Ce 12 février qui fracture Biarritz

Les pressions subies par les élus lors du dernier conseil municipal ne semblent pas poser problème à trois des sept candidats… Mais elles posent problème aux électeurs.

Un président n’a pas à se comporter en simple supporter, distribuant les huées ou les acclamations aux élus.

Il n’y a, selon le dictionnaire Larousse, qu’un petit tiret d’écart entre le maître chanteur et le maître-chanteur, mais il fait toute la différence. Le premier, au sommet de sa maîtrise musicale, va vous faire aimer l’art lyrique. Le second, qui est aussi incontestablement un artiste en son genre, va vous apprivoiser pour mieux vous dévorer, grignotant un doigt, puis la main, puis le bras avant que vous ne compreniez que vous êtes définitivement perdu.

Je n’ai pas de boule de cristal sur mon bureau et je suis bien incapable de dire qui va emporter cette élection, mais toutes les conversations à Biarritz me montrent que depuis le dernier conseil municipal du 12 février une fracture très nette s’est opérée entre les citoyens qui estiment que les élus ne doivent jamais céder au chantage et ceux qui, sans crainte du coronavirus, respirent en estimant le BO sauvé, ce qui reste à prouver. Une fracture qui s’est totalement vérifiée lors de l’excellent débat organisé par Mediabask où l’on constatera que « la bande des trois » du plateau d’Aguilera n’a désormais de divergences que sur les détails

https://www.mediabask.eus/eu/info_mbsk/20200305/les-candidats-de-biarritz-debattent

Pour tous les Biarrots, même s’ils n’ont pas encore décidé pour qui ils voteront au final, les choses sont désormais claires : il existe trois listes d’un côté, Veunac, Arostéguy, Saint-Cricq, et quatre de l’autre avec Barucq, Motsch, Morin et Guerdane. Une préfiguration des alliances de second tour ?

On ne transige pas avec les principes républicains

Il faut se méfier des raccourcis hâtifs, surtout en période électorale et je me garderai bien de mettre au même niveau un Michel Veunac qui démontre chaque jour qu’il est plus que temps qu’il s’occupe de ses petits-enfants, une Maïder Arostéguy qui a le sens du terrain et une assise populaire incontestable et un Jean-Benoît Saint-Cricq qui a les qualités requises pour être un bon maire même si je suis totalement en désaccord sur ses choix concernant le BO et Le Palais

Sourires complices et volonté systématique de couper la parole à Nathalie Motsch, lors du débat de Médiabask. La romance entre Veunac et Saint-Cricq continue.

Mais la position de Bisque, Bisque, Basque ! est très claire sur le sujet et j’ai eu l’occasion de m’en expliquer avec les intéressés. Il n’existe plus que quatre listes pour lesquelles je suis susceptible de voter car à mes yeux on ne doit jamais transiger avec les valeurs républicaines et jamais céder à un chantage quand on est un élu et encore moins à un double chantage. Celui du président du Biarritz Olympique, décidant qui sont les bons et les mauvais élus et se comportant comme un porte-flingue en s’invitant au conseil municipal et en demandant à ses troupes de huer les élus qui lui déplaisent. Mais aussi le chantage du maire, faisant voter à quatre semaines de la fin de son mandat, une résolution qui officiellement n’engage personne pour la construction d’un centre de formation à 12 millions d’euros. Après n’avoir jamais, malgré des promesses réitérées pendant six ans, fait déposer le moindre permis de construire concernant l’aménagement d’Aguilera, ce qui en dit long sur la duplicité de Mimi-La-Malice.

Même à Toulon, on se marre !

À ce sujet, la réaction de l’ancien président du RC Toulon, Mourad Boudjellal, qui se moque comme de ses premières chaussettes de rugby de l’élection municipale biarrote, est totalement édifiante : « Le président Jean-Baptiste Aldigé a annoncé qu’une Assemblée Générale allait avoir lieu le 3 mars en disant que si la mairie n’accordait pas le bail immobilier voulu par le club, il allait déposer le bilan. Mais je vais t’expliquer, Jean-Baptiste : il faut être un spécialiste pour faire du chantage. Quand tu menaces de faire déposer le bilan à ton club, évite de signer des joueurs pour la saison d’après car ça ne fait pas crédible. C’est un métier que de faire du chantage. » On ne saurait mieux résumer la situation et, visiblement, Boudjellal met un trait d’union entre maître et chanteur.

