Chez les Borotra, on se fait des chèques mais on ne se parle pas

Le système de défense de Didier Borotra pour justifier l’engagement de sa fille à la Cité de l’Océan a paru bien fragile devant la Cour d’appel de Pau.

À la sortie de l’audience, Didier Borotra discute avec quelques soutiens.

Comment reconnait-on quelqu’un qui sort du tribunal, lorsqu’on déambule dans les rues commerçantes de Pau ? À ses oreilles qui traînent par terre de fatigue après quatre heures d’audience ! Entre l’intention et l’action, on le sait, il y a parfois comme un léger décalage. Le maniement du micro, contrairement à la publicité des débats, n’est visiblement pas inscrit au programme des facultés de droit, ce qui est bien dommage.

Si la présidente de la chambre d’appel de Pau, Anne Dufau, captant les signaux de désespoir des nombreux journalistes et membres de l’association RamDam 64-40 venus à l’audience, a fait de louables efforts pour que l’assistance puisse suivre les débats, il n’en a pas été de même de ses collègues masculins, l’avocat général Dominique Boiron ou les avocats de la défense Daniel Lalanne, Jean-Baptiste Bordas ou Alain Astabie, qui, sans doute victimes de quelques poussées de testostérone, se sont sentis obligés de déambuler de long en large devant leurs micros ne permettant de comprendre ce qu’ils disaient que par éclipses. Heureusement, l’histoire racontée à la barre par Didier Borotra, sa fille Sophie et l’ex-directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel est tellement croquignolette que les journalistes ont pu reconstituer toutes les « perles » qui ont jalonné l’audience.

On prend les mêmes et on recommence

Parfois, entre le procès en correctionnelle et celui en appel, les versions évoluent. Parfois les prévenus décident de s’accrocher à leur version, ce qui a été le cas, hier à Pau. D’où un grand sentiment de redite pour ceux qui avaient assisté en janvier 2017 au procès correctionnel à Bayonne où les trois prévenus avaient été relaxés de prise illégale d’intérêt et complicité de prise illégale d’intérêt, avant que le procureur ne fasse appel de la décision.

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/01/les-borotra-ces-grands-pudiques/

Seule différence notable, Didier Borotra a paru beaucoup moins flambant qu’il y a deux ans, même si avec ses longs monologues il a souvent agacé les magistrats, tandis que Sophie Borotra et Françoise Pautrizel se sont montrées plus combattives qu’en 2017. Il faut dire que la tâche était rude pour les prévenus : expliquer comment Sophie Borotra, quelques jours après avoir créé son auto-entreprise, a pu signer en septembre 2013 un contrat avec la directrice de la Cité de l’océan, Françoise Pautrizel, sans que son père qui était maire de la Ville et président de la Société d’économie mixte ne soit informé par l’une ou l’autre.

« Guerre civile » à Biarritz

L’argument avancé par Didier Borotra qui aurait découvert « incidemment » en décembre 2013 que sa fille travaillait depuis deux mois à La Cité de l’Océan va faire sourire plus d’un Biarrot. Selon les dires de l’ex-maire « la tension était telle entre ses trois adjoints tous candidats à la mairie » qu’il était pris jour et nuit par « le climat de guerre civile » qui régnait à Biarritz. Les Biarrots ne se souviennent pas avoir vu des chars ou des hommes en armes sillonner les rues de la Ville, mais si notre ex-bon maire le dit…

Et s’il a laissé le contrat de sa fille courir après l’avoir découvert tardivement, c’est uniquement pour ne pas ajouter du trouble au trouble. Une version qui ne convainc nullement l’avocat général Boiron qui demande pourquoi le contrat de Sophie Borotra a alors été renouvelé en mars 2014, passant de 11 000 euros à 24 000 euros, trois semaines avant le retrait définitif de la vie publique du maire.

Grand moment de solitude pour Didier Borotra. Et grands moments de solitude ensuite pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel, la première expliquant que son immense carrière professionnelle justifiait tout à fait ce poste tandis que la seconde, de lin blanc vêtu, affirmait ne pas avoir vu le problème en engageant la fille du maire.

Des affirmations qui ne résistent pas toujours très bien aux investigations menées par la Police judiciaire en novembre et décembre 2015 qui a pu établir que le compte de Sophie Borotra était alimenté de « manière non négligeable » par ses parents au titre de la « solidarité familiale » comme l’a déclaré Didier Borotra aux policiers puisque leur fille récemment revenue d’Amérique du Sud se trouvait sans emploi. Miracle, au moment où elle démarre son activité à la Cité de l’Océan et alors qu’elle n’a officiellement pas informé sa famille de son activité, les parents, avec cet instinct infaillible dès lors qu’il s’agit de leur progéniture, réduisent considérablement la voilure financière pour que leur fille, désormais accablée par un terrible labeur dont on n’a retrouvé nulle trace écrite conserve sensiblement les mêmes revenus. Tout ceci n’est-il pas admirable ?

