Gouvernement pyromane et médias aux ordres

Pourquoi les médias, concernant Christophe Dettinger et Didier Andrieux, utilisent des vidéos tronquées alors que d’autres sont beaucoup plus édifiantes ? Pourquoi le gouvernement attise les haines et fait deux poids deux mesures ?

Devinette : Trouvez celui qui est le vrai boxeur et celui qui pose pour la photo.

En 2014, celui qui n’était alors que maire du Havre, s’était laissé filmer par son condisciple Laurent Cibien dans une salle de boxe en compagnie du champion de kick-boxing Jérôme Le Banner. Disons-le tout net, avec ses petits bras en allumettes et sa silhouette maigrelette, le « guerrier » Édouard Philippe prêtait un peu à sourire. Même sentiment hier soir sur TF1, en voyant celui qui est devenu Premier ministre faire un prévisible numéro de fermeté et annoncer que le gouvernement allait se montrer impitoyable avec les casseurs. La parole du « boxeur » Édouard Philippe serait crédible si le gouvernement décidait de traiter avec équité tous les fauteurs de troubles, ce qui n’est pas le cas. Pour parodier La Fontaine : « Selon que vous serez gilet jaune ou commandant de police »…

Un boxeur qui défend une femme avant de se rebeller

Prenons le cas de Christophe Dettinger, cet ancien boxeur professionnel filmé en train de frapper un CRS. Tous les médias chez qui les syndicats policiers ont table ouverte (BFM, TF1, Le Figaro…) se sont contentés de deux brèves séquences. L’une où l’on voit ce grand gaillard manifestant à visage découvert frapper un policier au sol et l’autre où il affronte avec un certain courage – et beaucoup plus de style qu’Édouard Philippe ! – un CRS casqué et armé d’une matraque. Les torts de l’homme semblent accablants. Ce qui est ennuyeux, c’est que d’autres vidéos, disponibles sur Youtube en un clic et quelques secondes de recherche, montrent la véritable histoire, celle que les médias aux ordres se gardent bien d’utiliser.

https://www.youtube.com/watch?v=-NTwurUqUwo

Acte 1.- Christophe Dettinger manifeste tranquillement sur la passerelle Léopold Senghor, en compagnie de sa femme et d’un ami. Avec sa haute silhouette et son bonnet noir, on le voit au sixième ou septième rang, lorsque la situation se durcit. Un mouvement de foule et il se retrouve gazé en plein visage par un CRS, alors qu’il n’a strictement rien fait.

Acte 2.- Une femme est projetée à terre juste à côté de lui. Alors qu’elle tente de se protéger la tête, un CRS la frappe. C’est ce même CRS, mis à terre par un autre manifestant, qui se fait frapper par le boxeur. Cette vidéo a été visible quelques heures sur le site du Parisien. Curieux hasard, elle n’est plus accessible.

Acte 3.- Fou de colère, Dettinger saute de la passerelle supérieure pour rejoindre la partie inférieure qui mène aux berges de la Seine et frappe un policier. Comme le dira celui qui est devenu fonctionnaire territorial à Massy et qui manifestait à visage découvert, « J’ai vu la répression, la police nous gazer, j’ai vu la police faire mal à des gens avec des flashballs, j’ai vu des retraités se faire gazer, j’ai vu plein de trucs ». Puis de marteler, en conclusion, qu’il est un citoyen « lambda »« Je travaille, j’arrive à finir mes fins de mois mais c’est compliqué. Je manifeste pour tous les retraités, pour le futur de mes enfants, pour les mères célibataires (…) J’ai la colère du peuple qui est en moi. Les présidents, les ministres, l’État, se gavent sur notre dos. C’est toujours nous, les petits qui payons. Moi quand j’entends « les gueux », les « sans dents », je me sens concerné ». Voilà l’homme que les médias ont présenté comme un dangereux délinquant, en se gardant bien de raconter l’incident dans sa totalité !