https://twitter.com/F_Amigorena/status/1227974108476006400

Et comme si cet affront démocratique ne suffisait pas, Aldigé se permet de multiplier les pieds de nez dans les jours qui suivent, comme ce commentaire où il insulte Barucq « et sa copine Amigorena » sans que le trio Veunac-Arostéguy-Saint-Cricq, ne réagisse. C’est tout l’art du chantage : on vous fait accepter un petit truc équivoque, puis on vous en demande un peu plus et encore un peu plus. Et comme si ce « foutage de gueule » ne suffisait pas, Aldigé annonce peu après qu’il reporte au… 1er avril (Non, ce n’est pas un gag !) l’assemblée générale prévue le 3 mars pour décider de l’avenir du club. Ce qui montre bien que la situation n’avait rien d’urgent et que les élus qui se sont rangés aux côtés du maire auraient beaucoup mieux fait de dire que leur premier conseil municipal, une fois élus maire, serait consacré au sauvetage du BO.

Guillaume Barucq :  » On leur donne ça, ils demandent ça « .

Avec beaucoup de dignité et de calme, Guillaume Barucq, lors du débat qui s’est tenu dans les locaux de Mediabask, a expliqué son point de vue : « C’est mon arrière-grand-père qui a fondé ce club. Ce qui me choque, c’est que Jean-Baptiste Aldigé dise : « Tu n’es plus chez toi au BO » avant de rajouter en mimant le geste d’un bras qui coupe l’autre : « Avec ce genre d’entrepreneur, quand vous leur donnez ça, ils veulent ça ! » On ne saurait faire un meilleur résumé de la situation actuelle.

Saint-Cricq et Arostéguy ne regrettent rien

Trois semaines après ce conseil houleux sur lequel l’élection se jouera probablement, il était intéressant de demander à Maïder Arostéguy et Jean-Benoît Saint-Cricq s’ils ne regrettaient pas leurs votes. (Il y a longtemps que Veunac a cessé de répondre à mes questions…). Saluons d’abord le courage des deux intéressés qui ne se sont nullement échappés et ont fort courtoisement répondu comme on doit le faire dans une démocratie apaisée. Jean-Benoît Saint-Cricq reste parfaitement droit dans ses mocassins : « Concernant mon intervention du 12 février, je n’ai rien à ajouter ni à retrancher. Ma position est toujours la même : le montage est bon et cette affaire n’avait que trop duré. Il s’agissait de lancer l’opération et de rattraper le temps perdu avec la procédure MECDU ». Pour les profanes, la Mise en Conformité des documents d’Urbanisme.

Avec son franc parler légendaire, Maïder Arostéguy qui annonce clairement qu’elle ne s’alliera pas à Michel Veunac au second tour, ne fuit pas la discussion : « Pour moi, Aldigé n’a pas fait de chantage. Ça fait des mois que Veunac le balade. Je me suis engagée a minima sur le centre de formation mais pour moi rien n’est figé » La candidate des Républicains reconnaît que le président du Biarritz Olympique est clivant : « Si on peut avoir un autre interlocuteur qu’Aldigé, je ne serai pas traumatisée. Par ses excès verbaux, Aldigé est grandement coupable, mais en face, ce n’est pas mieux. »  

Maïder Arostéguy affirme avoir apporté son soutien en « off » à Guillaume Barucq et « ne pas vouloir entrer dans la guéguerre d’Aldigé », un propos qui laisse un peu rêveur. Jean-Benoît Saint-Cricq affirme pour sa part « avoir réagi trop tardivement auprès de Sud Ouest qui n’a pas publié son texte », tandis que Veunac prétend avoir engueulé Aldigé en privé.

Ce qui renvoie à la question initiale posée par Bisque, Bisque, basque ! Pourquoi ne pas réagir publiquement quand on est un élu de la République et qu’un autre élu se fait insulter publiquement ? Par peur du maître-chanteur ? Parce qu’électoralement, ça arrange bien d’avoir un sniper qui arrose les adversaires politiques tandis qu’on fait semblant de ne rien remarquer ? Parce que, quand on s’est fait dévorer la main, on est terrorisé et on redoute d’y laisser le bras ?

Biarritz a besoin d’élus indépendants et cette zone d’ombre qui entoure trois des sept candidats pose un sacré problème.

