Grand homme incontinent

Ce n’est qu’adolescent que j’ai réalisé que lorsqu’on me parlait d’un homme devenu « Un continent », je commettais un contresens absolu.

Ma grand-mère maternelle n’avait pas pour habitude de m’emmener chez ses amies. J’ignore donc absolument pourquoi ce jour-là elle a dérogé à la règle et pourquoi ma mère l’accompagnait. Nous sommes arrivés dans un appartement vieillot du centre d’Angoulême et j’ai rencontré pour la première fois deux personnes qui m’ont paru très âgées du haut de mes huit ans. Sur le chemin qui menait à cet appartement, ma grand-mère m’avait expliqué que ce couple avait longtemps vécu en Afrique, et, dans mon imagination fertile, je m’attendais donc à voir quelques émules de « Tintin au Congo » avec des casques coloniaux sur la tête.  Si la dame manifestait encore beaucoup de vivacité, allant et venant entre sa cuisine et son salon pour nous proposer maintes espèces de gâteaux secs, son mari m’avait paru taciturne et amorphe. Contrairement à d’autres enfants de mon âge, ce genre de visite ne m’était pas pénible car j’étais déjà curieux de voir comment les gens vivaient, de regarder leurs bibelots ou leurs livres et ne m’ennuyais jamais.

C’est une sonnerie imprévue qui a tout fait basculer. L’hôtesse est partie dans l’entrée où les téléphones de l’époque, reliés par un fil à une prise, trônaient souvent sur un guéridon, et son mari d’un seul coup a semblé retrouver toute sa lucidité : « Ma femme me trompe, s’est-il soudain exclamé, elle a installé son amant au grenier et elle s’imagine que je ne le sais pas ».  Les communications téléphoniques coûtant fort chers à cette époque, la maîtresse de maison revint très vite et son mari reprit sa semi-léthargie de gros chat. J’avoue que je profitais de l’inattention générale pour détailler encore plus l’appartement et me demander comment on pouvait vivre à un étage avec son mari et à un autre avec son amant. Je suis à peu près certain que je connaissais le sens du mot amant à l’époque, ce qui est peu surprenant car mon père adorait commenter en détails tous les ragots de notre village charentais où les mariages n’étaient ni plus ni moins solides qu’ailleurs.

Mes parents ne considéraient pas de leur devoir de me faire des commentaires sur les événements inhabituels que je pouvais croiser dans mon existence d’enfant. Ma grand-mère et ma mère firent donc en sortant comme si de rien n’était, persuadées sans doute que je n’avais pas prêté attention à l’étrange sortie du mari prostré. Je pus tout de même attraper au vol un échange entre elles : « La pauvre, qu’est-ce qu’elle en voit avec son mari. Et en plus, il est devenu incontinent ! » N’ayant pas l’habitude de poser des questions par peur de me faire rabrouer, je me suis bien demandé comment l’homme que je venais de croiser et qui ne m’avait guère impressionné avait pu devenir un… continent à lui tout seul. Parce qu’il avait découvert des terres jusque-là inexplorées alors qu’il travaillait en Afrique ? Ou parce qu’il faisait preuve d’une très grande hauteur de vues en acceptant que l’amant de sa femme vive au-dessus de sa tête ?

Enfant secret, adorant les mots et les expressions, qui étaient pour moi comme des diamants dont j’étais le seul propriétaire, je me suis fait le serment  que moi aussi par mes mérites, mon courage et mon talent je deviendrai plus tard un continent.

Et il m’a fallu de très nombreuses années pour réaliser que là où je voyais grandeur et esprit de chevalerie, il n’y avait qu’un homme qui se pissait dessus.

Demain et les jours suivants : Caparaçonné, Magnanimité, Pécule.

Jouons tous ensemble !

Par principe, ce blog s’interdit de parler de l’ennemi invisible qui nous complique la vie ou même des futures élections municipales, ce qui viendra en son temps. Si vous aussi, dans votre enfance, vous avez donné à des mots un sens bien personnel, racontez-moi et je me ferai un plaisir de publier votre texte sous votre signature.

Ta gueule, Mélenchon !

