La démonstration par Mexandeau

Papi Louis, 86 ans, n’a plus de mandat public depuis 15 ans, mais se roule par terre quand on lui demande de payer son billet de train.

Louis Mexandeau, à gauche pour être élu et tout pour ma gueule quand le mandat est fini.

Très oubliable ministre de François Mitterrand, Louis Mexandeau, passé des PTT aux anciens combattants pendant les deux septennats de Tonton, s’est distingué par une aussi totale absence d’idées qu’une très haute idée de ses bien modestes fonctions, ce qui généralement va de pair. Inamovible député de la deuxième circonscription du Calvados, de 1973 à 2002, il s’est efforcé d’arroser avec constance Caen et sa région et de se remettre ensuite de ses efforts en accomplissant des siestes répétées au Palais-Bourbon.

En 2002, Louis Mexandeau, 71 ans seulement, aurait bien poursuivi sa carrière parlementaire, mais les électeurs normands ont eu la bonne idée de lui offrir une veste en guise de cadeau d’adieu et de le remplacer par l’UDF Rodolphe Thomas.

Pourtant, comme bien d’autres hommes politiques sombrés dans l’oubli, Papi Mexandeau se considère toujours comme un « élu » et réclame des avantages qui n’ont plus lieu d’être, comme en témoigne sa récente algarade avec un contrôleur dans le train Paris-Caen.

Louis Mexandeau avait été prévenu à plusieurs reprises que le privilège, digne de l’Ancien Régime, permettant aux élus de voyager gratuitement, avait été aboli par le président de l’Assemblée nationale François de Rugy, mais ce n’est tout de même pas de sa faute si le pauvre homme est dur de la feuille et si le prix moyen du billet, entre 30 et 40 euros, s’avère quasiment inaccessible pour sa modeste pension de retraité.

Alors quand un manant en uniforme a osé, la semaine dernière, lui demander son billet et lui infliger une amende de cinquante euros pour défaut de présentation, Papi a vu rouge, comme au bon vieux temps de l’union de la gauche. Pas gêné d’évoquer une gratuité qu’il considère visiblement comme un dû, Louis Mexandeau n’a pas hésité à sortir de l’oubli médiatique pour se fendre d’une diatribe comminatoire auprès des médias (« France Info » et « Le Point ») :  » Si j’ai le temps, j’écrirai à Guillaume Pepy (le président de la SNCF), je lui dirai qu’il ne faut pas pousser. Je lui parlerai de la façon dont on traite les élus. » 

On admirera le propos, car à 86 ans, entre ses mots fléchés et ses feuilletons préférés à la télé, il n’est pas sûr que Louis Mexandeau « aura le temps » d’écrire un mot. En revanche, alors qu’il est retiré de la vie publique depuis quinze ans, il se considère toujours comme un « élu », et, à une époque où on n’hésite pas à retirer 5 euros aux APL des étudiants démunis, trouve normal d’avoir en permanence un carrosse disponible et gratuit. Et une chaise à porteurs quand il descend du train ?

Ces anciens élus à la cupidité sans limite

Giscard avair profité du « choc pétrolier » pour demander aux Français de se serrer la ceinture. Mais l’injonction ne valait pas pour lui.

Il n’est pas le seul d’ailleurs, puisque Valéry Giscard d’Estaing, trente-six ans après avoir quitté la Présidence de la République considère comme un minimum syndical à peine acceptable de n’avoir « que » quatorze personnes à son service, tous ces policiers, majordomes, secrétaires, chauffeurs et autres officiers de sécurité étant bien évidemment payés par nos impôts, soit 2,5 millions d’euros par an.

Arnaud Montebourg avait surpris son monde, il y a quelques mois, en évoquant Lucius Quinctius Cincinnatus (520-430 avant JC), un grand oublié de nos manuels scolaires. Une délégation de patriciens romains vient chercher ce modeste propriétaire terrien pour qu’il devienne consul et dirige Rome menacé par les barbares. Cincinnatus remet de l’ordre, rétablit la paix et, refusant tous les honneurs et postes mirifiques qu’on lui propose, retourne à sa charrue pour cultiver sa terre, avec le sentiment du devoir accompli.