Pour retrouver les  » Vues sur maire  » de François Amigorena : www.amigorena.fr

Maurice Goldring et l’effet papillon

En 1972, le météorologue Edward Lorenz avait un peu stupéfait la communauté scientifique en affirmant que le battement d’ailes d’un papillon au Brésil pouvait provoquer une tornade au Texas.  Insultes, trolls déchaînés sur les réseaux sociaux, rancunes tenances, Biarritz semble un peu être l’illustration de la « théorie du chaos » qu’évoquait alors Edward Lorenz. Et le papillon de service, celui qui a déréglé le fonctionnement démocratique de la Ville, pourrait bien être Jean-Baptiste Aldigé, avec ses propos clivants, ses maladresses verbales, ses dérapages qui ont amené tout le monde à tomber dans l’excès. Au départ, début février, un propos particulièrement malheureux de Maïder Arostéguy à Mediapart estimant que la famille Gave n’avait « construit ni Auschwitz ni Buchenwald ». Consciente de sa maladresse, en voulant défendre l’équipe dirigeante du BO, Maïder s’était immédiatement excusée. Mais le propos avait eu le don de mettre en colère Maurice Goldring, un universitaire qui a eu la douleur de vivre en direct la déportation. Ironique, il avait parodié la candidate sur sa page Facebook en écrivant que « Jean-Baptiste Aldigé était très fréquentable parce qu’il n’avait jamais imposé le triangle rose aux homosexuels ».  

Et à partir de là, par un effet papillon, tout est parti en vrille. Les supporters s’en sont mêlés, insultant l’universitaire et lui conseillant d’aller se faire enc… Et Maïder, deuxième erreur à mes yeux, au lieu de laisser le soufflé retomber, s’est empressée d’aller au commissariat pour déposer une main courante contre… Maurice Goldring !

Interrogée à ce sujet, Maïder estime qu’elle n’avait pas d’autre choix, car il fallait que la polémique cesse. Maurice Goldring pour sa part se montre très caustique : « J’aime Biarritz, car c’est une ville très tolérante. J’ai apprécié par exemple la façon dont Didier Borotra avait envoyé bouler Monseigneur Aillet, quand il lui demandait de ne pas autoriser des manifestations en faveur du mariage pour tous. Je pense que Maïder Arostéguy a agi sous le coup de la colère, car mon intervention a montré combien au fond d’elle-même, elle est d’extrême-droite ».

Nous voilà loin, très loin de la tolérance, du bien vivre ensemble et de la démocratie apaisée que souhaitent les Biarrots après la catastrophique mandature Veunac. À chaque électeur désormais de se demander quels sont les candidats en mesure de défendre ces valeurs.

Pour comprendre cette polémique, lire : http://mauricegoldring.blogspot.com/

11 réflexions sur “Ce 12 février qui fracture Biarritz

  1. Selon vos suggestions, Mr Viollier, qui n’apparaissent pas irréalistes, au deuxième tour s’associeraient Arosteguy, Veunac, Saint Cricq:
    Si l’on s’en tient aux sondages de fin janvier dernier, Maïder Arosteguy arrive largement en tete ,27% (info site de campagne Arostéguy), Veunac largement derrière, apprenant sur le même sondage que 50% des Biarrots lui reconnaissent un bon bilan, disons donc 20% pour Veunac.
    Il ne resterait qu’un petit 3% à obtenir pour Saint-Cricq, et bien sûr qu’il devrait faire beaucoup plus.
    Vu sous cet angle, les jeux semblent faits !

    • Le sondage n’est qu’une radioscopie à l’instant T de l’opinion. je ne m’aventurerai donc pas à faire des pronostics. Rappelez-vous 2014 et l’élection qui semblait imperdable pour Max Brisson.

  2. C’est certain,il faut rester prudent.
    L’applaudimètre du débat de ce soir au casino, à une semaine du premier tour pourra donner aussi une tendance. En tout cas je suis très heureux de ceux qui ont été particulièrement applaudis et ceux qui ne l’on pas été ou plutôt hués.

  3. Très bon papier une fois de plus merci pour ce salutaire travail d’information.

    Se fier à un sondage réalisé sur 500 personnes au téléphone fixe (pas sur téléphones portables donc âges vraisemblablement élevés des participants) sur un corps électoral de 23.000 inscrits, sincèrement il faut être benêt pour le colporter et se mettre à rêver du grand soir.

    Rien n’est fait et j’espère que ce n’est pas la candidate qui stigmatise les musulmans, soutien les Gave et se désolidarise des déclarations homophobes proférées par l’autre agité qui l’emportera car ce sera assurément pire qu’avec Veunac.

