La mutuelle des arbres

Solidaires et adeptes de la vie en communauté, les arbres, quand l’homme ne s’en mêle pas, s’entraident et se protègent.

Pour une fois la publicité dit vrai et vous ne regarderez plus jamais la forêt de la même manière après avoir lu « La Vie secrète des arbres, ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent ». Peter Wohlleben, l’auteur de ce livre qui a déjà été vendu à plus de 650 000 exemplaires, est un forestier allemand qui a commencé son métier en pratiquant comme les anciens : éclaircissement des parcelles pour que les arbres sauvegardés aient plus de place pour grandir, coupes régulières et méconnaissance absolue du fonctionnement d’un arbre. « Quand j’ai commencé ma carrière de forestier, j’en savais à peu près autant sur la vie secrète des arbres qu’un boucher sur la vie affective des animaux. » Fort heureusement, notre sylviculteur a compris avec le temps qu’un arbre ne servait pas uniquement. à produire du bois. Devenu responsable d’une forêt écologique à Hummel en Allemagne, Peter Wohlleben nous raconte et c’est absolument passionnant.

Vous imaginez les arbres commes des individus isolés tentant de survivre et profitant des déboires de leurs voisins pour étaler leurs frondaisons ? Rien de plus faux ! En fait, quand ils sont de la même espèce, les arbres s’épaulent et se protègent entre eux. Si une graine a la malchance de pousser à un endroit peu fertile, les arbres voisins par leurs racines donneront au petit rabougri les nutriments dont il a besoin pour pousser comme les autres.

Pour être fort et beau, un arbre doit grandir lentement. Dans les forêts naturelles, celles qui n’ont pas été « ordonnées » par l’homme, le rôle des parents consiste donc à empêcher leurs enfants de croître trop vite en ne lui laissant que peu de lumière. Ainsi le jeune arbre s’enracine profondément dans le sol et ne craindra rien à l’âge adulte.

Car, bien évidemment, la notion du temps pour un arbre est sans commune mesure avec celle d’un humain. Cinq cents ans constituent juste l’arrivée dans la plénitude de ses moyens pour un chêne ou un hêtre qui ne connait pas d’intervention humaine, et l’on estime que certaines souches vont vivre plusieurs milliers d’années.

En fait, notre passionné et passionnant forestier constate que les scientifiques savent bien peu de choses sur les forêts, pourtant indispensables à la vie terrestre. Dans des laboratoires, des chercheurs ont réussi à faire remonter de l’eau par capillarité à une hauteur maximale de un mètre. Mais comment font les arbres pour puiser le liquide nourricier dans la terre et aller rafraîchir leur houppier qui se situe parfois à plus de cinquante mètres du sol ? Personne jusqu’à maintenant n’a pu l’expliquer.

Wohlleben va même plus loin en remarquant que les arbres ont chacun leurs caractères. Dans la forêt qu’il observe quotidiennement, dans un même bosquet, ce sont toujours les mêmes arbres, d’un tempérament précautionneux, qui vont se dépouiller de leurs feuilles aux premiers froids, tandis que d’autres, plus téméraires, lanterneront jusqu’au dernier moment. Et le forestier d’avouer qu’il ne serait pas surpris si les scientifiques trouvaient une sorte de cerveau dans les racines de ces arbres qui savent si bien s’adapter aux conditions climatiques changeantes. Heureux de voir la souffrance animale enfin reconnue, l’auteur aimerait que l’on réfléchisse maintenant à la condition végétale   « Quand on sait qu’un arbre est sensible à la douleur et a une mémoire, que des parents-arbres vivent avec leurs enfants, on ne peut plus les abattre sans réfléchir, ni ravager leur environnement en lançant des bulldozers à l’assaut des sous-bois ».

Quand je vous disais que vous ne regarderez plus jamais un arbre de la même façon…

« La vie secrète des arbres… », Peter Wohlleben, éditions Les Arènes, 270 pages, 20,90 €.

Boudjellal le tout bon de Toulon

Boudjellal et Guazzini ont de l’estime l’un pour l’autre, ce qui n’a rien d’étonnant. Le premier justifie sa réputation de président le plus intelligent du Top 14, le deuxième raconte un management par le sexe au Stade Français.

« Je suis le plus grand escroc du rugby. Je ne l’ai jamais pratiqué de mon existence. Sauf une fois à l’école pendant dix minutes ». Que c’est bon le rugby quand il ne s’habille pas de langue de bois ! Avec « Un président ne devrait pas dire ça », malicieux clin d’œil à un autre président qui n’aura pas tout à fait réussi son quinquennat, le président du RC Toulon, Mourad Boudjellal publie un livre très personnel et tout à fait passionnant où il n’hésite pas à s’attaquer aux clichés qui encombrent encore le rugby. « Je considère qu’il existe aujourd’hui davantage de valeurs dans le football que dans le rugby, où prime l’égoïsme le plus absolu. Les fameuses valeurs du rugby constituent un gros mensonge. J’y suis depuis dix ans et je les cherche encore. Dans toutes les commissions siègent des hommes corrompus qui n’ont pas la légitimité pour y être à cause de conflits d’intérêts ».

