Intrépide et délicieuse Eugénie

Grâce à Caroline Lampre, on comprend enfin pourquoi l’épouse de Napoléon III a toujours été adorée des Biarrots.

Lorsque Napoléon III et Eugénie de Montijo jettent leur dévolu sur Biarritz en 1854, un an après leur mariage, on est loin, très loin de ces clichés empesés et monarchiques si chers à Stéphane Bern. Même si la fidélité n’est pas la préoccupation première de l’empereur, le couple est très amoureux et surtout encore jeune. Eugénie n’a que vingt-huit ans et à quarante-quatre ans son époux tient à faire bonne figure face à la femme qu’il admire. C’est sur la Grande plage, au milieu de la foule, que le couple se baigne sans façons, ce qui ne manque pas d’étonner l’auteur anglais R. Weld : « Alors que notre Reine se retranche à Osborne, se dérobant de toute manière au regard public, Napoléon III et son impératrice vivent à Biarritz à la vue totale de tous ceux qui veulent bien suivre leurs mouvements ». Et contrairement aux dames de la cour qui n’osent les bains de mer qu’en étant encordées à deux solides baigneuses, Eugénie adore se jouer des vagues et n’a besoin de personne.  

Sociable et hyper active, Eugénie échappe à Biarritz aux contraintes d’un protocole trop pesant. : « Elle ne se révélait nulle part aussi elle-même qu’à sa table de Biarritz. Elle faisait de l’animation, causait des choses les plus décousues, jetait les propos comme ils lui venaient avec plus de vivacité que d’esprit mais d’une façon si naturelle qu’on lui en savait le meilleur gré », raconte Frédéric Loliée dans « La vie d’une impératrice ».

Et comme Prosper Mérimée, écrivain reconnu, proche du couple impérial et probable amoureux transi de l’impératrice, ne rate jamais un déplacement à Biarritz avec la Cour, nous en apprenons beaucoup sur l’intrépidité de cette jeune femme toujours avide de sensations fortes. Mérimée n’est pas près d’oublier cette expédition à dos de mulets jusqu’au sommet de la Rhune, au point qu’il n’appelera plus la princesse que Madame de la Rhune ! Les mules ont l’habitude de raser les précipices. En ce matin du 30 septembre 1859, les membres de la cour, installés dans des cacolets, sortes de paniers en osier qui les balancent au dessus du précipice, ont du mal à cacher leur terreur pour le plus grand amusement de l’impératrice et de sa complice Anna Murat. L’expédition tournera presque à la déroute de Waterloo, la comtesse de Bédoyère éclatant en sanglots et suppliant « qu’on la laisse mourir sur place !»

Et quand ses proches lui reprochent gentiment d’avoir pris trop de risques, Eugénie en réponse décide d’organiser une promenade en mer jusqu’à Fontarrabie avant de se récrier quand certains évoquent le risque du mal de mer : « Comment ces dames seraient toujours malades sur terre comme sur mer ? Ce serait vraiment trop fort ! »

 Effectivement, ce qui devait arriver arriva et, au retour, l’océan était tellement déchaîné à l’entrée de l’Adour  que le capitaine reçut l’ordre de ne pas tenter de débarquer les passagers et de reprendre la haute mer. Un contretemps qui ravit Eugénie et fait le désespoir de la comtesse de la Bédoyère (encore elle !) qui se met à gémir que l’on va bientôt «  se retrouver en Cochinchine ».

On l’aura compris, c’est un portrait très inédit que nous offre Caroline Lampre. Belles illustrations et style très enlevé, ce livre à la saveur d’un bonbon acidulé se dévore avec gourmandise et nous réconcilierait presque avec la monarchie.

« Impératrice Eugénie, Madame de la Rhune », Caroline Lampre, éditions Atlantica, 144 pages, 20 €.

6 réflexions sur “Intrépide et délicieuse Eugénie

  1. Et même avec l’empire, Cher Jean-Yves. Philippe Séguin nous y avait déjà bien aidés avec son Louis-Napoléon le Grand, (éd. Grasset, 1990) dans lequel il montrait l’apport de Napoléon III, et non de l’empire en tant que régime politique, à l’entrée de la France dans la modernité économique, industrielle et… sociale (eh oui ! Le droit de grève, entre autre, date du Second Empire). On disait à une époque « despote éclairé ».
    Xavier Mauduit le fait aussi mais de manière plus hagiographique, donc plus gênante et biaisée.

  2. En fait « Napoléon le petit » c’était plutôt l’autre , tel que le décrit l’historien (suisse) Henri Guillemin dans son « Napoléon tel quel » Editions Trévise , 1969 …. Un délice de démolition intelligente d’une des plus grandes escroqueries de notre histoire ….

    • Ah ! On pourra en discuter longtemps sans se mettre d’accord. Le Premier Empire, c’est aussi la naissance de notre droit et du Code civil, qu’on nomma longtemps Code Napoléon. Et bien d’autres choses qui ont fait avancer notre pays. En particulier achever l’œuvre de la Révolution qui tombait dans l’outrance meurtrière. Même s’il ensanglanta l’Europe et vida nos campagnes d’hommes vigoureux.
      Ils ont quand même en commun tous les deux d’être arrivés au pouvoir par un coup d’État, de n’avoir pas été de grands démocrates (🙄) et de tomber sur une défaite militaire, Waterloo pour l’un, Sedan pour l’autre.
      Mais avant Sedan, il y eut… Biarritz et ce Madame de la Rhune que Caroline Lampre nous fait déguster, pour revenir au sujet principal

  3. Eugénie + Napoléon = Meurtres et morts à la pelle, du Mexique à l’Europe…

    La pulsion de mort t’attire ?

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