Gilets jaunes, peur bleue et colère noire

Pour avoir rançonné les plus pauvres au profit des plus riches, le gouvernement, et lui seul, est responsable de la violence actuelle. Une seule solution : écouter et céder.

Les CRS visiblement solidaires des gilets jaunes.

En adoptant, il y a quelques jours, une loi contre la fessée, nos députés ont négligé deux amendements de taille pourtant fort utiles en cette période troublée. Si l’interdiction des châtiments corporels à l’égard des enfants ne peut être que saluée, la fessée devrait être publiquement administrée quand le gouvernement se montre autiste à la colère de tout un peuple et quand des journalistes jouent aux complaisants valets du pouvoir.

Prenez ce brave Christophe Jakubowski, chef du service politique de TF1, qui, de lin blanc vêtu, explique suavement deux jours avant la grande manifestation du 1er décembre que les gilets jaunes exhibent désormais des pancartes « ANTICAPITALISTES ! ». Et le brillant analyste de développer sa pensée : Les manifestants « réclament le SMIC à 1300 euros ». Cette revendication mesurée ne relève nullement de l’anticapitalisme mais du simple bon sens, alors que notre pays est devenu le plus taxé d’Europe, mais elle horrifie visiblement le chef de service politique (Au fait, son salaire représente combien de Smic par mois ?)

Des journalistes qui ne savent plus « lire » les manifestations

Les journalistes de ma génération ont pour la plupart participé à des manifestations, fait le coup de poing avec les forces de l’ordre et parfois senti les matraques leur caresser les côtelettes. Devenus observateurs, ils connaissent toutes les ficelles de ces affrontements publics, les autonomes venus pour durcir le mouvement en espérant le grand soir, les pilleurs jugeant trop belle l’occasion offerte et les infiltrés, flics en civil à la Alexandre Benalla, qui sont parfois les premiers à provoquer dans le but de susciter la peur des « braves » manifestants et la décrédibilisation du mouvement.

Malheureusement, les écoles de journalisme, avec leurs prix d’entrée astronomiques, sont devenus les repaires de la « bien-pensance », alors qu’elles devraient être le haut lieu de l’esprit critique. Et ils nous ont offert un festival, les journalistes de TF1, de BFM, ou de I-télé, et parfois même ceux du service public, en relayant sans le moindre esprit critique toutes les fables que le gouvernement leur soufflait à l’oreille ! Au départ, le mouvement était piloté en sous-main par l’extrême-droite. Puis par l’extrême-gauche. Et maintenant par des casseurs sans foi ni loi, voulant la ruine de notre pays. Et on tartine pendant des heures et des heures sur les voitures qui brûlent, les barricades érigées, les magasins saccagés. On se rend en cohorte dans le XVIe arrondissement interroger la bonne bourgeoise terrifiée ou le commerçant dévasté qui, les larmes au bord des yeux, affirment n’avoir jamais vu ça.

Ces mêmes journalistes, qui n’essaient même pas de dissimuler leur soutien inconditionnel au gouvernement, nous livrent parfois des images qui contredisent leurs propos, mais ils sont bien incapables de le remarquer. Pourquoi ces civils qui lancent des lacrymos aux côtés des CRS ? Pourquoi les voitures mises à feu le sont-elles par des hommes cagoulés de noir, tandis que de braves couillons de gilets jaunes posent à visage découvert devant le feu de joie improvisé et se font alpaguer ensuite par les forces de l’ordre ? Pourquoi si peu d’images de la manifestation de l’avenue de l’Opéra où des milliers de gilets jaunes se sont retrouvés dans le calme ? Pourtant, on trouve des « pépites » sur Youtube, qui, allez savoir pourquoi, ne sont jamais montrées au grand public (https://www.youtube.com/watch?v=8CZtDqIifCU)

Le mouvement des nouveaux pauvres

Relayé par des médias complaisants, le refus de comprendre par le gouvernement la nature même du mouvement des gilets jaunes est sidérante et en dit long sur le fossé qui sépare l’élite ministérielle des simples citoyens. La difficulté à trouver des porte-paroles montre bien que ce mouvement est spontané, même s’il s’organise avec le temps, ce qui est logique. Ceux qui occupent les ronds-points, ou bloquent les péages autoroutiers sont les nouveaux pauvres de notre pays. Ceux qui travaillent dur mais n’arrivent plus à s’en sortir avec leurs salaires, à force d’être taxés sur tout. La France est devenue le premier pays d’Europe au niveau de la pression fiscale, mais qu’a fait Macron en arrivant au pouvoir ? Il a supprimé l’impôt sur la Fortune, soi-disant pour ne pas faire fuir les possédants et fait un cadeau fiscal de plus d’un milliard d’euros au 0,01% de Français les plus riches.  

https://www.marianne.net/economie/127-milliard-pour-les-001-les-plus-riches-le-gros-cadeau-de-macron-enfin-chiffre

Et cela en s’attaquant aux retraites, en multipliant les taxes qui compliquent à chaque fois un peu plus les fins de mois et en repoussant au jour où Édouard Philippe dansera le tango avec Arlette Laguiller toute augmentation du salaire minimal. La taxation sur l’essence, c’est « La goutte d’essence qui a fait déborder la base », comme l’a joliment écrit Mediabask.

