Selon que vous serez ancien maire ou gilet jaune…

Didier Borotra a été relaxé par la Cour d’appel de Pau. Sa fille Sophie et l’ancienne directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel aussi.

Candide père et Candide fille, ici à la barre du tribunal de Pau, sont désormais totalement blanchis.

L’histoire est toujours écrite par les vainqueurs. La relaxe de Didier Borotra, de sa fille Sophie et de l’ancienne directrice de la Cité de l’Océan Françoise Pautrizel prononcée par la Cour d’appel de Pau jeudi dernier, deux ans après le jugement similaire du tribunal correctionnel de Bayonne, lave donc de tout soupçon de prise illégale d’intérêt ou de complicité de prise illégale d’intérêt le trio.

De la même façon que l’on a répété pendant des générations aux petits Antillais que leurs ancêtres étaient des Gaulois, au nom de la cohésion nationale, voici donc l’histoire en sept points que la Justice a validée :

1.- Didier Borotra, maire de Biarritz, ne savait pas que sa fille Sophie avait été engagée par Françoise Pautrizel, qui travaillait sous ses ordres, en tant que directrice de la Cité de l’Océan.

2.- Didier Borotra n’a appris que fin décembre 2013 l’engagement de sa fille et en a été « très contrarié ». Pour autant, la contrariété n’a pas été jusqu’à faire cesser la mission, avant son départ en avril 2014, ce qui ressemble fortement à une prise illégale d’intérêt.

3.- Michel Veunac, immédiatement informé de la situation par Madame Pautrizel le jour de son élection, a décidé de continuer pendant près d’un an avec Sophie avant que Guy Lafite ne panique et ne révèle la situation à la presse. Là aussi, personne n’a estimé qu’il pouvait s’agir d’une complicité de prise illégale d’intérêt.

4.- Sophie Borotra n’avait pas de bureau, n’a jamais écrit une ligne, s’est contenté de « préconisations orales » mais seul des mauvais esprits peuvent s’imaginer qu’il s’agit d’un emploi fictif.

5.- La Cité de l’Océan avait signé un contrat de recherche d’économies avec Suez environnement de 120 000 euros pour des prestations identiques à ce que proposait AGC, l’entreprise montée pour l’occasion par Sophie Borotra, entreprise qui n’avait ni assurance ni garantie professionnelle.

6.- Sophie Borotra, lors de l’audience en correctionnelle, a reconnu avoir été assistante parlementaire de son père lorsqu’elle vivait en Amérique du Sud, ce qui était légal à l’époque mais pas très moral, et n’avoir en dehors de la Cité de l’Océan obtenu pour son entreprise AGC qu’un seul contrat… avec la ville de Pau. Ville où, après son départ de Biarritz, elle finira directrice des Halles sans que François Bayrou ne soit officiellement informé de sa nomination. Quand on vous dit que l’Histoire balbutie…

7.- Les investigations financières de la police ont montré qu’au titre « de la solidarité familiale » Didier Borotra versait 3500 euros mensuellement à sa fille. Miracle de la télépathie, alors que Didier Borotra n’était absolument pas au courant de l’engagement de sa fille, il a cessé les versements à l’instant même où elle démarrait son magnifique travail à La Cité de l’Océan.

Vous le constatez comme moi, le dossier ne tenait donc absolument pas la route et malgré les réquisitions des procureurs Vuelta-Simon à Bayonne, réclamant pour Didier Borotra 35 000 euros d’amende et un an de prison avec sursis, et Boiron à Pau réclamant pour Didier Borotra 35 000 euros d’amende et trois mois de prison avec sursis, le verdict ne pouvait être qu’une relaxe générale.

