Un monde avec des pommes rondes et des ballons ovales

Crise passagère ou durable pour le rugby à XV ? Edmond Lataillade, Jérôme Thion, Soso Puleoto, Richard Tardits, Robert Rabagny et Benoît Baratchart donnent leur avis mercredi prochain.

En 1974, un espèce d’allumé, agronome de profession, se présentait aux élections présidentielles en même temps que Chaban-Delmas, Giscard d’Estaing, Mitterrand, ou Laguillier. René Dumont se distinguait des autres candidats car il était le seul à se présenter devant les Français en pull… et avec une pomme sur le pupitre.

Le rugby et la politique étaient déjà à cette époque là mes deux grandes passions. Tocard assumé, je remplaçais la qualité par la quantité, disputant parfois trois matches par semaine, le jeudi avec l’université de Paris 1, le dimanche avec le SCUF et parfois le samedi avec des copains en corpo. Une gloutonnerie rugbystique impossible de nos jours où le niveau physique est autrement intense.

Originaire d’un milieu paysan et ancré dans l’idée que la terre nourrirait toujours ses enfants, René Dumont m’avait sidéré en montrant la pomme posée sur le bureau et en annonçant qu’un jour on pourrait se retrouver sur une terre où ce fruit aurait disparu. Une idée qui me paraissait ahurissante ainsi qu’à nombre de Français puisque ce précurseur des écologistes n’avait totalisé qu’1,32 % de suffrages. Quarante ans plus tard la prédiction de René Dumont, décédé en 2001, apparaît terriblement d’actualité.

Et comme la vie est une vaste blague, quatre cents matches officiels plus tard, chiffre estimé des rencontres que j’ai dû disputer, puisque j’ai joué jusqu’à trente-neuf ans, me voilà maintenant presque au même âge que René Dumont en 1974.

Le rugby est toujours ma passion, mon emploi du temps actuel est toujours organisé en fonction des matches et, comble du ridicule, j’ai demandé à mon épouse si je pars le premier d’être enterré avec un ballon de rugby. J’espère de toutes mes forces me tromper sur « mon » sport, mais le rugby à XV avec ses contradictions, ses incapacités à se réformer, ses règles qui ne sont plus les mêmes suivant les niveaux… et la concurrence du VII, me semble en grand danger et susceptible de disparaître. C’est pour cette raison que j’ai écrit « Rugby en péril ». Et pour ma descendance, je ne peux que souhaiter un monde avec des pommes rondes et des ballons ovales.

Avec la gentillesse qui les caractérise, Edmond Lataillade, mais aussi Jérôme Thion, Soso Puleoto, Richard Tardits, Géronimo Rabagny et Benoît Baratchart ont accepté de participer à un débat, mercredi prochain à 18h30 au Txik Txak, à côté du Jai Alaï d’Aguilera pour savoir si la télé (« Les payeurs ont toujours raison » ) est dans son droit de dicter le calendrier aux clubs à la veille du derby Aviron-Biarritz que tout le monde aurait souhaité voir jouer un dimanche, et pour tenter de voir si le rugby à XV traverse une crise passagère ou durable.

L’entrée est bien évidemment gratuite et le monde du rugby attendu. La dédicace de « Rugby en péril », en vente sur place, sera possible après le débat. Avec un stylo rouge pour les Biarrots, bleu ciel pour les Bayonnais et de la couleur de votre choix pour tous les autres…

 

Les jeux de l’amour et du bazar

Quinze mois seulement séparent ces deux vidéos, mais quelle différence de ton  entre Saint-Cricq et Veunac, désormais en plein marivaudage…

Veunac évoque les « voieries d’intérêt districal » et le bon élève Saint-Cricq s’empresse de sortir le schéma de son cartable, tandis que Maïder Arosteguy semble consternée. Aucun doute, l’ex-opposant va être admis en classe supérieure.

Le 20 décembre 2017, fait inhabituel, l’opposant Jean-Benoît Saint-Cricq se félicitait que les conseils municipaux, grâce à la vidéo, soient désormais accessibles à tous. Dirait-il la même chose aujourd’hui ? Ce n’est pas tout à fait sûr. Bisque, Bisque, Basque ! s’est donc amusé à comparer les vidéos de décembre 2017 (le premier conseil municipal d’après l’affaire des écuries de Bigueyrie) et le dernier conseil en date, celui du 26 mars 2018 et vous propose de jouer au jeu des cinquante erreurs.

Il y a les différences évidentes comme le changement de look de l’avocat biarrot, cheveux courts et poil rasé quand il était dans l’opposition et désormais barbe de trois jours et frisotis dans le cou. On notera que de son côté Michel Veunac reste toujours le même, malgré cette nouvelle romance : phrases creuses et joues roses. Il nous a ressorti mardi pour la cinquième fois de son mandat « Tout ce qui est excessif et insignifiant » tandis que son conseil échangeait des regards consternés.

Mais il est des différences plus subtiles. En décembre 2017, alors que Jean-Benoît Saint-Cricq était encore opposé au maire et à la gestion de l’Hôtel du Palais, l’avocat biarrot lui donnait du « Monsieur le maire, vous… »

En mars 2019, plus besoin de se cacher. Tous les collègues de bureau des deux élus sont désormais au courant de l’idylle et Veunac, après avoir félicité le bon élève Saint-Cricq pour avoir exhumé « le plan des voieries d’intérêt districal », passe inconsciemment du « Vous » au « Voilà, tu as le schéma » en s’adressant à celui qui ne lui inspire désormais plus aucune crainte.