La France Insoumise serait bien inspirée de confiner et bâillonner son leader.

Comme nombre de politiques, Jean-Luc Mélenchon, avec ses polémiques stériles, semble totalement déconnecté.

C’est un peu comme si La Marquise de Vérité, la délicieuse épistolaire de La Semaine du Pays basque, téléphonait à une famille durement éprouvée par l’épidémie actuelle pour se plaindre de la taille de son « trop grand » jardin et de la difficulté à trouver des gens pour s’en occuper. Le rôle de l’opposition est de critiquer la majorité en place et on n’a jamais rien trouvé de mieux pour faire fonctionner la démocratie. Les idées de la France Insoumise ont toujours été proches des miennes et la crise actuelle nous fournit l’éclatante démonstration qu’il faut redonner la prépondérance à l’humain sur l’économie, réinventer des circuits courts et responsables, garder le contrôle des moyens de production indispensables au pays. Mais comme toujours en politique, il faut savoir choisir son moment pour dire les choses.

Les sexagénaires et les passionnés d’histoire se souviennent du discours de François Mitterrand le 27 mai 1968 au stade Charléty, donnant l’impression aux Français que son seul souci était de piquer la place de Charles de Gaulle. Il faudra treize ans au leader de la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) pour se remettre de sa bévue.

Jean-Luc Mélenchon est, en temps ordinaire, un excellent tribun et un bon client pour les journalistes. Il est donc logique qu’il continue à être invité par des radios et télés qui n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent actuellement. Malheureusement, en cette période tout à fait exceptionnelle qui devrait inciter à la modestie et à l’union nationale, le leader de La France Insoumise se montre catastrophique par son arrogance, ses claironnantes certitudes et des comportements de membre d’une caste omnisciente.

Alors qu’Emmanuel Macron, en le visant et en visant Marine Le Pen, déplorait « les irresponsables qui cherchent déjà à faire des procès alors que nous n’avons pas gagné la guerre », Jean-Luc Mélenchon a trouvé malin de rétorquer : « Emmanuel Macron est au bout de sa vie », en faisant allusion au fait que son gouvernement et lui étaient totalement dépassés. Une boutade d’un goût douteux, même formulée un 1er avril.

Même sentiment de décalage vertigineux entre les affirmations du vieux politique à œillères et les aléas vécus actuellement par les Français, au Grand Jury RTL-LCI-Le Figaro, où « Super Jean-Luc » n’a pas brillé par sa modestie.

Sur les masques, la chloroquine ou le confinement, mais aussi sur le baccalauréat ou les municipales, Mélenchon estime que le gouvernement actuel ne fait pas les bons choix. Avec cette envolée qui en laissera plus d’un pantois : « Si je ferais mieux que le gouvernement actuel ? En tout cas, je ferais différemment. Il faut planifier. En France, c’est le général De Gaulle qui avait mis en place la planification. » C’est bien connu, le vilain petit virus qui nous rend visite actuellement est sage et obéissant et quand Mélenchon planifie, il obtempère, terrorisé.

Soit Mélenchon est sincère et ce décalage avec les Français est grave. Soit il est dans le calcul politique, estimant qu’on ne tape jamais assez fort sur le gouvernement politique en place, et c’est encore pire.

Je ne suis vraiment pas un grand fan de Macron, mais dans une situation aussi complexe et inédite, avec des informations contradictoires, aucun scientifique n’ayant actuellement de certitudes sur le fonctionnement de ce virus et ses modes de transmission, il n’y a qu’une chose à faire : montrer son patriotisme en fermant sa gueule, en respectant les consignes et en se souciant de ceux qui nous entourent, pour simplifier le travail particulièrement difficile du gouvernement.

Franchement, si les EPHAD n’étaient pas devenus aussi dangereux en ce moment, j’aurais bien conseillé à Jean-Luc Mélenchon de s’y installer pour une retraite définitive et de laisser la place à Adrien Quattenens, Clémentine Autain ou François Ruffin.

Sans contact mais pas sans tact

Notre combat contre le virus doit passer par l’humour et une plus grande attention portée aux autres.

Adaptation nécessaire pour les adeptes de la pêche dans le Golfe de Gascogne.