Allez savoir pourquoi, mais ce Cincinnatus constitue un exemple que nos actuels élus n’aiment pas trop citer. En Allemagne, dans les Pays scandinaves, l’ancien ministre, lorsqu’il a fini son mandat, redevient un citoyen tout à fait ordinaire. En France, il suffit de se rappeler les cris d’orfraie poussés par certains députés au moment des bien timides lois sur la moralisation de la vie publique, ces affirmations toute honte bue sur l’impossibilité pour un député de présenter des notes de frais, pour comprendre que nos suffrages ont bien souvent servi à constituer une caste qui se croit au-dessus des lois et réclame tous les privilèges.

La moralisation de la vie publique ? Elle ne sera effective que le jour où les citoyens décideront enfin de s’emparer de cette question et de ne laisser aucun répit à tous ces élus qui insultent la République avec leur cupidité sans limite.

Guéant et Ferrand, les magiciens de la République

Mais comment Macron peut-il se passer de tels talents ? Le premier aurait été parfait à l’Économie et le second à la Création de richesses.

Alors que notre nouveau Robin des Bois, l’homme qui prend aux pauvres pour donner aux riches, rame consciencieusement à la télévision pour expliquer son abjecte réforme du travail et sa toute aussi discutable révision de l’impôt sur la fortune, le grand public reste totalement perplexe. Pourquoi diable Emmanuel Macron se contente-t-il du bien fade Bruno Le Maire aux Finances quand il a sous la main un homme admirable comme Claude Guéant qui serait prêt à faire don de sa personne une nouvelle fois à la France pour expliquer à ses concitoyens comment faire de véritables économies ?

Avec Guéant, plus de nouveaux pauvres, de travailleurs précaires ou d’assistés sociaux… Bombance pour tout le monde ! Et qu’importe si les médias de notre pays, toujours prêts à ironiser,  et en particulier Fabrice Arfi de Médiapart qui a sorti l’affaire, se moquent d’un homme qui n’a tiré que 800 euros d’argent liquide entre le printemps 2003 et la fin de l’année 2012. Quand on est capable de ne dépenser que 6 euros par mois, on se doit de communiquer au plus vite sa recette à tous les gaspilleurs de France et de Navarre qui se plaignent de ne pas y arriver avec cent fois plus.

Celui qui n’est pas capable de payer les 720 000 euros de son appartement en liquide n’est qu’un fainéant pour Guéant.

Les juges sont décidément bien cruels en effectuant une saisie des biens immobiliers de cet homme et en le mettant en examen. Comme si un ancien ministre de l’Intérieur et ancien secrétaire général de l’Élysée pouvait se croire au dessus des lois ! Ils s’étonnent, ces benêts, de voir que Claude Guéant a pu s’offrir à cette époque un appartement dans les beaux quartiers de Paris d’une valeur de 720 000 euros en le payant totalement en liquide. Mais tous les « fainéants », toujours « prêts à foutre le bordel », chers à Macron, sont-ils capables comme le faisait ce pauvre homme une fois sa longue journée de travail terminée, d’aller faire à pied le tour du quartier pour ramasser toutes les petites pièces perdues par des distraits pour pouvoir enfin s’offrir un chez soi ? Et est-ce sa faute si son copain Kadhafi, lorsqu’il venait en France, l’aidait dans sa quête aux piécettes ?

Quant aux policiers, ces jaloux, ces rancuniers qui se vengent de leur ancien patron, ils ont franchi les limites les plus absolues de la mauvaise foi en s’étonnant qu’un homme qui ne dépense que six euros par mois puisse louer à la BNP un coffre plus grand que lui et le fasse trôner dans son bureau. La réponse, qui montre le sens de l’État de Guéant et qui devrait clouer le bec à tous les suspicieux est admirable. Cette forteresse servait à entreposer et garder les discours de Nicolas Sarkozy. Certes, ces discours circulaient par mail, étaient rendus publics par les médias et conservés en copie par tout le personnel de l’Élysée. Mais sait-on jamais… On accuse injustement ce pauvre Guéant de nous raconter des histoires à dormir debout, alors qu’à l’évidence il était uniquement préoccupé par l’Histoire.

Ferrand lave plus blanc que blanc

Le salut de l’artiste Richard Ferrand. Il ne fout pas le bordel, il enrichit juste les siens.

