Tarabiscoté, donc costaud

Quelle désillusion, j’ai longtemps cru qu’un dessin tarabiscoté, c’est un dessin remarquable et musclé !

Une des rares photos de mon enfance me permet de dater les faits avec précision. En juillet 1954, dix mois après ma naissance, mon grand-père et son frère labouraient encore leurs terres avec des bœufs. Si un tracteur Pony rouge améliora ensuite la vie de la ferme, les travaux de force restaient monnaie courante quand on faisait de la polyculture. Entre le pailler à édifier au moment des moissons, les sacs de pommes de terre à « charroyer » comme on disait chez moi ou la hotte à porter pendant les vendanges, il n’y avait vraiment pas besoin d’aménager une salle de sports à domicile. Plusieurs anciens m’ont d’ailleurs raconté que sur un pari de fin de banquet, mon grand-père avait réussi à emmener jusqu’à sa vigne, distante de plusieurs centaines de mètres de la ferme, deux sacs d’engrais pesant cinquante kilos chacun, c’est-à-dire son poids.

Autant dire que lorsque nous nous retrouvions dans les champs, les frêles, les « chétis » (chétifs), les malingres en prenaient pour leur grade. « Celui-là, il est monté pour le goujon » rigolaient les deux frères par allusion au fil très fin nécessaire pour capturer ce poisson méfiant. Et lors des pauses autour de la bouteille de limonade au frais sous un arbre, mon grand-père ou son frère n’hésitaient pas à me demander de tâter leurs biceps, avant de désigner les modestes renflements sur mes bras et de dire : « Allez à ton tour de nous montrer tes biscoteaux ! ». Et mon grand-père de conclure après cette peu édifiante présentation : « L’important, c’est surtout que tu les montres à l’école ! ». Ce qui était très gentil de sa part, car il savait que j’étais un très bon élève.

Autant je pouvais être chahuteur et turbulent pendant les récréations – pour avoir shooté dans un boulet de charbon qui avait atterri dans le mollet de la surveillante générale que je n’avais pas vue, j’eus droit à ma première consigne quinze jours après mon entrée en sixième avant d’y repartir la semaine suivante pour une bagarre ! -, autant je trouvais extraordinaire que des adultes viennent partager leurs savoirs avec les enfants que nous étions et tout, absolument tout, m’intéressait. Le soir, à la maison, je relisais mes livres scolaires avec plaisir, en particulier ceux d’histoire et de géographie qui me faisaient beaucoup rêver. Et je dois l’avouer avec un peu de honte, arrivé à neuf ans au collège et plus jeune de la classe, donc malmené, j’étais un affreux compétiteur et ressentais un vrai chagrin quand je ne terminais pas premier.

Cette année de cinquième qui s’achevait avait été marquante à deux niveaux. Mon père après avoir été prof de gymnastique vacataire puis instituteur, avait été nommé professeur de français au collège de Chasseneuil, nouvelle qui ne me réjouissait guère car je redoutais de l’avoir comme enseignant. Crainte confirmée mais un peu vaine : autant il était un père erratique et peu présent, autant il s’avéra un excellent professeur à l’originalité consommée, n’hésitant pas à arriver avec des coupures de presse dans les poches pour commenter l’actualité, à exprimer clairement ses points de vue souvent iconoclastes, et nous donnant surtout une immense envie de lire et de comprendre le monde qui nous entourait. Dès le mois de septembre, il avait été clair avec moi : « Quoiqu’il arrive, tu ne seras pas premier. Je ne peux pas faire ça, mais si tu mérites la première place, je te le dirai. » J’avais bien un peu râlé pour la forme (Ce maudit esprit de compétition !) tout en trouvant assez logique ce qu’il me disait. Une surprise de taille m’attendait cependant fin juin. J’avais obtenu le premier prix (à l’époque on distribuait encore des livres aux meilleurs élèves) dans toutes les disciplines sauf deux : le dessin où je maniais mon crayon comme une truelle et la composition française où je n’avais aucune illusion à avoir connaissant le caractère ferme de mon père. Pourtant peu de jours avant la distribution des prix, il me fit une énorme surprise en me convoquant dans son bureau où s’entassaient toujours des monceaux de rédactions à corriger. « Tu mérites incontestablement le prix de français, cette année même si tu sais que je ne peux pas te l’attribuer. Donc, tu vas aller à la librairie te choisir le livre qui te fait plaisir. Je te l’offre et je passerai le payer ». Un geste de grande classe qui m’avait marqué.

Sitôt l’école terminée, j’étais parti passer un été enchanteur à la ferme de mes grands-parents, où je redevenais un enfant à l’esprit libre sans avoir à être, comme pendant l’année scolaire, le témoin de lourds et perpétuels conflits familiaux. Je me souviens très bien que cette année-là quand on rentrait des champs, j’avais décidé de sortir mon livre d’histoire pour… recopier les illustrations. Je n’avais pas d’appétence spéciale pour le dessin, mais je ne supportais pas l’idée de faire baisser ma moyenne à cause de cette matière. Mes grands-parents, mon arrière-grand-mère, mon oncle s’intéressaient tous à ce que je faisais et me montraient toujours beaucoup de bienveillance. Ce jour-là, j’avais sué gouache et eau pour dessiner Roland à Roncevaux, jouant du cor pour alerter ses troupes avec à ses côtés sa fidèle épée Durandal. « C’est un peu tarabiscoté ton truc ! » me dit en riant mon oncle.  J’étais aux anges, ma libre interprétation des mots m’ayant persuadé que ma famille trouvait que mon dessin avait des… biscoteaux. J’ai donc multiplié tout l’été des dessins de costaud avec moult détails et nombre de vaines complications.

Est-il utile de préciser que je n’ai jamais eu le prix de dessin de toute ma scolarité…

Dans la même série :

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https://jeanyvesviollier.com/2020/04/26/rabibocher-na-rien-dallemand/

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/24/9116/ (« Hâte de lutiner « )

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/08/grand-homme-incontinent/

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/16/caparaconne-et-pret-pour-lecole/

T’as la baraka, mon gars !

