La triple angoisse de l’électeur biarrot

Globalement décevantes, les réunions publiques des futurs candidats se contentent souvent de vagues promesses à propos des trottoirs délabrés ou des navettes. Alors que trois grandes questions se posent.

Les réunions publiques de précampagne électorale ont ceci en commun avec les réunions de famille qu’on y évite soigneusement les sujets qui fâchent et qu’on se contente le plus souvent de deviser sur l’accessoire. Bisque, Bisque, Basque ! s’efforce d’assister aux déclarations de candidature et aux premiers rassemblements de tous ceux qui visent la mairie en 2020. Tandis que Michel Veunac se réfugie dans son splendide isolement, candidat déclaré bien incapable de dire avec qui il va partir, que Guy Lafite frétille et que Didier Guillaume se souvient soudain que Biarritz est désirable, Maïder Arostéguy, Nathalie Motsch et Jacques-André Schneck (par ordre d’apparition sur la scène médiatique) en attendant Guillaume Barucq la semaine prochaine et sans doute bientôt Marine Batiste et François-Xavier Menou, s’efforcent de tenir un maximum de réunions publiques pour aller à la rencontre des Biarrots.

On commence souvent à s’intéresser à la vie publique lorsqu’on rencontre des difficultés. Il est donc normal que dans ces réunions publiques se trouve toujours un riverain pour déplorer l’état du trottoir devant sa porte ou un autre souhaitant que la navette passe devant chez lui et non dans la rue à côté. Et il est donc normal que le ou la candidate déclarée hoche gravement de la tête pour bien faire sentir combien la question le passionne et fasse une promesse qui ne vaudra au mieux qu’en cas de triomphe électoral.

Mais, même si ces réunions permettent d’avoir une meilleure idée du « style » de chacun, Bisque, Bisque, Basque ! éprouve globalement une assez grande déception, tant il a le sentiment que ce qui préoccupe véritablement tous les Biarrots suivant de près ou de loin la vie municipale, est délibérément occulté par les candidats. Voici donc les trois sujets que Bisque, Bisque, Basque ! souhaiterait voir évoqués lors des réunions publiques.

COMMENT RESTAURER LA CONFIANCE ?

Aurait-il quelque chose à craindre ? Ces jours derniers, Michel Veunac a pris langue avec les principaux candidats pour leur demander de mener une campagne électorale propre. Venant de sa part, il fallait oser ! Il faut dire qu’après le mandat calamiteux qu’il vient d’accomplir, Mimi-La-Malice a quelque raison de redouter l’ironie de ses rivaux électoraux. Quel changement en six ans à Biarritz ! On est passé d’un maire un peu fripon sur les bords, qui avait à l’évidence effectué le mandat de trop mais qui était respecté de la plupart des Biarrots, à un maire désastre absolu, incapable d’imposer son autorité et qui a transformé la Ville en vaude…ville permanent. Dossiers planqués, donnés à la dernière minute au conseil municipal, opérations qui ne semblent destinées qu’à favoriser des copains, adjoints qui démissionnent en série, opposition qui trahit et vient voler au secours de Veunac. Après un mandat aussi réussi, on comprend que Veunac souhaite en accomplir un second !

Bien évidemment, tous les futurs candidats promettent « de la transparence » et certains avancent même des idées originales : un « déontologue » pour Jacques-André Schneck, une commission qui aurait droit de veto sur les projets municipaux pour Nathalie Motsch, des représentants de l’opposition dans toutes les commissions importantes pour Maïder Arostéguy. Tout cela va dans le bon sens et Bisque, Bisque, Basque ! ne peut que s’en féliciter. Ce qui n’empêche pas le spectateur qui assiste aux réunions électorales de ressentir un certain malaise tant il a le sentiment que tout ce petit monde politique qui s’agite en période électorale reste dans l’entre-soi.

Les Biarrots ont besoin d’entendre dire de la bouche des candidats que le dernier mandat a été un désastre absolu, de se faire confirmer qu’en aucun cas une alliance avec Veunac au soir du premier tour n’est envisageable, de savoir qu’ils ne vivront plus jamais cela. Les errances d’un Brisson, les trahisons d’un Saint-Cricq, les flagorneries d’un Claverie leur ont fait totalement perdre confiance en leurs élus et ils ont besoin de rupture avec les pratiques anciennes. Quand Guillaume Barucq affirme qu’il « s’entend bien avec tout le monde », quand Nathalie Motsch évoque Didier Borotra avec des trémolos dans la voix ou quand Jacques-André Schneck, par élégance sans doute, ne parle quasiment pas du mandat Veunac lors de sa première réunion publique, l’électeur qui a pris la peine de se déplacer se demande si on n’est pas en train de lui préparer un nouvel emballage pour habiller des manières de fonctionner fort anciennes.

