Les évidentes contradictions de Macron

Diminuer d’un tiers les effectifs de l’Assemblée et du Sénat, pourquoi pas ? Mais si on introduit « une dose de proportionnelle », on en revient à la politique à papa.

500 000 euros dépensés pour transporter les parlementaires en autocar à Versailles et les transformer en plantes vertes, contraintes d’écouter la bonne parole jupitérienne pendant une heure et demie, c’est sans doute un peu cher, mais c’est bien connu, les économies sont toujours pour les autres. Sans la moindre illusion sur le nouveau président – qui en dehors du Medef réclame une réforme du Code du travail ? -, je n’en reste pas moins fasciné par la façon dont le trublion de la politique française communique, fait bouger les lignes et ringardise des hommes politiques comme François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Douanier peu convaincant après avoir été un contrebandier de première, le Béarnais devenu le chantre de la moralisation de la vie publique, s’est fait virer comme un débutant de son poste de ministre mais a voulu nous faire croire que les Palois lui manquaient. La vaste blague ! Quant à l’absence de cravate du leader de la France Insoumise, elle prête à rire et semble un peu courte comme programme d’opposition. D’autant plus que Mélenchon est habitué à porter une cravate au quotidien et qu’il l’ôte en franchissant le seuil de l’Assemblée nationale, ce qui est franchement grotesque.

Politiques à deux vitesses

Mais derrière ces anecdotes révélatrices, quel dommage que les médias se soient contentés de relayer le discours présidentiel d’Emmanuel Macron, sans souligner les contradictions qu’il recèle ! Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a surfé sur le mécontentement des Français à l’encontre de la plupart de leurs hommes politiques et a inventé un gadget, « la moralisation de la vie publique » qui lui a permis d’être élu. Alors, pour tenir ses promesses électorales, il annonce qu’il va réduire d’un tiers le nombre d’élus à l’Assemblée nationale et au Sénat et dans le même mouvement précise qu’il compte introduire « une dose de proportionnelle ».

Emmanuel Macron est suffisamment cultivé pour savoir à quel point ce qu’il propose est contradictoire. En dehors des symboles que sont les deux Chambres, pas un mot sur les assemblées régionales et départementales, elles aussi pléthoriques et qui mériteraient un sérieux dégraissage. Diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires, c’est incontestablement diminuer le nombre d’amendements déposés, c’est simplifier le débat, c’est aller plus vite face à des lois qui ne voient jamais le jour faute de décrets d’application.

Mais introduire la proportionnelle, que ce soit à faible ou haute dose, c’est totalement modifier le jeu politique, puisqu’un certain nombre de leaders politiques n’auront plus à batailler pour être élus. Franchement, vous regrettez l’absence de Bayrou, Hollande, Juppé ou Sarkozy à l’Assemblée nationale ?

Créer des politiques à deux vitesses, les uns élus par cooptation, les autres grâce au suffrage universel, c’est professionnaliser encore plus un métier qui manque déjà singulièrement d’air. Et qu’on ne nous parle pas de la limitation à deux mandats, car le nombre de prébendes possibles est telle, qu’il restera très facile de faire toute sa carrière en politique en rebondissant d’un poste à l’autre. Surtout si on est sûr d’être élu sans avoir à quitter ses pantoufles et sans aller toucher le cul des vaches comme disait Chirac.

Le soleil, seul responsable de l’abstention?

Vent de fraîcheur sur l’Assemblée nationale. Mais Emmanuel Macron ne doit pas oublier que le premier parti de France reste l’abstention.

Réalisateur de « Merci, patron ! », le député de France Insoumise n’a pas l’intention de la jouer « Merci, Macron ! »

Il se murmure que la rupture avec les partis traditionnels, voulue par Emmanuel Macron, donne des sueurs froides au Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier, qui avait onze ans à l’époque, a sans doute entendu parler de la joyeuse anarchie qui s’était emparée de l’Assemblée nationale en 1981, quand des enseignants barbus et fraîchement socialos, s’étaient retrouvés avec la mallette de député. Même les boys de Chez Michou, le cabaret de la butte Montmartre, se montraient plus disciplinés que ces nouveaux élus ! Avec sa troupe improbable et majoritaire, nul doute que le sergent-chef Philippe, barbe de sapeur au vent, va devoir pousser quelques gueulantes pour conserver un peu d’ordre dans les rangs des nouvelles recrues d’En Marche.