À l’heure où on embastille à tout-va le moindre gilet jaune découvert en possession d’une « arme par destination » ou l’auteur d’un selfie devant une voiture qui brûle, il est donc rassurant de constater que les tribunaux ont su montrer de la bienveillance à l’égard d’une malheureuse jeune fille un peu écrasée par l’ombre tutélaire de son papa et n’ont pas estimé que les propos tenus à la barre relevaient du conte à dormir debout.

l Pour ceux qui n’auraient pas suivi, les comptes-rendus d’audience fait à l’époque par Bisque Bisque, Basque ! :

https://jeanyvesviollier.com/2017/02/01/les-borotra-ces-grands-pudiques/

https://jeanyvesviollier.com/2019/05/17/chez-les-borotra-on-se-fait-des-cheques-mais-on-ne-se-parle-pas/

Bayrou et les « diffamateurs »

Voir François Bayrou, l’homme qui a dû abandonner précipitamment le ministère de la Justice tant les menaces judiciaires pesaient sur lui, fanfaronner sur Twitter et écrire « Les diffamateurs en seront pour leurs frais » relève du surréalisme.

On notera au passage le mépris de caste du maire de Pau qui s’enthousiasme de la relaxe de ses amis Sophie et Didier mais oublie la grande victime de ce procès, Françoise Pautrizel.

Si le propos sur « les diffamateurs » me vise, puisque je suis à l’origine en compagnie de maître Malherbe, de la plainte qui a conduit le trio au tribunal, je me sens particulièrement à l’aise : la « citoyenneté » pour laquelle nous militons à RamDam 64-40 implique de contrôler les faits et gestes de nos élus et de signaler ce qui nous paraît relever de manquements à la loi.

La possible prise illégale d’intérêt que nous avons transmise au procureur de Bayonne n’était pas une vue de l’esprit puisqu’après une enquête policière, le procureur Samuel Vuelta-Simon a décidé d’expédier le trio au tribunal correctionnel en janvier 2017.

Et si, quand il parle de « diffamateurs », François Bayrou pense aux deux procureurs Vuelta-Simon et Boiron pour qui la prise illégale d’intérêt ne semblait faire aucun doute lors de leurs réquisitoires, il démontre une bien curieuse idée de la Justice.

Les manants et les dominants

Chronique d’une ville assiégée.

Malgré l’important déploiement policier, le détecteur de tee-shirt subversif n’a visiblement pas fonctionné.

Ah ils peuvent être amers les gilets jaunes, les demandeurs d’emploi et tous les salariés français à qui on explique benoîtement qu’il est impossible de les augmenter, devant la gabegie de moyens mise en place à l’occasion de ce G7, aussi inutile que les précédents. Sans un mot pour le maire de Biarritz, ce qui a bien fait rire les locaux, Emmanuel Macron, lors de son allocution aux Français samedi à 13 heures, a remercié le Pays basque pour son accueil malgré « quelques désagréments ». C’est bien la moindre des choses ce merci du bout des lèvres quand on n’a pour sa part aucun désagrément, qu’on pète dans la soie pendant trois jours et qu’une bonne partie des frais engagés par la Ville de Biarritz seront pris directement dans la poche des contribuables biarrots.

Si pour le manant de base, simple habitant du centre-ville, les désagréments sont largement compensés par toutes les occasions de rire que nous offrent les envahisseurs actuels ne comprenant rien de rien à Biarritz, pour les commerçants que l’on a menacés de ne pas indemniser s’ils fermaient boutique pendant le G7, cette désinvolture de nouveaux seigneurs féodaux piétinant leur récolte de fin août a de quoi les indigner au-delà de tout.

À pied, à cheval et en voiture…

Alors en attendant de pleurer quand il nous faudra sortir nos picaillons pour régler les folies municipales, profitons de ces trois jours pour rire un maximum devant cette opérette permanente et ce faux décor de ville censée vivre normalement. Jeudi soir, dans un bar désert de la place Clémenceau, dix golgoths, taillés façon deuxièmes lignes de l’équipe de France de rugby, font irruption. Et quand un des rares clients s’avise de leur demander en anglais s’ils font partie de la sécurité d’une délégation étrangère, l’un d’eux, de lin blanc vêtu, affirme qu’ils sont des touristes américains en vacances à Biarritz qui ignoraient que le G7 allait avoir lieu. Crédible comme du Veunac faisant une promesse de piscine olympique à ses administrés !