Autant notre génération s’imaginait finir ses jours en se prenant une bombe atomique sur le coin du portrait, autant elle n’envisageait pas se retrouver un jour confinée en même temps que trois milliards de Terriens, jouant à chat avec un ennemi invisible et microscopique. Et s’il n’y avait ces milliers de morts, la crainte de perdre un être cher ou d’être soi-même durement éprouvé, cette période serait fascinante à observer pour les vieux soixante-huitards que nous sommes. À l’époque, nous taguions les murs avec des slogans comme « On arrête tout et on réfléchit », mais nous n’avions au fond de nous aucune envie de nous arrêter, trop occupés par nos jubilatoires activités : narguer le pouvoir, emmerder les bourgeois et faire courir des forces de l’ordre mal équipées et beaucoup moins agiles que nous. Presque cinquante ans après la publication de la bande dessinée de Gébé « L’an 01 » où le dessinateur reprenait ce slogan « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste », nous voilà cette fois bien obligés de stopper la course infernale qui a souvent caractérisé nos existences et de réfléchir aux choix que nous avons faits, à ceux parmi nos proches que nous n’avons pas assez embrassés, aux modifications encore possibles de nos fins de vie. Tout cela en ne s’autorisant, quand on n’est pas directement impliqué dans l’appareil productif de l’État, qu’une seule sortie par jour nous donnant l’absurde sentiment d’être un héros quand on revient du supermarché.

L’illusoire savoir d’Internet, l’inutile rabâchage des journaux télés

Et, sans doute parce que je suis devenu un vieux con, je dois avouer ma surprise en découvrant que notre pays se compose désormais de presque soixante millions de chefs d’entreprise qui savent tous comment ensevelir la population sous les masques protecteurs, de soixante millions de chercheurs de pointe en médecine ayant un avis très tranché sur l’hydroxychloroquine, et de soixante millions de chefs d’État en puissance capables, comme au bon vieux temps du nuage de Tchernobyl, d’arrêter le virus à nos frontières.

Dans le petit village rural de mon enfance, le maréchal-ferrant n’expliquait pas au viticulteur comment lutter contre le mildiou et le cordonnier à l’éleveur comment traire ses vaches. Mais Internet, cette formidable invention qui nous permet de nous sentir reliés aux autres malgré l’isolement, est passé par là et désormais tout le monde a lu trois lignes sur le moindre sujet et se sent donc autorisé à émettre un avis définitif.

Même chose avec les journaux d’information continue qui, en dehors du Covid 19 n’ont pas grand-chose à nous raconter.  En avant donc, du matin au soir, pour des tartines de poncifs de prétendus « experts » qui alignent les approximations et créent un effet « d’anxyogénéité » permanente !

Et je n’aurais que mépris pour ces « trolls », beaucoup plus redoutables à Biarritz que le coronavirus, qui estiment que c’est toujours le moment de taper via les réseaux sociaux sur Maïder Arostéguy ou Nathalie Motsch, comme par hasard les deux têtes de liste féminines aux élections municipales à Biarritz… Ou comment masquer sa haine des femmes derrière un alibi politique.

Positif et discipliné, une obligation morale

Est-ce le vieux con ou l’ancien joueur de rugby qui parle ? Il ne nous serait jamais venu à l’idée de contester la stratégie du capitaine de l’équipe pendant notre match du dimanche. Au mieux, on l’évoquait le soir ou le lendemain de la défaite, après le coup de sifflet final. « Nous sommes en guerre » a dit le président Macron et au vu de la situation dans les hôpitaux, on ne peut que lui donner raison. Ce n’est plus le moment de gloser sur l’absence de tel ou tel produit, sur les raisons qui ont entraîné une pénurie. « À la guerre comme à la guerre » dit l’adage. Nous devons nous débrouiller avec ce que nous avons, nos atouts et nos faiblesses et, sans tomber dans le patriotisme bêlant, nous devons nous interdire pour le moment les propos qui divisent, les polémiques qui font perdre du temps. Sans parler des imbéciles qui volent des respirateurs ou fustigent les infirmières en leur demandant de décamper. À notre modeste niveau, nous devons nous interroger sans cesse, par égard pour ceux qui sont au front, sur ce que nous pouvons faire pour notre pays, mais aussi pour notre ville, pour le quartier où nous habitons, pour les plus défavorisés qui nous entourent. Et surtout, essayer de rire de tout, car cela donne des rides et des cheveux blancs aux vilains virus envahisseurs. Quand la crise sera passée, nous aurons tout le temps voulu pour  regarder en détail si notre gouvernement ou notre maire miraculeusement prolongé ont bien ou mal agi.