C’est désormais une affaire entendue puisque les radios et les télés nous l’ont répété sur tous les tons : L’ancien directeur des Mutuelles de Bretagne et éphémère ministre de Macron n’a strictement rien fait de mal et il a été totalement blanchi par la Justice. Comme dirait Coluche, Ferrand a utilisé la « lessive qui lave plus blanc que blanc » et « Circulez, y’a rien à voir ! »

Cette fois encore, on ne comprend pas bien comment Emmanuel Macron peut laisser un tel talent en jachère et ne pas en faire d’urgence son ministre à la Création de richesses. Car comme magicien, il est presque aussi fort que Claude Guéant.

Il y a dix ans, Richard Ferrand a quitté femmes et enfants, ce qui arrive à des gens très bien, pour tomber amoureux d’une jeune avocate sans le sou, Sandrine Doucen. Comme le montrent les documents publiés par Le Canard enchaîné, le citoyen Ferrand Richard signe un compromis de vente pour des locaux situés en plein cœur de Brest avec une clause suspensive de rétractation si Les Mutuelles de Bretagne ne sont pas intéressées par ces bureaux. Puis il cède le bien à sa compagne qui n’a toujours pas investi un centime dans l’affaire. Enfin le très respectable directeur des Mutuelles de Bretagne Richard Ferrand visite les locaux qui lui paraissent parfaitement adaptés et décide – hasard absolu !- de louer ce bien détenu par Madame Doucen Sandrine. Qui va ainsi, en dix ans, se constituer un capital de 600 000 euros sans bourse délier.

La Justice n’a rien trouvé à redire à cette opération, ce qui peut prêter à sourire. Richard Ferrand aurait pu être poursuivi pour prise illégale d’intérêt, mais, c’est ballot, les faits sont prescrits depuis 2015 et le procureur, dans sa grande mansuétude, a estimé que « les investigations menées n’ont pas mis au jour d’éléments de dissimulation avérée » ce qui aurait permis de lever le délai de prescription. Quelle malchance !

Voilà l’homme qui se proclame plus blanc que blanc. On notera au passage que cette juteuse opération immobilière a été faite avec de l’argent de mutualistes, vous savez ces salariés et retraités à la peine qui hésitent à se faire faire des lunettes ou des appareils dentaires tellement ils sont mal remboursés.

À la place de Richard Ferrand, après une telle affaire qui, même si elle a été jugée légale est incontestablement totalement immorale, on raserait les murs et on se retirerait de la politique, mais il est manifeste que les Présidents passent et que nos magiciens de la vie publique se surpassent…

Comment se nomme déjà le farceur qui, pendant les élections présidentielles, nous a fait croire à une imminente moralisation de la vie publique ?

 

Un bébé député, ça coûte énormément

À Aubervilliers, le séminaire de formation des députés En Marche a coûté 250 000 euros pour deux jours… Aux frais des contribuables, bien évidemment !

Toutes les mamans vous le diront, lorsque le cercle familial s’agrandit, le budget peut se retrouver sérieusement malmené avec l’achat des petits pots et couche culottes. Avec 313 députés élus, la plupart recrutés en catastrophe par Internet et par entretiens téléphoniques, le rassemblement En Marche connaît un sacré problème de formation de ses nourrissons à cocarde tricolore. Tout le monde a vu en juillet ces images d’une vice-présidente totalement dépassée dans l’hémicycle ou ces néophytes macronistes se trompant au moment des votes ou applaudissant Mélenchon, ce qui a fait sourire les vieux briscards de l’Assemblée.

Et quand on côtoie d’un peu près cette jeune cohorte appliquée mais pas toujours très douée, l’impression de pagaille absolue est encore pire. Ce confrère qui compte quelques décennies de Palais-Bourbon, n’est toujours pas revenu des confidences à son micro de cette députée d’un département proche, enseignante à la retraite soudainement bombardée parlementaire, et lui disant : « Je ne savais pas que c’était aussi dur et qu’on finissait aussi tard. Moi à vingt-trois heures, j’ai besoin de dormir… Il va bien me falloir deux ou trois ans pour m’habituer ». Et on opère une retenue sur son salaire en attendant ?

Il suffit d’ailleurs de connaître le parcours de certains de nos élus du département des Pyrénées-Atlantiques et leur absolue inexistence politique jusque-là pour se convaincre que nos nouveaux représentants étaient à peu près aussi préparés à cette fonction que le pape François à devenir chippendale.