Alors oui, les gilets jaunes ont raison, mille fois raison de revendiquer encore et toujours. Oui, ils ont raison de faire pression jusqu’à ce que le gouvernement cède. Qu’ils se rassurent en écoutant le nouveau ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et la peur bleue qu’il affiche derrière ses paroles de matamore varois face à la colère noire des Français.  (C’est Gérard Collomb qui doit se féliciter d’être parti à temps !)

En France, seuls les grands patrons du CAC 40 peuvent obtenir des avantages sans lutte. (rémunération à 5 millions d’euros en moyenne, plus 14% par rapport à 2017).  Pour les autres, le seul espoir est de créer un rapport de forces favorable. Les avancées significatives de 1936, de 1968 ou de 1981 ne l’ont été qu’après des semaines de lutte. À chaque fois, l’augmentation a provoqué un tollé. En 1981, après que François Mitterrand ait décrété une augmentation de 10% du salaire minimal, nombre d’entrepreneurs ont annoncé leur intention de partir à l’étranger. En fait ils sont restés et la mesure a relancé la consommation.

Oui, il est intolérable que des gens perdent de l’argent en travaillant, entre le loyer à payer, les frais de garde des enfants et l’essence de la voiture. Le travail doit être respecté et le salaire obtenu, permettre de vivre.

Pour toutes ces raisons, les gilets jaunes ont mon soutien total et absolu. De ce mouvement, je ne retiendrai pas les images complaisamment véhiculées par les télés de barricades ou de casseurs, mais simplement la rencontre sur un rond-point entre cette mère de famille arborant son gilet jaune et un député LRM, dégoulinant de bon sentiment avec sa bouillie sucrée lui coulant du bec et son « Je vous comprends » digne d’un chanoine venu visiter ses pauvres. Et la femme en colère de lui répliquer : « Vous pensez que j’emprunte pour m’acheter un appartement ou une nouvelle voiture ? J’emprunte pour pouvoir offrir des jouets à Noël à mes enfants »

Tout est dit. Le peuple des gilets jaunes ne réclame ni pain ni brioche, comme le dirait Marie-Antoinette. Il réclame son dû, qui passe par une augmentation des salaires, et le respect des gouvernants qui doivent cesser immédiatement leur funeste rançonnage.

 

 

 

33 réflexions sur “Gilets jaunes, peur bleue et colère noire

  1. Excellente analyse…… L’explication est simple, les gueux souhaitent simplement vivre, alors qu’ils sont ponctionnés de plus en plus, par un pouvoir aveugle et sourd, sauf quand il s’agit de voter des lois arrangeantes pour leur castes .

  2. C’est la révolte des « gueux » (j’employe le mot péjoratif à dessein) contre les 1% (la CASTE), et oui pour ceux d’en bas, une augmentation de 1% d’une taxe représente concrètement un produit de moins dans le caddy MAIS….

    Mais soyons aussi honnêtes dans l’analyse : Macron ne fait que récolter le fruit de 40 années de mauvaises politiques par la droite et la gauche et d’une absence totale de pédagogie quand à la société et ses changements. ça pète aujourd’hui mais c’est un vase qui déborde parce que patiemment rempli depuis des décennies.

    1 – On peut le nier bien sur mais le prélèvement des impôts est devenu injuste: plus on gagne et plus on peut se soustraire à l’impôt (voir le taux d’imposition des entreprises du CAC 40 vs. celui des citoyens lambdas (via l' »optimisation » bel euphémisme pour évasion fiscale), ou les dispositifs d’exonérations en tout genre pour les entreprises qui se gavent (par ex. CICE vs. les artisans et petits entrepreneurs qui eux ne bénéficient de rien de comparable en proportions). Ce sentiment d’injustice à bien sur été renforcé récemment par la suppression de l’ISF.

    2 – Aucune pédagogie de l’impôt depuis 50 ans : pourquoi faire, à quoi ça sert les impôts ? car oui les impôts il en faut en démocratie et aussi si l’on veut dans le même temps des services publics qui fonctionnent. Le consentement à l’impôt ne peut se faire que si et seulement si, les gens ont le sentiment d’équité, de justice sociale, et qu’ils comprennent à quoi ça sert.

    +

    3 – Aucune pédagogie sur l’écologie : on défonce la planète en consommant des ressources finies dans un monde fini et en faisant croire que cela peut et va durer éternellement… qui se souvient de nos grands parents et de leurs bicyclettes ? pas 2 voitures ni même une par foyer il y a 50 ans.

    4 – Aucune pédagogie sur notre monde qui change et surtout : SUR CELUI QUI VIENT – avec par ex la contraction sur les questions d’approvisionnements énergétiques, énergie (pétrole) qui sous-tend TOUTES nos activités. Rien n’est dit par aucun gouvernement depuis toujours. Moins de pétrole disponible c’est moins d’activités, donc moins de croissance, donc moins d’emplois, donc moins d’impôts, donc moins de TOUT. Et dans un monde aux ressources finies, une croissance infinie est tout simplement une ineptie (tant sur le plan de la physique que des mathématiques : c’est juste impossible au sens scientifique).

    Les Gilets Jaunes, ce n’est donc que le début des emmerdes qui viennent.