Cultiver les petits bonheurs

En attendant, contentons-nous des petits bonheurs du quotidien. Au lieu de vous angoisser sur ce qui peut vous arriver, lisez L’Équipe ou écoutez France Bleu Pays basque. Le quotidien sportif n’a plus la moindre compétition sportive à se mettre sous la dent, mais avec ses 550 collaborateurs, il réussit à offrir tous les jours aux lecteurs des pages érudites et intéressantes qui nous font oublier notre situation. Même volonté d’embellir le quotidien chez nos amis de France Bleu qui plus que jamais cherchent à mettre en valeur le côté joyeux et optimiste des gens du Sud-Ouest. À une auditrice qui s’inquiète pour son magnolia dévoré par les cochenilles, le spécialiste maison du jardinage, explique longuement comment faire fuir les bestioles avant de conclure, théâtral, « Et avec ça, votre magnolia, il sera pété de rire ! » Suite à ce grand moment de bonheur radiophonique, c’est promis, dès la fin du confinement, je pars à la recherche des magnolias qui rigolent le soir au fond du jardin.

Surtout ne pas oublier

Cette période est fascinante à observer, car elle permet de découvrir sous un jour nouveau ceux que nous avons côtoyés auparavant sans trop y prêter attention. Le quartier Saint-Martin n’a qu’une boulangerie, Le Fournil de la Baleine, ainsi qu’un dépôt de pain Le Café de la Baleine, les deux établissements appartenant à la même famille. Sans prévenir, et sans doute à cause de la peur que nous éprouvons tous, le couple propriétaire des deux établissements a décidé de tirer le rideau le 20 mars dernier, obligeant les habitants du quartier à aller chercher le pain à plus d’un kilomètre, à La Négresse ou au centre-ville. La loi n’interdit pas une telle attitude. Mais les consommateurs que nous sommes n’oublieront pas et, une fois la vie normale revenue, continueront, je l’espère, à aller acheter leur pain chez ceux qui ont poursuivi leur mission pendant les périodes difficiles. Et tant pis pour ceux qui ont fui !

. Le Fournil de la Baleine a réouvert ses portes le 2 avril. 

Et la fin de l’histoire ?

Face à un journalisme de plus en plus désinvolte, le lecteur doit pousser un coup de gueule. (Chronique publiée dans Mediabask, le 27 juin)

Il faut croire que désormais les écoles de journalistes n’envoient plus leurs étudiants en stages d’été dans des quotidiens régionaux mais en estive auprès de bergers pyrénéens qui leur inculquent le comportement moutonnier.

Nous avons tous été émus par la noyade aux Sables-d’Olonne de trois sauveteurs en mer partis en pleine tempête à la recherche d’un marin pêcheur, Tony Guilbert, et de son chalutier « Le Carrera ». La coque retournée du « Jack Morisseau », le bateau des sauveteurs, la détresse des quatre rescapés, le numéro compassionnel de Macron, nous avons l’impression de n’avoir rien raté.

Les plus audacieux comme BFM ou France Info se sont même aventurés à interviewer la femme du disparu qui a estimé que son mari était toujours « très prudent en mer » ou deux apprentis formés par le marin-pêcheur qui gardaient un « très bon souvenir » de leur ancien patron.

Et tous les moutons-journalistes de rentrer dans leur bergerie-rédaction avec le sentiment du devoir accompli. Mais qui va leur expliquer qu’une histoire, ça a une fin ?

Autant le financement libyen de la campagne électorale de Sarkozy en 2007 n’est pas à la portée du premier journaliste-stagiaire venu, autant il n’était pas très compliqué de poser quelques questions à Saint-Georges d’Oléron où vivait le marin présumé imprudent.