Sophie la grande muette

Sophie Borotra avec son conseil, maître Jean-Baptiste Bordas.

C’est le moment que choisit fort subtilement la deuxième conseillère Viviane Peyrot pour interroger Sophie Borotra sur ses relations avec ses parents. Un ange passe, car Sophie Borotra voit bien le piège qui lui est tendu : « On ne se voit pas tous les jours, on ne se téléphone pas. Mon père est un bon communicant ici mais pas forcément avec ses proches… Je ne lui ai pas dit d’ailleurs il y a un an que j’avais trouvé un poste à Pau » Autrement dit, si Didier Borotra et Sophie se sont chaleureusement embrassés au bar du Palais et ont mangé ensemble avant l’audience (juste à mes côtés pour leur plus grand plaisir !) c’est uniquement pour amuser la galerie. La réalité c’est que papa fait des chèques à sa fille mais ne parle jamais de rien avec elle et qu’il ne lit pas non plus les journaux puisqu’il ignorait que son grand copain François Bayrou avait nommé sa fille directrice des halles de Pau. On est prié de le croire.

« Des trucs qu’on fait en deux heures de temps »

Il a tout d’un gros chat paisible et endormi, alors qu’il surveille sa proie sous sa paupière mi-close. S’il n’impressionne pas par son physique, l’avocat-général Dominique Boiron doit compter quelques concours d’éloquence à son actif, car il possède à l’évidence l’arme fatale des prétoires, le mot qui tue. Au point que les trois avocats de la défense après son intervention, pédaleront comme des coureurs du Tour de France pour tenter d’estomper son intervention et déploreront unanimement « la férocité » du réquisitoire.

D’entrée l’avocat général note « qu’il se passe de drôles de choses sur la Côte basque et qu’un certain nombre d’élus locaux se croient tout permis » estimant que c’est « se moquer du monde » quand on est sénateur et qu’on fait la loi de ne pas savoir qu’une convention avec une personne doit être soumise à l’autorisation du conseil d’administration. Dominique Boiron évoque ensuite le rapport de la Chambre régionale des Comptes et les anomalies constatées à propos de la Cité de l’Océan puis s’étonne que « le tribunal de Bayonne ait avalé la couleuvre » en relaxant les prévenus. Pour lui, « personne n’a été impressionné par la compétence de Madame Borotra. Madame Pautrizel qui cherchait à faire des économies est tombé par hasard sur Madame Borotra, alors qu’il existe 210 cabinets de conseil et gestion à Biarritz » L’avocat général note aussi que le contrat en lui-même ne contient pas la moindre contrainte imposée. Quant à la réalité du travail effectué « des économies sur le téléphone et l’assurance », il se déchaîne : « Des trucs qu’on fait en deux heures dans un bureau deviennent l’essentiel de la mission de Madame Borotra ! » estimant même qu’on est « dans la logique du site les furets.com qui consiste à gagner quelques euros. »

Fort logiquement, tandis que les avocats de la défense s’efforcent de démontrer que le jugement de relaxe à Bayonne était parfaitement équitable, l’avocat général réclame 12 mois de prison avec sursis et 35 000 euros d’amende pour Didier Borotra, avec interdiction des droits civiques pendant cinq ans, 4 mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende pour Sophie Borotra et Françoise Pautrizel.

La décision sera connue le 29 août prochain.

Deux grands absents à ce procès

Depuis 2015 Didier Borotra et Guy Lafite ne s’aiment plus et ils ont quelques raisons pour cela. C’est en effet notre grand argentier en pull cachemire qui aurait paniqué et informé Sud Ouest que derrière l’agence AGC se cachait Sophie Borotra. Le procès-verbal d’audition de Madame Pautrizel est très éloquent. Si elle affirme ne pas avoir informé Didier Borotra du recrutement de sa fille, elle est très claire, en ce qui concerne le nouveau maire annonçant avoir prévenu Michel Veunac, devenu président de la SEM Cité de l’Océan, de la situation dès son élection.

Dans ces conditions, puisque le contrat a continué pendant presque un an, alors que tout prouve que Michel Veunac et Guy Lafite étaient parfaitement informés, on peut se demander pourquoi ils n’ont pas été inculpés de complicité de prise illégale d’intérêt.

Et si les deux compères ne savaient pas que Sophie Borotra travaillait pour la Cité de l’Océan, comme ils l’ont dit à l’époque dans Sud Ouest, ces deux élus soucieux des deniers publics auraient dû se porter partie civile pour réclamer au nom de la Ville le remboursement des deniers indûment perçus.

Mais « Mimi-La-Malice » et « La Faillite-nous-voilà !»  sont tellement occupés à cajoler Macron qu’ils n’ont plus le temps de rien… Et puis, avec 35 000 euros, on fait quoi de nos jours ?