Il faut dire aussi que notre pauvre maire, désormais veuf de sa majorité et qui n’a plus personne sur qui s’appuyer à l’exception de deux ou trois flagorneurs, fait de plus en plus appel aux lumières juridiques de Saint-Cricq.

Si tout cela ne finit pas en grand mariage électoral en 2020, c’est à désespérer de l’amour et de Marivaux… À moins que les électeurs, en guise de cadeau de mariage, n’offrent une veste aux deux tourtereaux ?

Nathalie Motsch garde la tête froide

Pas de triomphalisme, même si les faits montrent que l’ex-adjointe à l’Urbanisme avait raison sur Aguilera. La (presque) candidate pour 2020 veut avant tout jouer collectif.

Nathalie Motsch avec sa veste rouge BO, le jour où Veunac lui a retiré sa délégation.

L’entretien se déroule le vendredi 22 mars, au lendemain d’une réunion de majorité consacrée au projet Aguilera. La veille, le maire Michel Veunac et le directeur des services Christophe Landrin ont confirmé point par point ce que Nathalie Motsch affirme depuis le début, à savoir l’impossibilité légale de réaliser le projet tel qu’il est conçu. On s’attend donc à rencontrer Nathalie Motsch avec des petites ailes aux pieds après ce revirement surprise et on est surpris par le sérieux et la gravité de la presque déclarée candidate. « Si mes enfants ou mon mari me le demandent, je réfléchirai à arrêter la politique » affirme l’ex-adjointe à l’urbanisme qui rajoute dans un sourire « … Mais rassurez-vous, ça ne semble pas être le cas ».

Nathalie Motsch évoque ses débuts en politique, en 2008, quand elle était conseillère municipale, travaillant avec « un très grand maire » Didier Borotra : « Il a tenu sa majorité et fait du consensus permanent. Sinon ça n’aurait pas duré vingt-quatre ans ». « Calamity Nathalie » comme la surnomme l’actuelle majorité n’en dira pas plus mais on devine que derrière cet éloge adressé à Borotra se cache tout ce qui manque à la gouvernance Veunac.

« J’écoute, je rencontre »

L’intéressée ne peut pas préciser à quel moment précis elle a considéré qu’elle était la plus à même de présider aux destinées de Biarritz. Les psychodrames permanents de cette majorité hétéroclite, les remarques sexistes, et « une gestion qui a manqué de transparence » y sont sans doute pour beaucoup. « Je suis frappée par l’appétence des citoyens à participer à la vie publique. Pour le moment je rassemble une équipe, j’écoute et je rencontre. Il est encore un peu tôt pour formuler des propositions ». Les propositions ne sont pas encore écrites, mais elles semblent déjà claires dans la tête de l’intéressée : « Mon projet est de remettre de la transparence et de l’écoute dans la vie quotidienne des administrés, et viser ensemble à une qualité de ville pour une qualité de vie. La bonne décision est toujours prise collectivement ». Voilà qui ressemble fortement à un futur programme électoral !

« Raisonnablement optimiste pour les recours »

Nathalie Motsch se montre réticente à évoquer le passé, même si ses prises de position sur l’Hôtel du Palais lui ont valu une soudaine notoriété auprès des Biarrots : « Je ne veux pas ressasser. La séquence a été hallucinante et au final on arrive à une privatisation déguisée du Palais sans réelle participation des citoyens ». Ne cherchant pas à réécrire l’histoire, Nathalie Motsch affirme « ne pas avoir vu venir le choix de l’opposition » de se rallier (en partie) à Veunac dès juillet 2018 et se contente de lever les yeux au ciel quand on lui demande si les Saint-Cricq, Domège ou Darrigade ont fait ce choix par conviction.

En revanche, elle ne regrette pas d’avoir déposé un recours contre les délibérations qui s’ensuivirent : « Michel Veunac a insisté plusieurs fois pour que je retire mes recours. Il ne pouvait en être question et je suis raisonnablement optimiste quant à l’issue juridique ».

« Je suis une femme d’équipe »

Elle affirme n’avoir jamais su que Veunac avait été bluffé lors de son mémorable discours du 15 octobre 2018 qui lui avait valu une salve d’applaudissements des Biarrots présents dans la salle du conseil municipal et sourit quand l’entourage du maire rapporte qu’elle était à ses yeux la « plus politique » de l’équipe : « C’est dommage qu’il ne s’en soit pas aperçu avant ! ». Surprise, celle qu’on présente comme une « dame de fer », celle qui ne laisse personne indifférent, aimée ou détestée suivant les interlocuteurs qu’on rencontre, reste très touchée par cet épisode : « Ce dossier me coûte très cher à titre personnel. Je perds ma délégation à l’Urbanisme que j’adorais et une équipe avec qui j’avais plaisir à travailler ». On en vient au caractère de l’intéressée, à sa réputation de jouer toujours perso et de rechercher la lumière médiatique. « C’est totalement faux. Je ne cherche pas à me retrouver seule contre tous, car je suis d’un tempérament profondément collectif. » Nathalie Motsch estime que la vie publique nécessite des connaissances très pointues et que c’est sans doute sa formation d’avocate qui l’amène à réagir avant d’autres élus.