À force d’entendre dire que sa famille bénéficie d’une chance inouïe, on finit par y croire…

Des garçons et uniquement des garçons à toutes les générations ! Nous étions deux frères. Mon père était fils unique. Mon grand-père avait un frère qui cultivait avec lui la ferme familiale de La Chapelle-des-Pots. Et mon arrière-grand-père pour sa part partageait le toit familial avec… six frères ! Anecdote extraordinaire, les sept frères Viollier qui vivaient à cette époque à Bourg-sous-La-Roche en Vendée, avaient participé à la guerre de 14, puisqu’ils avaient entre dix-huit et trente-cinq ans. Et, hasard encore plus extraordinaire, les sept étaient rentrés vivants, après des aventures toutes plus rocambolesques les unes que les autres. L’un avait été nettoyeur de tranchée, l’autre avait fait Verdun, le troisième, prisonnier, avait réussi à s’évader à la deuxième tentative après avoir été repêché une première fois dans une rivière par un chien de marinier. Et puis, il y avait Edmond, le seul blessé de la famille, à qui on avait demandé d’observer les lignes ennemies après que deux de ses camarades se soient faits descendre et qui avait eu l’incroyable réflexe avant de sortir de la tranchée de prendre une pelle et de la glisser sous sa capote. La balle du tireur d’élite adverse avait frappé la partie métallique de l’outil à hauteur du cœur avant de ricocher et de le blesser légèrement au poumon. Nous étions la seule famille à ne pas avoir notre nom inscrit sur le monument aux morts du petit village vendéen.

Mon grand-père, né en 1907, fera pour sa part son service militaire en 1926 à Saint-Nazaire, ville où son physique de paysan râblé lui valut de découvrir le rugby en première ligne. Le début d’une passion durable qui embrasa toute la famille. Après ses classes, il fut expédié en Afrique du Nord, puis rentra travailler la terre dans sa minuscule propriété de Bourg-sous-la-Roche avant de tout vendre et de partir s’occuper d’une ferme charentaise.

La guerre le reprit au col en 1939. Nommé sergent-chef d’une section de tirailleurs sénégalais, il nouera des liens extraordinaires avec ses hommes, certains revenant même le voir des années plus tard dans le village et séjournant plusieurs jours à la ferme, tandis que l’épicier me demandait en douce : « Le Sénégalais qui est chez vous, il dort dans un lit ? Il mange avec une fourchette ? », questions qui par leur absurdité me laissaient totalement perplexe.

Après la débâcle de juin 1940, tous les soldats du village étant rentrés sauf mon grand-père, ma famille, sans nouvelles, se demanda s’il était mort ou prisonnier. Avant de le voir revenir triomphalement trois semaines après les autres. Bloqué par l’avancée allemande à La-Charité-sur-Loire, il avait refusé avec sa section d’être fait prisonnier et avait vécu caché dans les champs en attendant que la vigilance allemande se relâche un peu. Puis une nuit, il avait réussi avec tous les hommes qui lui faisaient confiance à traverser la Loire et à regagner la zone libre.

L’histoire avait visiblement marqué les esprits à La Chapelle-des-Pots, car plusieurs anciens évoquent encore devant moi l’exploit de mon grand-père tout comme le fait que les sept frères de la génération précédente avaient échappé à la grande faucheuse, estimant que nous avions bénéficié d’une chance inouïe.

En fait notre famille a eu son lot d’ennuis et de souffrances comme toutes les familles, mais entendre notre grand-père minimiser les aléas de l’existence et répéter que les Viollier avaient la « baraka » nous a donnés une confiance en nous inébranlable. Et quand une récolte s’annonçait bonne et qu’avec un grand sourire mon grand-père annonçait qu’il allait « casser la baraque », l’expression me semblait découler de la même logique.

J’ignore si mon grand-père avait appris ce mot fétiche pendant son séjour en Afrique du Nord ou à l’arrivée des « pieds noirs » dans notre village, mais son parler positif, que n’auraient pas renié des psychologues, a eu des effets considérables sur notre parcours. En cas de difficulté, nous gardons toujours le sentiment, mon frère et moi, que nous allons nous en sortir et finir par triompher… Si ce n’est pas un beau viatique !

Et je repense à ce premier combat de boxe, disputé en 1972 à Paris, où mon entraîneur de l’époque, aussi surpris que moi de me voir proclamé vainqueur, m’avait dit en se marrant à la descente du ring : « Cherche pas, mon gars, t’as la baraka ! ».

Dans la même série :

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Rabibocher n’a rien d’allemand

Quand le rabbin se réconcilie après-guerre avec le « Boche », les deux se rabibochent. Logique, non ?

Au milieu des années soixante, la guerre était encore très présente dans les discussions familiales et au moment des élections municipales. Dans notre village charentais de Chasseneuil-sur-Bonnieure, l’attitude de chacun pendant ces années sombres était minutieusement soupesée et il n’était pas rare d’entendre des accusations publiques lors des réunions électorales comme « Ta quincaillerie, on sait comment tu l’as montée ! », méchante allusion aux nombreux parachutages anglais qui eurent lieu dans la région. Mes parents n’ayant guère de plaisir à vivre ensemble, notre vie sociale était plutôt réduite, ce qui nous enchantait avec mon frère, car rien n’était pire pour des enfants de moins de dix ans que ces repas du dimanche, les jours d’invitations, avec double entrée, plat de poisson puis plat de viande, avant la salade, le fromage, la farandole de desserts, le café et pousse-café. Et l’on exigeait de nous d’être sages et de faire bonne figure toute la durée du repas, alors que nous n’avions qu’une envie : faire prendre l’air à notre ballon de rugby dans le champ du voisin.  Presque à chaque fois, à l’heure du café, mon père qui se piquait de quelques connaissances historiques proposait à ses invités, quand ils n’étaient pas de la région, d’aller visiter Oradour-sur-Glane, village martyr situé à une cinquantaine de kilomètres de notre domicile charentais, non loin de Saint-Junien.

Même si nous étions habitués à suivre sans moufter, je ne sais pas si mes parents se rendaient bien compte de l’épreuve que pouvait représenter pour nous cette visite à répétition du village martyr, de l’église où les femmes et les enfants avaient brûlés vifs, à l’exception de Marguerite Rouffanche laissée pour morte et miraculeusement sauvée, de l’école où seul un petit Alsacien venu se réfugier dans ce village de Haute-Vienne avait eu la présence d’esprit de fuir à l’arrivée des Allemands, des différents lieux où les hommes par groupe de trente avaient été abattus au fusil-mitrailleur. Ma mère ayant vécu les bombardements d’Angoulême et perdu des camarades de classe, mon père ayant assisté en Charente-Maritime à des exécutions sommaires de miliciens à la Libération, comme tous les gens autour de nous, ne disaient jamais « Les Allemands » mais « Les Boches ».

Mon père estimant qu’il ne fallait surtout pas cacher la vérité aux enfants, nous racontait souvent les camps de concentration, les chambres à gaz et les persécutions endurées par les porteurs d’étoile jaune. Et si je ne savais absolument pas ce qu’était un imam, les musulmans étant fort rares en Charente à cette époque, le terme de rabbin m’était familier, car notre libre penseur de père se plaisait à répéter, de préférence en public : « Les prêtres et les rabbins peuvent bien faire ce qu’ils veulent, ça ne me dérange pas du moment qu’ils me foutent la paix ».