On l’aura compris, le roi de la provocation Boudjellal ne recule devant rien et n’hésite pas à sortir la sulfateuse face à ceux qui lui déplaisent. Mais ce serait une grosse erreur de limiter son livre à quelques phrases à l’emporte-pièce. L’ancien éditeur de bandes dessinées est avant tout un homme remarquablement intelligent qui n’hésite pas à mettre sur la table les sujets qui fâchent dans une France plus divisée que jamais. Son arrivée dans le rugby et les spectateurs qui le traitent de « bougnoule », mais aussi son enfance modeste avec un père conducteur de camion et son engagement à gauche : « Ne pas faire de politique aujourd’hui s’apparente à une non-assitance à personne en danger ». Ce qui n’empêche pas Boudjellal de se montrer lucide sur les défauts d’une gauche parfois angélique. Les créateurs de richesses que sont les entrepreneurs, les commerçants, les artisans et tous ceux qui prennent des risques doivent être valorisés car sinon il n’y aura que la misère à partager.

Un président-vedette qui assume

Le président de Toulon ne cache pas son amertume d’avoir été évincé de la Ligue alors que son club constitue une des principales puissances économiques du Top 14 et que siègent des présidents qui relèvent de faillite. Goze, mais aussi Wilkinson, Dominguez, Galthié, Laporte sont ainsi racontés par l’homme au tee-shirt et ce n’est pas triste. Boudjellal est convaincu que les nouveaux présidents de club doivent être des showman qui font partie intégrante du spectacle : « J’aime bien m’amuser avec les autres présidents, les titiller. C’est une vraie forme de respect et une façon de mieux cerner leur personnalité. » Mourad reconnaît qu’il joue un rôle face aux caméras de Canal +. « J’ai essayé de créer le rôle du président-manager. D’étoffer celui de président-vedette, mouvement impulsé par Max Guazzini ».

Et pour titiller, l’ancien éditeur de bandes dessinées en connaît un rayon : « Quand je dis que Thomas Savare, le président du Stade Français, a été premier dans un concours de spermatozoïdes, je ne fais que prendre acte qu’il est né, tant mieux pour lui, avec une cuillère d’argent dans la bouche. Moi je suis né dans la basse ville de Toulon avec la colère à la bouche. ».

Boudjellal est parfaitement conscient des dangers que court le rugby progfessionnel et veut y remédier. « Nous devons offrir plus qu’une place dans un stade : un moment de vie, un moment de live, un scénario imprévisible n’obéissant à aucune trame. »

Passionnant de la première à la dernière page, « Un président devrait dire ça plus souvent » mérite d’être offert à tous les inconditionnels de rugby mais aussi à tous les amoureux de l’existence. Car comment ne pas aimer cette France, libre, généreuse, créative incarnée par Boudjellal, loin si loin de celle voulue par Marine Le Pen ?

« Un président devrait dire ça plus souvent… », Mourad Boudjellal avec Arnaud Ramsay, éditions Robert Laffont, 270 pages, 19 €.

Adorable et insupportable Guazzini

Voilà un livre que certains rugbymen professionnels vont bien se garder de faire lire à leurs épouses ! Autant Boudjellal fait dans la distance et la présidentialité, autant l’écorché vif Guazzini pratique la confidence et l’envers du décor. Comme beaucoup de joueurs des années soixante-dix, je n’ai pas été très fan de ce « rugby plume dans le cul » inventé par Guazzini. Mais l’objectivité oblige à reconnaître qu’il a réussi à draîner un public de femmes et de jeunes dans des stades qui sentaient bon la carte vermeil et que la fédération serait bien bête de se priver de son talent tout comme de celui de Boudjellal.

Chanteur de variété, ami intime de Dalida, Guazzini c’est aussi NRJ, la radio libre qui a osé défier le pouvoir socialiste, où le grand Max comptait pourtant beaucoup d’amis, en invitant sous Mitterrand les jeunes à descendre dans la rue. C’est aussi une sensibilité et un flair hors pair qui vont l’amener à tout quitter pour le rugby et à choisir des hommes en adéquation avec son projet. Entre le « minet » Guazzini et l’électricien en survêtement Bernard Laporte, aucun point commun en apparence sauf que Guazzini a su voir dans l’ancien champion de France avec Bègles le passionné avide d’apprendre d’autres codes qui allait conduire le Stade Français au sommet.