Guère fanatique de Macron, même si je lui accorde des bons débuts, je vois pourtant plusieurs motifs de se réjouir de ce deuxième tour des élections législatives, malgré le désolant spectacle de politique à l’ancienne et de petites combinaisons d’un autre temps offert par notre 6e circonscription et cette 5e où Colette Capdevielle, au nom de son travail acharné, méritait mille fois d’être élue.

Bayrou enfin muselé

Un premier mandat pour plus de 400 néophytes, voilà qui va amener de la fraîcheur et de l’enthousiasme à l’Assemblée nationale. Les surboums n’ont pas encore été programmées, le disc-jockey pas encore recruté, mais il est clair qu’on va avoir quelques bonnes et mauvaises surprises. Surtout, et c’est là l’effet Macron, on revient aux origines de la chambre, avec Sandrine Le Feur agricultrice dans le Finistère, Laetitia Saint-Paul du Maine-et-Loire, militaire de carrière ou Stanislas Guerini, Parisien et petit patron d’une société d’entretien de linge, on en passe et des très intéressants…

Pas d’angélisme, toutes les classes sociales ne sont pas encore représentées parfaitement, mais l’arrivée de nombreuses femmes, avec du vécu professionnel au lieu d’années passées à traîner leurs fonds de jupes sur les sièges de velours rouge de l’Assemblée, va profondément modifier la vie parlementaire.

Autre bonne nouvelle pour Macron, avec 361 élus il dépasse confortablement le seuil fatidique des 289 députés et pourra voter sans souci les lois qu’il souhaite. Car les 51 sièges obtenus par le MoDem et assimilés ne vont pas constituer une minorité de blocage. Il va donc s’offrir le luxe de tenir quelque peu à l’écart l’arrogant Bayrou qui est persuadé – il est bien le seul ! – avoir une grande part dans la victoire de Macron. Les troupes du Béarnais logeaient dans une cabine téléphonique mais grâce à cet opportun ralliement au Président de la République, le Modem va empocher près de dix millions d’euros de l’État et retrouver quelques couleurs. Quand on vous dit que la politique, c’est avant tout une affaire de convictions…

Insoumis et communistes vont se faire entendre

André Chassaigne, député communiste de conviction, très apprécié de ses collègues.

Enfin la très bonne nouvelle sera la présence de 16 élus de la France Insoumise et de 10 élus communistes qui ont déjà annoncé qu’ils ne céderaient pas un mètre de terrain dans le combat social qui s’annonce. Le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne était un parlementaire écouté de tous lors de la précédente mandature. Nul doute que lorsqu’il prendra la parole puis la donnera à François Ruffin, le réalisateur du documentaire « Merci patron ! » qui n’a pas du tout l’intention de la jouer « Merci Macron ! », ça va swinguer à l’Assemblée. Ruffin a des valeurs et pour l’avoir connu, il y a près de vingt ans, quand il était étudiant au Centre de Formation des Journalistes, je suis sûr que celui qui le fera marcher au pas et dire ce qu’il ne pense pas, même si c’est Jean-Luc Mélenchon, n’est pas encore né.

Anecdote révélatrice du personnage, très en phase avec la classe ouvrière qui crève la dalle autour d’Amiens, le trublion a décidé de ne s’octroyer que le SMIC et de reverser le reste de son indemnité aux œuvres sociales locales. Le panache !

Nous voilà donc avec une Assemblée nationale bien plus intéressante que prévue, même si les godillots qui lèveront le doigt uniquement quand on leur donnera l’autorisation, ne vont pas manquer. Emmanuel Macron, qui avait annoncé avant les législatives que le pire pour lui serait d’avoir une Chambre à ses ordres, va dont être servi et les débats de devraient pas manquer de tenue.