La gravité de la situation à Biarritz aurait exigé un « mandat de salut public » où tous les opposants à Veunac se regroupent pour redonner à la Ville une gouvernance saine pendant six ans. Au lieu de cela, le bal des égos est en marche et chacun est convaincu de pouvoir sauver la patrie tout seul et use ses forces à combattre des adversaires aux idées souvent très proches, au lieu de combattre l’équipe en place. En mars prochain, les électeurs biarrots devraient avoir le choix entre une dizaine de listes. C’est la meilleure façon de faire réélire le maire sortant.

COMMENT RÉTABLIR LES FINANCES ?

Si je promets à mes enfants un scooter neuf au cas où je gagnerais le gros lot de la Loterie nationale, suis-je un bon père ou un enfumeur de première ? On sait tous ce qu’il advint de la piscine olympique annoncée par Veunac en 2014. Chaque candidat a un magnifique programme… de dépenses à proposer aux Biarrots : Ville écologique, Ville débarrassée de son viaduc à La Négresse, Ville où les jeunes pourraient enfin s’installer grâce aux logements sociaux… Les idées ne manquent pas et c’est logique en période électorale. Mais quand on évoque le financement de ces mesures, chaque candidat balaie le problème d’un large revers de la main : « Des ressources, on en trouvera ! » Est-ce si sûr ?

Petit rappel historique : Biarritz est une ville riche qui ne devrait avoir aucun souci d’argent. Entre ce que rapporte le tourisme, le casino et les droits de mutation liés aux transactions immobilières, le budget de la Ville devrait s’équilibrer sans problème. Malheureusement la folie des grandeurs de Didier Borotra et le gouffre financier représenté par La Cité de l’Océan, ont conduit la Ville à une situation très préoccupante, puisqu’elle était tout près en 2014 de la mise sous tutelle (Dans ce cas-là le préfet est seul habilité à autoriser les dépenses), lorsque Veunac et Lafite sont arrivés aux manettes. Situation d’autant plus grave que tous les fondamentaux de la Ville ont été négligés lors du dernier mandat de Borotra : voieries à l’abandon, taux de logements sociaux tellement bas que nous payons 600 000 euros d’amende à l’État chaque année, on en passe et des meilleures.

Si l’on en croit le discours officiel du sémillant « Lafaillite-Nous-Voilà ! », les finances municipales ont été rétablies de façon brillante par le pas qu’un peu énarque qui dirige en second la Ville. Et l’on pourrait imaginer qu’il dit vrai, puisque l’opposant historique Jean-Benoît Saint-Cricq, qui depuis juillet 2018 et le vote de L’Hôtel du Palais est en pamoison devant la majorité municipale après en avoir dit pis que pendre, ne cesse de souligner la rigueur budgétaire manifestée par l’équipe en place. Mais quelle blague !

De la même façon que le Français moyen possède un livret de Caisse d’Épargne pour les imprévus de l’existence, les Biarrots avaient un petit pécule pour se prémunir en cas de difficulté : la propriété de L’Hôtel du Palais. Un bien estimé autour de 200 millions d’euros et qui aurait facilement trouvé preneur. Au lieu de cela, les lambeaux de la majorité municipale, aidée de cinq opposants qui les ont rejoints, ont opté pour un bail emphytéotique de soixante-quinze ans qui fait perdre toute marge de manœuvre à la Ville et pour un emprunt assumé par la coquille vide qu’est la Socomix. Qui serait bien incapable de rembourser les traites si le prévisionnel établi par Hyatt s’avérait trop optimiste, ce que semble penser la spécialiste de l’économie des palaces Virginie Lannevère, ainsi que plusieurs anciens administrateurs comme Anne Pinatel ou François Amigorena.

C’est facile de présenter un budget en équilibre quand on planque la dette sous le tapis !

Les Biarrots ne sont pas des enfants à qui on ne doit rien dire pour ne pas les inquiéter. Les candidats en piste pour les prochaines municipales au lieu de s’étendre sur leurs projets, qu’ils auront un mal fou à financer, feraient mieux, comme le faisait Winston Churchill au sortir de la guerre, de promettre « du sang et des larmes », tant la situation financière de la Ville s’annonce délicate pour le mandat à venir avec une Cité de l’Océan bien loin d’être sauvée avec ses chiffres de fréquentation dérisoires. Mais comme le sujet n’est pas porteur électoralement, il est tellement plus facile de glisser, d’éluder et de faire croire qu’on se prépare à un mandat normal dans une ville normale.

COMMENT RAVIVER LES ALLIANCES ?

En 2020, les maires français seront voués à la schizophrénie. Pour ses administrés, le maire est celui qui décide de tout localement, alors qu’il est surtout le porte-drapeau de sa Ville au sein d’une entité qui prend toutes les décisions importantes. Et quand l’entité est XXL, comme la Communauté d’Agglo du Pays Basques (CAPB) avec ses 158 communes, on comprend mieux la nécessité impérative d’avoir des rapports harmonieux avec ses collègues pour obtenir des arbitrages en faveur de sa Ville.

En apparence, en apparence seulement, le G7 est une grande réussite pour Michel Veunac. Si ce grand raout mondain et planétaire s’est déroulé sans trop de casse pour le Pays basque, malgré une indemnisation scandaleusement faible des commerçants, il n’en va pas de même pour notre Mimi-Imperator-que-le-monde-entier nous-envie.