    Ce cycle de décroissance forcée EST notre futur à 10/20 ans. Tenter de faire croire qu’on va relancer le plein emploi, la consommation, la croissance c’est tout simplement (de la part de nos gens qui sont très bien formés donc parfaitement au fait des informations disponibles, des changements et challenges qui sont déjà présent et de ceux dont nous savons qu’ils arrivent ) s’est au mieux se foutre de la gueule des citoyens, au pire jouer avec le feu.

    Le problème de cette fronde est qu’elle ne va déboucher sur rien qui vaille Jean Yves car le problème est systémique et que Gilets Jaunes ou pas, nous sommes tous dans le même bateau (et de ne sont pas quelques pseudos mesurettes pour calmer le « prolo » qui vont faire la différence) : oui les salaires vont baisser pour tous, oui les pensions vont baisser pour tous, oui le problème de la dette privée va nous exploser au visage avec un scénario à l’Argentine dans pas longtemps, oui les services publics vont diminuer, oui notre mobilité infinie c’est terminé, oui il va falloir vivre autrement (et donc s’organiser) ou alors nous allons subir (cela nous sera imposé).

    Notre société va droit dans le mur en appuyant sur accélérateur et en klaxonnant. Je te conseille les travaux d’experts que personne ne voit souvent sur les média mainstream : Jean-Marc Jancovici, Pablo Servigne, Philippe Bihouix (plein de conférences dispos sur youtube)

    Je te conseille aussi l’excellente web série sur Youtube : NEXT https://www.youtube.com/watch?v=7OVM3btNV6k&list=PL6g6uC6ZfFJkfO1NACqSUUMRg_0AEB3rW

    Enfin un article d’un autre lanceur d’alerte sur les problèmes systémiques auxquels nous faisons face (sans réagir)
    https://www.lejdd.fr/Politique/aurelien-barrau-repond-a-macron-on-ne-combat-pas-une-crise-planetaire-par-des-mesures-dajustement-3809339?fbclid=IwAR3dxs8bgq9KCTuMK6e8XRKaJTCmyI7cu4S0WyTbkII2vbfpksw-vFvIZBc

    Les Gilets Jaunes ne sont que le sommet de l’Iceberg et nous dansons sur le pont du Titanic…

  3. « Montre le ciel à un imbécile et il regardera ton doigt… » c’est ce que je pense de ce président approximatif et coupé du réel qu’est Emmanuel Macron … Elève surdoué pour passer des concours il est loin de tout , de tous , et des réalités quotidiennes et triviales qu’il réduit à des problèmes de légalité et d’ordre lorsqu’il faudrait considérer la « légitimité » des réactions , ajoutée à un vision méritocratique et élitiste de notre société qui exclut donc les moins doués et les plus vulnérables …. Je pensais que nous avions touché le fond avec Hollande , Macron fait pire et en y mettant toute sa « bonne volonté » … et là est le danger car il ne comprend ni la critique ni la révolte … « Résultats nuls , la bonne volonté n’est pas en cause… » disait un de mes profs à propos d’un élève « sérieux » et un peu buté qui s’imaginait que tout était réductible à des règles simples et impérieuses comme dans les jeux d’enfants ….

  4. Toujours intéressant de remémorer le passé pour comprendre le présent !

    Plus de 150 000 euros par an : c’est ce que gagnaient pas moins de 150 cadres de Bercy en 2015, soit davantage que le chef de l’Etat.
    Des révélations comme celles-ci abondent dans le livre du journaliste de L’Obs Vincent Jauvert, Les Intouchables d’Etat, bienvenue en Macronie, (Robert Laffont) qui a longuement enquêté sur 600 hauts fonctionnaires.
    Il y dévoile tout des salaires exorbitants, des conflits d’intérêt, des collusions public-privé qui nuisent à l’Etat et dont l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron est loin de signer la fin.
    Un voyage choquant au sein de l’élite administrative biberonnée à l’ENA.

    Les «REM 150», pour rémunération 150 000 euros par an

    Merci à tous les gilets jaunes,  » Ne lâcher rien  » plus de 80% des Français vous font confiance.

  5. Enfin une analyse de la situation autrement plus pertinente que celles que nous déversent les chaînes TV et radio à longueur de journées
    Dom

