La faute de goût de Brisson

Des Biarrots ont reçu une lettre à en-tête du Sénat contenant un bilan à mi-mandat des conseillers départementaux Max Brisson et Maïder Arosteguy. Étourderie ou petite filouterie ?

Ce n’est pas l’affaire du siècle, mais au moment où le conseil municipal de Biarritz se fracture en deux, avec d’un côté les pratiquants de la politique à l’ancienne spécialistes des alliances improbables et des retournements de veste, contre de plus jeunes élus de la majorité et de l’opposition qui aspirent à une réelle moralisation de la vie publique, l’histoire fait un peu désordre.

Fin juin, plusieurs Biarrots ont la surprise de recevoir dans leur boîte à lettres une enveloppe à en-tête du Sénat, ce qui n’arrive pas tous les jours vous en conviendrez.

À l’intérieur, sur papier officiel du Sénat, un court message de Max Brisson, sénateur des Pyrénées-Atlantiques, et une « newsletter » intitulée « Le point à mi-mandat », où l’ex vice-président du conseil départemental détaille son action, évidemment époustouflante comme le veut la loi du genre, avec son binôme Maïder Arosteguy.

Et voyez comme les contribuables sont grognons de nos jours ! Au lieu de se réjouir de l’honneur qui leur est fait, ces impudents ont le culot d’adresser cet envoi à Bisque, Bisque, Basque ! en protestant contre cette utilisation de l’argent public.

Brisson : « Aucun envoi en nombre, juste un reliquat »

Interrogé sur le sujet, le sénateur des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson, dément catégoriquement un envoi en nombre : « Aucun tirage en grand nombre de ce document n’a été fait. La diffusion s’est faite essentiellement par courriel auprès de fichiers militants, sympathisants et amis personnels. 200 feuillets ont été photocopiés à ma permanence pour la réunion de mi-mandat. À l’occasion d’envoi de courriers à en-tête du Sénat, le solde des documents photocopié par nos soins, a été joint pendant quelques jours et jusqu’à épuisement dans les enveloppes de courriers partant de la permanence. » 

Une argumentation qui laisse un peu perplexe quand on se réclame comme Max Brisson du général de Gaulle, un homme qui avait fait installer un compteur électrique pour sa consommation personnelle dans l’appartement de fonction qu’il occupait à l’Élysée. Le sénateur parle d’un envoi par mail, mais la brochure semble avoir été conçue pour être imprimée. Et les « bonnes âmes » destinataires du courrier du Sénat qui ont fait parvenir ce tract à Bisque, Bisque, Basque ! sont des militants LR depuis fort longtemps, habitués à recevoir tous les messages de leur parti par mail et non par courrier postal.

Maïder Arosteguy : « Jamais je n’aurais accepté cela si je l’avais su »

La conseillère départementale Maïder Arosteguy tombe des nues en découvrant l’enveloppe à en-tête du Sénat : « J’ignorais que cet envoi a été fait via le Sénat, ce que je n’aurais jamais accepté si on m’avait informée ».  Max Brisson confirme que Maïder « n’est au courant de rien puisqu’il n’y a eu aucun envoi en nombre mais la jonction du résiduel des 200 feuillets à des courriers passant par le Sénat ».

Tous ceux qui s’intéressent à la vie politique savent très bien que les jours de manifestation, la CGT et la préfecture de police sont rarement d’accord sur le nombre de manifestants présents dans la rue. Il en est de même pour le nombre d’exemplaires postés subrepticement. Max Brisson parle d’un « reliquat », comme si cela rendait cet envoi excusable tandis que ses détracteurs – surprise, il en compte quelques-uns ! – parlent d’un envoi relativement important. Le sénateur, très en colère, demande à être confronté à l’informateur de Bisque, Bisque, Basque ! sachant très bien que la déontologie journalistique l’interdit. On se contentera donc du « reliquat » de la version officielle.

Peu importe en définitive. Dans cette affaire tellement révélatrice de pratiques politiques qui ne devraient plus exister, la faute de goût du sénateur Brisson, en ces temps de moralisation de la vie publique, ne fait guère de doute. Lésiner sur le prix de quelques timbres et faire payer à l’État l’envoi de sa prose personnelle, au moment où le gouvernement étrangle à plaisir les salariés et les retraités, n’est pas d’une habileté absolue.