D’abord les services élyséens, qui ont longtemps séjourné à Biarritz pour préparer l’événement, ont pu prendre la mesure du maire qui nous dirige. Et visiblement, si l’on se fie aux discours où Macron a soigneusement évité de prononcer le nom de Veunac et à cette investiture LaREM tant convoitée que le maire semble en peine d’obtenir, l’État n’a pas été franchement bluffé par notre porteur d’écharpe tricolore.

Mais il y a bien pire pour l’avenir immédiat de Biarritz. Officiellement vice-président de l’Agglo, Veunac n’a prévenu personne lorsque Macron lui a demandé d’avancer la date du G7 fin août, à cause des élections canadiennes. Tous ses collègues de l’Agglo ont été mis devant le fait accompli. Jean-René Etchegaray et Claude Olive, les maires de Bayonne et Anglet, qui sont les alliés naturels de Biarritz au sein de la CAPB face aux maires du Pays basque intérieur, ne décolèrent pas sur la façon de procéder de Veunac. Résultat : toute demande qui viendra de Biarritz, et en particulier si Veunac est réélu, sera examinée à la loupe et rejetée chaque fois que ce sera possible tant la rancune demeure tenace. On en a la preuve sur le dossier Aguilera et la procédure MECDU (Mise en Conformité des Document D’Urbanisme) en cours. Veunac a cru pouvoir faire accélérer les choses. Il devra patienter 18 à 21 mois et rien ne prouve que son projet ne sera pas encore retoqué.

Ce sujet de l’Agglo, de la pacification nécessaire des relations avec les autres maires, doit être évoqué par les candidats même s’il n’est pas très sexy et parfois difficilement compréhensible par les Biarrots, tant l’avenir de Biarritz est lié à un fonctionnement harmonieux au sein de la CAPB. Là aussi, le sujet passionnerait sans doute les auditeurs s’il était traité publiquement par les candidats au lieu d’être évoqué du bout des lèvres.

En fait, comme dans les réunions de famille, c’est parfois le premier pas qui coûte le plus. Soit on fait de la politique comme avant, le candidat et l’auditoire se contentant de banalités prudentes et on rentre le soir un peu frustré de ne s’être rien dit avant de se séparer. Soit on prend le risque de voir les assiettes voler, et on se dit ce qu’on a à se dire avec franchise pour pouvoir repartir sur des bases saines.

Allez, encore un effort, Messieurs et Mesdames les candidats !

 

7 réflexions sur “La triple angoisse de l’électeur biarrot

  1. Belle analyse que l’on peut hélas appliquer à de nombreuses communes françaises. Des boni menteurs qui éludent les problèmes financiers, mais hélas des médias qui font de « l’investigation » uniquement sur les clubs du top 14…
    Les citoyens quant à eux sommeillent plus motivés par les recrutements de mercenaires pour le BO, l’Aviron ou la Section…
    Après tout les citoyens (mais faut il utiliser ce qualificatif ?) ont les élus qu’ils méritent.

  2. Excellent papier une fois encore, merci Jean-Yves. En effet pour le moment nous sommes dans l’eau tiède, le consensuel pour plaire à tous et qui au final déplait à chacun.e.

    Sur la page Facebook Biarritz Notre Ville j’y ai lu de la part de Mme Arostéguy qu’il serait illégal de publier un programme, une contre-vérité de la plus belle espèce (pour rester poli). Je ne comprends pas pourquoi une personne qui brigue un mandat et sollicite les votes ne publie pas son programme engageant et structuré (sauf bien sur si elle n’en n’a pas).

    Attendons de voir mais les jours, les semaines, les mois passent, ils sont candidat.e.s officiellement et…toujours rien de concret sur le fond.

    Tout ceci est assez navrant car comme je l’avais écrit il y a des mois sur ce blog, comme toi je pense qu’il fallait une liste d’union face à l’autre mais le bal des égos l’a emporté.

    Très bonne question de ta part aussi : qui va trahir le/la premier.e et se rallier à Veunac fait sens. Les paris sont ouverts!

    Je maintiens qu’il faudrait organiser 2 réunions publiques dans une grande salle à BTZ avec tous les candidat.e.s et un modérateur, soit une avant le 1er tour et une avant le second tour afin de mieux cerner programme et profils et surtout de voir comment sur le fond (leurs programmes) ils se démarquent les un.e.s des autres.

    Rien n’est fait et au final les gens auront ce qu’il mérite (si ils veulent Veunac Acte II ils l’auront) mais parmi celles et ceux nommés dans ton article j’y vois beaucoup de « calibres » d’un niveau très faible et qui à mon avis nous ferons vite regretter le duo Veunac/Lafite (comme Trump nous fait regretter George W.)

  3. Globalement un constat très positif. Le vrai problème, c’est que notre conseil municipal compte un bon tiers de membres qui n’habitent plus cette ville mais qui y sont légalement domiciliés tout en dirigeant notre commune.

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