« Je ne suis pas opposée au BO »

Force est de constater que dans le dossier d’Aguilera, avant que Michel Veunac ne se rapproche de ses positions, elle s’est retrouvée encore une fois seule contre tous. Soupir de l’intéressée, visiblement très touchée par les attaques subies : « On m’a fait le procès de ne pas aimer notre club, alors que je ne suis pas opposée au BO mais juste à la méthode utilisée. Pour prouver mes dires, je vais d’ailleurs rendre publique une lettre que j’ai écrite à Jean-Baptiste Aldigé le 15 février dernier ». (Document à la fin de l’article)

La passionnée d’urbanisme commence à tracer des lignes imaginaires dans toutes les directions : « Ce qui est porté dans le projet PICHET pour la plaine sportive d’Aguilera c’est un quartier avec 375 logements concentrés autour de la piste d’athlétisme. Or, ça pose un problème. Un quartier doit être pensé, réfléchit, il doit intégrer tous les usages, répondre aux attentes des habitants, privilégier une faible densité au sol pour valoriser des espaces verts, viser un urbanisme durable et raisonnable, il y a de très nombreux enjeux à relever. Ce ne peut pas être juste du bétonnage, il faut tenir compte de l’écosystème, de l’environnement, du paysage architectural et végétal. Ce n’est pas à un promoteur de concevoir un quartier. C’est à la Ville de le porter avec les biarrots en transparence et en respectant des mises en concurrence. En réalité, le sujet n’est pas de dire si on est pour ou contre ce projet mais qu’est-ce qui est faisable ou pas au regard des règles de droit et de la nécessaire maitrise d’aménagement urbain par la collectivité ».

Nathalie Motsch s’excuse de devenir technique : Je suis la première à le déplorer mais on est face à un mille-feuilles administratif avec lequel on doit composer. Ce projet est intéressant mais il bute comme l’ont souligné Michel Veunac et Christophe Landrin sur des « impossibilités juridiques » Des exemples s’imposent pour rendre le discours plus concret. « On passe de 220/250 logements dans ce qui était initialement prévu par la ville à 375 logements dans le projet du promoteur privé, ce qui est plutôt une bonne idée. Mais la MECDU (la Mise En Conformité des Documents d’Urbanisme) nécessite du coup d’être modifiée et les délais sont longs, au minimum douze mois. Je le déplore mais on n’a pas le choix. Autre exemple : le projet Pichet prévoit entre 2500 et 3000 mètres carrés de galeries commerciales, ce qui pose un problème de compatibilité avec le SCOT (le Schéma de Cohérence Territoriale) et le Schéma d’Armature Commerciale. Ces réglementations s’imposent, c’est la loi et elle a été faite dans le but de protéger les commerces de centre ville, en évitant de créer de la commercialité en périphérie pour lutter contre la désertification des centres-villes. Le projet commercial du promoteur PICHET devra être diminué en le limitant probablement à une surface inférieure à 1000 m2.  Ce n’est pas moi qui le dis, ce sont les textes. Ceci dit, en tant qu’élue je suis naturellement très attentive à toutes ces questions. »

« Je ne comprends pas la position de Guy Lafite »

Quant à la polémique qui voudrait qu’elle roule aux côtés de Jean-René Etchegaray en faveur de l’Aviron et contre le BO, l’intéressée la juge tout simplement « ridicule » : « Mon cœur est à Biarritz et rien qu’à Biarritz, et la Biarotte que je suis depuis 18 ans a encore en tête la fête que nous avions fait, comme tout le monde, pour le bouclier de Brennus ». Nathalie Motsch s’engage au contraire à « tout faire pour aider le BO, club que tout le monde aime dans la ville » si elle est élue maire « à condition d’être dans le respect des lois existantes ».

Difficile de ne pas évoquer Guy Lafite qui devrait être à ses côtés dans ce dossier puisque ses anciennes fonctions de secrétaire général des mairies de Marseille et Paris lui donnent une bonne connaissance des contraintes juridiques inhérentes à une ville : « Je ne m’explique pas sa position ».

Notre grand argentier aurait-il une petite stratégie électoraliste derrière tout cela ?

 

15 février : la lettre de Nathalie Motsch à Jean-Baptiste Aldigé :

Un moment de grâce et de générosité

Le premier samedi de chaque mois, le restaurant « La table d’Aranda » organise un cours de cuisine qui est un pur bonheur.

Olivier Foussard donne des conseils à un jeune lycéen qui souhaite devenir cuisinier.

Tous mes confrères le savent : le journalisme confine parfois à la stupidité. La passion de l’info va nous amener à divulguer à tous un bon plan qui devrait être réservé aux seuls proches. Sébastien de Conti, le sympathique patron de « La table d’Aranda » va me maudire, car le bouche à oreille lui suffit amplement, mais comment ne pas avoir envie de partager le moment délicieux que nous propose le chef Olivier Foussard, ancien du Miramar, le premier samedi de chaque mois ?

Tout commence à onze heures, un horaire plus que raisonnable, pour les huit chanceux qui ont réussi à s’inscrire. Sitôt arrivés, vous voilà dotés d’un tablier provisoirement immaculé, et direction les cuisines où Jean-Yves et Ahmed officient à côté du chef. Avec sa gentillesse et son humilité, ce dernier a l’art de mettre à l’aise le groupe. Si le partage et la générosité sont l’apanage de la cuisine, alors nous sommes bien en présence d’un authentique maître queux, comme on appelait les cuisiniers sous La Fontaine. Les recettes et tours de main sont détaillés avec beaucoup de simplicité à tous ceux qui le souhaitent. « N’hésitez pas à prendre des photos si vous avez peur de ne pas vous souvenir, insiste le chef. La pâtisserie demande beaucoup de précision. C’est pour cette raison que tout est écrit pour être sûr de ne pas faire d’erreur ». Dans cette cuisine, où les huit apprentis du moment doivent sérieusement compliquer le travail de l’équipe en place, toutes les questions sont permises et tout est transparent. Pas de cachotteries ni d’artifices et les frigos sont ouverts devant les clients qui peuvent vérifier la qualité des produits utilisés. Olivier Foussard pousse même l’amabilité jusqu’à expliquer où il achète ses citrons confits ou ses épices pour que chacun puisse tenter de renouveler l’expérience culinaire chez lui.