Avec un management très particulier – quand on joue au rugby, on joue, quand on se lâche on se lâche ! – qui fera du Stade Français d’avant Thomas Savare un club tout à fait à part. Grand ami de Denise qui tient un club libertin rue Quincampoix à Paris, Guazzini, à la fortune limitée, ne peut offrir aux joueurs les meilleurs salaires de la capitale, mais peut leur garantir les fêtes les plus débridées. Guazzini sera même obligé de confectionner des cartes aux juniors du club, car Denise a pour habitude de ne pas faire payer les jeunes étalons rugbymen qui viennent dans son établissement. Mais les juniors ont parlé à leurs copains de ce bon plan et c’est la cohue… Sans complexe aucun, Max raconte aussi comment il a gagné le concours de la plus grosse face à Christophe Dominici, comment il a séduit Patrick Tabacco en lui présentant la chanteuse Hélène Segara ou déniché un hôtel à six heures du matin près de l’Étoile pour rendre service à un joueur qui avait un rancard improbable avec une danseuse du Pink Paradise.

Mais, fort heureusement, Max Guazzini ne se résume pas à ces péripéties extra-sportives. Insupportable quand il raconte les engueulades adressées aux joueurs dans les vestiaires, lui qui n’a jamais joué ni poussé une seule mêlée, Guazzini peut être touchant quand il explique le marketing de son club, sa stratégie maillots, ses calendriers des Dieux du Stade ou sa très grande piété l’amenant à arroser d’eau de Lourdes les en-but à chaque finale disputée par le club de son cœur. Et l’on a mal pour lui quand il se fait injustement déposséder de son club pour un trou de cinq millions d’euros dans son budget, lié à la faillite de sa régie publicitaire qui ne lui a jamais payé… cinq millions d’euros pourtant dûs.

Depuis ce jour,  probablement une grande solitude pour ce septuagénaire portant beau, mal masquée par sa dévotion pour ses deux chiens.

Part rapport au livre de Boudjellal, « Je ne suis pas un saint », manque un peu de hauteur de vues. Mais quelle chance le rugby français a de pouvoir compter dans ses rangs deux personnages de cette envergure qui nous changent agréablement des gros pardessus qui ne pensent qu’à bouffer !

« Je ne suis pas un saint », Max Guazzini, éditions Robert Laffont, 352 pages, 21 €.

Une pathétique nombriloscopie

Brillant orateur mais piètre écrivain, Didier Borotra, ego démesuré et absence totale de remise en cause, se rate complètement dans ses mémoires.

Qu’attendre en vérité de quelqu’un qui, à la barre du tribunal correctionnel de Bayonne, a affirmé avoir appris « par hasard » l’engagement de sa fille Sophie par la directrice de La Cité de l’Océan qui travaillait sous ses ordres ? Des approximations et de grandes gesticulations autosatisfaites.

La réalité Borotra, connue de tous les Biarrots, est toute autre que celle racontée dans le livre au titre ampoulé « La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs ». Didier Borotra, c’est d’abord un homme qui rate complètement sa vie professionnelle avant de se raccrocher aux branches la cinquantaine venue grâce à la politique, quelqu’un qui a connu la gêne financière avant de prospérer sur le tard, le cumul des mandats aidant. Mais la vie antérieure du brillant gestionnaire Borotra est expédiée en dix lignes et devient « de graves tensions financières au sein de l’entreprise au mileu des années 1980. Cette responsabilité de gestion, lourde et préoccupante, a été surmontée grâce à la solidarité familiale. » Étonnez-vous après cela que la Ville, au moment de son départ, soit passée à ras de la mise sous tutelle préfectorale pour cause de surendettement !

Élu à regret à Biarritz

Même fable en ce qui concerne son implication dans la vie politique biarrote. À l’en croire, cet inconditionnel de Jean Lecanuet a cédé à la pression affectueuse de ses amis en se présentant à Biarritz : « Je dus une nouvelle fois y aller… plus contraint que porté par une réelle ambition. J’entends bien que ce goût du sacrifice peut paraître suspect ; certes ma sympathie à l’égard de Bernard Marie était nulle et, sincèrement, j’étais fort tranquille à la mairie d’Arbonne et au conseil général ».

Et l’on en arrive au morceau de bravoure de 1991 où l’angélique Borotra dément catégoriquement une quelconque « ambition de devenir maire ». C’est uniquement la peur de voir raser le casino municipal, ce chef d’œuvre de l’art déco, qui l’a poussé à faire sécession contre Bernard Marie. Comme c’est curieux, Borotra oublie totalement de citer les coupures de presse de l’époque où il se déclare, fin 1990, « enthousiasmé » par le projet d’implantation d’un nouveau casino sur la colline des hortensias. Talonné par Michèle Alliot-Marie que tout le monde voyait succéder à son père, le premier adjoint Borotra trahit Marie, car il n’en peut plus d’être vizir et se rêve calife. Mais si on le lit, c’est uniquement par amour de Biarritz et de la belle architecture qu’il a agi ainsi et non par arrivisme forcené.

Des costards à tout va

Et c’est là où « La renaissance de Biarritz » devient une énorme déception. Didier Borotra, même s’il est l’illustration des méfaits liés à vingt-trois de règne sans partage, a incontestablement été un maire qui avait une vision de sa Ville et qui a réveillé la belle endormie de la Cöte basque. Mais à force de ne pas s’attribuer la moindre erreur, le moindre ratage (Il continue à croire que la Cité de l’Océan deviendra « avec le temps, l’un des atouts majeurs de l’image et du développement de Biarritz » !), Borotra en devient totalement ridicule.