 

11 réflexions sur “La faute de goût de Brisson

  1. Monsieur Max Brisson, qui a fermé les yeux sur toutes les prises illégales d’intérêts auxquelles ont cédé les maires -l’ ancien et son successeur- Didier Borotra et Michel Veunac, est un élu corrompu.

    • Fermer les yeux, même si c’est répréhensible, n’est pas la même chose qu’être corrompu. Je vous laisse la responsabilité de vos propos. Depuis cinq ans que je rédige Bisque, Bisque, Basque! je n’ai jamais rien trouvé qui puisse accréditer votre propos. Bien amicalement.

  2. J’ai connu encore récemment un BBB bien meilleur et plus pertinent.

    Là, on sombre dans les histoires de bac à sable.

    Sur le fond, il n’y a d’ailleurs pas grand chose à reprocher à Brisson.
    Il est sénateur des P-A et conseiller départemental élu du canton de Biarritz.
    Ce cumul étant encore autorisé par la Loi (je suis contre!), ces deux mandats sont en quelque sorte inséparables entre les mains de leur détenteur.

    Il est ultra-classique et non choquant qu’un parlementaire écrive à ses électeurs en utilisant le service du courrier de sa chambre.

    Ajoutons que dire que c’était « pour que cela ne lui coûte pas du fric » est vain et erroné: Il aurait pu le faire poster par le courrier du Conseil départemental. A la limite, le sénateur a subventionné le département avec les fonds du Sénat, ce qui n’est certes pas son pouvoir…

    Bref, tout ça est du niveau école maternelle et il y a bien mieux à faire avec les facéties biarrotes.

    Continue plutôt, cher Jean-Yves, de dénoncer les inadmissibles dérives d’un maire sot, sans vision ni scrupule, et de son affligeante municipalité, même si quelques-uns de ses membres prennent aujourd’hui, sur la scandaleuse affaire de l’Hôtel du Palais, des positions plutôt courageuses.
    Un scandale dont Brisson est très certainement complice, comme le montre le vote de ses « représentants » au conseil et le fait qu’il ne se cache pas d’être partisan de soutenir massivement l’Hôtel avec les impôts des Biarrots.

    De plus, laisser entendre aussi clairement que Brisson appartient, comme Saint-Cricq, à la catégorie des  « spécialistes des alliances improbables et des retournements de vestes » appelle pour le moins des bémols:

    – Il est évident que Brisson, viscéralement de centre droit, a toujours été plus proche politiquement d’un modem que d’un « vrai lr dur »; témoin son alliance borotresque de jadis contre les Marie et bien d’autres actes encore;
    – Contrairement à Saint-Cricq, il n’est guère d’exemple de sujet important sur lequel il ait notoirement et radicalement changé de position. On peut au moins lui reconnaître cela.…

    • Personnellement je trouve ce billet révélateur de la fascination pour la COM qui agitent les élus (peur de l’oubli, égo, prochaines échéances etc)

      Ces pamphlets (qui sont bien vide de tout contenu pertinents) coûtent une fortune à concevoir (boite de com pour la rédaction), à imprimer, à mettre sous pli, à affranchir, à recycler (ou à brûler)…

      De surcroit si no champions adressent leur prose à leurs militants alors c’est derniers n’en ont cure vu que cela provient de leurs idoles c’est donc forcément parfait; et si ils envoient leur prose à leurs opposants ceux la la collent directement à la poubelle…

      Les sommes engagées pour ces démarches parfaitement infertiles sont immenses chaque année (sans parler du coût écologique insensé) si on cumule toutes les structures qui ont recours à ces pratiques de com qui au final n’intéressent personne (par ex Assemblée Nationale, Sénat, Régions, Départements, Communes, Agglos….)

      Que ne pourrait on faire avec tout cet argent PUBLIC dépensé inutilement …

  3. Fermer les yeux est très répréhensible et est un acte de réelle complicité. La complicité, dans certains cas, est punie par la loi.

  4. « *je n’aurais jamais accepté si on m’avait informée* »
    Ah, quelle joie doit avoir Monsieur Brisson de bénéficier d’une « binôme » d’une telle loyauté !

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