Benalla, Andrieux même combat

Passons maintenant à Toulon et au délicieux commandant Didier Andrieux, décoré de la Légion d’honneur. Peu avant la remise de sa médaille, il avait cassé le nez d’un major de sa compagnie mais avait toujours affirmé qu’il « visait une armoire » (Celle-là, il fallait oser !). Et que voit-on sur la vidéo ? Un homme noir qui a été interpellé et qui attend calmement qu’on l’embarque se faire frapper à trois reprises sans sommation par le colérique commandant. Ce dernier, n’ayant visiblement pas épongé sa bile, s’en prend ensuite à d’autres manifestants avec la même violence. Comme dirait Coluche, c’est terrible la police, au bout de cinquante réprimandes, on risque un blâme.

https://www.youtube.com/watch?v=CnUR-mqMNYo

Un chef d’entreprise, dans le Var, s’est offert quelques ironiques panneaux de publicité.

Ce gradé colérique n’est visiblement pas fait pour diriger des opérations de maintien de l’ordre, mais Édouard Philippe n’a pas semblé très ému par la situation, hier sur TF1. Tandis que le boxeur, actuellement en garde-à-vue risque une lourde peine de prison, ce galonné puncheur se contentera d’être entendu par la police des polices.

Comment s’étonner ensuite que les gilets jaunes soient exaspérés ?

Une violence inégalée en France

Il aura fallu attendre l’acte VIII, samedi dernier, pour que les gilets jaunes manifestent enfin avec un service d’ordre délimitant le périmètre et empêchant les autonomes ou les pilleurs de s’infiltrer dans le cortège avant de se livrer à d’inadmissibles exactions. La CGT pratique ainsi depuis des lustres assurant la sécurité de ceux qui viennent manifester et… l’ordre public.

Les grenades de désencerclement doivent être lancées au sol pour minimiser les risques. Samedi, à deux reprises, les CRS les ont lancées dans la foule. Un miracle qu’il n’y ait pas eu de blessés graves.

Le gouvernement a délibérément joué le pourrissement et la décrédibilisation du mouvement. Les dégâts faits à des magasins, les coups assénés à des fonctionnaires sont inacceptables mais les journalistes auraient dû faire preuve d’un peu plus de curiosité lors des manifestations. Les imbéciles en gilets jaunes posant devant des voitures brûlées et embarqués par fournées pour être conduits au tribunal étaient à l’évidence des « puceaux » des manifestations ayant mal jugé de la situation et ayant suivi des casseurs aguerris qui ont su se replier à temps et ne pas se faire prendre. Comment les journalistes n’ont-ils pas dénoncé ce que n’importe quel spectateur pouvait voir devant sa télévision ? Des CRS multipliant les tirs tendus de flashball, souvent destinés à des passants étrangers à la manifestation. C’est ainsi que Lola à Biarritz a subi une triple fracture de la mâchoire alors qu’elle était en train de filmer la manifestation. Mais aussi, des policiers en civil quittant les rangs des manifestants après les avoir bien « chauffés » avant de rejoindre la police pour tirer sur ceux qu’ils côtoyaient peu auparavant. Il n’est pas scandaleux que des policiers s’infiltrent dans des manifestations pour repérer les casseurs. Mais le bon goût voudrait dans ce cas-là de s’abstenir d’agir ensuite avec les forces de l’ordre. Et surtout, beaucoup plus grave, un usage absolument interdit des grenades de désencerclement, cette arme de guerre que dénonce Amnesty International. Cette grenade a tué Rémi Fraisse et ne doit être utilisée qu’au sol et dans des conditions d’urgence absolue. Lors de la séquence sur la passerelle Léopold Senghor, on voit très nettement à deux reprises les CRS lancer ce type de grenades au-dessus de la foule. Avec le risque de faire un carnage. Les fonctionnaires fautifs doivent être sanctionnés de la même manière que les casseurs. On prend les paris qu’il n’en sera rien ?