Prenez par exemple l’homme qui a été sénateur des Pyrénées-Atlantiques de 1992 à 2011. Un sénateur tellement inexistant que M6 s’était amusé à faire un reportage sur lui, présent par hasard au Sénat et incapable de localiser son bureau. À part Pénélope Fillon, vous connaissez quelqu’un incapable de retrouver son bureau après dix-neuf ans passés au sein de la même entreprise ? Et qu’écrit celui qui devrait raser les murs après avoir si mal accompli son mandat : « Mon expérience de sénateur s’avéra assez décevante en raison de l’âge et du manque de dynamisme d’un grand nombre de mes collègues, du faible poids de l’assemblée dans les grands débats politiques et des difficultés éprouvées à faire émerger les majorités d’idées auxquelles j’aspirais » Si tu avais un peu plus participé au travaux, Didier, peut-être aurais-tu apprécié le Sénat !

Même toupet de plume en ce qui concerne Michèle Alliot-Marie, de la part d’un homme politique dont la renommée n’est guère allée au-delà de Mauléon. Didier Borotra a le droit de détester la famille Marie, mais de là à écrire sur l’un des plus beaux parcours de la République : « Certes, son parcours politique l’a amenée à exercer de hautes responsabilités, la hissant à la tête de quatre ministères régaliens. Mais, quand on regarde de près quelle fut son action, on constate qu’elle aura laissé peu de traces durables de son passage » Vingt ans à faire partie de tous les gouvernements possibles, c’est ce que Didier imperator appelle ne pas laisser de traces ! Mais visiblement, comme l’avocat Robert Bourgui, Borotra a décidé d’offrir des costumes taillés sur mesure à tous ceux qui lui sont chers.

L’encensoir sans empathie

Et l’on s’étonne dans ce livre qui fait, disons-le tout net, un peu de peine pour son auteur d’une construction surprenante que l’éditeur aurait dû récuser. D’un côté une sorte de curriculum vitae laborieux où l’on retrace les grandes dates d’une existence sans raconter le dessous des cartes, un peu comme si Jérôme Thion nous rappelait dix ans plus tard le minutage des essais lors du dernier bouclier de Brennus au lieu de nous raconter l’ambiance des vestiaires, de l’autre des portraits qui arrivent sans prévenir au milieu du récit avec une hyperbole de superlatifs et une absence totale d’empathie, qui donnent à penser à une soirée des Césars où le lauréat n’oublie jamais de remercier le moindre décorateur ou preneur de son.

Vous l’aurez compris, derrière « La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs » se cache surtout de la part de son auteur un manque absolu d’humilité qui est révélateur d’un manque total d’humanité. Et l’on plaint ce vieillard au cœur sec pour avoir fait dans ce livre fort loin d’être impérissable inlassablement le tour de son nombril avec sa plume.

« La renaissance de Biarritz, ses vrais acteurs », Didier Borotra, éditions Le Festin, 224 pages, 19 €.

Amnésie consciente et inconsciente…

Borotra évoque longuement le Foro, destiné à propager la gloire de Biarritz en Amérique du Sud mais oublie totalement de préciser aux lecteurs que sa fille qui vivait sur le continent américain touchait un salaire d’attachée parlementaire de sa part, quand il était sénateur, ce qu’elle a confirmé au tribunal. Encore plus fort que Fillon ! Ce qui n’empêche pas notre inénarrable Didier de nous faire un grand couplet sur l’argent et la politique : « Il faut reconnaître que beaucoup d’élus locaux ne font rien, sinon de la présence et touchent des indemnités exagérées » Fallait oser ! Comme il fallait oser affirmer n’être nullement intervenu dans la campagne des municipales de 2014 : « Max Brisson considérait qu’il était imbattable, Veunac qu’il était le plus légitime, tandis que Guy Lafite estimait qu’il était le plus compétent. Tout cela n’était pas faux, mais pas totalement exact non plus ».

D’autres erreurs, comme l’a souligné La Semaine du Pays basque d’aujourd’hui, traduisent une mémoire qui flanche et n’auraient pas dû passer au travers d’une relecture sérieuse. Borotra fait participer De Gaulle aux législatives de 1978 au lieu de 1968, parle de Bernard Marie député en 1993 alors qu’il avait abandonné son mandat en 1981 et le reste à l’avenant. Mais le détail que les Biarrots auront le plus de mal à lui pardonner est sans doute cette légende de photo, page 112, parlant du bouclier de Brénus et non de Brennus. À croire que Didier s’est pris un coup de bouclier sur la tête, lors de la dernière finale…

Ivrogne, borgne et en rogne…

jean-edern-hallier-l-idiot-insaisissableAu temps de sa splendeur, si l’on peut qualifier ainsi le fait d’être l’objet d’une attention toute particulière du président de la République, ce ne sont pas moins de quatre-vingt policiers qui étaient attachés aux basques de Jean-Edern Hallier pour rapporter à François Mitterrand le moindre de ses faits et gestes. Car celui qui se surnommait lui-même « Le dandy de grand chemin » et qui aimait affirmer : « Je ne parlerai qu’en présence de ma vodka » est avant tout un enfant perdu de la littérature, qui a laissé un réel talent en jachère pour nourrir son ego de polémiques stériles et de coups médiatiques pas toujours très heureux.