En avant donc, pour un séminaire « team building » (On appréciera ce souci de défense de la langue française du mouvement majoritaire !) de deux jours à Aubervilliers, histoire de donner un semblant de cohésion à cet hétéroclite agrégat avant la nouvelle session parlementaire. Et que du lourd au programme si l’on en croit les journalistes qui ont fait le déplacement ! Jeux de rôles avec des foulards de couleur, pour se mettre dans la peau d’un ministre, d’un parlementaire ou d’un simple citoyen, chaises musicales où le perdant doit répondre à cette question d’une difficulté insurmontable : « Qu’est-ce qui nous motive ?», et même si l’on en croit l’image twittée par le député Mustapha Laabid de la 1ère circonscription d’Ille-et-Vilaine, atelier dessins pour que chacun exprime sa créativité.

Et l’apprentissage de la lecture et du calcul, ce sera pour l’an prochain quand on entrera au CP ?

C’est bien connu, un député ça mange énormément et cette petite plaisanterie comprenant la location d’un bâtiment de 8 000 m2 pour tenter de rendre présentables les nouveaux parlementaires a forcément un coût, qui s’élèverait selon l’hebdomadaire Marianne à 250 000 euros.

https://www.marianne.net/politique/exclusif-le-seminaire-team-building-des-deputes-macronistes-250000-euros-aux-frais-du

Guillaume Gouffier-Cha, le trésorier du groupe explique « Dans un premier temps, on avait imaginé faire ça à l’Assemblée, mais ce n’était vraiment pas pratique pour travailler de façon participative comme on le voulait« .

Les salles de l’Assemblée nationale sont effectivement inoccupées en ce moment, mais pourquoi se restreindre, puisque le groupe En Marche est entièrement financé par l’Assemblée nationale, et donc par le contribuable ? Malgré sa volonté de rupture affichée, le parti d’Emmanuel Macron est dans la droite ligne de ses prédécesseurs : la moralisation de la vie publique et les efforts financiers, c’est uniquement pour les autres !

 

Cache ta joie, Gattaz !

La réforme du travail pilotée par Macron, n’est qu’une façon de renvoyer l’ascenseur à ceux qui ont financé sa campagne. Et d’assigner à précarité des milliers de jeunes salariés.

Eh oui, il ne suffit pas de jouer aux osselets avec la main d’un président américain ou d’adopter un chien de la SPA au moment où sa popularité dévisse pour devenir le Président de tous les Français. À tous ceux qui renaudent actuellement sur le chef de l’État, j’ai envie de dire : « Vous avez voulu Macron, vous l’avez ! ». Voilà un homme qui avait été repéré par Minc et Attali après un brillant passage à la banque Rothschild, un homme qui a profité avec intelligence des machines à perdre que sont les primaires pour devenir le favori des sondages, mais surtout qui a su trouver les 50 millions d’euros nécessaires au financement d’une campagne présidentielle, alors qu’à l’en croire son patrimoine personnel est des plus modestes… Non, Macron n’est pas ingrat et c’est bien normal désormais qu’il cajole ceux qui l’ont nourri, comme Nemo le chien de l’Élysée lèche la main de son nouveau maître.

Si Pierre Gattaz, le patron des patrons, a été prié par les services de communication de l’Élysée de se montrer discret, ce n’est pas par hasard. Alors que l’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi grand en France (Sud Ouest 21 mai), Macron fait froidement voler en éclat le Code du travail, précipite les salariés jeunes dans la précarité absolue pour offrir encore plus de souplesse et de flexibilité au patronat.

http://www.sudouest.fr/2015/05/21/inegalites-l-ecart-entre-riches-et-pauvres-n-a-jamais-ete-aussi-haut-en-30-ans-1927595-5458.php

Autoriser les petites entreprises à dialoguer avec un représentant du personnel non syndiqué, c’est permettre les pires flagorneries, le cire-pompes de service devenant l’interlocuteur privilégié du directeur. Plafonner les indemnités de licenciement au lieu de laisser la Justice décider, c’est fragiliser encore un peu plus les rares contestataires tentant de survivre dans l’entreprise. Et utiliser le recours aux ordonnances à la place du débat parlementaire n’a rien de très glorieux.

Extrait du blog de Gérard Filoche.