Trois lectures de la même histoire sont en effet possibles. Soit, nous avons affaire à un drame de la misère, l’homme n’arrivant pas à joindre les deux bouts avec sa pension de retraite famélique et se retrouvant obligé de prendre tous les risques pour survivre. Soit, le responsable de cette catastrophe est un mordu de pêche qui ne peut se passer de sa dose d’adrénaline et qui ne rêve de crevettes que les jours de tempête. Soit, nous sommes en présence d’un Harpagon du chalut qui thésaurise son argent, malgré son âge avancé, en se moquant des risques qu’il fait courir aux autres. Vous pouvez chercher, vous ne trouverez nulle part les réponses à ces interrogations simples, que ce soit sur Internet ou dans la presse locale. Mes aimables confrères ont plié les gaules, si l’on peut dire, sans démêler les filets autour de ce drame et sans chercher à appâter quelques voisins avides de se confier.

Même désinvolture avec la légion d’honneur initialement décernée aux trois sauveteurs noyés, avant que l’Élysée ne se ravise et ne pousse la générosité jusqu’à médailler aussi les quatre survivants. Qui a eu l’intelligence de souffler à l’oreille d’Emmanuel Macron qu’il était le président des vivants tout autant que des morts ? Nous n’en saurons rien non plus dans ce qui devient un exercice de désinformation chronique.

Et c’est là qu’on constate qu’on perd décidément beaucoup d’esprit critique avec l’âge. Amusez-vous à lire le début de Cendrillon à vos enfants sans leur raconter si à la fin le carrosse va redevenir citrouille à minuit et vous m’en direz des nouvelles !

Pas comme ces journalistes qui nous prennent de plus en plus pour des courges…

 

Pour la SNCF, les premiers sont les derniers

Quand une simple panne transforme un wagon de première classe en concentré d’inhumanité… Plongée pendant près de six heures dans un sketch des Deschiens.

Entre la publicité sur Twitter et la réalité, il y a comme un rail d’écart…

Ne dites plus TGV, terme définitivement ringard, mais TGVQÇM, Train à Grande Vitesse Quand Ça Marche… C’est d’ailleurs pour cela que la SNCF qualifie ses TGV d’Inouï tellement on est surpris quand on arrive à l’heure. Mardi 27 juin, la SNCF, cette vieille dame qui était si ponctuelle quand elle était jeune, a réussi un Bordeaux-Biarritz en six heures, soit le temps que mettrait un cycliste à peine honorable pour relier les deux villes.

Heureusement grâce à ce contretemps, j’ai enfin pu dissiper un mystère qui m’intriguait depuis de longs mois. Détenteur d’une carte senior, comme nombre de plus de soixante ans, habitué à prendre mes billets sur Internet, j’avais remarqué que très souvent le billet proposé était moins cher en première classe qu’en deuxième. Je sais désormais pourquoi.

Seuls les chiens se tiennent bien

Petit mouvement de recul quand j’arrive à Bordeaux en voiture 12, place 33 : il y a beaucoup de chiens à poils longs et de seniors à poil blanc dans ce wagon de première, mais j’ai emmené de quoi travailler. Les premiers kilomètres me font vite comprendre que ça va être difficile.

Entre mamie qui raconte ses vacances en Tunisie sans avoir conscience que tout le wagon l’entend et papy qui justifie auprès de son épouse sa mauvaise haleine en expliquant qu’il se « brosse régulièrement les dents mais a un problème gastrique », il n’est pas simple de préparer un article pour Bisque, Bisque, Basque ! alors que vous avez le sentiment d’être immergé dans un sketch des Deschiens. En fait, les seuls qui se tiennent bien, malgré la chaleur sont les chiens, les vrais, qui la ferment et le museau entre les pattes attendent que ça se passe, tandis qu’on rêve de mettre une muselière à leurs maîtres.

Il confond Morcenx et… Marseille !

Ayant compris que je ne réussirai pas à travailler, je sors un excellent bouquin. C’était sans compter sur l’impondérable de Morcenx. Le TGV ralentit puis s’immobilise en pleine voie. On nous annonce qu’une caténaire vient d’être arrachée.

