Défense d’en rire !

Le maire de Ciboure et son adjoint à l’Urbanisme suscitent l’hilarité en portant plainte en diffamation contre le site parodique « La Gazette de la Nivelle ».

Heureusement que le ridicule ne tue pas, car dans le cas contraire les Cibouriens pleureraient depuis une semaine la disparition de leur bien-aimé maire Guy Poulou et de son sixième, mais ô combien importantissime, adjoint à l’Urbanisme Jean-Jacques Gouaillardet. Il faut dire aussi que l’affaire est d’une gravité totale, comme nous la révèle Sud Ouest du 26 novembre, puisqu’un manant du clavier, sans même avoir le moindre titre nobiliaire ni galon d’élu à faire valoir, a osé rédiger dans la très célèbre « Gazette de la Nivelle » une interview imaginaire du sieur Gouaillardet… qui manque singulièrement de gouaille et d’humour dans cette affaire.

La Gazette de la Nivelle annonce pourtant la couleur avec ce bandeau très visible en bas d’écran, « site d’informations parodiques. »

Jean-Jacques Gouaillardet, chef adjoint du service humoristique de Ciboure.

Mais le très candide Jean-Jacques Gouaillardet avait dû prendre pour argent comptant jusque-là tout ce qui était écrit dans La Gazette de La Nivelle, comme le décalage d’une heure supplémentaire par rapport au reste de la France pour que les Cibouriens aient le temps de célébrer l’apéritif, ou la manifestation de gilets jaunes refusant de consommer des feuilles de salade verte au restaurant.  Aussi, quand il a lu les propos qu’on lui prêtait, l’adjoint à L’Urbanisme, qui m’avait abordé un jour pour me féliciter de l’humour de Bisque, Bisque, Basque !,  s’est décidé à porter plainte pour diffamation en compagnie du maire de Ciboure Guy Poulou.

Il faut dire que l’auteur de l’interview, Daniel Arbisa, reprenant une technique comique utilisée par des générations d’humoristes depuis Hergé et son professeur Tournesol, s’est amusé à faire répondre systématiquement son interlocuteur dépourvu de sonotone à côté de la plaque à propos de l’autorisation de construire une villa à toit plat, située avenue d’Abbadie d’Arrast. Insolence suprême, il ose même affirmer que le propriétaire de la villa a offert à Poulou et Gouailladet « un magnifique plateau d’huîtres de Bouzigues » en remerciement de cette autorisation de construire.

https://www.lagazettedelanivelle.fr/2018/10/14/exclusif-interview-de-jean-jacques-gouaillardet/

Pas un Cibourien n’a pris une seconde l’affirmation au sérieux et n’importe quel politique doté d’un peu d’humour aurait immédiatement rétorqué en précisant qu’un tonneau de Jurançon sec accompagnait les huîtres, mais pas nos deux élus, qui ont visiblement une très haute idée de leurs fonctions.

Arbitre des élégances humoristiques

Guy Poulou, chef du service humoristique.

En fait, le vrai moment comique réside dans l’interview, à ne rater sous aucun prétexte, de Guy Poulou à « Sud Ouest ». On comprend mieux pourquoi un maire sur deux souhaite ne pas se représenter en 2020. Naïvement, l’électeur moyen s’imagine que le maire d’une commune a déjà fort à faire avec les routes, les collèges et le logement social. Grâce à Guy Poulou, maire adoré des Cibouriens et qui fait l’unanimité dans sa ville, (C’est uniquement pour le taquiner que nombre d’associations le contestent !) on mesure mieux l’énormité de sa tâche : « Pour être vraiment parodique et humoristique, il faut écrire dans ‘‘Le Canard enchaîné’’ et ce monsieur n’a pas le talent pour écrire dans ‘‘Le Canard enchaîné’’ ».

L’article de Sud Ouest du 26 novembre.

Ainsi donc, le Premier magistrat d’une ville, si l’on en croit Guy Poulou, est aussi l’arbitre des élégances humoristiques, le seul apte à savoir qui a le talent suffisant pour être admis en classe supérieure. On comprend mieux pourquoi Guy Poulou a l’air si souvent fatigué et dépassé par sa tâche, car la gestion de la commission décernant les brevets de drôlerie aux Cibouriens agréés ne doit pas être une mince affaire.

Donc, si l’on suit le raisonnement de Poulou, « Le Canard enchaîné » lorsqu’il publie un interview imaginaire de Kim Jong-Un ou de Poutine serait drôle, mais pas Daniel Arbisa quand il ironise sur Guy Poulou ou Jean-Jacques Gouailladet. Comme c’est bizarre ! Et depuis quand l’humour et la satire se décrètent par arrêté municipal ?

Bon courage aux deux plaignants !

Bisque, Bisque, Basque ! attend donc avec beaucoup d’impatience le rendez-vous prévu devant le tribunal, et souhaite bon courage aux deux élus plaignants quand ils vont essayer de détailler devant des juges qui souvent ne manquent pas d’humour, eux, leur conception bien singulière et fort géographique de la satire, tout à fait acceptable du moment qu’elle s’arrête aux portes de Ciboure.

À moins que des Cibouriens, excédés par ce nouveau gaspillage d’argent public que va représenter ce procès (C’est facile d’aller en Justice quand on est défendus gratuitement !) ne campent devant la mairie avec une grande banderole : « Poulou, Gouaillardet ! Et si vous arrêtiez vos conneries ? »

Car c’est bien tout ce que vaut cette histoire de cornecul.

 

5 réflexions sur “Défense d’en rire !

  1. En ces temps agités merci à ceux qui nous font rire et défendent l’humour dans la vie publique, cette tradition ancienne et si nécéssaire. En toile de fond de cette histoire, l’autorisation et la construction récente d’arrogantes villas à toits plats sur la colline de Bordagain (la ville jardin des urbanistes du début du 20ème siècle) ce joyau de notre basque côte, protégée par des textes de préservation du patrimoine qui interdisent précisément ce type d’architecture. Elus locaux de Ciboure, Architecte des bâtiments de France, contrôleurs de la légalité de l’action publique de s’asseoir sur les textes en vigueur ? au profit de l’évolution de l’architecture ?
    Et les tristes zélus cibouriens, auteurs de cette pitoyable attaque en diffamation, pourront-ils continuer parallèlement à invectiver les citoyens et autres élus qui ne partagent pas leurs méthodes ? dans les conseils municipaux, bulletins municipaux et médias locaux ? en toute impunité ? Et avoir l’impudeur d’utiliser les impôts de leurs administrés cibouriens pour payer leurs avocats ?
    Au delà des questions de liberté d’expression, d’égalité, de fraternité citoyenne et de bon usage des deniers publics que pose cette affaire, les lois de la République, parmi lesquelles celles qui protègent le patrimoine pourraient-elles ne pas s’appliquer à certains ? Et certaines autorités, officiers publics et fonctionnaires échapper à leurs obligations dérivant de de l’article 40 du Code pénal ?
    Nous sommes nombreux à rêver d’un autre monde et du retour de la République sur la terre des Corsaires. Tout notre soutien à Daniel Arbiza

    Pour mémoire article 40 du code pénal :
    « Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs »

  2. La villa Decons, construite en toute impunité et illégalité dans la forêt, du côté de Lacanau, avait finalement été condamnée à la destruction.
    Il n’y a qu’à attendre qu’une telle décision soit prise ici aussi, en conformité avec toutes les lois et réglementations qui ont été bafouées !

  3. Pingback: Déferlante de soutiens de personnalités suite à l'affaire de la Gazette

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