  6. J’ai mis dix jours à changer d’avis sur les gilets jaunes.
    Au début, je me suis dit qu’ils étaient égoïstes, que ces personnes ne bougeaient leur cul que quand on touchait à leur petit porte-monnaie, à leur petit confort, à leur petit eux-même. On ne les avait jamais vu à nos côté dans les manifs contre la loi travail, contre Parcoursup, pour le 1er Mai, à la fête à Macron, ils ne votent pas… alors si en plus ils étaient d’extrême droite, oublions-les!!!
    Oui, mais ce n’est pas si simple!
    Est-ce que quelqu’un s’est demandé pourquoi ses gens ne manifestent pas? Pourquoi ils ne votent pas? Pourquoi ils se disent apolitiques? C’est très simple: à chaque fois qu’ils ont voté, ils se sont fait avoir! Présidents voyous, justice à deux vitesses, politiques corrompus, menteurs, voleurs… ce monde-là est triste à pleurer!
    Un animal battu par l’Homme finira par ne plus lui faire confiance! Va-t-on lui jeter la pierre? Non!
    Sa méfiance est légitime. Alors si les gilets jaunes ne veulent pas de représentants, s’ils ne veulent pas jouer avec les règles de leurs bourreaux à un jeu qui viserait immanquablement à les faire taire encore, alors ce n’est peut-être pas confortable, mais c’est normal, et c’est bienvenu même!
    Ce peuple en colère qui croit qu’il ne fait pas de politique, et bien il est en train d’en faire, mais à sa manière. Il s’exprime, il se parle, il se découvre une force, il se découvre mouvement, il ne se sent plus seul! Et si ça ne plait pas à messieurs les élus de la république, et bien ils avaient cas y penser avant! Puisque la justice ne les rattrape jamais, le peuple le fera!
    Alors ce n’était vraiment pas le moment de les snober, pas le moment de les punir parce qu’eux ne nous soutiennent pas dans nos manifs. Au contraire, c’est le moment de leurs offrir notre force, de prendre la leur, et de dire quelque chose ENSEMBLE! Plus tard on verra ce qu’on articulera. Si aujourd’hui tout le monde ne veux pas la même chose (et qu’en sait-on en fait? On veut tous plus de justice, une vraie répartition des richesses, et le sentiment d’être respectés) ce qui est sur, c’est qu’on sait TOUS ce qu’on ne veut plus! On ne veut plus être les pions d’un jeu d’échec dont nous sommes les sempiternels perdants!

    Mobilisons-nous!
    Posez votre gilet jaune sur votre tableau de bord, klaxonnez en signe de soutien à ceux que vous croiserez. Car à force de nous diviser pour mieux régner, aujourd’hui la France se rassemble!

    • Mouvements et rassemblements , semblent enfin donner la solution à tout un peuple face à l’adversité d’un pouvoir de détestation nourri d’un mépris persistant et d’ une arrogance extrême envers les plus démunis.
      La résistance du mouvement en cours de structuration citoyenne, justesse d’appréciation et justice sociale méritent l’attention particulière de toutes les forces vives de la nation dans le plus grand respect de nos cultures et traditions !

  7. PS: c’est quoi cette vidéo qui ne veut rien dire? Comment l’analysez-vous? Je suis un peu déçue de trouver ça sur votre blog, à moins que quelque chose m’ait échappé?!
    Merci de m’expliquer!

    • Désolé si cette vidéo n’est pas éloquente pour vous. Elle l’est pour moi, car elle me renvoie aux provocations policières régulières que j’ai pu vivre lors de grandes manifestations parisiennes. On voit un gilet jaune arrêté par deux CRS et immédiatement un gradé qui intervient. Et là, miracle, une petite tape sur l’épaule entre les trois hommes et le prétendu manifestant est invité à s’éloigner. Beaucoup d’images vues hier m’ont troublé, comme ces civils qui lancent des lacrymogènes aux côtés des policiers. Dans le cas présent, je suis persuadé avoir affaire à un provocateur qui va casser et exciter les manifestants pour mieux décrédibiliser le mouvement des gilets jaunes. En revanche, Anaïs, je suis totalement d’accord avec votre premier post. Moi aussi, j’ai mis quelques jours avant de m’intéresser à ce mouvement.

      • Je suis bien persuadée que les flics cassent parfois eux même en civil! Pas de doute! Je trouve juste que cette vidéo la laisse le doute, du coup la preuve est faible, et vu l ambiance autours de ce qui est vrai ou flux, je préfère les preuves irréfutables. Mais merci de votre réponse et de ce chouet blog !

      • Sincèrement je suis abasourdi par ton soutien au post ci-dessus.

        Penses-tu sincèrement que la colère, la violence, l’articulation de demandes les plus farfelues les unes que les autres (ou absurdes ou contradictoires) soient ce dont notre pays à besoin à ce moment?

        Penses-tu que des individus à gilet jaune qui livrent des migrants aux forces de l’ordre, que d’autres qui profèrent des insultes racistes, homophobes, anti-syndicats soient dignes de respect?

        Jean-Yves nous ne sommes plus 1968…..la situation n’est pas la même, les défis totalement différents.

        Penses-tu vraiment que la croissance va revenir, que les salaires vont augmenter, que notre « modèle économique » (qui repose ENTIÈREMENT sur le crédit (des individus comme du pays) peut continuer ainsi sans exploser en vol ?

        Ne vois-tu pas (ou tu ne veux pas voir) que c’est la fin inéluctable d’un cycle (celui des 70 dernières années depuis la fin de la WW 2), et que les contractions économiques/énergétiques nous impactent TOUS (et en particulier les plus fragiles en premier bien évidemment).

        Penses-tu qu’en faisant croire aux gens que rien ne doit changer, on leur (on se) rend service ?

        Encourager les gens à continuer à semer le foin (et la violence) de façon pour le coup totalement anarchique (non pas au sens politique du terme mais au sens désorganisation du terme) c’est irresponsable Jean-Yves.

        C’est un changement de paradigme, d’organisation du quotidien pour des millions de gens, au niveau national et bien sur local, dont nous avons besoin et fissa. Il faut des réponses politiques et aucune n’est possible par la pensée magique en claquant des doigts car c’est notre logiciel complet qu’il faut revoir et vite.