J’adorais faire semblant de dormir à l’arrière de notre Renault Dauphine pour mieux capter ce que racontaient les adultes. Était-ce au retour d’une de ces visites à Oradour-sur-Glane que j’ai entendu mes parents parler d’un couple qui s’était « rabiboché » ? Pour moi, nul besoin de se précipiter sur un dictionnaire, le sens de ce mot « rabibocher » était limpide. Si les rabbins juifs et les Allemands avaient été capables de se réconcilier, je n’avais plus aucune excuse, après une fâcherie avec un de mes petits camarades de classe pour ne pas me rabibocher avec lui.

Et j’ai beau, depuis, avoir des dizaines de fois regardé dans le dictionnaire la définition de ce mot, je continue à lui trouver un parfum de Deuxième Guerre mondiale.

Dans la même série :

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/24/9116/ (« Hâte de lutiner « )

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/08/grand-homme-incontinent/

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/16/caparaconne-et-pret-pour-lecole/

Hâte de lutiner !

La mine gourmande de mes grands-parents utilisant ce mot, me rendait impatient d’être plus âgé pour partager les jeux des petits lutins.

Le climat familial entre mes parents n’étant pas toujours au beau fixe, je passais toutes mes vacances scolaires chez mes grands-parents paternels et, si cela avait été possible, je serais bien resté définitivement à La Chapelle-des-Pots, ce petit village rural situé juste à côté de Saintes, où la vie était si simple pour l’enfant que j’étais. Alors qu’elle était tellement compliquée dans ma famille ! Avec le recul, je mesure d’ailleurs mieux l’incroyable modernité de ce couple d’agriculteurs qui avait pris la route de l’exil en 1932, venant à pied avec leurs vaches depuis Bourg-sous-La-Roche en Vendée et dormant pendant une semaine dans les fossés avant de prendre en charge comme métayers une exploitation en friche, puis de grimper un peu dans la hiérarchie paysanne en devenant fermiers après la guerre. Le frère de mon grand-père et la mère de ma grand-mère étaient eux aussi du périple et les quatre adultes travaillaient dur pour survivre, ce que je percevais parfaitement même très jeune. Mais, je n’étais pas plutôt arrivé que le premier mot de mon grand-père était pour me dire : « D’après tes parents tu as bien fait ton métier d’écolier. Tes vacances sont méritées et tu te reposes ».

Mais comment rester contemplatif ou paresser au lit dans une ferme où on se lève à cinq heures du matin pour traire les vaches, où l’on élève des volailles et produit des légumes que l’on vend au marché voisin, mais aussi du blé, du fourrage pour les animaux et même un peu de vigne, la zone se trouvant en « borderie » des crus de cognac ?

Je me retrouvais donc de toutes les expéditions pour « aller aux champs », trop heureux de monter sur le tracteur et de montrer « que je n’étais pas un fainéant », même si ma productivité devait être plus qu’anecdotique. L’école à l’époque ne reprenant que le 15 septembre, j’ai eu la chance de participer à tous les travaux importants de la ferme, que ce soit les foins, les moissons ou le début des vendanges et je ne remercierai jamais assez ma famille de m’avoir montré par l’exemple combien on pouvait prendre de plaisir à travailler.

Il faut dire aussi qu’étant tous dotés d’une langue bien pendue, on n’avait guère le loisir de s’ennuyer au travail et que les railleries fusaient dur : « Chez nous, on ne se moque que de ceux qu’on aime, pas de ceux qui nous indiffèrent », précisait Auguste, mon grand-père. Quand je tenais mon rang comme les autres dans la vigne et que je me retrouvais soudain la cible de plaisanteries, j’avais donc le sentiment malgré mes culottes courtes de devenir un peu adulte par anticipation. Même si j’avais parfois du mal à suivre les jeux de mots, car ma famille mélangeait allègrement le patois vendéen qu’elle avait conservé, le patois charentais qu’elle avait adopté et un français très limpide appris à l’école communale et ayant valu leur certificat d’études aux intéressés.

En dehors des périodes de Tour de France, en particulier à la grande époque des duels Anquetil-Poulidor où le transistor accompagnait tous les travaux ruraux, nous passions en revue le reste du temps les derniers exploits des principales figures du village. Mon grand-père et son frère étant d’excellents conteurs, ce n’était jamais triste. La dernière cuite du curé, le garde-champêtre qui n’aimait pas le travail et parvenait à tromper la vigilance quotidienne du maire, l’incurable célibataire qui venait de se marier et le regrettait déjà, m’en apprenaient plus sur la vie que bien des heures d’école. C’est ainsi que parlant d’une jeune voisine un peu hautaine et que personne n’avait jamais vu dans les champs, j’entendis ma grand-mère dire à « ses » hommes : « Elle fait sa pimbêche, mais le samedi au bal ne déteste pas se faire lutiner ! » ce qui suscita un éclat de rire général. Et comme mes grands-parents n’étaient que bienveillance à mon égard, je n’hésitais pas à leur demander ce que ça voulait dire. « Grandis un peu et on t’expliquera ! ». La question me préoccupa plusieurs jours. Est-ce que les lutins dansaient la ronde avec cette voisine, un peu comme Blanche-Neige et les sept nains, est-ce qu’ils lui faisaient des chatouilles ? En tout cas, à voir la mine réjouie des miens, l’action évoquée avait l’air rudement intéressante. 

Ah vivement que je sois grand moi aussi pour pouvoir partager les jeux de ces coquins de lutins !

Dans la même série :

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/08/grand-homme-incontinent/

https://jeanyvesviollier.com/2020/04/16/caparaconne-et-pret-pour-lecole/

 

 

 

 

 

 

Le premier tour doit être sacralisé

Pour des raisons éthiques, financières et de bon sens, le vote du premier tour des élections municipales ne doit à aucun prix être annulé.

Je les entends déjà ces Cassandre anonymes des réseaux sociaux affirmer que Bisque, Bisque, Basque ! après avoir été le porte-parole de Nathalie Motsch, de Max Brisson ou de Guillaume Barucq – J’en oublie sûrement ! – est devenu celui de Maïder Arostéguy. Mais ce propos se veut plus vaste que les limites de Biarritz et n’a que faire de considérations électoralistes. Même si le Conseil d’État évoque la nécessité d’un « délai raisonnable » entre les deux tours et n’excédant pas trois mois, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont trois raisons majeures pour décider que le premier tour doit être sacralisé et que le deuxième tour, dans les 6 000 communes qui n’ont pas encore élu leur maire doit être organisé très vite après la fin du confinement.

http://www.senat.fr/leg/pjl19-376-avis-ce.pdf

Eh les gars, vous êtes morts pour rien !

