beaucoup amusé, même s’il m’a pris une bonne vingtaine d’heures chaque semaine, car une grande part du succès de ce blog est due à l’absence totale -et délibérée ! – de modèle économique.

UNE INFORMATION LIBRE ET CITOYENNE

Les faux nez de la liste FNEn quittant Le Canard enchaîné en 2012, je m’étais juré de ne plus être acteur de l’information et de me contenter de lire les confrères. Ce que j’ai fait consciencieusement avant de découvrir qu’au Pays basque certaines histoires, connues des milieux politiques et journalistiques, n’étaient jamais traitées par les médias locaux ou de façon si diaphane et édulcorée qu’elles en devenaient indéchiffrables pour le lecteur moyen.

D’où la naissance de Bisque Bisque Basque ! qui s’est très vite intéressé à la vie locale avec la volonté de raconter des histoires vraies et de faire rire. Les articles s’accumulant, la très prévisible question de savoir pour qui je roulais et quel but je poursuivais est devenue récurrente.

Brisson concède avoir merdéCinq ans plus tard, vous avez enfin compris que je suis libre et ingérable et que je n’écris pas dans l’optique d’une négociation quelconque ou d’un avantage à retirer. Retraité, je n’ai besoin de rien et si la vie publique me passionne, la politique à titre personnel ne m’intéresse pas.

Mais, face à l’écroulement économique des médias locaux, qui ne survivent que grâce aux aides publiques et aux encarts publicitaires, et se retrouvent dans l’impossibilité de lutter face aux petits potentats locaux, il m’a semblé intéressant de délivrer gratuitement une information citoyenne qui permette à chacun de sortir du prêt-à-penser.

 LA SOLITUDE DU BLOGUEUR DE FOND

Les borotra ces grands pudiquesDes acrobaties de Didier Borotra, lors de son mandat de trop au sournois coup de main donné à la liste du Front national par Michel Veunac en 2014, de l’éviction de Géronimo du BO à l’affaire des terrains prétendument non-constructibles des écuries de Bigueyrie, des mensonges de Max Brisson bloqué par la neige à Bayonne au moment des régionales à ceux de Claverie inventant des directives de l’Éducation nationale, Bisque Bisque Basque !  s’est efforcé de vous faire rire des charmants travers de nos politiques et de dénoncer tous les manquements aux règles de la vie publique. Certains papiers d’humeur n’ont exigé que quelques heures, mais d’autres ont nécessité de longues enquêtes et de minutieuses vérifications. Dans ces moments-là, j’ai pu vérifier, contrairement à l’idée couramment admise, à quel point le journalisme est un sport collectif et non individuel.

Tout au long de ma carrière, mes rapports avec ma hiérarchie n’ont jamais été simples, mais quel confort de pouvoir discuter avec d’autres, qu’ils soient rédacteurs en chef ou avocats, des papiers qu’on s’apprête à publier et que c’est lassant d’être toujours d’accord avec soi-même quand on évolue dans une rédaction… d’une seule personne !

 HÉROS ANONYMES ET MERVEILLEUX

GéronimoBisque, Bisque, Basque ! m’a permis de faire des rencontres exceptionnelles, comme celle de Robert Rabagny, qui restera un ami à vie. J’ai pu aussi découvrir la solidité d’un Jean-Benoît Saint-Cricq, tellement loin de l’idée que s’en fait le grand public, ou l’épaisseur personnelle de candidats potentiels comme Édouard Chazouillères, François Amigorena ou Jacques-André Schneck. Je n’ai aucune animosité personnelle contre Michel Veunac mais demeure convaincu qu’il est une catastrophe à son poste.

Pendant ces cinq années passées à fouiller un peu partout pour comprendre ce qui se passe, il y a eu aussi 2310 commentaires, chaleureux pour la plupart. Ti-Grolasson, Rico, Paul Bismuth, ou Rienquelavérité sont devenus des compagnons de pensée, même si je ne les ai pas tous rencontrés. Et puis il y a aussi tous ces héros anonymes, scandalisés par ce qu’ils voient passer dans le cadre de leurs fonctions, et qui décident un jour, en me confiant des documents, de faire émerger des ténèbres une vérité qui dérange les copains et coquins qui nous dirigent. Je ne peux pas en raconter plus, mais qu’ils sachent l’estime en laquelle je les tiens, car c’est un devoir républicain, de ne pas couvrir les turpitudes de nos élus.