        Encourager ce mouvement ne fera que le jeu des extrêmes au final et ce ne peut être qu’encore pire pour tous : regarde ce qui se passe en Italie … est cela ton ambition pour notre pays ?

      • Cher Paul Bismuth,
        Quand le peuple se fout en colère – et il a des raisons d’être en colère-, tous les excès deviennent possibles. Je déplore l’autisme de ce gouvernement qui ne veut pas voir que les classes populaires ne s’en sortent plus. Bien sûr, que je déplore les violences, les excès. Mais ce ne sont pas des bonnes paroles qui calmeront la situation. Juste l’écoute des revendications légitimes de ceux qui occupent les ronds-points et qui n’ont pas toujours de quoi offrir des jouets à Noël à leurs enfants. Vivre dignement quand on travaille me semble la moindre des choses qu’un État doit aux citoyens. Quand on casse le Code du Travail, qu’on précarise et méprise les citoyens (« Vous n’avez qu’à traverser la rue pour trouver du travail »), qu’on multiplie les faveurs aux plus riches, voilà ce qu’on récolte. J’assume très tranquillement mon propos : c’est l’État qui est le responsable des violences actuelles.

      • Trump et Macron font la même chose (à la solde des 1%) mais l’un a les gillets jaunes pour lui et l’autre contre lui. En fait, paradoxalement, Trump est un Macron élu, puis porté par des Gillets Jaunes. C’est le paradoxe du populisme (mélangé à l’oligarchie)

        Il est clair les gilets jaunes sont des gens excédés, angoissés, déboussolés, qui malheureusement ne comprennent pas la situation (économique, écologique et énergétique de la société humaine toute entière).

        Je ne vois pas comment ça pourrait évoluer en s’ameliorant…

        Bien sûr, d’une part les « cadeaux fiscaux pour les riches » (ISF) sont une idée funeste de Macron, mais d’un autre côté, il y a un aveuglement de la masse (ignorance, avidité, égoïsme, fruit de plus de 50 ans de culte du confort, du modernisme, de la consommation, du matérialisme crasse, une sorte de mythe du « droit à la richesse »).

        Ce sont des ignorants qui guident les ignorants (pour leur plus grand malheur)

        Précaution oratoire par rapport au changement de paradigme lié à la fin du pétrole.

        Un des trucs, je pense, auxquels il va falloir faire très attention désormais c’est que au fur et à mesure que le pétrole s’épuise, que la crise économique se développe, toutes les conventions sociales vont être remises en question progressivement, parce que ces conventions étaient le fruit d’un état d’équilibre économique et social, de modèle capitaliste, dans des sociétés en croissance, dont la richesse venait largement de disponibilité de sources d’énergie abondantes et bon marché.

        Si on tient compte de ce fait, alors on se rend déjà compte qu’une aberration comme Trump est une aberration au regard des grilles d’analyse classiques (en cours d’obsolescence), mais pas une aberration au regard d’une donne qui a changé.

        Je pense que la même chose est vraie pour les gilets jaunes. On ne peut pas juger de ce phénomène à travers les lunettes du passé.

        Je pense aussi, que si transition (énergétique, économique, sociale) il y a, alors celle-ci devrait s’accompagner de la création de nouvelles formes de valeur (remises au goût du jour)
        • Écologie.
        • Solidarité.
        • Communautés.
        • Culture/compétence.
        • Respect des autres/respect de la nature.
        Au détriment de valeurs obsolètes d’un capitalisme qui a échoué :
        • compétitivité.
        • Recherche frénétique du gain financier personnel.
        • Etc.
        Il est aussi possible que ladite transition n’ait pas lieu, qu’au contraire on s’achemine rapidement vers un effondrement progressif, allant en s’aggravant, pouvant déboucher ultimement sur toutes sortes de scénarios à la Mad Max.

        Il est aussi possible que des nations comme la France se fracturent en groupes avec des agendas différents, les uns tentant d’amorcer une transition, les autres bifurquant progressivement vers le chaos.

        Quoi qu’il en soit je pense qu’on sera confronté désormais, de plus en plus à des situations imprévues, complètement en dehors des normes anciennes, en bien comme en mal.
        En conclusion je pense que pour essayer de comprendre, analyser, anticiper, réagir par rapport à ces situations, il est important de ne pas les juger avec des critères classiques, parce que sinon on risque de ne pas comprendre la situation.

      • Je trouve étrange que mon propos et mon soutien aux gilets jaunes soit confondu avec celui de la violence, des extrêmes etc… On dirait un commentaire BFM. Ce que je soutiens, c’est la « reconscientisation » du peuple, leur arrivée dans la vie de la cité! Les gens ont la sensation que leur voix existe cette fois-ci et ils font les choses ensemble, est-ce une honte?
        A répéter le même discours que sur les plateaux tv, on va encore voter LREM aux européennes, la casse des services publics, le chacun sa merde, le « si tu n’as pas de fric c’est ta faute » etc. parce que « soit c’est eux, soit c’est l’anarchie »!! Mais proposez leurs quelque chose de mieux bordel! (Pardon, je m’emporte.) Acceptons le vote blanc par exemple et considérons qu’à partir d’un certain nombre de blancs, aucun parti ne gagne et les copies sont à revoir! Ils se remettrons peut-être en question là-haut au lieux de nous dire « vous m’avez élu maintenant je fais ce que je veux! » Marre de la peste ou du choléra!
        Et je vous rappelle qu’en les soutenant les gilets jaunes, ça fait moins de fachos dans leurs rangs. Question de proportion!
        Vous les confondez avec les casseurs, je lis du mépris dans votre commentaire, et c’est ça qui les a réveillé, le mépris, et ils en ont marre.
        Petit clin d’oeil à Mr Viollier: pour info, à Btz, si on est à Pôle emploi et qu’on traverse la rue pour avoir du boulot, on finit à la décharge!