Gérard Filoche, toute sa carrière a été un inspecteur du Travail remarquable. Avec abnégation, il continue à défendre les salariés et on ne peut que partager son point de vue quand il estime qu’on a « passé le code du travail à l’acide » et parle « d’un rêve de Medef ». Plus d’élection obligatoire de délégués du personnel dans les petites entreprises où règne déjà la terreur, plus de syndicats, c’est la fête du patronat !

http://www.filoche.net/

En fait, même s’il a effectué un début de mandat beaucoup plus habile que ceux de Sarkozy ou Hollande, Emmanuel Macron est en train de commettre la même erreur que Jacques Chirac en 2002. L’ami des patrons estime qu’il a été élu par 66% des Français et considère qu’il a les mains libres. Mais oublie que seul 24% des Français l’ont choisi au premier tour. Les autres, face au repoussoir Marine, se sont contentés de voter pour lui sans adhérer pour autant à ses idées ultralibérales.

Face à cet autisme délibéré, il n’y a qu’une seule réponse possible : la rue ! Le 12 septembre, il fait généralement encore très beau et la marche à pied est excellente pour la santé. Et s’il faut redescendre plusieurs fois dans la rue pour que le gouvernement comprenne la différence entre un putsch, où l’on donne délibérément tout aux uns au détriment des autres, et une réforme où l’on équilibre les concessions pour faire évoluer le pays, eh bien nous irons marcher avec plaisir jusqu’à ce que ce gouvernement revoie sérieusement sa copie.

Et tant pis si Gattaz en perd son sourire de benêt !

Cornut-Gentille totalement hors sol

Les Ateliers de la République sont toujours de haute tenue et le débat d’hier soir, à la maison des Associations, n’a pas échappé à la règle. Classé parmi les plus présents et les plus travailleurs, le député républicain de Haute-Marne, François Cornut-Gentille, s’est montré affable et enjoué et a eu le mérite de ne pas hésiter à venir affronter des contradicteurs. Mais cet élu qui entame son sixième mandat a bien montré à quel point il est difficile de rester lucide quand on passe trente ans hors de la vraie vie. Visiblement, à ses yeux, à partir du moment où il a été réélu en 2017, il ne s’est rien passé de notable dans la vie politique. La perte de confiance des électeurs pour leurs hommes politiques ?  Les élus En Marche recrutés en catastrophe sur Internet et précipités sans formation à l’Assemblée ? Le débat escamoté au Parlement sur la moralisation de la vie publique ? Peccadilles que tout cela ! Alors oui, totalement d’accord avec vous, Monsieur le député, sur le renforcement nécessaire de l’Assemblée nationale, mais ce renforcement ne pourra se faire qu’avec une exemplarité totale des élus et avec une confiance retrouvée des citoyens. On en est encore très loin.

Les évidentes contradictions de Macron

Diminuer d’un tiers les effectifs de l’Assemblée et du Sénat, pourquoi pas ? Mais si on introduit « une dose de proportionnelle », on en revient à la politique à papa.

500 000 euros dépensés pour transporter les parlementaires en autocar à Versailles et les transformer en plantes vertes, contraintes d’écouter la bonne parole jupitérienne pendant une heure et demie, c’est sans doute un peu cher, mais c’est bien connu, les économies sont toujours pour les autres. Sans la moindre illusion sur le nouveau président – qui en dehors du Medef réclame une réforme du Code du travail ? -, je n’en reste pas moins fasciné par la façon dont le trublion de la politique française communique, fait bouger les lignes et ringardise des hommes politiques comme François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Douanier peu convaincant après avoir été un contrebandier de première, le Béarnais devenu le chantre de la moralisation de la vie publique, s’est fait virer comme un débutant de son poste de ministre mais a voulu nous faire croire que les Palois lui manquaient. La vaste blague ! Quant à l’absence de cravate du leader de la France Insoumise, elle prête à rire et semble un peu courte comme programme d’opposition. D’autant plus que Mélenchon est habitué à porter une cravate au quotidien et qu’il l’ôte en franchissant le seuil de l’Assemblée nationale, ce qui est franchement grotesque.

Politiques à deux vitesses

Mais derrière ces anecdotes révélatrices, quel dommage que les médias se soient contentés de relayer le discours présidentiel d’Emmanuel Macron, sans souligner les contradictions qu’il recèle ! Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a surfé sur le mécontentement des Français à l’encontre de la plupart de leurs hommes politiques et a inventé un gadget, « la moralisation de la vie publique » qui lui a permis d’être élu. Alors, pour tenir ses promesses électorales, il annonce qu’il va réduire d’un tiers le nombre d’élus à l’Assemblée nationale et au Sénat et dans le même mouvement précise qu’il compte introduire « une dose de proportionnelle ».