La première raison est éthique. Les chiffres sont un peu flous, mais cinq maires et une dizaine d’assesseurs ayant tenu un bureau de vote sont décédés des suites du coronavirus. Et beaucoup de ces victimes avaient conscience du risque qu’ils prenaient le 15 mars en tenant un bureau de vote.

https://www.ouest-france.fr/sante/virus/coronavirus/coronavirus-cinq-maires-et-presidents-d-executifs-locaux-sont-decedes-6803429

De leur côté, nombre de citoyens attachés au suffrage universel ont pris eux aussi leurs responsabilités en allant voter. Et à tous ces gens, l’État s’apprêterait à dire : « C’était une blague ! Les abstentionnistes vous avez eu raison » ?  Par respect pour tous ceux qui ont fait passer l’intérêt national avant leur propre personne, comme Francis Gonzalez le maire de Boucau victime d’un coma de plusieurs jours, ce scrutin ne peut passer à la trappe. À la fin de l’article, vous découvrirez les réactions des candidats biarrots plutôt fatalistes ou qui se réfugient derrière des arguments juridiques comme les deux avocats Nathalie Motsch ou Jean-Benoît Saint-Cricq. Mais, à circonstances exceptionnelles, décisions exceptionnelles. D’autant plus que deux autres points plaident en faveur de la sacralisation du premier tour.

On se serre la ceinture… sauf pour la politique ?

La deuxième raison est économique. La crise économique qui s’annonce va être terrible avec nombre d’entreprises françaises en grande difficulté. La solidarité qui s’est organisée pendant le confinement, avec des initiatives locales qui ont montré que les Français avaient du cœur, va devoir s’organiser, évoluer vers une solidarité du… portefeuille et des impôts en hausse. Le gouvernement dépense sans compter pour tenter de maintenir à flot le navire France et, dans les mois qui viennent, il va sans doute falloir économiser dans beaucoup de domaines. On ferait des efforts dans tous les domaines et, royalement, on réorganiserait une élection à deux tours pour les municipales avec de nouveaux et importants budgets de campagne alloués à tous les candidats. Est-ce une dépense bien raisonnable ?

Autorisés à travailler mais pas à voter ?

La troisième raison relève du simple bon sens. Personne ne sait encore comment va se dérouler le déconfinement progressif prévu à partir du 11 mai, mais il est clair que pour le bien de tous, le gouvernement va essayer de remettre au travail le maximum de Français. Ces deux mois « d’hibernation » nous ont appris beaucoup de choses sur les « gestes barrière » et les comportements de « distanciation sociale ». Une fois déconfinés, on pourrait donc en prenant des précautions aller travailler, continuer à se rendre au supermarché pour ravitailler les siens, mais il serait impossible d’aller voter ? L’argument ne tient pas. On comprend donc mal ce qui s’oppose à une élection de deuxième tour en juin. Les Français vont avoir des tas de problèmes à régler au moment de leur déconfinement et il paraît donc sage de doter au plus vite les villes orphelines d’une équipe municipale qui pourra gouverner sur le long terme. Cette mesure de bon sens aura aussi le mérite d’éradiquer les rêves de « candidats du troisième tour » qui commencent à se dire qu’il serait peut-être judicieux de pointer le bout de sa frimousse électorale dans cette nouvelle compétition qui aurait lieu en octobre 2020 ou mars 2021. À Biarritz, ils sont déjà deux, absents de la joute électorale du 15 mars, à sonder sérieusement leurs amis pour savoir s’ils ne doivent pas y aller.

Alors  on finit au plus vite ce qu’on a commencé en votant dès le 21 juin ?

Biarritz : Arrêtons le massacre !

Sans le moindre scrupule, Michel Veunac, en engageant l’avenir, est en train d’obérer le mandat de celle ou celui qui va lui succéder.

Un maire sortant « normal », arrivé cinquième au premier tour de l’élection et n’ayant plus aucune chance d’endosser l’écharpe tricolore se contenterait d’expédier les affaires courantes afin de faciliter au maximum la tâche de celui qui lui succèdera. Veunac, lui, profite du sursis inespéré que lui offre la pandémie pour continuer à servir ses petits copains. Il va modifier le capital de L’Hôtel du Palais et, sans complexe, lance un concours d’architectes pour le futur centre de formation du BOPB. Alors que la moitié des entreprises biarrotes risque de mettre la clé sous la porte, est-il acceptable d’investir 12 millions d’euros dans un centre de formation ? La réponse appartiendra au prochain maire et sera suivie de très près par les Biarrots. En attendant notre impayable Veunac fait comme s’il avait un mandat devant lui. Sachant que chaque projet retenu sera rémunéré 48 000 euros, c’est entre 150 000 et 250 000 euros qui vont être engloutis par la Ville à un moment où les économies s’imposent plus que jamais.

Les réponses des candidats

Pensez-vous qu’il faut sacraliser le premier tour, même si le vote final pour les municipales se déroule en octobre 2020 ou mars 2021 ou refaire une nouvelle élection à deux tours ?

Maïder Arostéguy

Je me plierai bien évidemment aux décisions du conseil constitutionnel et aux recommandations du comité scientifique. Aucun risque ne doit être pris mettant en jeu la santé des Biarrots. Mais il devient urgent pour notre ville et pour l’agglomération que nous ayons des exécutifs en état optimal de fonctionnement.   Cet entre-deux ne permet pas de décisions fortes. On gère au mieux les affaires courantes.  J’en profite pour saluer le dévouement des services qui sont au travail, police municipale, services techniques, propreté…

Guillaume Barucq

Je me prépare à tout scénario et je m’y adapterai.
D’un côté, ce scrutin est légitime car il aura permis l’élection de milliers de maires en France. D’un autre, si le second tour est programmé au-delà du mois d’octobre, la déconnexion entre les deux tours posera un problème sur la sincérité du scrutin. Quoiqu’il en soit, que nous repartions sur un premier tour ou un second tour, notre objectif sera d’arriver en tête cette fois pour porter ce rassemblement et cet apaisement dont Biarritz a besoin après ce presque… septennat !

Nathalie Motsch

La tentation est grande, par égard pour ceux et celles qui se sont déplacés le 15 mars dernier, de préserver les résultats du 1er tour. Mais les règles électorales de notre pays s’affranchissent de considérations subjectives, à fortiori dans une période de crise où plus que jamais la loi et son application sont garantes des fondements mêmes de notre démocratie et de ses institutions. Le Conseil d’Etat estime ainsi « qu’une mesure de suspension et de report d’un deuxième tour de scrutin n’est admissible que dans des cas exceptionnels, pour des motifs d’intérêt général impérieux et à la condition que le report envisagé ne dépasse pas, eu égard aux circonstances qui le justifient, un délai raisonnable. » Le report envisagé est strictement encadré dans le temps, puisque le second tour doit se tenir dans un délai de trois mois.  Le Conseil d’Etat observe par ailleurs que si la crise persiste à cette échéance et rend impossible l’organisation du deuxième tour avant l’été, il appartiendra aux pouvoirs publics de reprendre l’ensemble des opérations électorales dans les communes où les conseils municipaux sont incomplets. » Vous comprendrez que seule la loi dicte ma réponse.