Éborgné par les forceps à la naissance, ce fils de général, manifeste très vite un sens du titre et de la formule qui donneront à penser à certains critiques littéraires qu’ils tiennent là un nouveau Chateaubriand. « Le premier qui dort réveille l’autre » (1977) ou « Chaque matin qui se lève est une leçon de courage » (1978) restent des ouvrages plus que lisibles. Au point que le brave Bernard Pivot s’exclama « Cet écrivain sera un jour à l’Académie française » et que François Mitterrand – pas tout à fait un profane en matière de littérature !-voulut rencontrer le jeune homme en colère et se montra très séduit par son talent. Est-ce pour plaire à Mitterrand qu’Edern Hallier, l’année suivante, commettra un pamphlet féroce contre Giscard intitulé « Lettre ouverte à un colin froid » qui n’arrangera pas les affaires du président à fausse particule ?

Alors que la gloire annoncée n’arrive pas aussi vite qu’il le souhaite, Hallier estime que Mitterrand lui doit son élection de 1981. Il réclame sans succès le ministère de la Culture puis la présidence d’une chaîne de télévision, Mitterrand se méfiant de plus en plus de cet incontrôlable qui passe plus de temps en compagnie de la vodka ou de la cocaïne qu’avec sa plume. Hallier décide alors d’utiliser le journal qu’il a fondé, « L’idiot international » pour multiplier les allusions transparentes à l’enfant caché du président, avant de proposer à tous les éditeurs qu’il rencontre un manuscrit mettant au grand jour l’existence de Mazarine. Panique au château ! « Son pamphlet est une épée de Damoclès qui peut s’abattre d’un jour à l’autre. Le rebelle a mis à prix la tête du chef de l’état. François de Grossouvre serait prêt à négocier. Il lui a proposé cinquante mille franc en liquide pour que le livre ne sorte pas. Une somme provenant de la caisse des fonds secrets « De l’argent sale » lui aurait répondu Jean-Edern ».

La partie de cache-cache durera jusqu’en 1994, moment où François Mitterrand officialisera l’existence de Mazarine, tandis que l’écrivain prometteur est devenu un bouffon que plus personne ne prend au sérieux, même s’il séduit encore quelques midinettes avec une technique bien personnelle : « Je viens juste de finir ce manuscrit, mais je ne veux pas vous le faire lire, car sinon vous allez tomber amoureuse de moi ».

En 1997, lorsque ce quasi aveugle est retrouvé mort à 9 heures du matin à Deauville, à côté de son vélo, personne ne se posera beaucoup de questions. Pourtant ce même jour sa chambre d’hôtel et son appartement seront « visités », probablement par des services spéciaux en quête d’autres manuscrits sensibles.

Il faut dire que depuis 1982 et le faux enlèvement qu’il affirme avoir subi, après une prestation totalement ratée et alcoolisée à « Apostrophes », Hallier n’a plus guère de crédit. Disparu pendant une semaine, Hallier réapparaîtra soudainement devant le Palais des Congrès et arrêtera un automobiliste pour qu’il le conduise à la police. Mais la suite de l’histoire, l’ivrogne, borgne et en rogne s’est bien gardé de la raconter. Noyés sous la faconde verbale de l’écrivain qui leur donne force détails sur l’endroit où il était enfermé et sur ses ravisseurs qu’il a miraculeusement réussi à berner, les policiers ne savent pas trop quoi penser de cet enlèvement. Jusqu’à ce qu’un policier intrigué par la mise impeccable du « séquestré », ose l’impensable et demande à Jean-Edern de baisser son pantalon. Et là apparaît un caleçon blanc immaculé pas tout à fait ressemblant à celui que porterait quelqu’un enfermé depuis sept jours…

Oui, décidément avec Jean-Edern, incarnation même du talent gâché et du destin fourvoyé, tout finissait toujours en pantalonnade.

 « Jean Edern Hallier l’idiot insaisissable », Jean-Claude Lamy, éditions Albin Michel, 608 pages, 26 €.

Se faire tirer dessus et fermer sa gueule…

Ce ne sont pas François Fillon ou Jérôme Cahuzac qui vous diront le contraire, l’argent rend dingue. Dans notre angélisme, on pensait juste qu’un journal de copains, qui vivotait péniblement jusqu’en 2014, avant de connaître une renommée mondiale suite aux assassinats commis par les frères Kouachi, pouvait échapper à cet engrenage fatal. On savait que c’était tendu à Charlie hebdo, mais on mettait cela sur le compte du traumatisme vécu. Et puis Marie Bordet et Laurent Telo, deux solides confrères de la presse nationale, viennent nous souffleter au visage et nous raconter un véritable hold-up commencé… « Le jour d’après ».