Tout le monde au travail

Et comme le chef ne souhaite pas que ses apprentis du moment se contentent de regarder, à chaque fois il s’arrange pour que tout le monde mette la main à la pâte. Au gré des saisons, les stagiaires vont donc apprendre à travailler la pintade, le lieu jaune ou le merlu en papillote, ou tout découvrir des secrets du financier à la pistache ou du sabayon aux fruits. Le chef pousse même la gentillesse pour ceux qui reviennent d’un mois sur l’autre jusqu’à réaliser la recette que lui demandent ses stagiaires ou à faire des clins d’œil aux participants comme cette bisque délicieuse, lors de notre venue.

Fiers d’avoir bien œuvré, tout le monde rejoint ensuite vers 12 h 30 la table d’hôte où le fait d’avoir partagé une expérience passionnante abolit toute timidité.

Le bonheur, c’est parfois simple comme « La table d’Aranda ».

http://www.tabledaranda.fr/

La table d’Aranda, 87 avenue de la Marne. Le cours de cuisine et le repas avec apéritif, entrée, plat, dessert vin et café, 30 euros par personne. Tel 05 59 22 16 04

Il faut Aguileraison garder

Le projet d’aménagement d’Aguilera présenté par Aldigé est incontestablement séduisant. Aux politiques de nous dire maintenant s’il est juridiquement et économiquement faisable .

La villa rose deviendrait le siège des bureaux du BO.

Cet ancien joueur du BO, génération Bouclier de Brennus, n’a pas perdu la verdeur habituelle des propos de vestiaire : « J’ai un avis très arrêté sur ce projet, mais je me garderai bien de l’exprimer publiquement par crainte de déclencher les ventilateurs à merde dans tous les sens ». Bisque, Bisque, Basque ! qui n’a pas peur de grand-chose va donc enfiler ses bottes d’égoutier pour tenter de vous décrypter la formidable partie de poker qui est en train de se dérouler sous vos yeux.

Un projet global et intéressant

Si je rentre un soir chez moi, en annonçant à mon épouse ; « Chérie, je vais améliorer notre maison en faisant vingt millions de travaux », il y a quelques chances, si je ne suis pas trop branque, pour qu’effectivement la maison que nous occupons se bonifie. Mais tout va se compliquer quand, après avoir admiré les projets de l’architecte, ma tendre moitié va me demander : « Au fait, ces vingt millions, tu les trouves où ? » Le projet que Jean-Baptitste Aldigé a présenté à certains journalistes et à des élus qu’il a convoqués dans les bureaux du BO est incontestablement intelligent et a le mérite de lancer la réflexion sur un aménagement global du plateau d’Aguilera, là où un Veunac se contentait de petits grignotages de parcelles et de quelques constructions sans vision d’ensemble.

Lors de la soirée privée organisée dans les salons de la tribune Kampf, le président du BO a martelé deux phrases « Si vous savez comment on gagne de l’argent dans le rugby, expliquez-moi » et « La famille Gave n’a pas vocation à boucher les trous financiers chaque fin de saison ». L’amoureux du rugby, nostalgique de la splendeur passée du BO, a envie de souscrire à cette évolution de son sport favori et à la nécessité d’amener des recettes supplémentaires au club. Mais n’étant ni élu, ni urbaniste, ni juriste, reste à savoir si ce projet « tient la route » et est faisable, une fois le beau rêve évoqué.

Trois problèmes d’importance à régler

« Bisque, Bisque, Basque !  se gardera donc bien pour l’instant de détailler davantage le projet découvert pour la première fois le jeudi 14 février dans les locaux du BO. Lors de la réunion privée du 5 mars dans les salons Kampf, ce projet a été présenté aux Biarrots qui le souhaitaient, ce qui nous change agréablement des cachotteries vécues lors de la rénovation de L’Hôtel du Palais. Mais aucune image ne circule pour le moment des aménagements prévus par le groupe Pichet ce qui complique le travail des journalistes souhaitant expliquer ce qui se prépare.

1.- Ce projet semble difficilement réalisable légalement. La Ville mais aussi l’Agglo ont incontestablement leurs mots à dire dans la décision. Jean-Baptiste Aldigé estime que le groupe Pichet est le seul capable de lui façonner l’outil de travail dont il rêve. Si dans le privé on peut librement choisir son entrepreneur, dans le public on doit passer par des appels d’offres. Aux dernières nouvelles, les services de la Ville, mettraient en avant des difficultés juridiques dans la réalisation de ce projet. Ce qui ne veut pas dire pour autant que l’aménagement d’Aguilera ne doit pas se faire. Mais les politiques doivent reprendre la main sur le dossier et prendre leurs responsabilités en rendant « juridiquement correct » l’aménagement d’Aguilera.