Liste EHVS (Brice Morin, Lysiann Brao, Mathieu Accoh)

Vu le contexte actuel, il est envisageable et même souhaitable qu’une nouvelle élection soit organisée. Quelles que soient les incertitudes du calendrier électoral que personne ne peut décemment anticiper, les résultats du premier tour demeurent un bon indicateur. Cependant, nous sortirons de cette crise avec des données nouvelles que ce soit pour le second tour ou pour un nouveau scrutin à deux tours : celle de l’expérience d’une crise majeure et de l’absolue nécessité de repenser notre monde et notre économie. C’est pourquoi nous sommes ouverts à toutes les propositions des biarrot-e-s pour enrichir notre projet.

Michel Veunac

Surprise ! Le maire sortant a refusé de répondre à Bisque, Bisque, Basque !

Jean-Benoît Saint-Cricq

Pour ce qui est du maintien du premier tour, il me semble illusoire, car la loi électorale et le Conseil d’État s’y opposent. Normalement, la prochaine élection ne pourra avoir lieu avant l’année prochaine, ne serait-ce que pour des raisons de sécurité des personnes âgées et aussi de financement de la nouvelle campagne car en octobre l’État n’aura pas remboursé les candidats du premier tour annulé.

Karim Guerdane

Ce premier tour doit être annulé : tout a changé, le deuxième tour est complètement déconnecté dans le temps calendaire mais aussi dans le temps moral. Les priorités proposées par mes concurrents ne sont plus acceptables du tout. Je me laisse le droit de porter mon recours pour rupture d’égalité entre candidats à son terme. (Absence par dizaines de mes documents électoraux dans les circulaires). La communication a été le maître mot de cette campagne, et j’en tire les enseignements pour le futur : j’ai joué l’honnêteté et les valeurs, et je les défendrais encore. Je n’ai pas, ni l’envie, ni le besoin de travestir ma liste pour exister ou être « citoyen » : beaucoup sont prêts à s’asseoir sur leurs principes pour des postes : pas moi. 

La majeure partie de mes adversaires ont atteint leurs plafonds de verre, avec des moyens et une logistique optimale, avec des résultats que je juge faibles. Pour nous, les bases sont jetées, avec 2 mois de campagne et 2 500 euros de budget (10 fois moins à minima que toutes les listes) : cela nous laisse une marge gigantesque quand on apprécie les pourcentages assez faibles réalisés par l’ensemble de listes. Contrairement à ce que pensent beaucoup, c’est notre électorat cible qui s’est le moins déplacé.

Le besoin d’une présence d’une alternative humaniste, solidaire et moderne est d’autant plus criante en ce jour.  Mon message allait déjà dans ce sens, et je n’aurai pas à adapter beaucoup de mesures si ce vote se jouait aujourd’hui ; les programmes de mes concurrents, eux, devraient être totalement chamboulés. Mes premières phrases dans cette campagne ont été : «  Il n’existe pas d’autres alternatives crédibles, donner du sens à notre quotidien…Nous faisons le pari de l’Humain, le seul qui mérite d’être tenté « . C’est d’autant plus vrai trois mois après. 

15 mars 2020, le jour de la libération de Biarritz

Le confinement a fait oublier à quel point le message des électeurs biarrots a été clair. Un virage historique se dessine pour la Ville.

La rumeur affirme – Comment la vérifier en ces temps de confinement ? – que Michel Veunac, dès qu’il a un peu de temps libre, branche son magnétoscope à cassettes pour voir et revoir « Les Bronzés font du ski ». Et quand arrive la réplique culte de Michel Blanc, alias Jean-Claude Dusse dans le film, « On ne sait jamais. Sur un malentendu, ça peut marcher ! », tout le monde est prié de faire silence dans son salon, alors que Notre-encore-maire-que-la-Terre-entière-nous-envie affiche un sourire extatique. Fait-il semblant pour raviver la flamme chez ses maigres troupes ou y croit-il vraiment ? Difficile à dire, mais Michel Veunac s’agite beaucoup au téléphone ces derniers temps, affirmant que si une nouvelle élection à deux tours est organisée, il va « mettre Jean-Baptiste Lemoyne en avant » et « surprendre tout le monde par le score qu’il va réaliser ».

Laissons à notre plus que septuagénaire ses illusions un peu pitoyables, alors que la fin du confinement se dessine et qu’il est temps d’analyser les très clairs signaux que les électeurs biarrots ont envoyé au soir du premier tour. En effet, jamais premier tour n’aura été aussi limpide dans l’histoire politique de Biarritz.

Ce renouvellement que les « jeunes » candidats, Arostéguy, Barucq, Motsch ou Morin appelaient de tous leurs vœux, correspond visiblement aux souhaits des Biarrots. Trouvez-moi un maire sortant en France, un seul qui se soit retrouvé en cinquième position avec le score de 12,22% des suffrages exprimés ! Plus personne ne veut du « système Veunac », qui est en droite ligne avec le système Borotra des derniers mandats, les neurones en moins. Opacité autocratique, renvoi d’ascenseur aux copains, dissimulations aux autres élus, plus personne n’estime que cette façon de gouverner a un avenir possible. Et rien que pour cela, parce que le 15 mars 2020, correspond à une sorte de libération de Biarritz, le champagne mérite d’être sorti.  

Les électeurs âgés ont voté comme d’habitude

Et, même s’il est un peu moins facile que d’habitude de recouper une information, tous les témoignages de ceux qui étaient présents dans les bureaux de vote coïncident : les plus de soixante ans habitant Biarritz ont voté comme d’habitude. C’est la clientèle des quadras-quinquas, ayant encore des enfants sous leur responsabilité, qui a fait défaut. Alors que le confinement se profilait à l’horizon, le 15mars, tous ceux qui avaient de la famille à protéger ont préféré s’abstenir de voter pour mettre les leurs à l’abri. De la même façon tous ceux qui se partagent entre Biarritz, où ils sont inscrits sur les listes électorales, et une grande métropole ont hésité à venir alors que la pandémie devenait de plus en plus menaçante. Michel Veunac raconte donc un gros bobard, un de plus, lorsqu’il affirme qu’il a été pénalisé par l’absence de l’électorat âgé. Ce sont au contraire les plus jeunes élus qui ont pâti de la situation et à l’évidence, si le scrutin avait pu se dérouler dans des conditions plus normales, l’écart avec Veunac aurait été encore plus grand.