Pas de ola, mais la java des seniors.

Et là, sans s’occuper le moins du monde des règles de bienséance, chacun des ancêtres de dégainer son portable et de téléphoner à haute voix dans le wagon. « On va être en retard ! Y’a un container (sic !) qui est tombé sur la voie entre Marseille (resic !) et Dax » Juste à côté : « Du melon et une salade de tomates, ça ira très bien » Un autre qui appelle toutes les deux minutes en fonction des nouvelles annonces de la SNCF : « Cette bande d’incapables annonce une arrivée à Biarritz à 20h 02… Non, 20h10… Non 20h15 » tandis que son épouse le tarabuste : « Va vite chercher de l’eau avant qu’il n’y en ait plus »

Presque six heure en compagnie de Deschiens de première classe, ça peut être très long.

Heureusement, pendant ces quatre heures d’attente quelques intermèdes comiques viennent agiter ce wagon transformé en Ephad en folie. Je ne suis pas près d’oublier le fou-rire de mes deux voisins anglais en entendant la chef de bord se débattre avec la langue de Shakespeare. Trop courte récréation avant les rouspétances incessantes : nous sommes dans un wagon climatisé, de l’eau nous a été distribuée, mais au lieu de rester calme, le club du troisième âge s’agite et récrimine sur la SNCF, sur le monde qui n’est plus ce qu’il était et sur « l’absence de politesse des jeunes », propos tenus sans rire par des gens qui ont manifesté une goujaterie, un sans-gêne et un manque d’éducation absolu pendant tout le voyage.

Agacé, dans l’impossibilité de lire, je pars finalement me réfugier dans un wagon de seconde classe où d’un seul coup je retrouve la vraie vie : des gens chaleureux et discrets qui s’amusent de la situation et font contre mauvaise fortune bonne humeur. Mon nouveau voisin me propose de l’eau à mon arrivée avant de replonger avec discrétion dans le film qu’il regarde sur sa tablette. Tout me parait d’un seul coup luxe, calme et volupté, loin très loin des affreux sales et méchants que je viens de côtoyer trop longtemps.

C’est décidé, la prochaine fois que je prends le train, je casse ma tirelire et je m’offre une place un peu plus onéreuse… en seconde !

 

Ce que je dirais à Macron s’il écoutait au lieu de parler

Sans surprise le grand bla-bla national tourne au show présidentiel.  Mais en ignorant les messages initiaux des gilets jaunes,  le Président de la République commet une lourde erreur.

Les forts en thème sont ainsi faits qu’après leur réponse vous ne comprenez même plus la question que vous avez posée. Dans le genre bête à concours, difficile de faire mieux qu’Emmanuel Macron, qui de show télévisé devant les petits maires, en plan communication où il arrive « à l’improviste » avant de s’asseoir « spontanément » à côté d’un gilet jaune, réussit petit à petit à détourner l’opinion publique des revendications initiales des gilets jaunes. Ces revendications qu’il ne veut à aucun prix satisfaire.

Puisque le grand bla-bla national se limite donc à la parole d’un seul, avec beaucoup de fumée et pas grand-chose derrière, Bisque, Bisque, Basque ! va se faire un plaisir de rappeler au prestidigitateur national les demandes fondamentales qu’il veut à tout prix faire disparaître sous le tapis.

La révolte des nouveaux pauvres

En pulvérisant le code du travail, Macron a précipité dans la précarité des milliers de Français supplémentaires. Désormais les femmes de ménage qui se lèvent à l’aube pour redonner un peu de lustre aux entreprises, ne sont plus des salariées classiques, mais -miracle de la linguistique ! – des « techniciennes de surface » ! -, dotées d’un statut d’auto-entrepreneur. Est-il normal, alors que la France est la cinquième puissance économique mondiale, que des salariés à plein temps ne puissent arriver à nourrir leurs enfants ? Est-il logique que quelqu’un qui travaille trente-cinq heures par semaine perde de l’argent, avec ses frais de garde d’enfants et d’essence, par rapport à quelqu’un qui reste tranquillement chez lui ? Comment en touchant le salaire minimal peut-on se loger dans une grande ville où le moindre studio se loue 600 euros ? Ce sont ces travailleurs pauvres, n’ayant jamais fait de politique pour la plupart, qui ont envahi les ronds-points.

