Pour la SNCF, les premiers sont les derniers

Quand une simple panne transforme un wagon de première classe en concentré d’inhumanité… Plongée pendant près de six heures dans un sketch des Deschiens.

Entre la publicité sur Twitter et la réalité, il y a comme un rail d’écart…

Ne dites plus TGV, terme définitivement ringard, mais TGVQÇM, Train à Grande Vitesse Quand Ça Marche… C’est d’ailleurs pour cela que la SNCF qualifie ses TGV d’Inouï tellement on est surpris quand on arrive à l’heure. Mardi 27 juin, la SNCF, cette vieille dame qui était si ponctuelle quand elle était jeune, a réussi un Bordeaux-Biarritz en six heures, soit le temps que mettrait un cycliste à peine honorable pour relier les deux villes.

Heureusement grâce à ce contretemps, j’ai enfin pu dissiper un mystère qui m’intriguait depuis de longs mois. Détenteur d’une carte senior, comme nombre de plus de soixante ans, habitué à prendre mes billets sur Internet, j’avais remarqué que très souvent le billet proposé était moins cher en première classe qu’en deuxième. Je sais désormais pourquoi.

Seuls les chiens se tiennent bien

Petit mouvement de recul quand j’arrive à Bordeaux en voiture 12, place 33 : il y a beaucoup de chiens à poils longs et de seniors à poil blanc dans ce wagon de première, mais j’ai emmené de quoi travailler. Les premiers kilomètres me font vite comprendre que ça va être difficile.

Entre mamie qui raconte ses vacances en Tunisie sans avoir conscience que tout le wagon l’entend et papy qui justifie auprès de son épouse sa mauvaise haleine en expliquant qu’il se « brosse régulièrement les dents mais a un problème gastrique », il n’est pas simple de préparer un article pour Bisque, Bisque, Basque ! alors que vous avez le sentiment d’être immergé dans un sketch des Deschiens. En fait, les seuls qui se tiennent bien, malgré la chaleur sont les chiens, les vrais, qui la ferment et le museau entre les pattes attendent que ça se passe, tandis qu’on rêve de mettre une muselière à leurs maîtres.

Il confond Morcenx et… Marseille !

Ayant compris que je ne réussirai pas à travailler, je sors un excellent bouquin. C’était sans compter sur l’impondérable de Morcenx. Le TGV ralentit puis s’immobilise en pleine voie. On nous annonce qu’une caténaire vient d’être arrachée.

Pas de ola, mais la java des seniors.

Et là, sans s’occuper le moins du monde des règles de bienséance, chacun des ancêtres de dégainer son portable et de téléphoner à haute voix dans le wagon. « On va être en retard ! Y’a un container (sic !) qui est tombé sur la voie entre Marseille (resic !) et Dax » Juste à côté : « Du melon et une salade de tomates, ça ira très bien » Un autre qui appelle toutes les deux minutes en fonction des nouvelles annonces de la SNCF : « Cette bande d’incapables annonce une arrivée à Biarritz à 20h 02… Non, 20h10… Non 20h15 » tandis que son épouse le tarabuste : « Va vite chercher de l’eau avant qu’il n’y en ait plus »

Presque six heure en compagnie de Deschiens de première classe, ça peut être très long.

Heureusement, pendant ces quatre heures d’attente quelques intermèdes comiques viennent agiter ce wagon transformé en Ephad en folie. Je ne suis pas près d’oublier le fou-rire de mes deux voisins anglais en entendant la chef de bord se débattre avec la langue de Shakespeare. Trop courte récréation avant les rouspétances incessantes : nous sommes dans un wagon climatisé, de l’eau nous a été distribuée, mais au lieu de rester calme, le club du troisième âge s’agite et récrimine sur la SNCF, sur le monde qui n’est plus ce qu’il était et sur « l’absence de politesse des jeunes », propos tenus sans rire par des gens qui ont manifesté une goujaterie, un sans-gêne et un manque d’éducation absolu pendant tout le voyage.

Agacé, dans l’impossibilité de lire, je pars finalement me réfugier dans un wagon de seconde classe où d’un seul coup je retrouve la vraie vie : des gens chaleureux et discrets qui s’amusent de la situation et font contre mauvaise fortune bonne humeur. Mon nouveau voisin me propose de l’eau à mon arrivée avant de replonger avec discrétion dans le film qu’il regarde sur sa tablette. Tout me parait d’un seul coup luxe, calme et volupté, loin très loin des affreux sales et méchants que je viens de côtoyer trop longtemps.

C’est décidé, la prochaine fois que je prends le train, je casse ma tirelire et je m’offre une place un peu plus onéreuse… en seconde !

 

7 réflexions sur “Pour la SNCF, les premiers sont les derniers

    • J’adore me faire plaindre. L’honnêteté m’oblige à dire qu’une bonne moitié du wagon descendait à Dax. Mais l’autre moitié, malheureusement pour nous, allait bien à Biarritz (Et je vous épargne les jérémiades entre Dax et Biarritz sur l’absence probable de taxis à cette heure indue!)

  1. Bonjour… Une voiture de voyageurs… Et un wagon de Marchandises ou à bestiaux… Ne pas confondre….. Et je peux dire qu’en Gare de Bayonne ou je tenais le poste accueil ce n était pas facile non plus… Et que le stock de bouteilles d eau y est passé….

Répondre à jp Annuler la réponse.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s