Emmanuel Macron est suffisamment cultivé pour savoir à quel point ce qu’il propose est contradictoire. En dehors des symboles que sont les deux Chambres, pas un mot sur les assemblées régionales et départementales, elles aussi pléthoriques et qui mériteraient un sérieux dégraissage. Diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires, c’est incontestablement diminuer le nombre d’amendements déposés, c’est simplifier le débat, c’est aller plus vite face à des lois qui ne voient jamais le jour faute de décrets d’application.

Mais introduire la proportionnelle, que ce soit à faible ou haute dose, c’est totalement modifier le jeu politique, puisqu’un certain nombre de leaders politiques n’auront plus à batailler pour être élus. Franchement, vous regrettez l’absence de Bayrou, Hollande, Juppé ou Sarkozy à l’Assemblée nationale ?

Créer des politiques à deux vitesses, les uns élus par cooptation, les autres grâce au suffrage universel, c’est professionnaliser encore plus un métier qui manque déjà singulièrement d’air. Et qu’on ne nous parle pas de la limitation à deux mandats, car le nombre de prébendes possibles est telle, qu’il restera très facile de faire toute sa carrière en politique en rebondissant d’un poste à l’autre. Surtout si on est sûr d’être élu sans avoir à quitter ses pantoufles et sans aller toucher le cul des vaches comme disait Chirac.

Le soleil, seul responsable de l’abstention?

Vent de fraîcheur sur l’Assemblée nationale. Mais Emmanuel Macron ne doit pas oublier que le premier parti de France reste l’abstention.

Réalisateur de « Merci, patron ! », le député de France Insoumise n’a pas l’intention de la jouer « Merci, Macron ! »

Il se murmure que la rupture avec les partis traditionnels, voulue par Emmanuel Macron, donne des sueurs froides au Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier, qui avait onze ans à l’époque, a sans doute entendu parler de la joyeuse anarchie qui s’était emparée de l’Assemblée nationale en 1981, quand des enseignants barbus et fraîchement socialos, s’étaient retrouvés avec la mallette de député. Même les boys de Chez Michou, le cabaret de la butte Montmartre, se montraient plus disciplinés que ces nouveaux élus ! Avec sa troupe improbable et majoritaire, nul doute que le sergent-chef Philippe, barbe de sapeur au vent, va devoir pousser quelques gueulantes pour conserver un peu d’ordre dans les rangs des nouvelles recrues d’En Marche.

Guère fanatique de Macron, même si je lui accorde des bons débuts, je vois pourtant plusieurs motifs de se réjouir de ce deuxième tour des élections législatives, malgré le désolant spectacle de politique à l’ancienne et de petites combinaisons d’un autre temps offert par notre 6e circonscription et cette 5e où Colette Capdevielle, au nom de son travail acharné, méritait mille fois d’être élue.

Bayrou enfin muselé

Un premier mandat pour plus de 400 néophytes, voilà qui va amener de la fraîcheur et de l’enthousiasme à l’Assemblée nationale. Les surboums n’ont pas encore été programmées, le disc-jockey pas encore recruté, mais il est clair qu’on va avoir quelques bonnes et mauvaises surprises. Surtout, et c’est là l’effet Macron, on revient aux origines de la chambre, avec Sandrine Le Feur agricultrice dans le Finistère, Laetitia Saint-Paul du Maine-et-Loire, militaire de carrière ou Stanislas Guerini, Parisien et petit patron d’une société d’entretien de linge, on en passe et des très intéressants…

Pas d’angélisme, toutes les classes sociales ne sont pas encore représentées parfaitement, mais l’arrivée de nombreuses femmes, avec du vécu professionnel au lieu d’années passées à traîner leurs fonds de jupes sur les sièges de velours rouge de l’Assemblée, va profondément modifier la vie parlementaire.

Autre bonne nouvelle pour Macron, avec 361 élus il dépasse confortablement le seuil fatidique des 289 députés et pourra voter sans souci les lois qu’il souhaite. Car les 51 sièges obtenus par le MoDem et assimilés ne vont pas constituer une minorité de blocage. Il va donc s’offrir le luxe de tenir quelque peu à l’écart l’arrogant Bayrou qui est persuadé – il est bien le seul ! – avoir une grande part dans la victoire de Macron. Les troupes du Béarnais logeaient dans une cabine téléphonique mais grâce à cet opportun ralliement au Président de la République, le Modem va empocher près de dix millions d’euros de l’État et retrouver quelques couleurs. Quand on vous dit que la politique, c’est avant tout une affaire de convictions…

Insoumis et communistes vont se faire entendre

André Chassaigne, député communiste de conviction, très apprécié de ses collègues.