Le très beau score de Maïder

Attention à ne pas réécrire l’histoire et à ne pas énoncer a posteriori des évidences qui ne l’étaient pas tout à fait avant le vote. Maïder Arostéguy en obtenant près de huit points de plus que Max Brisson en 2014 (31,47% contre 23, 35%) montre qu’elle a fait une campagne méthodique où elle a su amalgamer le socle traditionnellement important des Républicains et la sympathie personnelle qu’elle a inspirée à des Biarrots qui pensent qu’elle fera un bon maire de rupture après les catastrophiques années Veunac. Avec 16,22% des voix, alors qu’il s’était contenté de 7,26% en 2014, Guillaume Barucq a montré qu’il avait progressé en crédibilité dans l’esprit des Biarrots. Tout en durcissant le ton, il s’est tenu éloigné de toutes les polémiques qui ont enflammé les réseaux sociaux et a mené avec sa liste une campagne très intelligente. Reste Nathalie Motsch qui se retrouve en troisième position à 177 voix seulement de Guillaume Barucq, alors qu’on l’annonçait dans certains sondages à 6% d’intentions de vote. On ne m’ôtera pas de l’idée, alors que les Biarrots voulaient à tout prix une « nouvelle gouvernance » que « Calamity Nathalie » qui offrait dans son programme toutes les garanties demandées par les citoyens de « transparence » et de respect de la démocratie, a commis une erreur stratégique de première importance en faisant monter Didier Borotra sur scène. La fidélité en amitié est respectable, mais les Biarrots ont été déroutés par cette contradiction apparente entre volonté de transparence et référence au passé, même si son score de 14,24% montre que les Biarrots voyaient en l’ancienne adjointe à l’Urbanisme une élue pugnace et compétente tout à fait apte à diriger la Ville.

Des alliances qui ne dureront qu’un temps

Si le deuxième tour s’était déroulé le 22 mars comme prévu, Maïder Arostéguy aurait-elle été élue facilement ? Difficile à dire, mais ce n’est pas si sûr. En effet, contrairement aux élections municipales précédentes, qui avaient vu des alliances improbables comme celle de Max Brisson avec Jean-Benoît Saint-Cricq, alors que tout Biarritz savait qu’ils se détestaient, pour une fois les alliances entre candidats étaient très naturelles et articulées autour de la conduite à tenir face au chantage des dirigeants du Biarritz Olympique. Selon les informations de Bisque, Bisque, Basque ! Nathalie Motsch était prête à rallier Guillaume Barucq, de même que la liste de Brice Morin, Lysiann Brao et Mathieu Accoh, tandis que Karim Guerdane aurait appelé à voter pour ce « front républicain du refus ».

Du côté de Maïder Arostéguy, les choses s’avèrent plus compliquées. Jean-Benoît Saint-Cricq avait annoncé, dès le dimanche 20 heures, son intention de se rallier à la lauréate du premier tour. Du jamais vu en politique, où en général on fait au minimum semblant pendant une journée de réfléchir ou de consulter ses troupes. Selon les informations de Bisque, Bisque, Basque ! Michel Veunac aurait lui aussi fait des propositions à Maïder. Qui sagement, et après avoir consulté ses colistiers, aurait décidé de garder sa liste telle qu’elle est, estimant que Veunac comme Saint-Cricq lui feraient perdre plus de voix qu’en gagner. Une décision sage mais qui pouvait laisser imaginer un duel très serré au soir du 22 mars entre Arostéguy et Barucq. Après tout, Michel Veunac est bien devenu maire de Biarritz en 2014 en ne recueillant que 17,43% des suffrages au premier tour. Toutes ces supputations électorales vont sans doute être balayées par la décision d’Emmanuel Macron de recommencer à zéro les élections municipales dans les villes qui n’ont pas choisi leur maire dès le premier tour. En cas de nouvelle élection en octobre 2020 ou mars 2021, qui peut dire si Nathalie Motsch retentera sa chance ou partira derrière Barucq ? Qui peut dire si de nouveaux candidats ne vont pas profiter de l’aubaine ?

Le Palais en danger et Biarritz en difficulté

Pour Biarritz l’aboutissement de cette élection et le départ tant attendu des Veunac et Lafite relèvent de l’urgence absolue. Lors de la visio-conférence qui s’est tenue avec les élus, jeudi 16 avril au matin, les deux ont pris leur voix la plus pleurnicharde pour annoncer aux élus ce que les Amigorena, Lannevère, Motsch, Pinatel, Boissier et d’autres pronostiquaient depuis 2018. Le confinement empêche les travaux de se dérouler à L’Hôtel du Palais. Ce dernier n’ouvrira donc pas cet été et la Ville de Biarritz ne touchera donc aucune redevance, alors qu’elle doit faire face à d’importantes échéances bancaires. « C’est la faute au corona-virus ! »  ont gémi en chœur Mimi-Imperator et La Faillite-nous-voilà !  Comme si l’activité touristique était linéaire ! En 1929 déjà, suite à la crise financière, plusieurs grands hôtels de Biarritz s’étaient retrouvés en difficulté. L’activité touristique n’est jamais planifiable à l’avance et une guerre, une crise financière, la fermeture des frontières peuvent mettre en difficulté un palace.

En 2018, plusieurs élus avaient mis en garde le maire et son adjoint aux Finances contre les risques courus par le montage aventureux proposé. Nous y voilà, et plus vite que prévu ! « Ce n’est pas grave, on va recapitaliser » a affirmé Guy-Lafite-réponse-à-tout. Tout en se gardant bien d’expliquer à qui il compte ouvrir le capital tout en ne perdant pas le contrôle du Palais. À un certain Jean-Claude Decaux ? Comme en 2018, les Biarrots, tout comme les élus, sont jugés trop bêtes pour qu’on leur donne les explications qui s’imposent. Et pendant ce temps-là, Veunac continue à s’agiter en tous sens persuadé que lors d’une nouvelle élection « sur un malentendu, ça peut marcher ! ». Nous ne saurions donc trop lui conseiller de regarder la filmographie intégrale de Michel Blanc. À chaque fois, le comédien mise sur un malentendu pour parvenir à ses fins, mais ça ne marche jamais.

Veunac n’a donc plus qu’une chose à faire au vu de la fessée électorale qu’il vient de prendre : quitter la politique biarrote avec dignité. Mais en est-il capable ?

Mardi : Le premier tour doit être sacralisé

Les réponses des candidats

Quel commentaire vous inspire le résultat de votre liste et éventuellement les résultats obtenus par les autres listes ?

Maïder Arostéguy

Il s’agit d’un résultat très encourageant et très net qui confirme la dynamique des sondages de juin et surtout de janvier   Proximité, actions de terrain et travail participatif ont fait la différence.

Guillaume Barucq

Nous avons plus que rempli notre objectif du premier tour qui était de placer notre liste Biarritz Nouvelle vague sur le podium. Avec cette deuxième place nous étions bien positionnés pour mener une large coalition sur un projet écologique et social et jouer la mairie au second tour. Le message envoyé par les électeurs biarrots est clair : place au renouvellement.