      • Chère Anais,

        SVP lisez, n’attribuez pas.

        Je dis simplement que parmi ces gens (dans une proportion élevée parmi eux) on trouve des gens qui:

        – ne votent pas
        – ne sont pas syndiqués
        – conspuent les « assistés » mais réclament des aides ?!?!?
        – ne conspuent pas leurs patrons qui leurs versent des salaires de misères !?!?!?
        – disposent d’un cerveau comme tout le monde (et d’un droit de vote). Ils font des choix (par ex. vivre hors de ville ou se trouvent leurs emplois pour avoir quelques mètres carrés de plus) et doivent assumer
        – ont livré des migrants aux policiers

        Je dis aussi que les politiques ont faillis depuis des décennies TOUS partis confondus à :

        – mettre en place les structures dont la FR aurait eu besoin pour éviter la désertification des zones rurales et préserver l’emploi local (un emploi en centre ville crée entre 2 à 4 emplois quant un emploi en grande surface crée 1.4 emploi).

        – expliquer aux citoyens que le tout bagnole n’est pas viable, que les questions énergétiques sont absolument cruciales car elles conditionnent TOUTES NOS ACTIONS (tout ce qui vous entoure alors que vous lisez ces lignes est produit avec du pétrole qui est en 2018 plus rare et plus cher à extraire et ne va faire que l’être encore plus demain et après demain).

        Je dis aussi que je vois beaucoup de gens qui ont peur du déclassement social et j’observe qu’un grand nombre se comporte de façon inacceptable (racistes, homophobes, livrant des migrants aux policiers etc) + casse/violence (ce qui n’exclue pas je suis bien d’accord avec Jean-Yves la question des infiltrations de casseurs y compris possiblement par des forces de l’ordre).

        Je dis aussi que l’inventaire à la Prévert des gilets jaunes, de revendications totalement farfelues et/ou contradictoires me parait impossible à satisfaire par nature car précisément ce n’est pas un mouvement structuré (par des organisations qui savent porter des revendications) mais un vomissement de frustrations multiples et souvent totalement déconnectées du monde réel et des contraintes qui s’imposent à nous tous que nous voulions l’accepter ou non.

        Dans une société ou la consommation est devenue la RELIGION (encouragée par les pouvoirs publics) est il vraiment surprenant de voir des gens se battre pour du Nutella ? pour le prix de l’essence ? La consommation est donc la seule perspective de société que nous avons à offrir à nos concitoyen…. c’est juste navrant.

        Je dis qu’un grand nombre parmi eux sont drogués à un monde qui est en train de disparaitre sous nos yeux et attendent le messie (celui qui va leur promettre que tout va rester comme c’était depuis 40 ans, par ex. Le Pen….) sauf que…c’est de la pensée magique.

        C’est la fin de la partie Anais, il faut atterrir et se réveiller à présent, nous sommes en 2018 pas en 1978.

        Je dis que ce qui vient – les informations sont disponibles à toutes et à tous (ils ont des téléphonent portables et au lieu de lire l’Equipe (désolé Jean-Yves) ils peuvent aussi s’informer des réalités du monde dans lequel ils vivent) – va être terrible et ultra violent si rien n’est fait pour s’y préparer (soit s’ORGANISER), anticiper, car alors ce sera subi et personne n’aime subir.

        Et vous pensez que tout cela serait constitutif (je vous cite) « d’une « reconscientisation » du peuple, leur arrivée dans la vie de la cité! Les gens ont la sensation que leur voix existe cette fois-ci » ?!?!?!?

        Des gens qui ne votent pas ? qui ne sont pas syndiqués ? qui cassent la cité ?

        Je m’incline Anais: je n’ai rien compris et vous avez tout.

        PS: je précise que je trouve Macron parfaitement insupportable et que les choix terribles qu’il a fait (suppression ISF, APL etc) sont de nature à mettre de l’huile sur le feu en partageant les richesses équitablement entre ceux qui ont déjà tout. Mais soyons honnêtes: Macron récolte les fruits de décennies de mauvaises décisions par tous les gouvernement qui se sont succédés.

        Tout ceci n’est que le début Anais. Ce qui vient va être autrement plus pénible tant que la société FR ne comprendra pas (ou ne voudra pas comprendre) quels sont les vrais enjeux et qu’il faut changer RADICALEMENT de logiciel pour toute la population.

        Je vous conseille vraiment de visionner une conférence (ou deux) de Jean-Marc Jancovici (à la Cité des Sciences ou au Collège de France les 2 sont TB).