Les incidents multiples, la verbalisation des gilets jaunes installés sur des ronds-points pour « entrave à la circulation » montrent cette volonté de fermeté du gouvernement. Mais la fermeté ne peut aller sans la justice. Les vœux de nouvel an totalement hors sol de Macron ont démontré que ce gouvernement ne maîtrise plus rien. Le ridicule saupoudrage à l’égard des plus démunis face à des injustices de plus en plus répétitives, la volonté de ne pas aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les plus riches, le prélèvement à la source pour les salariés mais pas pour les entreprises et ce sentiment que ce gouvernement de pompiers pyromanes fait tout pour attiser la colère populaire, vont finir par nous conduire au désastre.

Les médias, avec des airs de douairière compassée, ont déploré qu’un boxeur puisse utiliser son « savoir », en l’occurrence ses poings face à un fonctionnaire de police. Reproche-t-on à Macron d’utiliser ses neurones à mauvais escient face à des interlocuteurs qui en ont beaucoup moins que lui ? C’est pourtant ce qu’il fait avec ses petites phrases méprisantes et discriminatoires à l’égard des plus démunis.

Vite une VIe République un peu plus présentable, où la « noblesse électorale » ne s’accaparera pas tous les pouvoirs et tous les privilèges en méprisant les revendications légitimes des plus démunis.

9 réflexions sur “Gouvernement pyromane et médias aux ordres

  1. Constat de l’
    Echelle de revenus
    En France
    *****
    Justice Fiscale – Justice Sociale

    Depuis le 1er janvier 2019, les montants de l’allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), encore appelée minimum vieillesse, sont les suivants :

    Personne seule sans ressources : 868,20 € par mois, soit 10 418,40 euros par an.
    Deux personnes sans ressources : 1 347,88 € par mois, soit 16 174,59 euros par an.

    Ces montants de l’Aspa ont augmenté de manière significative en janvier 2019 (voir ci-dessous).

    Son salaire, d’un montant de 14 666 euros bruts mensuels, a provoqué une polémique en pleine crise des « gilets jaunes ». Chantal Jouanno reste cependant à la tête de la Commission nationale du débat public.

    © Fournis par France Télévisions

    Chantal Jouanno jette l’éponge. Invitée mardi 8 janvier du journal de 20 heures de France 2, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP) a annoncé son retrait du « pilotage » du « grand débat national » voulu par Emmanuel Macron après une vive polémique portant sur sa rémunération en pleine crise des « gilets jaunes ». Va-t-elle pour autant quitter son poste ? « Je maintiens ma présidence, mais je remets dans les mains du président et du gouvernement, le niveau de rémunération de la présidente de la CNDP », a-t-elle précisé à Anne-Sophie Lapix.

    Son salaire s’élève à 14 666 euros bruts mensuels, soit un revenu quasi-équivalent à celui du Président de la République ou du Premier Ministre, qui touchent chacun 15 140 euros bruts par mois. « C’est le salaire fixé par les autorités pour les présidents de la CNDP, quels qu’ils soient », avait expliqué lundi l’intéressée à FranceInfo. « Cela ne dépend pas de moi et ça n’est pas lié au grand débat national ».

    « Je comprends [que ça puisse choquer] et je pense que c’est important aussi que les gens disent pourquoi ça les choque, en quoi ça pose problème, et à la limite, s’ils veulent faire une proposition pour réviser ce salaire, ils en sont totalement libres », avait ajouté Chantal Jouanno en invitant à mettre ce sujet au programme du « grand débat ».

    AUSSI SUR MSN : Jouanno : son salaire est-il indécent ?

    Dès le 15 janvier prochain, le Président de la République vous invite au Grand Débat, sous la présidence de la CDNP; Vous pourrez profitez de cette opportunité pour faire la juste comparaison entre les revenus les plus bas et ceux de nos Elus Nationaux.