On se souvient tous de la sidération des Français, de ce pigeon facétieux déposant sa fiente sur le costume de Hollande à l’occasion de la grande marche, des panonceaux « Je suis Charlie », de l’oraison funèbre de Luz à Charb en l’église de Pontoise « Qu’est-ce qu’on s’est bien enculés ! » Et puis comme toujours, l’actualité passe à autre chose et les survivants et les blessés, loin des caméras, se répètent inlassablement les événements du jour tragique en tentant de refaire un journal, malgré tous les absents.

Une DRH et une communicante à Charlie !

Première surprise pour ces miraculés, l’arrivée de l’ex-communicante de DSK, Anne Hommel. « Elle met en place une adresse mail unique qui centralise toutes les demandes d’interviews. C’est pratique, mais c’est aussi le moyen idéal de tout contrôler. (…) Aucun des Charlie n’est joignable sans passer par le filtre Hommel. Elle décide qui parle et à quel média ». Voilà les grandes gueules Patrick Pelloux ou Zineb El Rhazoui définitivement muselées ! Et puis comme on ne recule devant aucun sacrifice dans ce qui était, il y a peu encore une famille, une directrice des ressources humaines, Marika Bret, ex-copine de Charb, est nommée. Dans un journal de vingt salariés, ce qui doit constituer une sorte de record du monde !

Laurent Léger qui a eu la vie sauve en se jetant au sol lors de la fusillade comprend le danger. Il demande que l’ensemble de la rédaction devienne actionnaire du journal pour pouvoir participer aux décisions à prendre. Il se fait sèchement rabrouer par Riss le nouveau directeur de la rédaction, de retour de l’hôpital, qui aura cette réponse pleine de poésie : « Allez-vous faire foutre ! » Pendant ce temps, les blessés qui séjournent encore à l’hôpital, Lançon, Fieschi et Nicolino, s’étonnent de ne recevoir aucune visite de leur direction. Celle-ci est trop occupée à verrouiller son pouvoir pour perdre son temps à des futilités.

Riss prend l’oseille

Michel et Denise Charbonnier, les parents de Charb, qui détiennent 40% des actions du titre, cèdent en douce leurs parts à la direction. C’en est fini pour les contestataires qui ont juste eu le plaisir de se faire tirer dessus dans le cadre de leurs fonctions : « Pendant que [la direction] serinait qu’il fallait laisser les parents de Charb tranquilles, donner du temps au temps, attendre l’été pour ouvrir les négociations, les parts de Charb étaient achetées pour un montant inconnu. » Colère de la rédaction qui découvre que le directeur et son adjoint n’ont pas déboursé un euro personnel : « Cette opération s’est déroulée sans que Riss ni Éric Portheault aient à débourser un centime. C’est la société éditrice qui a payé les parts de la famille de Charb. La participation des deux hommes a mécaniquement augmenté. Elle passe de 40 à 70% pour Riss et de 20 à 30% pour Éric Portheault. Le tour est joué ».

Un tour d’autant plus discutable que c’est le trésor de guerre qui a servi à financer ce coup de force. Le numéro spécial d’après attentat devait venir en aide aux familles des victimes. Mais sur les trente millions d’euros récoltés, seuls quatre seront distribués à ceux qui ont perdu un proche, malgré les promesses de l’époque. Et le reste va gentiment grossir le magot de Charlie, et de ses deux actionnaires.

Le mot de la fin à Patrick Pelloux, le médiatique médecin urgentiste qui a décidé de s’éloigner, écœuré par ce qu’il a vu : « Un journal qui prône l’alter-mondialisme ne peut pas se retrouver entre les mains de deux actionnaires. C’est comme si des militants végétariens bouffaient des entrecôtes ! »… Ou comme si Cahuzac devenait le Premier ministre de Fillon pour mieux nous faire la morale.

« Charlie hebdo, le jour d’après », Marie Bordet et Laurent Telo, éditions Fayard, 288 pages, 19 €.

Lire aussi sur Charlie hebdo : https://jeanyvesviollier.com/2016/02/24/hold-up-reussi-a-charlie/

Voyage, quand tu nous tiens…

un-parfum-de-mousson« Je suis parti sur les routes sans vraiment trop savoir pourquoi, simplement convaincu par le fait que ce voyage n’était pas une fuite, mais une première réponse ». Matthieu Delaunay n’est pas du genre voyageur d’opérette qui redoute le dépaysement et hésite à deux fois avant de se rendre à pied à la boulangerie du coin. Quand la soif de découverte s’empare de lui, il prend son vélo et part avec un copain à… Vladivostok, en passant par le Maghreb, l’Égypte, la Syrie, puis le désert de Gobi et Oulan-Bator. Un périple de presque un an, commencé par une double fracture de la mâchoire, et terminé par une chute vertigineuse dans un ravin de 200 mètres, sur les rives du lac Baïkal. L’intrépide s’en tirera avec une fracture des cervicales, jugée comme une simple péripétie par celui qui plus que jamais rêve de découvrir le monde.