Reste pour lui à bien interpréter cette élection et à ne pas faire l’erreur commise par Chirac en 2002 qui avait méprisé le vote de gauche qui s’était porté sur lui face à Jean-Marie Le Pen. Si l’abstention s’élève à 56,83%, record absolu de la Ve République, ce n’est pas uniquement parce que nous sommes en période de canicule. Beaucoup ont hésité entre le vote blanc et l’abstention pure et simple. Sur 42859 votants à Biarritz, les volontaires chargés du dépouillement ont comptabilisé 4887 bulletins blancs (plus de 10%), ce qui est énorme au vu des taux d’abstention.

Alors oui, Macron a fait de bons débuts, oui Macron a fait blanchir les phalanges de Trump et traité d’égal à égal avec Poutine. Mais Macron, malgré ses idées novatrices et sa rafraîchissante vision d’une France « jupitérienne », reste minoritaire dans son pays. Il devra désormais convaincre les réticents qui redoutent une dégelée ultra-libérale et ce ne sera sans doute pas le plus facile.

Il faut sauver Roger-Viollet

Anne Hidalgo profite de la période électorale pour tenter un mauvais coup sur un fonds historique de 12 millions d’images. Mobilisation exigée !

Manifestation sur le parvis de l’hôtel de ville. (Photo Dominique Danne)

Ancien rédacteur en chef en charge de la photographie à L’Équipe, Dominique Danne reste un passionné absolu de l’image. Il nous fait parvenir ce texte que nous partageons bien volontiers avec les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque !

 « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », affirme le proverbe.  Alors que dire quand une agence photo de renommée mondiale comme Roger-Viollet est en danger ? La ville de Paris actionnaire principal, aurait décidé après 79 années d’existence de fermer l’agence, sur décision de Bruno Julliard, premier adjoint au maire chargé de la culture.

La mission de l’agence est de diffuser, numériser, sauvegarder les fonds photographiques des musées et bibliothèques municipaux et de les mettre à disposition de la presse, édition, télévision …un fonds de 12 millions d’images dont les plus anciennes datent du XIXe siècle.

Ce fond contient des images de Paris à toutes les époques, les deux guerres mondiales, les grands travaux haussmanniens. Les solutions envisagées par la Mairie de Paris pour faire des économies seraient une diminution drastique des activités des activités de l’agence « Roger-Viollet, la Parisienne de photographie », voire la fermeture de l’agence ce qui mettrait 35 personnes hautement qualifiées au chômage.

Il faut vous faire une photo ?

Dominique Danne

Bru-Arosteguy, le choix désolant

Duplicité, reniements, absence de convictions, les deux candidats qualifiés pour le second tour, incarnent tout ce que les Français ne veulent plus en politique.

Ce premier tour des législatives le démontre : si un pottok revêtu d’une casaque EN Marche s’était présenté, il se serait retrouvé à coup sûr en tête pour le second tour. Mais les élites pensantes qui entourent le nouveau Président de la République auraient bien tort de plastronner. Voter Macron à la présidentielle pour faire barrage au Front national était une chose, voter pour Macron et ses idées une autre. Si plus de la moitié des électeurs inscrits n’a pas participé à ce premier tour des législatives, record historique de la Ve République, ce n’est pas uniquement par négligence ou par passion soudaine pour la pêche à la ligne, mais par refus de la partie qui est en train de se jouer. Et ce n’est pas l’accablante soirée électorale d’hier soir qui va leur faire réviser leur jugement.

La morgue de l’homme qui vole les mutualistes

Prenez par exemple le cas du nouveau ministre de la Cohésion des Territoires, Richard Ferrand, arrivé en tête dans la 6e circonscription du Finistère, ce qui laisse pantois quand on songe à ses actuels ennuis judiciaires. Cet homme, on ne le souligne pas assez, n’a pas utilisé à son profit les bénéfices d’une entreprise privée, mais l’argent versé par des mutualistes qui hésitent à changer de lunettes ou à faire soigner leurs dents faute de moyens. À sa place, maintenant que tout le monde sait qu’il a fait gagner 580 000 euros à sa compagne, on aurait rasé les murs. Mais ce n’est pas le genre de la maison, et on a eu droit à un chef d’œuvre d’arrogance de la part de l’ancien journaliste devenu ministre et se permettant d’admonester ses confrères « Malgré vos efforts méritoires, je constate que les Finistériennes et Finistériens m’ont réitéré leur confiance à hauteur de presque 34% (…). Je vous ai parlé un peu tard, parce que je voulais, moi, vérifier les informations avant de vous parler. Vous savez, c’est un vieux tic. Ce serait bien que vous en preniez de la graine. »

Voilà un homme qui n’est resté en place que parce qu’il sait tout des montages financiers de la campagne d’Emmanuel Macron et qui la ramène sans vergogne. C’est donc cela la nouvelle politique, prétendument incarnée par En Marche ?

