Journalisme de combat plutôt que de constat

En voulant mettre à mal Edwy Plenel, le journaliste Laurent Huberson rate son coup et réussit à nous faire apprécier encore plus le patron de Mediapart.

Rien ne me met de meilleure humeur que le sournois qui laisse délibérément traîner un râteau dans son jardin, en espérant qu’un distrait marchera dessus, et qui, l’oubliant, finit par se le prendre dans les dents. Sous couvert d’objectivité, celle qui permet au journaliste conformiste de cautionner toutes les décisions gouvernementales ou municipales et de s’assurer une existence tranquille, cette deuxième enquête consacrée à Edwy Plenel, par le journaliste de Public Sénat Laurent Huberson, est d’une grande fourberie.

Passé l’inévitable paragraphe sur le père anticolonialiste et les débuts d’Edwy Plenel à Rouge sous la signature de Joseph Krasny, ce qui permet à l’auteur de s’interroger sur ce qui reste de trotskiste chez le Edwy Plenel d’aujourd’hui, Laurent Huberson, ignorant qu’un miroir a toujours deux faces, s’acharne à ne scruter que le côté qui l’arrange. Si Plenel est passé par Le Matin de Paris avant d’entrer au Monde en 1980, c’est parce qu’un arrivisme forcené l’anime. C’est pour cette raison qu’il se précipite sur la rubrique « police », alors disponible, afin de publier ses premières enquêtes. Bien entendu, l’idée que la passion du journalisme ait aussi pu animer Plenel, ne semble même pas lui traverser l’esprit. Ce n’est qu’à regret que l’auteur consent à reconnaître que c’est sous le duumvirat Colombani, Plenel que Le Monde a réussi ses meilleures ventes.

Un scoop, comme un diamant, a besoin d’être poli

Laurent Huberson détaille ensuite les scoops de Plenel, en pointant du doigt avec une maniaquerie d’instituteur les imperfections, révisions et approximations. Des centaines de confrères se satisferaient d’avoir réussi le dixième de ce qu’a publié Plenel, mais le journaliste de « Public Sénat » détaille toutes les « erreurs » du patron de Mediapart et les moments où il n’avait pas toutes les cartes en main en publiant. Comme si un diamant sortait parfaitement poli d’une mine d’Afrique du Sud ! Comme si le scoop devait être parfait et irréprochable dès sa première parution et non peaufiné et amélioré par les apports successifs des enquêteurs. Mais il est vrai qu’à Public Sénat, le dernier qui a vu un scoop de près ne doit pas être très jeune.

Vous l’avez compris, ce « Edwy Plenel. Coups, intrigues, réseaux : enquête sur un journaliste controversé » est un livre plus que contestable. Mais paradoxalement, comme le fourbe qui va faire rire tout le monde en se prenant son râteau en pleine poire, chacun peut y trouver son bonheur. Ceux qui détestent Plenel y dénicheront de nouveaux arguments. Quant à ceux qui estiment que Mediapart est actuellement le meilleur support d’information en France, ils en sortiront vivifiés.

Je suis loin, très loin, d’être d’accord avec tout ce qu’écrit Plenel, mais comment ne pas partager sa vision du journalisme, si loin des ennuyeux robinets d’eau tiède qui nous sont servis chaque jour : « Il pratique un journalisme de soupçon. Celui de considérer que la vérité n’est pas dans ce qui est montré, dans l’observation des faits. Mais qu’elle est cachée, le plus souvent volontairement, et se niche derrière les apparences. »

Et Laurent Huberson, inconscient de l’involontaire couronne de lauriers qu’il tresse au patron de Mediapart, de poursuivre : « Il est dans le rapport de force, dans l’idée que l’information ne sort pas d’elle -même. Il faut aller la débusquer, quitte à bousculer ce qui est établi, installé. Il faut déranger, « porter la plume dans la plaie ». C’est un journalisme de divulgation, voire de dénonciation qui privilégie l’information trouvée à l’information donnée. »

C’est la définition même du journalisme quand il ne se contente pas de relayer les communiqués officiels.  Voilà pourquoi Plenel et Mediapart méritent un grand coup de chapeau.

« Edwy Plenel. Coups, intrigues, réseaux : enquête sur un journaliste controversé », Laurent Huberson, éditions Plon, 432 pages, 19,90 €.

 

 

 

 

3 réflexions sur “Journalisme de combat plutôt que de constat

  1. Comme le dit Plenel « la France est une démocratie à signaux faibles » donc on tape sur les journalistes, au lieu de s’indigner de ce que les puissants nous font subir.

    Je soutiens Médiapart depuis sa création et même lorsque je ne suis pas d’accord avec leur position, la qualité des investigations, de la rédaction, des intervenants en fait un des meilleurs média FR actuellement.

    Je ne peux que recommander de s’abonner à Médiapart si l’on souhaite être informé de ce que les média mainstream ne mentionnent pas (ou plutôt soustraient) au Public

  2. Me voilà abonnée depuis quelques jours à Médiapart. Je suis sûre que chez eux comme ailleurs, tout n’est pas parfait, mais quel travail ils accomplissent!
    Moi qui suis pour une critique constructive des médias, sans pour autant vouloir assassiner tous les journalistes (heu… aucun même, vous m’avez compris!) , j’aime le journalisme, car il est un contre-pouvoir indispensable dans une société qui se veut démocratique! Il faut défendre le journalisme, et c’est pour ça qu’il faut dénoncer les décodex, TF1, France 2, BFM etc.
    Plenel je ne sais pas, Médiapart OUI!

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s