Matthieu a fait une escale de dix-huit mois (une éternité pour lui !) à La Semaine du Pays basque, où il a pu faire profiter les lecteurs locaux de sa très belle plume. Avant de rejoindre l’ONG Enfants du Mékong, où il travaille depuis 2014 comme reporter pour Asie reportages.

Matthieu Delaunay, sac à dos à l’épaule.

 Anti Bernard-Henri Levy par excellence, Matthieu ne parle que de ceux qu’il a réellement côtoyés, les ouvriers chinois usant leur santé sur des chantiers titanesques, les enfants des rues de Manille, les habitants des bidonvilles de Phnom Penh. Et avec la tendresse, la lucidité et la foi en l’homme qui le caractérisent, il a pu vérifier que les plus belles fleurs humaines poussent parfois sur le fumier.  Nos petits états d’âme d’occidentaux trop choyés par la vie pèsent bien peu quand on se retrouve ainsi confronté à la réalité de l’existence.

Matthieu Delaunay a réussi un recueil de neuf nouvelles qu’il pourra, contrairement à bien des romanciers, relire avec fierté dans trente ans, tellement ces textes sont modernes et intemporels et placent l’homme au centre des préoccupations.

Si vous voulez savoir ce qu’est un vrai journaliste, soucieux de comprendre et désireux d’expliquer, un journaliste à des années-lumière de ceux qui vous intoxiquent avec leurs perpétuels rideaux de fumée destinés à masquer une totale absence d’idées, alors achetez d’urgence « Un parfum de mousson ».

Pour ce grand admirateur de Joseph Kessel, « il y a une différence majeure entre connaître et savoir : pour savoir, il faut avoir vu ». Matthieu a vu et compris.

« Un parfum de mousson », Nouvelles du Sud-Est asiatique, éditions Transboréal, 190 pages, 9,90 €.

Monsieur BO a désormais sa bio

geronimo-001Si vous souhaitez écrire la biographie de Robert Rabagny, surtout ne vous encombrez pas d’un quelconque enregistreur ! Passées les deux premières minutes où votre homme va sagement rester assis face à vous, toutes les conventions d’un entretien classique, telles qu’on vous les a enseignées dans les écoles de journalisme, vont voler en éclats. Hyper actif qui ne peut se maîtriser, Robert va se lever, partir faire un tour dans son jardin, tout en continuant sa discussion, revenir, embrayer sur une histoire qui n’a strictement rien à voir avec le sujet évoqué, mimer la scène, fouiller dans ses armoires pour vous sortir une vielle photo étayant ses dires ou se laisser submerger par ses émotions quand les souvenirs sont trop douloureux.

Robert, lors la fête des Quartiers à Plaza Berri.

À vous de capter ces instants d’authenticité absolue où Robert est bien meilleur que dans un questions-réponses traditionnel et de vous débrouiller ensuite à reconstituer le puzzle ! Avec ce conteur exceptionnel, vous pouvez aussi bien devenir, l’espace d’un instant, le Père Noël venu rendre visite à un camp de gitans de Bassussary, l’ambassadeur du surf solennellement accueilli par le gouverneur à Hawaï, ou Géronimo, arrêté par les flics rue de Rivoli, à l’occasion de la finale 2002, avant d’être triomphalement escorté par la maréchaussée dans tout Paris.

On a connu existence plus banale et l’idée d’écrire une biographie de ce personnage hors norme s’est imposée, de même que le titre « Monsieur Biarritz bonheur », par allusion à ce vieux magasin du centre-ville où les Biarrots, il y a peu encore, pouvaient trouver tout ce qu’ils souhaitaient. Mais avant de prendre la décision de se lancer dans ce travail commun, en septembre 2014, après une campagne municipale qui avait laissé Robert sur le flanc, il a fallu dissiper un malentendu initial qui nous vaut depuis de bien beaux fous-rires…

« Ils ont de la chance d’avoir de tels animateurs ! »

Fréquentant régulièrement Biarritz depuis 1969, journaliste depuis 1973, je me suis retrouvé toute ma carrière, comme la plupart de mes confrères de la presse quotidienne, avec un nombre important de jours de repos à récupérer, consécutifs à des événements sportifs longue durée comme le Tour de France ou Roland-Garros, aux jours fériés où l’on travaille, ou à des remplacements inopinés de collègues malades. Les hasards de ce métier m’ont donc amené à venir fréquemment prendre un grand bol d’océan à Biarritz aussi bien l’hiver que l’été ou à l’occasion d’une belle affiche rugbystique. Croisant le Père Noël à la fin de l’année, un organisateur passionné de compétitions de surf au printemps ou une trépidante mascotte nommée Géronimo à l’automne, je m’étais fait cette réflexion : « Ils en ont de la chance, les Biarrots, d’avoir des animateurs de ce calibre ! ».