2.- La Ville doit décider de ses priorités. Si ma fille passe le permis, je peux décider de lui offrir une Ferrari, mais le bon sens économique et la sollicitude de mon banquier font que je vais peut-être opter pour une Clio d’occasion. Le projet d’aménagement de la partie sportive d’Aguilera est intéressant mais mérite nombre d’éclaircissements, car tout le monde a en mémoire qu’il manquait 15 millions d’euros pour boucler le dossier Palais, ce qui a amené Decaux à entrer dans le capital. Encore une fois, Bisque, Bisque, Basque ! déplore que ce palace qui n’a pas à être géré par une Ville, n’ait pas été vendu en 2018, ce qui rendrait plus facile l’aménagement actuel d’Aguilera et aurait permis de remettre les finances de Biarritz d’équerre. Encore un somptueux ratage du mandat Veunac !

Il ne s’agit nullement de rejeter les propositions faites pour pérenniser le BO mais de demander à nos élus de réfléchir avant de prendre position. À eux de faire des propositions et de nous montrer qu’ils ont l’étoffe d’un ou d’une future maire. En ce sens, l’attitude d’un Guillaume Barucq laisse un peu rêveur : découvrir le projet à 10 heures le matin et faire un tweet enthousiaste à 14 heures ne me semble pas très politique, même si j’ai énormément de sympathie pour l’intéressé.  Prenez un peu de temps, Messieurs et Mesdames les élu(e)s, et donnez-nous des réponses précises, techniques et réfléchies.

3.- Des fatwas inacceptables. Reste enfin une stratégie très délibérée de Jean-Baptiste Aldigé qui complique singulièrement la donne. Au lieu d’accepter que la presse et le club local cohabitent même si l’esprit critique est parfois de rigueur, le président entretient une tension délibérée avec certains médias qui nuit complètement à une approche sereine du dossier. La composition d’une tribune de presse n’a jamais regardé le directeur d’un club et Aldigé n’avait strictement aucune raison d’expulser les journalistes de Sud Ouest en début de saison. Interdire l’accès aux médias sous prétexte de « réunion privée » est tout aussi surprenant. Dimanche dernier, lors de la défaite du BO face à Vannes une nouvelle étape a semble-t-il été franchie avec une distribution de casquettes demandant aux journalistes de redevenir honnêtes.  Une attitude que Bisque, Bisque, Basque ! condamne sans la moindre hésitation. Tous les politiques ne sont pas pourris, tous les journalistes malhonnêtes et tous les présidents de clubs allumés. Au diable donc, tous ces raccourcis à la Trump qui ne font que compliquer la donne !

Une partie de haute volée entre Aldigé et Veunac

On l’aura compris : Bisque, Bisque, Basque ! éprouve plutôt de la sympathie pour le dernier président du BO, pour son authentique passion pour le rugby, sa volonté de moderniser le spectacle proposé et de bousculer les codes. Un homme capable, il y a un peu plus d’un mois, de débouler dans le bureau du maire et, au bout de trente secondes de discussion de hurler sur lui, ne peut qu’être sympathique. Mais limiter Jean-Baptiste Aldigé à un président un peu trop cash dans ses relations serait faire une erreur tactique grossière.

L’homme est probablement un stratège remarquable et s’il bouscule ainsi les habitudes biarrotes, c’est avec une idée derrière la tête. Il sait que le temps lui est compté et que la famille Gave ne patientera pas éternellement. Le poste qu’il occupe lui plaît mais le temps de décision des politiques, où il est toujours urgent d’attendre, n’est pas le sien. Alors, comme Tapie en son temps lorsqu’il dirigeait l’Olympique de Marseille, il peut tour à tour se montrer d’une exquise urbanité ou d’une grossièreté achevée. Les attaques en piqué contre Jean-René Etchegaray ou Nathalie Motsch sont ainsi très calculées. Elles n’ont d’autre but que de terroriser les élus peureux qui se disent que c’est eux qui pourraient être ainsi montrés du doigt et de souder les Biarrots, toujours prêts à détester l’ennemi héréditaire bayonnais, autour de ce projet qui va incontestablement dans la bonne direction mais qui n’est peut-être pas la première priorité de la Ville.

Et n’oubliez surtout pas que Veunac et Brisson, alors que la bataille faisait rage entre les clans Ledoux-Gufflet et Les Gave père et fils, soutenus par les « historiques » Blanco et Brusque, n’ont pas hésité à prendre parti en pleine bataille de cour d’école en demandant aux premiers de partir. Du jamais vu ! Sauf que Veunac est aussi vice-président de l’Agglo et que l’aménagement de la Côte basque doit désormais être fait en concertation.  Veunac doit donc manœuvrer avec deux pistolets braqués sur la tempe, l’un par la famille Gave qui souhaite qu’il tienne ses promesses et l’autre par Jean-René Etchegaray qui souhaite que Veunac se montre solidaire avec l’Agglo.

Comme Veunac est un pragmatique prêt à tout pour sa survie politique, il a entrevu le bénéfice qu’il pouvait tirer de la situation en constatant que des élus de tous bords (Arosteguy, Tardits…) semblaient favorables au projet. Résumé de ses discussions avec son entourage proche : Si le G7 se passe bien, j’annoncerai ma candidature pour 2020 dans la semaine qui suit avec une liste recentrée et composée de gens expérimentés (NDLR : probablement Domège, Puyau, Darrigade et Saint-Cricq). En attendant, après le fiasco du Palais, Veunac a décidé de réunir les élus en commission générale le 28 pour guetter leurs réactions. Et d’envisager dans la foulée d’organiser un referendum pour se faire adouber par la population. Quitte à expliquer ensuite que c’est le méchant Etchegaray, flanqué de la méchante Motsch, qui empêchent les Biarrots de mener à bien ce projet.