    Rassemblements « Colère Citoyenne »

  2. Merci Jean-Yves d’avoir le courage de dénoncer l’impunité des forces de l’ordre » (défense de rire) en France, pays qui comme le dit fort justement Edwy Plénel, est un pays « à signaux démocratiques faibles ».

    C’est tout simplement scandaleux, indigne, honteux. Rien ne peut justifier que les dépositaires de la force publique puissent agir en totale impunité comme c’est le cas depuis toujours.

    Comme tu le fais remarquer à fort juste titre, cela ne peut que renforcer le ressentiment, la méfiance dans nos institutions, la haine du pouvoir. Tout ceci va mal finir je le crains…

  3. Tout à fait d accord avec votre analyse il y a deux poids et de mesures selon que vous soyez ……..etc C’est honteux la différence de traitement entre les 2 cas ils nous prennent vraiment pour des gogols. Ce manque d objectivité me dégoûte. Ce gouvernement attise la haine et attention à la riposte !!!

  4. Le deux poids et deux mesures est une mauvaise règle qui prévaut à tous les étages de la Maison France depuis des lustres. Changer de République ne changera pas cette anomalie. Il faut simplement que la loi soit appliquée de la même manière par et pour tout le monde et partout. A Biarritz, Monsieur Brisson, l’élu le plus important de la Côte Basque, montre au doigt les Gilets jaunes qui occupent illégalement des ronds-points, mais ferme les yeux sur le comportement frappé d’illégalité, du maire de Biarritz, Monsieur Michel Veunac, qui refuse de nous laisser consulter les contrats conclus à la SEM ( cité de l’océan ). Il est vrai que l’un -qui ferme les yeux- comme l’autre- qui ferme la porte du musée de la mer- craignent qu’on y découvre d’autres contrats conclus en faveur de proches soit de l’ancien maire, Monsieur Didier Borotra- qui accorde à sa fille en 2013, un contrat à la cité de l’océan- soit du maire actuel qui accorde en 2016 un contrat public au fils de Monsieur Didier Borotra – plus de 75 000 euros: des surprises ne sont pas à exclure . Le deux poids et deux mesures, cette règle injuste dont chaque Française et chaque Français a, un jour ou l’autre, essuyé les effets, doit cesser. Tout de suite.

  5. Tout est dit, tout est mis dans un grand panier. Un panier qui s’appelle Ve République. Et si on retourne aux urnes sans changer de République on sera toujours avec le même panier (de crabes). On a vu à Biarritz comment la municipalité actuelle est venue en aide financière à son prédécesseur pour ses frais de justice; Voila d’où vient l’exemple.

  6. Monstre aux pieds d’argile
    Même CAHUZAC n’ira pas en prison !

     » Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ‌ »

    Une maxime dont le Président MACRON et son Exécutif devront nécessairement s’inspirer !

    Rassemblements Colère Citoyenne.

  7. A propos du « Grand Débat » de notre président pyromane et distingué :
    On reproche souvent à nos adolescents ce glissement sémantique ou cette dérive hyperbolique de leur vocabulaire lorsqu’ils qualifient de « génial » la réflexion la plus basique ou de « classe » le simple fait de porter des chaussettes propres . Les hommes politiques sont restés de grands enfants qui qualifient de décentralisation de nos provinces ce qui relèvent d’une simple déconcentration ou quand Macron nous parle de Grand Débat lorsqu’il propose une discussion très encadrée avec interdits et thèmes « recommandés » et que ce débat ne ressemble à rien d’autre qu’à nos vieilles séances de Ciné Club où quelques « spécialistes » venaient nous expliquer ce qu’il y avait de remarquable dans l’oeuvre proposée tout en nous laissant le loisir de formuler quelques appréciations anodines mais sincères …. Merci monsieur le Président de nous rajeunir en nous faisant retourner à l’école !

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