C’est bête, mais il y a des côtes à Biarritz et il faut parfois mettre pied à terre.

Mêmes fous rires en série avec les unités cyclistes. Les têtes pensantes policières qui les dirigent n’avaient visiblement pas anticipé les côtes fort nombreuses dans Biarritz, ce qui oblige parfois nos policiers d’élite qui pédalent en uniforme avec le pistolet visible à la ceinture à mettre pied à terre. Avouez que cela fait désordre pour des cow-boys.

Le fumier pendant le G7, c’est en prime?

Si les manants en uniforme, communément appelés forces de l’ordre, sont absolument adorables avec les manants locaux et vont même jusqu’à avouer discrètement à quel point ils jugent imbécile ce G7, ils nous offrent parfois un spectacle de première grandeur : dans les airs, sur mer, sur terre aux moyens de véhicules rugissants, de motos gyrofardées, ou de chevaux, ils nous emmerdent quotidiennement et pas seulement au sens figuré. Quel est l’intérêt d’avoir fait venir quarante canassons de la garde républicaine, actuellement logés au centre équestre d’Ilbarritz, si c’est pour laisser des souvenirs fumants et odorants dans une ville où la moindre déjection de chihuahua peut vous valoir une amende record ? À quand Veunac et Lafite avec des poches plastiques pour nettoyer la ville pas bunkerisée pour deux sous qu’ils nous ont annoncée ?  

Le sale samedi de Veunac

Contrairement aux autres médias, Sud Ouest a laissé un peu de place sur la photo aux gloires locales Brisson et Veunac.

Une journée à dégoûter le moindre flagorneur de flagorner ! Si vous croisez Michel Veunac un peu défait et souffrant d’un sévère torticolis, ne vous étonnez pas. Son grand ami Emmanuel Macron a multiplié samedi les camouflets à son égard, ce qui montre bien qu’il ne faut jamais s’abaisser à cirer les pompes des puissants comme l’a fait Mimi-la-Malice, pas très malin en l’occurrence. Premier camouflet avec l’allocution présidentielle où Macron s’est bien gardé de le citer alors que la lippe frémissante et la bajoue rosissante notre premier élu attendait l’onction présidentielle. Il s’agit peut-être d’un simple oubli, mais tous les commentateurs de la parole politique présidentielle y ont vu un signe sérieux pour la future élection municipale. D’autant plus que Didier Guillaume était du voyage !

Il n’est pas né celui qui me piquera mon bout de fromage.

Si Sud Ouest a charitablement mis sur la photo le flagorneur en chef municipal et le tout aussi flagorneur sénateur Max Brisson, d’autres médias ont pris soin de les ignorer soigneusement. Plusieurs chaînes nous ont montré des images désopilantes d’un Veunac se comportant comme un vulgaire quidam de bêtisier télévisé et tendant le cou en direction de Macron pour avoir une chance d’être dans le cadre. Étonnez-vous après cela de ses douleurs aux cervicales ! Quant au sénateur Brisson, c’est au bras droit qu’il a mal tant il l’a laissé tendu longtemps en attendant le top départ du buffet présidentiel. Regardez-le sur la photo, il fait semblant d’écouter mais il est prêt et il n’est pas né celui qui lui piquera son bout de fromage. Quel dommage qu’il ne se soit pas montré aussi rapide à dégainer des critiques contre Michel Veunac quand il était dans l’opposition !

Et puis comme il n’est de bonne compagnie qui ne finisse par se quitter, Macron a très vite sifflé la fin de la récré et a dit à notre Mimi-rien-qu’à-nous-et-que-le-monde-nous-envie, « Maintenant, tu me files ta ville et tu vas jouer ailleurs ». Samedi soir, alors qu’une petite cérémonie à destination de la presse étrangère était organisée aux Halles, plusieurs confrères étrangers se sont étonnés de la solitude du maire qui n’avait que quelques élus locaux pour l’accompagner et personne pour converser avec lui. Comme si les Biarrots avaient une dent contre lui pour la façon dont il les a sacrifiés au profit de son seul intérêt !