Sur le sujet, lire aussi :

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/02/contrat-de-sophie-borotra-veunac-savait/

https://jeanyvesviollier.com/2018/12/09/didier-borotra-lhomme-a-qui-on-cachait-tout/

5 réflexions sur “Chez les Borotra, on se fait des chèques mais on ne se parle pas

  1. Deux ans après la relaxe, incompréhensible, de janvier 2017, Monsieur Didier Borotra, sa fille et Madame Pautrixel ont dû, en appel, répéter les mêmes mensonges. Si les délais, beaucoup trop longs, méritent d’interpeller celles et ceux qui sont acteurs au sein du système judiciaire français qui mérite une grande réforme, les mots utilisés par l’avocat général, nous rassurent . Monsieur Boiron a bien compris ce qu’il se passe à Biarritz ! Et encore, il ne sait pas tout. Sait- il que le maire actuel, Monsieur Michel Veunac, accorde en 2016 un contrat public de plus de 75 000 euros au fils de Monsieur Didier Borotra ? Sait- il aussi cet excellent avocat général, qui me rappelle un tout aussi excellent avocat général qui ne badinait pas non plus avec la morale publique, que j’ai connu quand j’étais en garnison à Pau, qu’il y a d’autres contrats illégalement conclus soit à la cité de l’océan soit au musée de la mer ? Qui croira que Monsieur Didier Borotra qui est maire de Biarritz depuis 1991, a attendu 2013 pour abuser de ses pouvoirs ? L’avocat général de Pau ne sait pas que le maire actuel, Monsieur Michel Veunac, avec l’aide du directeur du musée de la mer, Monsieur Mercoli, viole la loi française depuis septembre 2018 en m’interdisant de consulter les contrats conclus à la SEM, comme le loi m’y autorise. Les citoyens ordinaires, après avoir déposé dans l’urne leurs bulletins de vote ne disposent plus de beaucoup de pouvoirs. Mais reste au citoyen le droit, sinon le devoir, de consulter les contrats publics. Et c’est tout. Si vous allez demander à un guichet de la mairie de Biarritz, combien a coûté aux contribuables , la petite sauterie que le maire de Biarritz organisa à la salle des ambassadeurs, pour complaire à son prédécesseur et ami – les deux maires malhonnêtes, militant concomitamment au MoDem…- alors que Monsieur Didier Borotra venait d’être une première fois condamné par la justice française pour avoir abusé de ses pouvoirs en faisant sauter les PV qui lui déplaisaient, aucun employé ne répondra à votre question. Le citoyen ordinaire ne sait rien et doit gober toutes les paroles du maire qui ne sont pas toutes des paroles d’évangile ! Nous avons appris en avril dernier, par hasard, qu’une subvention de 100 000 euros avait été attribuée par Monsieur Michel Veunac, sans que les conseillers municipaux soient informés pour une activité culturelle, qui flottait un peu dans l’air…? Comme dit Monsieur Boiron,  » certains élus locaux du côté de la côte basque se croient tout permis » . Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut pas compter sur l’élu le plus important de Biarritz, Monsieur Max Brisson, grand ami des deux maires malhonnêtes , pour refaire passer par la grande porte la morale publique à la mairie de Biarritz ! Quand MM Didier Borotra et Michel Veunac seront incarcérés à la prison de Bayonne, je demanderai à aller m’enquérir de leur santé. Notre conversation roulera sur les sujets les plus divers. On pourrait aborder l ‘ histoire de Biarritz, la philosophie…Il y a une question qui me brûle les lèvres ! Quand on se sait un élu malhonnête, est-ce que cela rend plus heureux ?

  2. tristes pratiques parfaitement scandaleuse, et une défense aujourd’hui qui doit être assurée (pour Borotra père) par la Mairie de Biarritz je présume, donc possible double peine pour les contribuables.

    Et en effet excellente conclusion : Veunac et Lafite savaient tout et on couvert. Mais attention : à présent nos grands hommes marchent dans Biarritz au côté d’Emmanuel Micron….

    Et on s’étonne après que le Front National progresse ?

    On dirait du mauvais vaudeville.

  3. Comme il ne l’est pas en appel, le doute n’était pas permis en première instance… Pourquoi une telle relaxe? La franc-maçonnerie ? J’dis ça…

  4. Date du verdict,29 août, tiens c’est curieux,juste après le g7 ! Hasard de calendrier..
    Que ces tristes et sombres histoires d’un passé récent puissent elles ne pas se répéter.
    Dans un an, ça sera à chaque électeur d’être vigilant sur le choix du candidat à la Mairie.
    Méfions-nous des candidats qui nous disent la main sur le cœur « Je n’ai rien à me reprocher , je suis droit(e) dans mes bottes  »
    Des dossiers du mandat Veunac vont probablement sortir sur des conflits d’intérêts ,et ce durant la campagne électorale.

  5. Le dernier jugement du TGI de PAU affaire maire d oloron / Mr ADAM ( oloron blog), n encourage pas au plus grand optimisme pour le 29 Aout !!! La juridiction sera différente ( appel), mais tout de même inquiétant.

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