Nous avons subi nous aussi l’abstention avec une part non-négligeable de notre électorat conscient de la situation émergente liée au Covid-19et qui a fait le choix de ne pas venir voter. Au pire cette élection aura servi de sondage en conditions réelles et     servi de révélateur pour bon nombre d’électeurs qui ont vu que notre projet était réaliste et que notre équipe avait les moyens de prendre des responsabilités à la mairie de Biarritz

Nathalie Motsch

Un commentaire enthousiaste et reconnaissant de la confiance des Biarrots : 14,23% des suffrages exprimés pour une toute première élection est un résultat honorable qui nous a rendus heureux. Il démontre la crédibilité de notre équipe et du programme environnemental que nous avions proposé aux biarrots. Nous avons ainsi fait taire les mauvaises langues qui nous créditaient d’à peine 4% ! Nous sommes fiers de ce résultat et surtout très touchés de la confiance que les Biarrots nous ont témoignée.

177 voix nous séparent de Guillaume Barucq, c’est un écart infime qui démontre l’appétence des Biarrots pour nos programmes écologiques et durables. C’est une belle nouvelle qui prend tout son sens dans le contexte actuel : nos modes de vies vont changer et « le bons sens » portera, enfin, des politiques environnementales inédites sur nos territoires. Je note aussi l’arrivée de Karim Guerdane dans le paysage politique biarrot, sa présence démontre l’envie des Biarrots de renouveler le paysage politique.

Liste EHVS (Brice Morin, Lysiann Brao, Mathieu Accoh)

Nous faisons le constat que l’écologie représente a minima 30 % des suffrages sans tenir compte de la grande abstention du premier tour. Alors même que nos têtes de liste, très investis dans notre cité depuis des décennies mais non « professionnels de la politique » ont recueilli 12,34 % des suffrages des votants. C’est un bon score et nous en sommes fiers.

Plus que jamais, cette crise sanitaire et économique sans précédent confirme l’urgence et la nécessité de mettre en place dès aujourd’hui des mesures inédites. L’humilité s’impose face à l’ampleur de ce qui nous frappe. Pour autant, l’ensemble de notre projet en sort renforcé : consommer et agir local, construire une véritable économie circulaire à l’échelle du pays basque y compris au niveau de l’industrie et de la production de matériel de santé (un appel à projet a été lancé par la CAPB pour la production de matériels de santé.), aide aux plus démunis.

L’ensemble des enjeux de transition écologique peuvent être sereinement abordés avec notre liste grâce à un mouvement de gauche progressiste, écologiste et abertzale qui se renforce élection après élection au sein de l’agglomération pays basque. Ensemble nous pèserons !

Biarritz a vocation à mener la barque.

Alors que certains pouvaient encore nous stigmatiser et nous qualifier d’utopistes ou de radicaux, ils doivent se résoudre au constat que la mise en place de nos propositions ne peut attendre plus longtemps.

Les mesures de confinement n’ont fait qu’exacerber les inégalités sociales. Le respect de notre environnement et de notre territoire va de pair avec toutes formes de solidarité et de lien social. L’un ne peut aller sans l’autre. Plus qu’un changement de gouvernants c’est aujourd’hui un changement de gouvernance qui s’impose, d’un mode dépassé d’exercice du pouvoir : plus de démocratie directe et participative.

Michel Veunac : Surprise ! Le maire sortant a refusé de répondre à Bisque, Bisque, Basque !

Jean-Benoît Saint-Cricq

Pas de commentaire particulier à faire. La participation étant faible a peut-être faussé le résultat mais personne ne peut savoir ce qu’auraient voté les 18% qui manquaient.

Karim Guerdane

Le résultat de la liste Biarritz Bonheur me ramène à une certaine logique de moyens, et je m’interroge sur l’abstention inédite qui nous a frappés ; certains de mes colistiers ne sont pas même allés voter à cause des annonces contre-productives du gouvernement, et je ne peux les blâmer. J’assume également ma part de responsabilité et j’avoue ne pas avoir pris la mesure de cet appel au vote. 

La communication a été le maître mot de cette campagne, et j’en tire les enseignements pour le futur : j’ai joué l’honnêteté et les valeurs, et je les défendrais encore. Je n’ai pas, ni l’envie, ni le besoin de travestir ma liste pour exister ou être « citoyen » : beaucoup sont prêts à s’asseoir sur leurs principes pour des postes : pas moi. La majeure partie de mes adversaires ont atteint leurs plafonds de verre, avec des moyens et une logistique optimale, avec des résultats que je juge faibles.

Pour nous, les bases sont jetées, avec 2 mois de campagne et 2 500 euros de budget (10 fois moins à minima que toutes les listes) : cela nous laisse une marge gigantesque quand on apprécie les pourcentages assez faibles réalisés par l’ensemble de listes. Contrairement à ce que pensent beaucoup, c’est notre électorat cible qui s’est le moins déplacé.

Le besoin d’une présence d’une alternative humaniste, solidaire et moderne est d’autant plus criante en ce jour. Mon message allait déjà dans ce sens, et je n’aurai pas à adapter beaucoup de mesures si ce vote se jouait aujourd’hui ; les programmes de mes concurrents, eux, devraient être totalement chamboulés. Mes premières phrases dans cette campagne ont été : «  Il n’existe pas d’autres alternatives crédibles, donner du sens à notre quotidien…Nous faisons le pari de l’Humain, le seul qui mérite d’être tenté « . C’est d’autant plus vrai trois mois après. 

Caparaçonné et prêt pour l’école

On peut être professeur de français et se faire prendre en défaut.

Mon père cultivait sa singularité aussi méthodiquement que d’autres leur carré de salades et ne voyait vraiment pas où était le problème de nous offrir nos cadeaux de Noël en novembre. Agnostique convaincu, il ne voulait surtout pas que ses enfants croient au Père Noël une fois devenus adultes. Début octobre, notre géniteur arrivait donc avec le catalogue « Spécial jouets » édité par Les Galeries Lafayette et le tendait à mon jeune frère et à moi. « Cette année, le budget sera de 50 Francs pour chacun de vous » décrétait-il. « Et dépêchez-vous de choisir, car bientôt tous les jouets ne seront plus disponibles ! » Pour avoir fait quelques tentatives, les années précédentes, nous savions qu’il était inutile de viser un jouet à cinquante francs et cinquante centimes, car la munificence paternelle n’allait pas jusque-là. Toute la semaine qui suivait l’arrivée du catalogue, se passait donc en fraternelles hésitations, supputations et incertitudes – choisir, c’est mourir un peu ! – avant que la commande ne parte.

