La mort d’un imposteur

Contrairement à un Chirac à qui on pouvait reconnaître certaines qualités, l’inventeur de la communication politique VGE avait tout faux, à commencer par sa particule.

(Photo La Provence)

Mais que c’est bon d’être vieux, le jour de la mort de Valéry Giscard d’Estaing et quelle rigolade en entendant des politiques et des journalistes réécrire une histoire que l’on a vécue en direct ! Car le défunt Giscard était tout sauf ce que l’on vient de vous raconter. « Président moderne, réformateur, défenseur de la cause des femmes », c’est fou comme les Elkabbach, Duhamel et autres commentateurs enamourés de l’époque peuvent avoir la mémoire sélective. La seule modernité de Giscard aura été de copier les méthodes électorales de John Fitzgerald Kennedy et de développer à partir de 1970 une communication tout à fait inédite pour l’époque : match de football contre les commerçants de Chamalières, duo d’accordéon avec Yvette Horner sur le tour de France et une fois élu, pour asseoir son côté peuple, un petit-déjeuner de Noël avec trois éboueurs et deux repas chez des Français soigneusement choisis.

On met aussi au crédit de Giscard deux réformes majeures, la majorité à dix-huit ans et le droit à l’avortement des femmes. La réalité est tout autre. En 1974, beaucoup n’avaient toujours pas digéré la façon dont Pompidou et la CGT avaient remis la France au travail et la rue restait très turbulente avec, en particulier en 1973 des affrontements très violents entre la police et les manifestants opposés à la loi Debré. Il fallait donc bien donner un gadget aux jeunes chevelus.

Quant à l’épique bataille menée par Simone Weil épaulée par Françoise Giroud pour l’avortement, Giscard a lui-même reconnu qu’il n’y était pas favorable et qu’il avait simplement cédé à l’air du temps et au fait que les femmes avaient voté en nombre pour lui.

À l’image d’un Sarkozy, annonçant en 2007 que s’il était élu, il irait se retirer dans un monastère pour réfléchir avant de se retrouver au lendemain de sa victoire sur le yacht de Bolloré, il ne fallut que quelques semaines en 1974 pour découvrir le vrai Giscard. Alors que la tradition française voulait lors des réceptions internationales que l’on serve les femmes en premier, Giscard a fait rétablir l’ordre monarchique datant des rois de France et exigé d’être servi en premier. Dans le même style, lorsqu’il invite à Brégançon son Premier ministre Jacques Chirac accompagné de Bernadette, il les reçoit avec Anne-Aymone, son épouse, installés dans de confortables fauteuils tandis que le chef du gouvernement se contente d’une chaise. Naïf, le chef du gouvernement s’attendait à avoir une ample discussion politique avec le Président. Giscard, pour sa part, avait jugé bon d’inviter en même temps son moniteur de ski. On ne peut mieux illustrer le peu de considération que Giscard pouvait éprouver pour tout autre que lui.

Le septennat de Giscard a peut-être été celui du lancement du TGV, conçu et imaginé par son prédécesseur, mais il a été surtout celui des scandales à répétition et d’assassinats jamais élucidés, au point que le très estimé sénateur Pierre Marcilhacy, s’étonnera dans Le Matin de Paris du 29 octobre 1980 : « On meurt beaucoup et beaucoup trop mystérieusement sous la Ve République. Je n’aime pas ça » Assassinat de Jean De Broglie, grand copain de Giscard, de l’ancien ministre gaulliste Joseph Fontanet ou de Robert Boulin, tous ces crimes n’ayant jamais été élucidés. Sans compter l’affaire des diamants de Bokassa qui lui coûtera sa réélection en 1981 au profit de François Mitterrand.

Et n’allez surtout pas croire que Giscard a cessé d’être ridicule ou a oublié sa rapacité naturelle, une fois évincé de l’Élysée. Pendant quarante ans, il a émargé au conseil constitutionnel, histoire d’ajouter à sa retraite d’ancien inspecteur des Finances, et à sa retraite de Président de la République (6000 euros par mois) 12 000 euros par mois d’argent de poche. Même chose avec les gardes du corps qui veillaient sur lui dans sa résidence d’Authon où il s’est éteint. Le monarque en retraite disposait de quinze gendarmes à son service pour un coût annuel de 1,1 million de francs, mais quand au moment des attentats de Charlie Hebdo, le ministre de l’Intérieur lui a timidement demandé s’il pouvait récupérer un ou deux gendarmes pour les affecter à la lutte anti-terroriste, Giscard s’est récrié et a refusé, en affirmant que l’on s’attaquait à la République.