Une image déplorable de la Ville

Le vélo à hydrogène, quand on ne peut pas visiter le centre-ville, ne sert pas à grand chose.

La mer démontée de Rayond Devos (Extrait).

L’argument choc de Veunac quand les Biarrots s’inquiétaient des conséquences du G7 était d’annoncer des retombées mirifiques pour Biarritz avec les journalistes « du monde entier qui allaient venir ». La réalité est toute autre. Il suffit de se promener du côté du centre de presse à la Halle d’Iraty pour comprendre. Nos confrères ont été dotés de fringants vélos à hydrogène, histoire de faire de la pub à un fabricant local. On peut donc les voir errer du côté de la gare de la Négresse et pour les plus téméraires s’aventurer jusqu’au PC sécurité du collège Fal avant de rebrousser chemin, dissuadés par la quantité de forces de l’ordre présente. Quelle idée vont-ils avoir de Biarritz après une telle expédition ? Quant aux plus téméraires, aux aventuriers, aux vrais qui se risquent jusqu’au centre de Biarritz, ils ont l’impression de se retrouver dans un sketch de Devos puisque la mer n’est plus visible nulle part tant elle a été privatisée pour les grands de ce monde.

Tout ce qui fait notre façon de vivre, ce mélange rare entre passion sportive, sens aigu de la dérision et conscience de vivre dans un pays de Cocagne va donc échapper complètement aux journalistes, tandis que tous les téléspectateurs qui découvrent Biarritz pour la première fois en garderont l’image d’une ville fermée, barricadée et dissuasive au possible. Biarritz, ville magnifique comme tout le Pays basque, n’avait pas besoin d’une contre-publicité comme celle-là. Heureusement quelques confrères s’efforcent d’échapper aux chemins tout tracés qu’on voudrait leur faire emprunter pour raconter un autre Biarritz que le décor d’opérette fabriqué actuellement où les facteurs roulent à vide pour faire croire à une activité et où les commerçants sont obligés de rester ouverts s’ils veulent espérer une – problématique ! – indemnisation de leurs pertes.

Mensonges d’état et autres approximations

Voilà l’accès réservé aux clients des commerces de la place Bellevue. « Restez ouverts » avait dit le préfet.

Et l’on en revient à l’éternelle histoire des manants et des seigneurs féodaux qui les méprisent. Le préfet qui sait qu’il joue gros sur ce G7 n’a cessé de délivrer des demi-vérités aux commerçants. On est parti d’une indemnisation évidente pour tous, à une indemnité pour ceux dont l’entreprise existe depuis plus de trois ans, puis à une indemnisation uniquement pour ceux qui sont restés ouverts. « On a fait un petit samedi de février » affirme le charcutier Pascal Manoux aux halles. Le fromager pour sa part a préféré fermer à midi tant il s’ennuyait. En encore les halles sont dans la zone bleue avec un minimum de clients sur place. Mais que dire des commerçants de la zone rouge, place Bellevue, qui ont vu avec horreur une palissade opaque être tendue devant leurs vitrines jeudi soir. Une petite plaisanterie dont on s’est bien gardé de les avertir auparavant. Pour accéder chez eux, il faut désormais emprunter une sorte de tranchée qui rappelle la guerre de 14. Tous commencent à comprendre qu’ils ont été menés en bateau, le seul souci du préfet étant de s’assurer de leur calme jusqu’à la date fatidique.

« Qu’est-ce qu’il a mon poisson? Il est pas frais? « . Contrairement aux autres samedis, les poissonniers ont le temps de discuter.

Mais un jour ou l’autre, le bal s’arrête, l’orchestre cesse de jouer et les lampions s’éteignent. Et il conviendra, alors que les élus s’apprêtent à faire une nouvelle danse du ventre devant les électeurs, de se souvenir de ces minuscules représentants qui ont méprisé le travail des Biarrots pour satisfaire leur petite gloriole personnelle. Pour protester contre le traitement infligé au Pays basque, Claude Olive et Jean-René Etchegaray ne sont pas venus saluer Macron, car ils préféraient être présents dans les PC de sécurité de leurs villes pour protéger les habitants. Notre maire collabo, ivre de son importance par chef d’état interposé, n’a jamais émis pour sa part la moindre protestation, n’a jamais rien tenté pour défendre Biarritz et empêcher l’occupant élyséen de saccager la cité balnéaire à l’heure de la récolte

 Nous n’oublierons pas.