Enfin la très bonne nouvelle sera la présence de 16 élus de la France Insoumise et de 10 élus communistes qui ont déjà annoncé qu’ils ne céderaient pas un mètre de terrain dans le combat social qui s’annonce. Le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne était un parlementaire écouté de tous lors de la précédente mandature. Nul doute que lorsqu’il prendra la parole puis la donnera à François Ruffin, le réalisateur du documentaire « Merci patron ! » qui n’a pas du tout l’intention de la jouer « Merci Macron ! », ça va swinguer à l’Assemblée. Ruffin a des valeurs et pour l’avoir connu, il y a près de vingt ans, quand il était étudiant au Centre de Formation des Journalistes, je suis sûr que celui qui le fera marcher au pas et dire ce qu’il ne pense pas, même si c’est Jean-Luc Mélenchon, n’est pas encore né.

Anecdote révélatrice du personnage, très en phase avec la classe ouvrière qui crève la dalle autour d’Amiens, le trublion a décidé de ne s’octroyer que le SMIC et de reverser le reste de son indemnité aux œuvres sociales locales. Le panache !

Nous voilà donc avec une Assemblée nationale bien plus intéressante que prévue, même si les godillots qui lèveront le doigt uniquement quand on leur donnera l’autorisation, ne vont pas manquer. Emmanuel Macron, qui avait annoncé avant les législatives que le pire pour lui serait d’avoir une Chambre à ses ordres, va dont être servi et les débats de devraient pas manquer de tenue.

Reste pour lui à bien interpréter cette élection et à ne pas faire l’erreur commise par Chirac en 2002 qui avait méprisé le vote de gauche qui s’était porté sur lui face à Jean-Marie Le Pen. Si l’abstention s’élève à 56,83%, record absolu de la Ve République, ce n’est pas uniquement parce que nous sommes en période de canicule. Beaucoup ont hésité entre le vote blanc et l’abstention pure et simple. Sur 42859 votants à Biarritz, les volontaires chargés du dépouillement ont comptabilisé 4887 bulletins blancs (plus de 10%), ce qui est énorme au vu des taux d’abstention.

Alors oui, Macron a fait de bons débuts, oui Macron a fait blanchir les phalanges de Trump et traité d’égal à égal avec Poutine. Mais Macron, malgré ses idées novatrices et sa rafraîchissante vision d’une France « jupitérienne », reste minoritaire dans son pays. Il devra désormais convaincre les réticents qui redoutent une dégelée ultra-libérale et ce ne sera sans doute pas le plus facile.

Il faut sauver Roger-Viollet

Anne Hidalgo profite de la période électorale pour tenter un mauvais coup sur un fonds historique de 12 millions d’images. Mobilisation exigée !

Manifestation sur le parvis de l’hôtel de ville. (Photo Dominique Danne)

Ancien rédacteur en chef en charge de la photographie à L’Équipe, Dominique Danne reste un passionné absolu de l’image. Il nous fait parvenir ce texte que nous partageons bien volontiers avec les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque !

 « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », affirme le proverbe.  Alors que dire quand une agence photo de renommée mondiale comme Roger-Viollet est en danger ? La ville de Paris actionnaire principal, aurait décidé après 79 années d’existence de fermer l’agence, sur décision de Bruno Julliard, premier adjoint au maire chargé de la culture.

La mission de l’agence est de diffuser, numériser, sauvegarder les fonds photographiques des musées et bibliothèques municipaux et de les mettre à disposition de la presse, édition, télévision …un fonds de 12 millions d’images dont les plus anciennes datent du XIXe siècle.

Ce fond contient des images de Paris à toutes les époques, les deux guerres mondiales, les grands travaux haussmanniens. Les solutions envisagées par la Mairie de Paris pour faire des économies seraient une diminution drastique des activités des activités de l’agence « Roger-Viollet, la Parisienne de photographie », voire la fermeture de l’agence ce qui mettrait 35 personnes hautement qualifiées au chômage.

Il faut vous faire une photo ?

Dominique Danne