Remplacé par un comédien professionnel mais absolument pas égalé, Robert sur son char, nous fait regretter la magie de Noël qu’il savait célébrer comme personne.

Habitant à Biarritz depuis 2005, ce n’est que vers 2010, après plusieurs échanges avec Robert dans son établissement de « Biarritz Hollywood » que j’ai compris que la flamboyante équipe d’animateurs biarrots que je me complaisais à imaginer se résumait à la seule et unique personne de… Rabagny. Je le croyais à la tête d’une prospère société d’événementiel et j’ai découvert qu’il était simple employé municipal. Amusé, j’ai commencé à l’interroger, à comparer nos vécus des matches de rugby auxquels nous avions assisté tous les deux, lui au centre du terrain et moi en tribune, à le faire parler des Tontons Surfeurs, ou d’Halloween sans penser le moins du monde à un projet d’écriture.

En juin 2014, indigné par sa spectaculaire éviction du Biarritz olympique, je lui ai proposé d’écrire sa biographie. Robert a dans un premier temps totalement refusé, ne « voulant pas faire le moindre tort à son ami Serge Blanco et au club qu’il a toujours soutenu ». Ce n’est qu’en septembre, après avoir constaté le lâchage de son ami de jeunesse et sa sévère mise au pas au sein du personnel municipal, que Robert et Patricia ont pris la décision d’accepter ma proposition.

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À l’occasion du match BO-Lyon, Robert sera encadré tout le match par deux agents de la sécurité. (Photo Daniel Velez)

Sans se douter que quelques mois après Robert allait se retrouver en unité psychiatrique à Bayonne et que le médiocre feuilleton allait se prolonger les années suivantes : 2015, un BO indigne envoie des agents de sécurité le jour où Robert, déguisé en indien, veut venir saluer la nouvelle mascotte Koxka. 2016, la majorité municipale se prête à un lynchage sournois de son plus emblématique employé municipal.

« Monsieur Biarritz bonheur » n’est donc pas seulement l’histoire de l’homme qui a enchanté Biarritz par ses trouvailles successives, mais aussi celle des avanies qu’a subies sans se plaindre le plus Biarrot des Biarrots, que ce soit en 1991 avec Didier Borotra, ou en 2014 avec Michel Veunac, avant qu’une conjuration de médiocres ne réussisse en 2016 à le chasser définitivement de la mairie, alors qu’il n’a pas l’âge légal de la retraite.

Robert cette fois-ci, raconte tout dans ce livre et, à son image, ça déménage.

◊ « Monsieur Biarritz Bonheur », 160 pages et 60 illustrations couleurs, édité chez Atlantica, sera en vente à partir de début décembre. Prix annoncé : 18 euros.

Un grand, des petits…

 Plus de deux cents noms figurent à l’index de « Monsieur Biarritz Bonheur ». Et toutes les personnes rencontrées emploient curieusement la même expression pour qualifier Robert : « Une boîte à idées ! ». Adorant la controverse, j’ai cherché un contradicteur susceptible de mettre en doute ses talents d’organisateur… sans le trouver. Pour tous, il est un surdoué de l’animation et un meneur d’hommes exceptionnel, même si certains déplorent son côté grande gueule, trop engagée en politique.

geronimo-005Nos entretiens avec Robert et Patricia se sont étalés sur presque deux ans (septembre 2014 à juin 2016) et représentent plus de soixante-dix heures de tête à tête. Même si Robert est un véritable cauchemar pour un journaliste, car il n’a ni la mémoire des dates ni celle des noms, et oblige à des vérifications scrupuleuses, il est difficile de ne pas éprouver une vive sympathie pour l’homme. Car derrière la grande gueule se cache un écorché vif, un rebelle qui se donne les moyens de réussir ses rêves, et, plus étonnamment, un enfant qui ne ment jamais et qui ne réalise pas toujours l’importance de ce qu’il a réussi. « Robert, quand tu organisais le Biarritz Surf Festival, ça amenait du monde ? ». Un instant d’hésitation : « Je ne sais pas. Peut-être vingt mille personnes ». Vérification faite grâce au très précieux Sud Ouest, on apprend que pendant le Biarritz Surf Festival les embouteillages étaient comparables au mois d’août et que plus de cent mille personnes prenaient le chemin de Biarritz à l’occasion de cet événement. Même désarmante sincérité quand il évoque l’école, « J’ai appris une seule chose : la déconne », ou ses problèmes de santé de fin 2014 : « je me suis retrouvé chez les fous ».  Et face à cet homme exceptionnel qui manque tellement à Biarritz, comment ne pas éprouver beaucoup d’admiration pour son désintéressement et beaucoup d’indignation pour ce qu’il a subi ?