En réponse à leur désespoir, Macron et Philipe ont rusé, finassé, bricolé des mesures dilatoires qui ne concernent que quelques-uns. Une hausse immédiate et importante du salaire minimal est la seule solution pour que « travailler » ait un sens. Les politiques, les économistes vont hurler à la folie… comme à chaque fois ! Augmenter chaque année des dirigeants, parfois exilés fiscaux, parfois auteurs de catastrophes industrielles, est une évidence pour ces politiques et économistes, mais augmenter le peuple, quelle horreur ! Pourtant à chaque fois de notre histoire où la rue a obtenu quelque chose, on nous a prédit les pires catastrophes et à chaque fois cet appel d’air dans les porte-monnaie les plus légers a relancé la consommation du pays.

La goinfrerie de l’État

Sans surprise, Édouard Philippe a joué la même partition que le Président.son maître,

Des produits de première nécessité comme l’eau, le pain, les œufs, les pâtes ne sont pratiquement pas taxés pour que chacun puisse y avoir accès, ce qui est parfaitement logique. Mais quand on organise la désertification des campagnes, quand on laisse les plus pauvres s’installer dans les périphéries lointaines sans aucun moyen de transport possible, comment l’État peut-il se goinfrer à un tel niveau de taxes sur l’essence ? Il faut être un homme politique avec chauffeur pour ne pas se rendre compte de la révolte que peuvent ressentir ces Français qui travaillent toujours plus pour toujours moins d’argent. Et malgré tous ces signaux, nos politiques continuent encore et encore à pressuriser les mêmes… comme l’entourage de Louis XVI l’a fait avant 1789.

Tous les Français ont compris que la rapacité fiscale de l’État peut être sans limite. Récemment le Canard enchaîné nous apprenait que l’électricité est désormais taxée à 54%, ce qui signifie que nombre de Français ne peuvent plus se chauffer tant la facture énergétique est lourde. Savent-ils ces élus godillots qui votent sans hésitation le matraquage fiscal, ce que cela signifie d’avoir froid, d’avoir faim et de ne pas pouvoir offrir des cadeaux à ses enfants en fin d’année ? Dans un pays qui est prospère comme le nôtre, il est indécent de voir l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesser de croître.

La fin des privilèges

Avec un art consommé de prestidigitateur qui sait détourner le regard du public de l’essentiel, Macron, à chaque fois qu’il est interrogé sur la suppression de l’ISF ou sur le statut des hommes politiques, botte en touche en affirmant que ce sont des mesures qui ne rapporteront pratiquement rien à l’État. Le Président de la République est pourtant suffisamment érudit pour savoir que les symboles font parfois l’histoire. Louis XVI aurait pu garder la tête haute, plutôt que de finir dans le panier de son, s’il avait compris que le tiers-état n’en pouvait plus de crouler sous des taxes dont étaient exemptées la noblesse de robe ou d’épée. L’impôt sur la fortune est peut-être une mesure symbolique, mais elle est nécessaire pour donner un sentiment de justice fiscale et doit être rétablie d’urgence si Macron veut se débarrasser de l’étiquette « Président des riches ».

De la même façon, vous avez tous admiré la suavité avec laquelle les politiques estiment que ce n’est pas la question quand on évoque leur statut si particulier.

Quand un salarié a plusieurs activités, il paie des impôts sur l’ensemble de ses revenus. Pourquoi un élu, lorsqu’il a plusieurs mandats, paie-t-il un prélèvement à la source sur chaque indemnité séparément, ce qui l’amène à verser la moitié, voire beaucoup moins, que le contribuable ordinaire tout en bénéficiant d’un régime de retraite on ne peut plus favorable ? Si les élus contribuaient à même hauteur que les autres contribuables, sans doute seraient-ils plus attentifs aux taxes qu’ils votent.