Seul hic à ce beau scénario destiné à permettre à Veunac d’être réélu en 2020, les services techniques dirigés par Christophe Landrain jugent difficilement réalisable cet aménagement, tandis que certains élus se demandent s’ils ne sont pas allés un peu vite en besogne.

Cris et engueulades lors de la réunion de majorité

Une fois de plus la réunion de majorité qui s’est tenue lundi 18 mars a tourné à la bataille rangée. Signe d’une déliquescence absolue, ils n’étaient plus que 13 élus à être présents à ce qui ressemble de plus en plus à une mascarade permanente. Et comme la vie municipale ne cesse de se bonifier, cette fois ce sont Veunac et Lafite qui se sont empaillés gravement, Veunac affirmant que cet aménagement était « juridiquement impossible » tandis que « Lafaillite-nous-voilà ! », le roi des montages acrobatiques qui ruinent les Biarrots, levait les yeux au ciel en ayant l’air de penser qu’il fallait être vieux et dépassé comme Veunac pour ne pas foncer. Notre si sympathique énarque ne serait-il pas en train de se dire qu’un petit cavalier seul en 2020 au cas où le G7 se passerait mal et où Veunac ne tenterait pas sa chance, mérite d’être essayé ?

Autre grosse prise de bec du duo infernal, toujours le même soir, à propos de « GL events » qui devrait gérer la nouvelle salle de spectacle attenante à la tribune Blanco. Veunac redoute que cette société vampirise « Biarritz Tourisme » tandis que Lafite est là aussi favorable à l’arrivée de l’entreprise. Même malaise du côté des troupes, Anne Pinatel se montrant très emballée par le projet, tandis que Brigitte Pradier et la supportrice de cœur du BO Jeannine Blanco l’estiment totalement irréaliste.

Comme les lecteurs pourront le constater, le calme, la paix et l’harmonie la plus absolue règnent donc sur Biarritz, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil et où personne ne pense à 2020.

Une raison supplémentaire pour aborder avec beaucoup de soin et de minutie ce dossier d’aménagement du plateau d’Aguilera tandis qu’un calendrier difficile attend le BO dans les prochaines semaines. C’est peu probable et personne ne le souhaite, mais vous imaginez la saison prochaine l’ambiance si se tenait un derby BO-Anglet à Aguilera ?

 

Maïder Arosteguy veut empêcher un nouveau « mandat de désolation »

La conseillère départementale est persuadée que son bon sens et sa proximité avec les Biarrots vont faire d’elle la favorite de 2020 après le catastrophique intérim de Veunac.

Image extraite de la page Facebook de Maïder Arosteguy.

La conversation qui se déroule au Royalty, le jour de la prise de fonctions de Pascal Ondarts, démarre par un énorme fou-rire : « Sérieusement, vous connaissez un seul Biarrot qui ne vous imagine pas candidate en 2020 ? ». Maïder Arosteguy ne peut s’empêcher de sourire. Elle sait bien qu’elle fait tout actuellement pour préparer la campagne des municipales de 2020 dans les meilleures conditions. « Malgré les apparences, ma décision n’est pas encore totalement prise. Dans l’hypothèse où je serais candidate et dans l’hypothèse où je serais élue maire, contrairement à d’autres, je ne m’imagine pas autrement qu’en maire à plein temps, Et je serai bien évidemment présente à l’Agglo car c’est là que se prennent les décisions qui engagent l’avenir du territoire. »

C’est promis, on saura au plus tard à l’automne si Maïder et son groupe de réflexion se lancent dans la bataille, après onze ans de présence dans l’opposition municipale. « Pour le moment, je ne suis ni en campagne ni candidate. J’ai juste créé « Mon Biarritz » pour établir une ligne directe avec les Biarrots, et avoir une remontée de terrain déconnectée de toute pollution politique ».

« Plus audible depuis le départ de Brisson »

À propos du mandat de Michel Veunac, l’opposante se montre particulièrement féroce : « C’est un mandat de désolation. La fin du cycle Borotra. On a voulu copier les recettes du borotrisme sans en avoir le talent. » Les implosions successives de la majorité ne l’ont guère étonnée : « Ma seule surprise vient du temps que ça a mis à exploser. Cette addition d’egos ne pouvait pas fonctionner » Maïder Arosteguy, avec Richard Tardits est une des rares opposantes à ne pas avoir trahi son mandat. Si elle refuse de commenter l’attitude des Saint-Cricq, Domège ou Darrigade, elle se montre assez nuancée sur son propre bilan : « J’ai le respect du chef et faire entendre ma voix au début a été assez compliqué. Depuis le départ de Max Brisson pour le Sénat, je peux enfin être plus audible ».