VIEILLES FAMILLES BIARROTES ET GRANDS LÂCHES

Le gros bobard de ClaverieChaque médaille ayant son revers, il y aussi ceux qui se sont déchaînés à mon encontre sur les réseaux sociaux, oubliant que je ne jouais jamais aussi bien au rugby que lorsque le public me sifflait. Par exemple ce journaliste trentenaire, se présentant sur Facebook tantôt comme journaliste, tantôt comme intermittent du spectacle, ce qui est à peu près aussi cohérent qu’un boucher-cordonnier, écrit « qu’il n’ose pas dire qu’il est journaliste à cause de gens comme moi ». Je lui ai proposé en message privé de partager une bière pour s’expliquer, mais j’attends toujours. Ou cette enseignante, à l’esprit prétendument ouvert puisqu’enseignante, qui estime que « ça ne devait pas être triste dans l’école de journalisme où j’enseignais ». Madame, vous devriez essayer d’apprendre à vos chères têtes blondes l’impertinence plutôt que le conformisme, c’est tellement plus intéressant.

Et puis enfin l’argument qui est censé mettre fin au débat dans l’esprit de mes détracteurs, tous « issus d’une vielle famille biarrote » Comme si le fait d’être Charentais d’origine et d’avoir un peu bourlingué avant de me poser depuis quinze ans à Biarritz me rendait illégitime pour parler de la vie locale. Curieuse conception de la démocratie !

LA DÉFAILLANCE DES ÉLUS ET DES MÉDIAS LOCAUX

Veunac tente de noyer le canassonToutes ces controverses me font plutôt sourire, comme ces marrons échangés autrefois entre joueurs de rugby qui n’empêchaient pas l’amitié. Mais imaginez une seconde avec moi un chercheur d’or penché avec son tamis sur une rivière contenant de précieuses pépites mais ignorant que l’or n’intéresse plus personne dans le monde et ne vaut plus rien. Je considère que Bisque, Bisque, Basque ! effectue localement un travail de lanceur d’alerte, un terme souvent galvaudé mais qui me paraît correspondre à ce qui a été publié. Mais quel est l’intérêt de chercher la pépite informative, de courir des risques réels entre le cassage de gueule qu’on m’a promis à plusieurs reprises et les menaces de procès, si tout le monde détourne pudiquement la tête, une fois l’information sortie de sa gangue, parce que « tu comprends, la nièce du cousin de ma belle-sœur travaille à la mairie et je ne peux rien faire » ?

Lorsque j’ai porté plainte contre Didier Borotra et sa fille pour prise illégale d’intérêt, je savais parfaitement que je ne pouvais pas être partie civile. Mon avocat a proposé de défendre gratuitement l’élu, le citoyen ou l’association qui prendrait mon relais. J’ai frappé à toutes les portes, mais curieusement, tout le monde avait piscine ou pottok ce jour-là. Même chose pour les écuries de Bigueyrie où il y avait matière à ouvrir une enquête policière. Et que dire de Sud Ouest qui, ces dernières semaines, en savait bien plus que moi sur le BO, qui avait toutes les pièces, mais s’est bien gardé de publier quoique ce soit sur le sujet… ni même de reprendre ce que j’avais écrit. Dans ces conditions, c’est vrai, Bisque, Bisque, Basque ! ne m’amuse plus beaucoup. En bon talonneur, j’ai horreur d’aller au combat tout seul.

LIBRE DE FAIRE OU NE PAS FAIRE…

J’ai donc décidé d’arrêter ce blog pour l’instant en attendant que le désir revienne. J’ai quelques livres personnels à finir, le besoin de consacrer plus de temps à ma famille, l’envie de remettre au goût du jour le vieil adage soixante-huitard : « On arrête tout et on réfléchit ». Il y a aussi, cette prometteuse association crée en décembre dernier et intitulée « RamDam 64-40 » où l’on travaille en groupe et qui mérite un peu de disponibilité. En partageant nos savoirs, en nous donnant mutuellement des cours de finance publique, d’urbanisme ou d’observation des réseaux sociaux, nous voulons devenir une efficace école de lanceurs d’alerte.