Guillaume Barucq en a entendu des mûres et des pas vertes, ce qui est normal pour un écologiste, mais a eu le cran contrairement à bien d’autres élus d’aller au contact des commerçants en colère.

 

Heureusement, l’esprit de résistance est là, avec des restaurateurs qui ne perdent pas leur humour.

L’HUMEUR DU DOCTEUR OUALAM (1)

Spécialiste de la fission nucléaire mais aussi grand maladroit risquant à tout moment d’échapper la bombe sur laquelle il travaille, au grand dam de ses collègues, le docteur Oualam a décidé de se reconvertir et d’adresser régulièrement à Bisque, Bisque, Basque! sa vision de l’actualité. Attention, même avec un simple crayon, il reste explosif!

La reproduction de ce dessin nécessite l’accord préalable de l’auteur. (Il est fort aimable, vous avez de grandes chances qu’il vous l’accorde)

Chronique d’un Biarrot assiégé mais pas désespéré

Face à la guignolade mondiale qui se prépare, mieux vaut rire que pleurer.

Du poulet sur-vitaminé, du poulet bien imbibé, du poulet bodybuildé, j’en aurais croisé dans ma carrière, de mes lancers de pavés soixante-huitards à mes années « Canard ». L’honnêteté m’oblige aussi à reconnaître que j’ai aussi côtoyé du poulet passionné, du poulet profondément républicain et du poulet désespéré par l’incurie de l’État, même si je ne pensais pas vivre un jour à Biarritz une telle densité policière au mètre carré.  Alors que le flot des nouveaux arrivants en uniforme ne cesse de grossir (ils vont finir à 13 200 !), celui des Biarrots pur sucre enfermés dans le petit périmètre de sécurité ne cesse de décroître tant les contraintes deviennent nombreuses. Même si on est loin, très loin de ce que voudraient nous faire dire nos charmants confrères de la télévision (Les plus courageux descendent en personne, les autres font leur reportage de leur bureau parisien par Skype) qui adoreraient nous entendre raconter que nous mourons de faim dans notre ville assiégée et en sommes réduits à manger les rats qui s’attaquent à nos sacs poubelle.

La réalité est évidemment plus drôle et plus nuancée et donne lieu à des scènes parfois charmantes. Nos bikers en uniforme de police tout comme nos CRS qui doivent maudire leur harnachement en ces temps de canicule, semblent plutôt désœuvrés avant l’arrivée des grands de ce monde et ont tendance à s’agglutiner en grappes dans la ville (les CRS avec les CRS, les gendarmes avec les gendarmes, les militaires avec les militaires, car chez ces gens-là on ne se mélange pas !) pour échanger des nouvelles de la famille, parler du délabrement de leur commissariat ou caserne d’origine, ou lorgner avec insistance sur les dernières touristes légères et courtes vêtues qui ne vont par tarder à fuir la sarabande infernale qui nous attend.

Lors de sa visite, mardi, Christophe Castaner a assuré que les troupes étaient bien nourries et mangeaient local, affirmation qui prête à discussion si j’en crois ce CRS timide, croisé en bas de chez moi qui m’a demandé discrètement où il pouvait « acheter un kebab halal » avant de me remercier, malgré mon incapacité à lui répondre, d’un vigoureux et attendrissant « Salam Aleykoum, mon frère ! ».