De la même façon, alors que le salarié lambda va devoir justifier le moindre kilomètre parcouru s’il veut être remboursé par son entreprise, on ne voit vraiment pas pourquoi les indemnités de fonction des parlementaires sont octroyées sans contrôle. Quand le sénateur Didier Borotra n’allait pratiquement jamais au Sénat, au point de ne pas savoir dix-huit ans après son élection où était son bureau comme l’a démontré un reportage de M6, il n’avait aucun problème à salarier sa fille comme assistante parlementaire alors qu’elle vivait en Amérique du Sud (pratique fort heureusement interdite depuis) et à encaisser des indemnités de fonction, non imposables, alors qu’il n’avait quasiment aucun frais.

La candidature d’Ingrid Levavasseur aux Européennes sème la zizanie parmi les gilets jaunes, ce que souhaitait Macron.

Emmanuel Macron nous a fait croire en 2017 que la moralisation de la vie publique était sa préoccupation principale, avant de faire voter une réforme cosmétique qui ne s’applique même pas, contrairement à ses promesses de campagne, aux élus locaux. Ce détestable coup de marketing, il le renouvelle avec le grand débat national où il confisque la parole devant des petits maires apeurés – les seuls élus présentables qu’on ait pu trouver ! – sans chercher le moins du monde à changer quoi que ce soit aux privilèges de sa caste. Et il se frotte sans doute les mains en voyant Ingrid Levavasseur des gilets jaunes tenter de monter une liste aux Européennes, le plus sûr moyen de rendre ce mouvement inaudible. Mais que Macron ne s’y trompe pas. S’il continue à soliloquer sans prendre en compte les revendications exprimées, s’il continue à jouer les monsieur-réponse-à-tout sans chercher à réparer les injustices criantes, c’est une victoire à la Pyrhhus qui l’attend. Grand bla-bla national ou pas.

 

Gilets jaunes : les artistes s’en mêlent

Revisitant les événements qui agitent notre pays, Victor La Licorne met à disposition du public textiles et affiches pour manifester sa colère.

Le meilleur slogan du monde n’aura jamais la force d’une image. L’artiste biarrot Victor La Licorne que nous apprécions particulièrement à Bisque, Bisque, Basque ! l’a parfaitement compris et a transformé son actuelle indignation en images fortes. Ses illustrations politiques et revendiquées comme telles, étaient exposées sous le titre « La beauté dans la rue », vendredi 18 janvier au Newquay Pub à Biarritz, mêlant textiles et affiches de tous formats.

Dans l’univers de Victor La Licorne, que l’on peut suivre sur Facebook (https://facebook.com/VictorLaLicorne) et Instagram (www.instagram.com/victorlalicorne/), vous trouverez par exemple un Président de la République qui révèle son vrai visage dénué d’empathie, rappelant Jack Nicholson dans Shining, au dos d’un gilet jaune qui fera de vous le plus beau pour aller manifester.

À moins que vous ne préfériez cette image d’un ancien proche conseiller de Macron, se laissant aller à des violences policières dignes d’un CRS de mai 1968, alors que les forces de l’ordre nous expliquent encore ce matin fort benoîtement qu’elles ne peuvent se passer de flashball (Qu’en pense Lola, victime d’un tir tendu et d’une triple fracture de la mâchoire ?), cette « Benallisation des violences policières », visiblement assumée par le gouvernement mérite d’être dénoncée.

Heureusement, pour Victor La Licorne, l’amour a aussi sa place avec cette image revisitée d’un manifestant en fauteuil roulant embrassant une Marianne assise sur ses genoux et croyant à l’avenir même si les forces de l’ordre obscurcissent l’horizon.

Pour l’artiste biarrot, il ne fait pas de doute que « L’amour vaincra ». Ce point de vue sera-t-il partagé par tous ceux qui seront dans la rue encore aujourd’hui, qu’ils soient en gilets jaunes ou en casques noirs et matraques ?

Les affiches sont à retrouver chez Blackbird Biarritz, avenue de Verdun, ou directement sur le Facebook et Instagram de l’artiste. N’hésitez pas à le suivre, il paraît qu’une mise aux enchères du fameux gilet jaune « macronisé » aura bientôt lieu et que l’argent servira aux victimes du mouvement ! Bravo !