Difficile en effet de ne pas parler de Max Brisson. Énorme soupir : « Mon binôme !». Maïder Arosteguy avoue sa perplexité face au sénateur : « Max se dit très heureux au Palais du Luxembourg mais Biarritz bruisse de ses rendez-vous avec des candidats potentiels, c’est assez étonnant ». La presque candidate Maïder Arosteguy affirme qu’elle n’est pas assurée d’avoir l’investiture de son Parti, Les Républicains : « C’est une commission départementale qui se prononcera en septembre, lors d’un vote. Ensuite, une investiture et un logo n’ont jamais été l’alpha et l’oméga pour gagner une élection municipale où les enjeux sont purement locaux. Quant à Max Brisson, il lui appartient désormais de faire un choix… »

« Il est temps pour Veunac de passer à autre chose »

Reste une embarrassante question à un an des élections municipales. Si Maïder arrivait seconde ou troisième avec un maire sortant en tête, serait-elle prête à s’allier avec lui au second tour en échange d’un poste de Première adjointe ? Réponse catégorique : « Michel Veunac, ce n’est tout juste pas possible ; En 2020 j’aurai combattu, mais toujours avec dignité je crois, Michel Veunac. Ce n’est pas pour me retrouver à ses côtés le jour des élections. De plus quelle vision a-t-il de Biarritz et du Pays basque ? Qu’a-t-il fait pour une ville qui se dégrade lentement, je pense notamment à ses quartiers, sauf à proposer des coups médiatiques onéreux ou des chèques en blanc que les prochaines générations devront assumer pour Le Palais ? Il est temps pour lui désormais de passer à autre chose plutôt que de tenter une nouvelle fois de mal gouverner ».

Grosse surprise, alors que la rumeur publique veut que ses relations avec Nathalie Motsch soient exécrables, Maïder se montre très consciente qu’une multiplication des listes pourrait permettre à Veunac de l’emporter et n’est pas hostile à un regroupement des forces en présence : « Il y a des points à discuter avec les autres candidats décidés à faire de la politique autrement. Si Guillaume Barucq, par exemple, me dit que Biarritz doit devenir une ville réservée aux seuls vélos et piétons, nous ferons campagne séparée. Mais j’ai affaire à des gens intelligents et rien ne dit qu’il n’y aura pas de solutions pour empêcher Michel Veunac d’obtenir un deuxième mandat ».

« Pour la vente du fonds et des murs du Palais »

Les grands dossiers de la mandature, comme Le Palais, sont ensuite évoqués.  « Si j’avais été maire, j’aurais organisé un referendum et consulté les Biarrots. Je reconnais avoir évolué sur le sujet. Je pense qu’un palace n’a pas à être géré par une ville et qu’il aurait fallu vendre les murs et le fonds permettant à la Ville de se désendetter massivement et investir pour le quotidien des Biarrots ».

Quant à Aguilera, le nouveau dossier brûlant, Maïder Arosteguy se montre claire : « J’ai pu voir en détail, en répondant à l’invitation de Jean-Baptiste Aldigé, le projet d’aménagement de la zone d’Aguilera. Il est intéressant et mérite considération. Notre rôle d’élu, désormais, consiste à vérifier qu’on peut élaborer ce projet dans le cadre d’un strict respect de la loi ».

N’était-ce pas gênant pour des élus, de se retrouver un à un dans le bureau du président du Biarritz Olympique ? Maïder ne le pense pas : « Quand on est 35 élus réunis, ce sont un peu toujours les mêmes qui monopolisent la parole. En tête à tête, on s’autorise plus à poser des questions. Et j’en ai posé beaucoup ! ». Le fait que les élus vont se retrouver en commission générale à huis clos pour débattre du projet la rassure, même si elle estime que la population doit être étroitement associée au débat.

Pour la première fois de l’entretien, Maïder estime que Michel Veunac a pris une bonne décision. Ce qui ne change rien à sa détermination : « Franchement, une Biarrote maire de Biarritz, ce ne serait pas mal, non ? »

 

Libérez le rugby !

Affrontements de mastodontes, accidents multiples, présidents qui se prennent pour des stars, chaînes payantes qui piétinent le monde amateur, le rugby français va dans le mur et semble incapable de changer de trajectoire.

Lorsque petit à petit nous avons dû abandonner à notre plus grand regret le rectangle de pelouse qui avait ensoleillé notre jeunesse pour nous contenter de la main courante, nous nous sommes souvent dit entre anciens joueurs, au vu des gabarits des nouveaux pratiquants, de l’évolution du jeu et des impacts « qu’un jour il y aurait des morts » dans notre sport favori, sans trop croire toutefois à ce que nous affirmions. Nous y voilà avec quatre pratiquants décédés cette saison en France sur des faits de jeu anodins en apparence. Tandis que la fédération française « patauge » allègrement, incapable de mettre en place des règles protégeant les joueurs et d’harmoniser ses décisions avec les acteurs mondiaux du rugby, les parents n’incitent plus du tout les enfants à se lancer dans ce sport, effrayés par les images qu’ils peuvent voir à la télé.

Des télés qui font d’ailleurs la pluie et le beau temps dans le rugby, imposant aux malheureux passionnés des horaires aussi contre-nature que le dimanche à 12h30, ou un derby Bayonne-Biarritz un jeudi soir à 20h45, alors que les deux clubs, les commerçants et les supporters souhaitaient voir cette affiche se disputer le dimanche.

Lorsque Jean Le Gall, le patron des éditions Atlantica, m’a annoncé qu’il lançait une nouvelle collection, joliment appelée ContreDit, destinée à tous ceux qui souhaitaient pousser un coup de gueule dans leur domaine de prédilection, je n’ai évidemment pas résisté, car je suis persuadé que le rugby à XV est en grand péril et pourrait un jour disparaître de la planète sport au profit du VII.

C’est cet ouvrage de quinze chapitres, écrit avec toute la mauvaise foi, l’humour et l’alacrité caractéristiques de Bisque, Bisque, Basque ! que vous pourrez retrouver dès ce week-end en librairie.

Le rugby est en péril… La preuve ? Même les ex-tocards qui n’ont jamais dépassé le niveau fédéral se mettent à écrire sur le sujet.

« Rugby en péril », Jean-Yves Viollier, éditions Atlantica, 100 pages, 12,90 €.