Les blacks blocks opèrent aux heures ouvrables

Et le folklore de se poursuivre lorsqu’on quitte Biarritz en voiture. Mercredi, vers 14 heures, je pars rejoindre le contre-sommet du G7 à Urrugne. Pas un rond-point sans son duo de motards prêts à traquer le féroce black-block, l’activiste bien connu des services de police ou l’inévitable terroriste. Aux péages de l’autoroute, les mitraillettes sont bien visibles et l’automobiliste se garde bien d’éternuer de peur de faire sursauter un agité de la gâchette. Avec mon physique rondouillard de grand-père amateur de ventrèche, je passe évidemment sans le moindre problème, mais m’agace comme tout le monde de ces convois de motards à gyrophares précédant des berlines noires toutes sirènes hurlantes et intimant l’ordre de se rabattre aux trois pékins qui se sont aventurés sur la voie rapide, alors qu’il n’y a manifestement aucune raison de s’exciter ainsi, tant la circulation est inexistante.

Retour vers 20 heures et tout autre spectacle. Visiblement tout ce qui compte un uniforme sur la Côte basque est en train de dîner ou d’échanger avec la famille et l’on ne fait plus la moindre mauvaise rencontre, si ce n’est deux pauvres gendarmes au péage de la Négresse. Je suis ravi de découvrir que nous vivons dans une France disciplinée où les potentiels casseurs ont la gentillesse de se déplacer à l’heure où la maréchaussée est de service, sans se permettre de s’agiter en dehors des heures conventionnelles.

L’espionnage légal et illégal va bon train

D’autres pratiques sont beaucoup plus agaçantes. Pendant que la crème de la crème de la sécurité découvre nos spécialités locales ou dort tranquillement après avoir emmerdé la ville à plaisir, les machines elles continuent leur surveillance passive. Des caméras du plus bel effet ont été installées sur les axes autoroutiers, des antennes déployées un peu partout et les riverains habitués à bien connaître leur environnement remarquent parfois d’étranges machines installées dans des appartement qui ont été loués le temps du G7. Concrètement, le Biarrot assiégé subit des coupures d’électricité et d’Internet à répétition, ne peut envisager une conversation durable avec son téléphone portable sans s’y reprendre à cinq ou six reprises et doit subir parfois des lumières rouges braquées nuit et jour sur son appartement. « Chaque service de sécurité a ses propres règles, les services américains étant les pires. On est obligés de fermer les yeux sur des pratiques manifestement illégales » me confie un policier. Renseignement pris, la petite lumière rouge provenant de l’appartement loué par les services de sécurité d’un grand pays européen serait celle d’un micro multidirectionnel capable de capter les conversations dans un rayon de trois cent mètres. Voilà qui fait plaisir quand on habite en face !

Des facteurs?  Non, des figurants !

Heureusement le Biarrot qui a le « bonheur » d’habiter dans le périmètre ultra-sécurisé où les grands de ce monde vont être amenés à se baguenauder pendant trois jours, du casino Bellevue à l’Hôtel du Palais, ne peut que s’amuser de la farce qui se prépare sous ses yeux avant que l’on ne cadenasse définitivement ce périmètre sacré à partir de vendredi. C’est en effet une fausse ville, avec une fausse activité « normale » qui est en train de se préparer. Des portes closes feraient mauvais effet et l’on a donc annoncé suavement aux commerçants qu’ils ne pouvaient espérer une indemnisation de leurs pertes que s’ils restaient ouverts. Et quand un restaurateur de bon sens a demandé comment allaient faire ses livreurs puisqu’ils ne sont pas badgés, le préfet de service a soulevé sa casquette à dorures pour annoncer qu’il allait réfléchir à la question. On attend toujours la réponse.

Même blague avec les facteurs. Ils sont onze habituellement à distribuer le courrier dans le centre-ville qui va être bunkerisé sous peu. La Poste, unilatéralement, en a choisi quatre d’entre eux, les plus propres sur eux, les moins syndicalistes, les très peu indépendantistes basques, pour sillonner la ville tandis que les autres sont invités à aller voir ce qui se passe en périphérie. Gag ! Les gares et l’aéroport étant fermés, il n’y aura aucun courrier à distribuer, mais nos braves facteurs, si typiquement français, sont invités à faire prendre l’air à leurs vélos électriques à sacoches vides dans les avenues désertes pour faire croire que l’activité est la même que d’habitude. Quant aux rares piétons décidés à faire de la résistance, nous nous attendons à ce qu’on nous demande à descendre dans la rue avec la serviette sur l’épaule, avec ordre de se rendre à la plage quand un réalisateur nous criera « Moteur ! » Quand on vous disait que Biarritz faisait son cinéma…

C’est le G7 ou un club de rencontres ?