    • Dècidément ,j’aurai tout eu comme qualificatifs sur ce blog:
      corbeau, collabo, minable, anonyme sans valeur, ex-soviétique,con, il ne manque à cet inventaire à la Prévert que ben^tt!
      Cher Paul Bismuth,j’ai bien saisi le haut niveau démocratique de la liste que vous défendez.
      Votre agressivité ne démontre que votre dépit face à la déroute qui s’annonce !
      Si la valeur du sondage Sud ouest du 31 Janvier, ne vous convient pas, vous pourrez toujours évaluer les applaudissements hier soir au Casino. Il y en a qui ont du connaitre un grand moment de solitude, mais, me direz vous, 400 personnes,ce n’est rien !

      • Je sais bien que l’on dit que même les paranos ont des ennemis parfois mais si j’avais pu penser une seconde que vous preniez des remarques générales comme vous étant adressées, j’aurais pris soin d’inclure une clause de non-responsabilité.

        Bien sur que ce n’est pas à vous Ferragus mais à la candidate qui se gratifie des résultats que je pensais quand j’ai utilisé le mot « benêt » pardonnez-moi si j’ai créé la confusion dans votre esprit en n’étant pas suffisamment clair.

        Quant à la pertinence d’une salle de 400 personnes principalement peuplée des supporters des candidats respectifs venus faire la claque, j’en pense la même chose que le fumeux sondage réalisé sur 500 personnes: c’est, sur un plan statistique totalement insuffisant pour être fiable sur un corps électoral de 23.000 inscrits.

        Mais vous semblez être en possession des résultats du premier tour qui n’a pas encore eu lieu alors je m’incline avec respect et je vous souhaite de voir vos rêves se réaliser.

      • Quand je vois le nom de Bismuth, je saute ses commentaire. C’est plus sain.

  4. Anecdotique, sans doute, jardin d’Ixelles, presque en face de la mairie, panneaux électoraux comportant cinq affiches : Veunac, Euskal Herrian, Barucq, Motsch, Saint-Cricq . La première et la dernière ont été lacérées, peu de temps après leur mise en place, pas les autres. Cela n’a évidemment pas valeur de sondage mais n’interdit pas la réflexion…

  5. J’ai souvenance, effectivement, de Max BRISSON annoncé presque gagnant !
    EN 2020 … il ne peut en aller de même avec Maïder AROSTEGUY parce que les candidats sont nettement plus nombreux et je ne cacherai point qu’aucun de CEUX ICI cités n’aura mon VOTE !
    IL y a MIEUX à BIARRITZ cette année que le Panel traditionnel Gauche-Droite et autres :-)))
    Ce que VOUS en dites, les UNS et les AUTRES … enrichit le discours mais pas les pronostics … car ces derniers vont encore évoluer au fil des jours même si peu de temps nous sépare de l’élection municipale !
    En BON JOUEUR, j’ajouterai  » Que Chacun(e) ait sa chance mais je crois que nous serons vite fixés :-)))
    ALLEZ … à plus dans nos propos concernant cette ELECTION qui pèsera sur notre AVENIR BIARROT … c’est la seule chose dont NOUS SOYONS SÛR(E)S !!!!!

  6. Oh,je ne sais pas si j’ai des rêves ,mais ils ne sont sûrement pas en politique. Je souhaite simplement une équipe municipale plus intègre, qui se soucie du quotidien des Biarrots qui vivent ici à l’année, car de ce côté là nous avons tous souffert durant le mandat Veunac.
    Parce que le Palais,le BO, la cité de l’océan je m’en balance le coquillard ! Et c’est malheureusement des financements qui grèvent le budget de la ville au détriment d’autres dossiers comme l’entretien des quartiers, par exemple l’entrée de la ville au sud, entre la cité de l’océan et la cote des basques est abandonné, pas un 1 centime n’est mis depuis 20 ans dans cette zone qui est devenu un no man’s land . Aucuns candidats n’a de propositions pour le quartier Milady, c’est désolant.

  7. Je ne VOUS connais point, Monsieur FERRAGUS (dont le nom m’épate au point de me poser la question : »est-ce UN épéiste qu’on nommerait FER à GUS ??? » !!!
    Quoi qu’il en soit, vous avez en partie raison mais sachez que les BIARROTS AIMENT LE B.O. et LE PALAIS et que, même si la Cité de l’Océan (onéreuse, j’en conviens !) sera un jour, j’espère, autre chose que ce que L’ON en fait depuis sa construction !) … ces constructions onéreuses font maintenant parties du PATRIMOINE BIARROT !
    Pour le reste, je suis d’accord avec VOUS, sachant que NOS QUARTIERS souffrent d’abandon, c’est juste !
    Note du BENÊT que je reste —>> Avez-Vous de quoi soigner votre ORTHOGRAPHE ?
    Sinon, passez ME voir, je Vous aiderai :-)))

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