Extraits :

« C’est un grand bonheur de vivre au Pays basque, dans une terre de passion ovale et mon épouse m’a promis, si j’avais l’idée incongrue de mourir, de me faire enterrer avec un ballon de rugby dans les bras, cette « gonfle » que je touchais si peu en tant que talonneur à l’ancienne.

C’est risible, mais j’assume. Comme un amoureux qui ne peut s’empêcher de relire d’ardentes vieilles lettres en sa possession, je suis toujours nerveux les jours de Tournoi des VI Nations et compte les heures qui me séparent du coup d’envoi. Une défaite de l’équipe de France, surtout quand elle se fait fesser par l’adversaire, va me plonger dans une mauvaise humeur durable. C’est dire si, en une période où nous tremblons lorsque nous rencontrons l’Italie ou l’Écosse et alignons les déroutes comme les frères Boniface les essais en terre adverse, j’ai souvent l’occasion d’être de mauvais poil.

« Rugby en péril » est un coup de gueule contre l’évolution assez détestable du rugby que nous vivons, contre la cécité de dirigeants trop occupés à faire des affaires pour se soucier des amateurs, contre un top 14 qui est le championnat le plus bête du monde, contre ce sport aux 40 000 règlements où même les anciens piliers ne comprennent pas les décisions de l’arbitre concernant la mêlée, contre ces présidents qui n’ont jamais joué au rugby mais veulent devenir les stars (incongrues) de ce jeu collectif, contre Canal Moins la chaîne qui n’aime plus le rugby, contre les boîtiers GPS et les ordinateurs mouchards qui dans un sport collectif ne s’intéressent plus qu’aux statistiques individuelles des joueurs, une aberration de plus dans un rugby français au plus bas. »

Le rugby féminin

« Ah, le rugby féminin, qui est un peu pour les anciens joueurs ce que fut le porno du samedi soir sur Canal + pour les actuels quinquagénaires ! Au début, chacun a regardé cette incongruité rugbystique en cachette, en justifiant son petit plaisir solitaire par toutes les mauvaises excuses du monde : besoin de se marrer, de se détendre, de voir quelque chose d’insolite, à mi-chemin entre la course avec sac à main et le lancer de bottes de paille à l’aide d’une brosse à dents. Et puis après le match, les plus téméraires, ceux qui déjà autrefois ne s’échappaient pas sur le pré, ont pris leurs téléphones pour appeler les copains, redoutant tout de même leurs moqueries. Et là, surprise, de l’arrière au première ligne, tout le monde est fan absolu du rugby féminin, admire la technique individuelle des Marjorie Mayans, Romane Ménager ou Pauline Bourdon, la discipline collective de l’équipe où les meilleures savent ralentir pour transmettre le ballon à leurs partenaires, la recherche du trou de souris où se faufiler, quand les hommes en sont encore à culbuter l’adversaire, en méprisant les portes ouvertes. »

La télé

« Les semaines de doublon top 14 et Tournoi des VI Nations, quand France 2 joue aussi la carte rugby, l’offre télévisuelle peut aller jusqu’à onze matches dans la semaine. Le mariage d’amour est devenu un mariage de dupes qui n’a plus de raison d’être. Et Canal plus, une maison d’abattage. Car il faut savoir que les petits clubs ne touchent pas un centime de cette manne, alors que cette profusion de rugby télévisé les impacte durablement, leurs recettes dépendant le plus souvent de la buvette tenue par des bénévoles. Buvettes qui ne rapportent quasiment plus rien faute de spectateurs. Bernard Laporte a fort habilement sorti les violons pour encenser le rugby amateur afin d’être élu président de la fédération. Maintenant qu’il a réussi à retarder d’une heure le match diffusé le dimanche après-midi, Laporte ne semble plus décidé à bouger et continue à cautionner un système où la Ligue et Canal plus s’essuient les pieds sans vergogne sur le rugby des villages. Alors que tout le monde sait que la bonne santé du rugby français passe par le dimanche réservé aux amateurs, sous peine de voir tout l’édifice s’écrouler.

On peut vivre une très belle histoire d’amour pendant des années, avant de succomber un jour sous les coups de son conjoint, dans l’indifférence de ses voisins. En vingt ans, Canal plus a magnifié le rugby pour mieux l’assassiner au final. Mais visiblement ce fait-divers sordide laisse tout le monde indifférent. »

Le Rugby Club de Drancy 

« Lorsqu’il jouait troisième ligne avec les espoirs du CASG, Benjamin Périé n’était pas du genre à s’échapper. Devenu président du club de Drancy, un petit poucet de la fédérale 2 avec 400 000 euros de budget annuel quand certains de ses rivaux dépassent allègrement le million d’euros, l’ancien joueur, contrairement à plusieurs de ses homologues, fonce dans le tas sans hésitation : « La Fédération ? Elle ne t’apporte aucune aide et ne fait que te pomper du fric, que ce soit pour les licences ou pour les cartons subis par les joueurs » Et au cas où l’on n’aurait pas bien compris, Benjamin Périé rajoute un solide raffut : « La Fédé sanctionne et ponctionne. C’est son seul rôle dans la vie d’un club ». Et de multiplier les exemples : « Nous n’avons aucune aide… Rien de rien… À nous de nous débrouiller seuls. L’arbitre qui vient diriger le match te coûte 90 euros et si tu veux deux arbitres de touche neutres, ce qui n’est pas un luxe en Fédérale 2, c’est toi qui les paie. »