L’Équipe ne manque pas de toupet

Publier le numéro célébrant le sacre des Bleus en 1998, quand on sait ce qui s’est passé avant, il fallait oser !
Une Equipe 1998

Le numéro daté du 13 juillet où le directeur de l’époque, Jérôme Bureau, bat sa coulpe.

David Garcia, dans « La face cachée de L’Équipe » a très bien raconté l’atmosphère qui régnait au sein de la rédaction en ce dimanche 12 juillet 1998, alors que la France venait de remporter pour la première fois de son histoire la Coupe du Monde de football : joie soigneusement dissimulée des journalistes, pour la plupart authentiques amoureux du sport, et ambiance de crise du côté de la rédaction en chef où tous affichent des têtes d’enterrement. Le quotidien sportif a tapé pendant deux ans sur Jacquet, avec des titres d’éditoriaux comme « Mourir d’Aimé » ou « Le retour des nuls ». Pire, le sélectionneur a été attaqué sur son physique et sur son accent forézien, suite à des consignes orales du service marketing dès 1996, Jacquet n’étant jugé par le grand manitou de l’époque Paul Roussel ni « sexy » ni « vendeur ». Docile, le directeur de la rédaction Jérôme Bureau avait donc estimé que « Jacquet n’était pas l’homme de la situation », « un brave type qui émet des soupirs » mais pas « un leader qui donne un vrai souffle ».

Les amoureux du foot se souviennent sans doute d’Aimé Jacquet s’emparant du micro, dès le coup de sifflet final pour affirmer : « Jamais je ne pardonnerai ! », ajoutant même à destination de son entourage : « Je n’ai jamais frappé personne, mais un jour je cognerai Ejnès », le porte-plume de service, auteur des éditoriaux vengeurs. Ce soir-là, Jérôme Bureau, proposera sa démission, refusée pour ne pas donner l’impression de céder aux diktats des vainqueurs, mais acceptée peu après. Et Ejnès croupira longtemps dans un de ces placards dorés que les rédactions savent inventer.

La vérité oblige à dire, vingt ans après, que Jacquet a tenu parole malgré toutes les tentatives de réconciliation opérées par des amis des deux camps. « Les vainqueurs réécrivent toujours l’histoire » constatait il y a peu un politique local à propos du Biarritz Olympique (Un jour peut-être, les langues se délieront et les supporters comprendront à quel point ils se sont faits promener !) Et les vaincus tentent de faire oublier leurs erreurs par un excès de zèle.

S’il y a un journal qui aurait dû faire discret sur le mondial 1998, c’est bien L’Équipe. Au lieu de cela, le quotidien réédite son numéro de lendemain de victoire, en augmentant son prix habituel de 70 centimes. Toute honte bue.

 

3 réflexions sur “L’Équipe ne manque pas de toupet

  1. ya bon le sport et tout l’argent qui tourne autour Jean-Yves (grand sentimental que tu es ;o)

    Mémé Jacquet a eu le triomphe modeste et contrairement à nombre de chèvres qui se font inspecteurs des travaux finis ou commentateurs sans compétences, lui il a fait le job.

    Quant au BO de voir que tu aies du suspendre l’écriture sur ce sujet de faits de la violence des attaques est hallucinant en démocratie en 2018 et en dit long sur le caractère malsain de ce milieu.

    • L’argent corrompt tout. Heureusement qu’il reste encore des journalistes intègres qui mouillent et leur chemise et leur plume. Continuez. Merci

  2. Mes consignes de repos n’ont pas suffi pour calmer la «bête» je te reconnais bien là
    Bravo pour ce coup de gueule envers ceux qui ont la mémoire courte
    Amicalement
    Dominique

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