Même cuistrerie pédante avec cette fausse particule achetée dans la même solderie que celle d’un célèbre chroniqueur russophile de la Côte basque, ou ce poste d’académicien obtenu en 2003, malgré une production littéraire digne d’une bibliothèque de collège. Dans ses brefs opuscules que son éditeur qualifiait de romans, le septuagénaire émoustillé se complaisait à raconter sans aucun talent ses émois amoureux, que ce soit dans « Le Passage » (1994) ou dans « Mathilda » (2011). Dans ce dernier ouvrage, il laissait entendre que la princesse Diana n’avait pas été insensible à son charme. Ce qui lui avait valu une réflexion vacharde de Chirac en plein Conseil constitutionnel.  Pendant un soporifique discours de Giscard, Chichi qui en connaissait un rayon en matière de séduction, avait demandé à voix haute à son voisin immédiat : « Tu trouves qu’il a une tête à avoir baisé une princesse ? ». Éclat de rire général. Écarlate, Giscard était parti en claquant la porte, avant de revenir très vite histoire de percevoir ses émoluments.

Les sept ans au pouvoir de Giscard ? Une des pires périodes de la Ve République et une série de contes à dormir debout, n’en doutez pas, que l’on va vous servir jusqu’au jour de ses obsèques. Là où Chirac, par pudeur, dissimulait l’empathie qu’il éprouvait pour ses semblables, l’imposteur Giscard, par pur calcul, mimait une empathie qu’il n’éprouvait en fait que pour lui-même. Et le pire, c’est qu’il existe encore quelques idiots pour se proclamer Giscardiens !

https://www.liberation.fr/france/2015/09/11/ces-morts-mysterieux-de-la-ve-republique_1380270

http://polemitique.blogspot.com/2011/03/fausse-noblesse-et-vrais-imposteurs.html

https://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20150128trib86bcce70f/valery-giscard-d-estaing-le-plus-couteux-des-anciens-presidents.html

16 réflexions sur “La mort d’un imposteur

  1. Perso je ne l’aimais pas, mais il a eu l’intelligence tout en n’y étant pas favorable à faire passer la loi sur l’avortement.Il a poussé en direction de l’Europe et si ce n’était apparemment pas une bonne personne ce que l’on retiendra ce sont les 3/4 lois importantes .
    Son au revoir ridicule à la tv … les diamants ….font sourire aujourd’hui c’est pourquoi je ne comprends pas votre chronique méchante .J’espère que votre chronique sur Mitterand a été aussi méchante
    Cordialement
    Pascal

      • Vous avez completement raison.Un faux aristo qui a joué du populaire pathetique.
        Une morgue insupportable.
        Quand au bilan politique, vous l’avez résumé.
        Je n’ai jamais aimé cet homme ni le president.

  2. Bonjour
    Un bon article sur cet énorme FDP mort dans l’odeur de la sainteté … bien que vous omettez le sinistre chapitre de l’ETAà l’aise dans sa caserne d’Iparralde avec son approbation meurtrière.
    Salut

  3. Cet homme, issu d’une noblesse à tout prix, a affronté le pire pour garder à son service douze valets issus du peuple. Fatalement, une telle humanité lui a couté d’attraper la Covid ! Espérons que ces serviteurs ne connaitront pas pôle emploi, mais seront reconvertis au service de Macron en 2022

  4. Merci JeanYves de remettre un peu de clarté salutaire dans ce fatras d’hommages qui déferle dans les médias depuis hier. J’en étais arrivé à me demander si je m’étais totalement trompé à l’époque , en considérant que cet homme était un fumiste plein de morgue et de suffisance..

  5. En 1981, jeune électeur, mon vote comme pour beaucoup de ma génération était anti giscard Finalement la farce d un nouveau monarque élu a duré 14 ans de plus …..J aurai pu appeler cela ma première sodomie politique, terme que ne renierait pas un ex président de rugby de Toulon !!!

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