Mais surtout que la bande à Veunac, apprenant l’arrêt provisoire de Bisque, Bisque, Basque! ne sorte pas le champagne prématurément, que ceux qui m’ont menacé d’un procès ne croient pas qu’ils m’ont fait caler. Libre je suis, libre je resterai. Et s’il faut présenter à la barre les documents qui authentifient mes dires, j’irai avec plaisir. S’il faut reprendre la plume pour ferrailler ou dénoncer de nouvelles turpitudes, je le ferai avec tout autant de plaisir.

J’espère juste vous avoir donné envie de lire autrement l’actualité, donné envie de vous lancer à votre tour. Publier des informations vraies n’est pas si compliqué que cela : il suffit d’observer et d’écouter et surtout de n’être lié ni économiquement ni affectivement à aucun groupe de pression. Et ensuite d’avoir le souci jusqu’à l’obsession de raconter une histoire vraie et non une histoire qui serve vos intérêts du moment.

Tout cela va être passionnant à observer et je me réjouis de retrouver l’anonymat, de redevenir spectateur et non acteur… Merci à tous ceux qui m’ont lu et à bientôt peut-être.

L’Équipe ne manque pas de toupet

Publier le numéro célébrant le sacre des Bleus en 1998, quand on sait ce qui s’est passé avant, il fallait oser !
Une Equipe 1998

Le numéro daté du 13 juillet où le directeur de l’époque, Jérôme Bureau, bat sa coulpe.

David Garcia, dans « La face cachée de L’Équipe » a très bien raconté l’atmosphère qui régnait au sein de la rédaction en ce dimanche 12 juillet 1998, alors que la France venait de remporter pour la première fois de son histoire la Coupe du Monde de football : joie soigneusement dissimulée des journalistes, pour la plupart authentiques amoureux du sport, et ambiance de crise du côté de la rédaction en chef où tous affichent des têtes d’enterrement. Le quotidien sportif a tapé pendant deux ans sur Jacquet, avec des titres d’éditoriaux comme « Mourir d’Aimé » ou « Le retour des nuls ». Pire, le sélectionneur a été attaqué sur son physique et sur son accent forézien, suite à des consignes orales du service marketing dès 1996, Jacquet n’étant jugé par le grand manitou de l’époque Paul Roussel ni « sexy » ni « vendeur ». Docile, le directeur de la rédaction Jérôme Bureau avait donc estimé que « Jacquet n’était pas l’homme de la situation », « un brave type qui émet des soupirs » mais pas « un leader qui donne un vrai souffle ».

Les amoureux du foot se souviennent sans doute d’Aimé Jacquet s’emparant du micro, dès le coup de sifflet final pour affirmer : « Jamais je ne pardonnerai ! », ajoutant même à destination de son entourage : « Je n’ai jamais frappé personne, mais un jour je cognerai Ejnès », le porte-plume de service, auteur des éditoriaux vengeurs. Ce soir-là, Jérôme Bureau, proposera sa démission, refusée pour ne pas donner l’impression de céder aux diktats des vainqueurs, mais acceptée peu après. Et Ejnès croupira longtemps dans un de ces placards dorés que les rédactions savent inventer.

La vérité oblige à dire, vingt ans après, que Jacquet a tenu parole malgré toutes les tentatives de réconciliation opérées par des amis des deux camps. « Les vainqueurs réécrivent toujours l’histoire » constatait il y a peu un politique local à propos du Biarritz Olympique (Un jour peut-être, les langues se délieront et les supporters comprendront à quel point ils se sont faits promener !) Et les vaincus tentent de faire oublier leurs erreurs par un excès de zèle.

S’il y a un journal qui aurait dû faire discret sur le mondial 1998, c’est bien L’Équipe. Au lieu de cela, le quotidien réédite son numéro de lendemain de victoire, en augmentant son prix habituel de 70 centimes. Toute honte bue.