        Bonne journée à vous

  8. tout a fait d accord avec votre analyse très juste beaucoup de journaleux ( j emploie ce terme a dessein)sont a la botte de ce méprisant micron et de ses sbires particulierement bfm avec sa ruth!!! les petites gens n en peuvent plus de compter chaque euro et ne savent plus sur quoi économiser il faut que ce gouvernement plie si non tout cela va mal finir!!!en attendant préparons nous a recevoir comme il le faut a biarritz le minable pédant qui nous tient lieu de président!!!!!

  9. J’AI TOUT LU … et en partie compris les réponses apportées à l’ARTICLE de Jean-Yves (que je remercie !)
    Je n’ai RIEN à ajouter puisque chacun(e) Y va de SA DEVISE !!!!
    Je conseillerais juste à Anaïs NIN … de reprendre un Bescherelle pour soigner son style et son orthographe … car L’enseignement Public ne peut pas TOUT faire … à ce niveau-là ;-(((
    Je vous embrasse Toutes et Tous … et je vais mettre Mon GILET ROSE … récemment sorti de sa Bonbonnière !
    Et QUE VIVE notre République Française … quoi qu’il arrive :-))))

    • Cher Paul Bismuth, pas la peine de vous « incliner », nous sommes là pour discuter.
      Et figurez-vous que je suis une très grande fan de Pablo Servigne et consorts. Je suis d accord avec pas mal de choses que vous annoncez, mais bien sûr j insiste sur ce qui gratte et non pas sur ce qui plait. Oui, nous allons droit ds le mur!

  10. Je ne vais pas rajouter trop de bla bla, car tout a été dit, de façon remarquable de lucidité, d’analyse dans les commentaires de chacun d entre vous. Tout y est diagnostiqué, l optimisation fiscale qui permet à de riches revenus de payer moins d impôts que d autres beaucoup plus modestes. La cassure sociale, causée en partie par l’arrogance d une pseudo élite dont Macron en est le parfait exemple.
    Un peu étonné de la mobilisation des gilets jaunes, je pensais que Panurge nous étions devenus, Panurge nous resterions. Et bien non, j avais faux et c est tant mieux.

  11. Je tiens à saluer Ti-grolasson et son commentaire délicat et constructif sur mon Bescherelle.
    Garde-t-on le droit de penser et de s’exprimer tout de même, malgré un collège difficile?
    Mais promis, je ferai un effort pour ne plus choquer les oreilles (ou les yeux?) des bien éduqués.
    Continuons à dialoguer!

  12. Je partage pleinement l’analyse faite dans ce blog sur les causes qui poussent les gilets jaunes à manifester leur exaspération entremêlée de désespoir dans la rue. Ces quelques 18 % de nos concitoyens qui ne parviennent plus à régler leurs dépenses quotidiennes incompressibles sans être contraints de soupeser le bien fondé du moindre achat qui n’est pas d’une absolue nécessité méritent d’autant plus notre soutien que l’on sait que les 10 % les plus fortunés détiennent dans ce pays près de la moitié du patrimoine national (source INSEE).

    Ceux qui s’imaginent que ces gilets jaunes ne sont que de prétentieux rêveurs qui ambitionnent d’égaler les nantis dans leurs excès consuméristes seraient bien inspirés d’aller faire un tour dans une des antennes du Secours populaire pour se rendre compte à quel point le libéralisme et ses préceptes individualistes sont destructeurs d’humanité.

    • Le mythe retour à la normal est dangereux et plusieurs factions en présence sont tombés dans ce piège psychologique :

      Les gilets jaunes croient implicitement que la croissance va revenir (et exigent donc une baisse du carburant – des subsides, en fait – en vue d’une reprise future, hypothétique, pour continuer avec le « business as usual », entre-temps).

      Macron, de son côté, a pris des mesures en vue également d’une reprise théorique de la croissance.

      Trump, de son côté, essaye de revenir à l’Amérique des années 50 (or c’est impossible, vu que l’ingrédient majeur de la croissance américaine des années 50 (et la transformation de la société qui l’accompagnait) était justement le pétrole abondant et bon marché).

      En particulier, c’est aussi l’erreur gravissime qu’ont commis les journalistes des grandes chaînes américaines la veille de l’élection de Trump : ils ont analysé un phénomène nouveau avec une grille d’analyse ancienne et ce sont complètement plantés.

      C’est aussi l’erreur que commettent, par inertie, les gens qui attendent (ou exigent, comme les gilets jaunes) que la situation revienne à la « normale ». En effet un système ne peut pas revenir à une norme antérieure si ce système a radicalement changé de mode de fonctionnement entre-temps.

      PS : ce n’est néanmoins pas la panacée, en effet ce n’est pas parce qu’on sait ce qu’il ne faut pas faire qu’ on sait pour autant ce qu’il faut faire…

      De ce fait, je n’ai pas de plan B précis.

      Je pressens juste que ce qui arrive est bien pire que cette crise et je déplore que que cognitivement, il soit impossible pour un grand nombre dans la société, de le concevoir ou de l’entendre. Ce n’est pas le déni qui va aider quiconque confronté à une crise de l’ampleur de ce qui arrive.