Et puis quelques jours plus tard, le paquet arrivait, prétexte à une dispute de plus entre nos parents. Ma mère refusait que l’envoi soit éventré avant Noël, quand mon père levait les yeux au ciel en disant que puisque ces cadeaux n’étaient pas une surprise, il n’y avait aucune raison d’attendre. Et comme il finissait toujours par avoir gain de cause, nous recevions donc notre cadeau de Noël plusieurs semaines avant tous nos petits camarades de classe, ce que nous nous gardions bien de raconter. Comme nous nous gardions bien d’avouer qu’il n’y avait dans notre foyer ni sapin ni cérémonie spéciale le 25 décembre.

En cette année 1962, le mercredi après-midi, nous n’aurions pour rien au monde raté la diffusion à la télévision du feuilleton « Ivanhoé ». Mon frère avait donc commandé une panoplie de son héros favori tandis que j’avais opté pour un château-fort en carton bouilli accompagné de quelques soldats en armure. Le fabricant du château-fort avait joint un livret pédagogique comprenant de nombreux termes qui me fascinaient : le pont-levis, la meurtrière, la courtine, le chemin de ronde ou la haute cour et pour les chevaliers le heaume, la cotte de mailles ou le gorgerin.

Ne manquait à mon bonheur que le nom de l’armure du cheval, le blindé de l’époque médiévale : « Un caparaçon ! » affirma mon père avec la légère condescendance du professeur de français qu’il était, comme si tout enfant de neuf ans était censé connaître parfaitement le terme. Avant de se moquer de moi quelques jours plus tard en m’entendant dire, « Je suis carapaçonné pour l’école ! », car je savais d’expérience que la cour de récréation pouvait parfois ressembler à la guerre avec les élèves plus grands. « Un cheval n’est pas une tortue et n’a pas de carapace ».

Vexé, je décidais d’une plongée dans Le Grand Larousse où je découvris que le caparaçon était la couverture d’ornement du cheval pour les jours de parade, tandis que son armure s’appelait… la barde. Comme ce qui entoure le rôti du dimanche ! Un nom horrible qui me consterna totalement et qui ébranla singulièrement la confiance que j’accordais à mon père.

J’avais bien trop peur pour lui faire part de son erreur, mais cette visite du dictionnaire eut un effet radical. L’époque médiévale cessa de m’intéresser contrairement au dictionnaire avec qui je développais dès lors des relations très suivies.

La semaine prochaine : rabibocher  

L’arrêté bancal de Veunac fait marrer la France entière

Le maire de Biarritz a voulu jouer au con finement. Résultat, il a provoqué un éclat de rire général avec son interdiction de s’asseoir sur les bancs !

Quand on est maire sortant, qu’on finit cinquième au premier tour avec 12,21% des suffrages exprimés, on rase en général les murs. Mais ce n’est pas le cas de Notre-encore-maire-que-le-monde-entier-nous-envie. Peureusement confiné chez lui pour cause de grand âge, tandis que le directeur des services, Christophe Landrin, se tape tout le travail à la mairie (On ne sait pas s’ils ont échangé leurs émoluments), Michel Veunac, miraculeusement prolongé par la grâce du coronavirus, frétille d’aise en suivant l’actualité.  Persuadé qu’il a encore ses chances, malgré la claque que lui ont infligée les Biarrots, il cherche à galvaniser ses maigres troupes en leur promettant une victoire éclatante pour le cas où, le premier tour annulé, les Biarrots devraient voter par deux fois. « Les personnes âgées, par peur de la maladie, ne sont pas venues voter (Affirmation qui ne correspond nullement à mes observations), ose Mimi-la-Science avec un bel optimisme. Il faut juste mettre plus en avant Jean-Baptiste Lemoyne et on va gagner largement cette future élection » Pas de doute, quand on a des « perdreaux de l’année » comme Patrick Destizon, Louis Vial ou Jocelyne Castaignède dans sa liste, il y a de quoi impressionner les foules.

Visio-conférence burlesque

Reste maintenant à exister et à montrer aux Biarrots ébahis qui est le boss. Quand Michel Veunac a appris que le préfet refusait la démission de Guillaume Barucq car l’État a besoin de médecins élus, et que ce dernier venait régler les dossiers tous les jours à la mairie, notre septuagénaire à écharpe tricolore s’est enfin décidé à sortir de sa tanière et à présenter le bout de son masque à la mairie. Avant, miracle de la technologie pour quelqu’un qui n’a jamais dépassé le stade du Minitel, d’organiser des visio-conférences avec tout son conseil. La première a eu lieu le jeudi 2 avril et la deuxième ce vendredi 10 avril. Et à chaque fois, le seul message essentiel de Veunac a été de réaffirmer qu’il était le maire en exercice. Un maire qui fait toujours autant preuve de désinvolture avec son équipe. Ce matin, il était question de budget et les élus ont reçu un document… hier soir. Comment travailler sérieusement dans ces conditions, sachant que la réunion a été bouclée en une heure et quinze minutes ? « Une fois de plus, c’était nul de chez nul » résume un des participants.

Veunac cherche à faire parler de lui et se rate

Comme cette visio-conférence est assez loin des préoccupations quotidiennes des Biarrots, Veunac a recherché la semaine dernière une idée forte, susceptible dans le cas d’une future élection, de lui attirer les bonnes grâces des politiques et des habitants. Et on le sait depuis six ans, trouver une idée originale n’est pas toujours le point fort de notre actuel maire. Lundi 7 avril, Veunac est enfin visité par la grâce et dans une lettre publique aux Biarrots, il annonce qu’il prend un arrêté interdisant aux gens de s’asseoir plus de deux minutes sur les bancs de la Ville.

Le succès de la mesure va aller au-delà de toutes les espérances de Michel Veunac.  La France entière se gausse de Biarritz et de la trouvaille du maire. Après le maire de Sanary, qui avait cru bon d’interdire les sorties à plus de … dix mètres de son domicile, la France, qui a bien besoin de rire en ce moment, s’est longuement payé la tête de notre édile. BFM TV, mais aussi Le Parisien, Le Point, Ouest-France, Le Figaro et même L’Équipe y sont allés de leur article moqueur. Même déchaînement sur Twitter et les réseaux sociaux.

Le ridicule a été tel que le maire a été obligé de plaider « la maladresse » et d’annuler son arrêté bancal. Mais bien évidemment, Veunac est un grand incompris et ce n’est pas tout à fait sa faute si les Français se sont focalisés sur « une phrase de deux lignes dans une lettre de cinq pages », alors que « cet arrêté est moins sévère que les mesures nationales ».

Les Biarrots, pour leur part, n’ont guère apprécié d’être une fois de plus, grâce à leur maire, la risée de tout le pays.

Dis, Michel, la prochaine fois que tu as une idée de génie comme celle-là, tu ne pourrais pas la soumettre au… banc d’essai ?