Tout cela prêterait plutôt à l’indulgence si les Biarrots assiégés n’étaient confrontés à l’incurie crasse de leurs élus. Plus de poubelles, des services d’aide à la personne quasi inexistants pendant trois jours, des commerces de bouche fermés, alors que des personnes très âgées vont devoir rester calfeutrées dans leurs appartements. Et face à cela, des élus qui n’ont absolument rien prévu et se soucient comme d’une guigne de leurs administrés. Rien n’a été mis en place par la Ville pour ramasser les poubelles des personnes qui n’ont pas la force de les porter jusqu’en zone bleue, veiller à la sécurité de ceux qui sont isolés ou prévoir un ravitaillement d’urgence. La mairie s’est contentée de dire que la solidarité entre les habitants devait jouer et que ce serait « l’occasion de belles rencontres ».  Heureusement, la solidarité n’est pas un vain mot au Pays basque et immeuble par immeuble, et à l’aide des pages Facebook « SOS G7 » et « Entraide G7 », chacun s’est organisé pour venir en aide à son voisin. Reste un sentiment de rancune tenance à l’égard du maire et de sa clique. À 73 ans, malgré un mandat calamiteux au-delà de tout imaginable, Michel Veunac annonce son intention de se représenter en mars 2020. Pour le moment, comme tous les élus qui ne se sont guère souciés des Biarrots, il ne rêve que des belles rencontres qu’il va faire pendant le G7 avec Emmanuel et Brigitte. Mais en mars, il pourrait faire de très mauvaises rencontres avec les bulletins de vote des électeurs qui n’oublieront pas son égoïsme et son incompétence.

Comme quoi, le G7, même si nous avons l’impression actuellement d’être enfermés dans un élevage industriel de poulets, peut avoir du bon.

Etchegaray roi du contre-pied et du contre-sommet 

Ne croyez surtout pas que la « drôlerie » du G7 se limite à Biarritz. À Bayonne comme à Hendaye, on rigole bien de cet événement mondial et les politiques se comportent parfois comme ces chefs d’entreprise qui avant les élections, arrosent tous les partis pour être sûrs de s’y retrouver le soir du deuxième tour. L’affaire qui agite le milieu politique, ne semble pas de prime abord d’une excessive importance, mais elle peut prêter à sourire sur la duplicité dont savent faire preuve les politiques. Les organisateurs du contre-sommet du G7, basés à Urrugne et qui prévoient de manifester samedi à Hendaye, sont venus récupérer à Bayonne 50 tables et 400 chaises, gracieusement fournies par la municipalité.

Interrogé à ce sujet, le très courtois maire de Bayonne ne nie absolument pas les faits : « La ville de Bayonne répond souvent à des demandes logistiques de cette nature formulées par des associations.  Le contre-sommet G7, organisé par des personnes responsables et pacifiques que j’ai pu rencontrer méritait ce soutien de notre collectivité. Les rencontres qui vont s’y dérouler font honneur à notre démocratie ».

Tout cela serait admirable et parfaitement respectable si notre rusé Jean-René Etchegaray, maire UDI et par ailleurs président de la communauté d’Agglo, n’avait usé de toute son influence auprès du préfet pour que le contre-sommet initialement prévu à Bayonne ne se déroule ailleurs et de préférence chez le maire socialiste Kotte Ecenarro, qui hurle au scandale depuis que le préfet lui a imposé sa décision.

Et c’est uniquement parce qu’il est débordé que Jean-René Etchegaray s’est bien gardé d’avertir son homologue hendayais du soutien logistique qu’il apportait au contre-sommet ?