  13. Moi je trouve qu entre un mimi posant completement relooke, et patchouli69 qui acclame P Bismuth, ce site prend de plus en plus des allures de chasseur francais….

  14. Désolé P Bismuth, je n ai pas l ambition de rivaliser avec l élite Biarrotte. Pour ce jugement de valeur, vous vous rapprochez étrangement de la morgue de certains de vos ennemis politiques. Un certain G L n a qu à bien se tenir. Sur ce , je vous laisse proser en bonne compagnie ! Bonne continuation !!

    • Cher JP Cazade,

      vous avez le droit bien évidemment de ne pas être d’accord avec mes positions/arguments.

      Toutefois si avez le droit de les qualifier selon votre perception, je note (et regrette) que vous sembliez privilégier l’invective plutôt que le débat de fond contradictoire.

      La question de fond reste donc posée : où sont vos arguments ?

      Je vous souhaite néanmoins une très belle journée.

  15. j’ai reçu via des amis FR vivant hors de FR un très bon édito (avis perso) par une Sénatrice (PS) des FR de l’étranger, Helen Conway-Mouret. Le voici pour votre réflexion.

    Chères amies, Chers amis,

    1968 – 2018 : il semblerait que cinquante ans plus tard ce soit mai en décembre ! Il est banal d’affirmer que l’Histoire bégaie. Est-ce à dire alors que la contestation violente du pouvoir et singulièrement de celui qui l’incarne à l’Elysée serait d’une nature similaire à celle de 68 ? Je ne le crois pas.

    Alors que la jeunesse dorée du baby boum, politisée et « conscientisée » par les guerres coloniales et la CGT qui organisait la classe ouvrière, manifestait « pour » quelque chose et contre un pouvoir vieillissant incarné par un général de 78 ans que soutenaient encore 80% de la population, le mouvement auquel nous assistons n’a pour seule convergence que d’être « contre ». Contre Emmanuel Macron et son monde, contre ses réformes politiques et économiques, contre la caste qu’il incarne, contre sa jeunesse même, expression d’un monde demeuré étranger aux déclassés par la crise. Cette convergence des émeutes est plus brutale, plus spontanée, plus incontrôlable et ce faisant incontestablement plus dangereuse que celle de mai 68. Le caractère inédit du mouvement et sa diffusion par les réseaux sociaux et les chaînes d’information en continue ont garanti sa réussite initiale. Pas de chef ni de structure, ce qui permet à toutes les déceptions, les frustrations et les mécontentements de s’exprimer, dans un pays où la rébellion bénéficie toujours d’une certaine sympathie. Ne l’oublions pas, notre hymne national est un chant révolutionnaire, notre fête nationale relate une émeute populaire qui déboucha sur la prise de la Bastille. Notre pays a connu quant à lui 18 révoltes populaires depuis 1624, la dernière ayant eu lieu en 2005 avec plus d’un million de personnes dans les rues !

    Et pourtant, malgré la violence irraisonnée des émeutiers de décembre 2018, dont l’écho des cris répondait au grondement d’une bourse en flamme le 24 mai 1968, j’ai beaucoup de mal à trouver des excuses au chef de l’Etat. Il se voulait fort ce soir d’été quand, entouré de son Gouvernement et de quelques parlementaires pour justifier son attachement au fidèle Benalla, il s’écria : « Je suis le seul responsable. Qu’ils viennent me chercher ! ». Ils viennent désormais ! Fort aussi lors de ses déplacements à l’étranger d’où il attaque systématiquement les derniers de cordée, les fainéants, les Gaulois réfractaires. Et pourtant, ces femmes et ces hommes forment le peuple des oubliés, priés de s’adapter à la mondialisation, sans services publics que le Gouvernement s’acharne à affaiblir, sans investissements réservés à la start-up Nation, sans perspective d’avenir parce que trop concentrés à gérer les difficultés du présent.

    Et puis, notre pays est une vieille Nation politique qui s’est construite sur des corps intermédiaires destinés à nous représenter et à nous accompagner. Les corporations hier ; les syndicats, les partis et les élus aujourd’hui. Chacun à sa mesure concourt à l’organisation solidaire et humaine de la société. Or, depuis plus d’un an, avec une violence institutionnelle systématique et d’autant plus facile qu’il ne fut jamais élu, le chef de l’Etat n’a de cesse de dénoncer ces corps intermédiaires, de les affaiblir avec une rhétorique fondée sur les privilèges des élus et de ceux qui seraient « au-dessus de », alors qu’ils n’en sont que l’émanation et le miroir ! On devrait se méfier des hommes sans passé car ils sont alors sans mémoire. En revendiquant, avec Carl Schmitt, un dialogue direct avec la Nation, le chef de l’Etat a introduit un bouleversement dans nos institutions dont on mesure aujourd’hui la dimension historique et qui conduit les Français à retrouver le chemin des barricades. Plus sûrement encore, il illustre la fragilité d’une démocratie libérale dont on comprend enfin qu’elle est mortelle. Lamartine, héros de la Révolution de 1848, écrivit que « la colère consume et n’illumine pas ». C’est de lumière dont nous avons besoin et qu’il nous convient de retrouver ensemble avec urgence.
    Bien à vous,
    Hélène Conway-Mouret

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