Le « citoyen » Bayrou, contrebandier devenu douanier

Et que penser du « citoyen » Bayrou qui pérore et laisse éclater sa joie pour « ce jour historique » dans Sud Ouest. On dit que les anciens contrebandiers font les meilleurs douaniers. Dans ce cas-là, le ministre de la Justice était effectivement l’homme qui s’imposait pour moraliser la vie publique, car il n’est guère une combine où le MoDem n’ait trempé ces dernières années, comme le prouve l’enquête sur les emplois fictifs des assitants parlementaires au Parlement européen. Et voilà que cet homme, comme au bon vieux temps du général de Gaulle, appelle Radio France pour se plaindre du travail des journalistes. Et pris la main dans le sac, ou plutôt le portable vissé à l’oreille, il affirme avoir agi en « simple citoyen ». Un peu comme si le simple citoyen Veunac et le simple citoyen Marcel-le-cantonnier se décidaient à appeler en même temps le préfet. Devinez-qui serait pris au téléphone et qui serait éconduit ?

Pauvre 6e circonscription !

Et puisqu’on en est en plongée dans les bas-fonds de la politique française, prenons le masque, les palmes et la bouteille d’oxygène avant de nous intéresser à cette pauvre 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, qui méritait mieux qu’un duel Bru-Arosteguy au deuxième tour. Vous vous frottiez déjà les mains à l’idée d’un Peio Etcheverry-Ainchart, d’une Sophie Bussière ou d’un François Amigorena à l’Assemblée nationale ? Bienvenue en vieille politique, et contentez-vous de deux tâcherons sans foi ni loi, qui ont systématiquement renié leurs engagements, l’un n’hésitant pas à prendre position contre le mariage pour tous, tout en expliquant en 2017 qu’il regrettait depuis 2014 (Bonjour l’homme d’action !) d’avoir signé la pétion des maires de France, l’autre passée par l’UDI avant de chercher les courants ascendants chez Les Républicains, défendant Fillon au-delà de toute raison et  ne voyant aucune raison d’appeler entre les deux tours à faire barrage à Marine Le Pen dans le seul but de cajoler son très droitier électorat. Et c’est un de ces deux-là que vous imaginez, la semaine prochaine, franchir la porte de l’Assemblée nationale pour nous représenter ? Pour ma part, ce sera vote blanc. Et quant à ceux qui auraient la tentation de se prononcer en faveur de l’un ou l’autre des candidats, sachant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, cotisez-vous pour offrir au nouvel élu « La science politique pour les Nuls » afin qu’il ne nous fasse pas trop honte.

Oubliez les élus godillots, votez Capdevielle

La fête est finie et maintenant qu’il sait pouvoir compter sur une majorité, c’est un tapis de bombes que nous prépare Macron avec ses réformes du Code du travail ou du régime des retraites. Pour cette raison, on ne peut que souhaiter la présence d’un maximum d’opposants dans une Assemblée qui va marcher au pas. Bonne nouvelle donc que le score de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, même si le parachutage était plutôt détestable.

Dans la 5e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, qui peut se réjouir de la course en tête d’une Florence Lasserre-David, élue depuis seize ans mais diaphane et sans consistance, face à une Colette Capdevielle, députée pugnace et travailleuse, qui ne s’en laissera pas compter face à un Emmanuel Macron qu’elle apprécie à titre personnel, ce qui ne l’a pas empêché de rester fidèle à son parti ?

La moralisation de la vie publique, la transparence, une présence sans faille à l’Assemblée, il y a longtemps que la députée sortante se l’applique à elle-même. Et face à elle, une élue qui ne s’est jamais distinguée par une proposition originale à Anglet ou au conseil départemental et qui, sans doute visitée par la grâce et le saint-esprit macronien, brillerait subitement au niveau national ? Restons sérieux.

Alors si vous pensez que le suffrage universel, au-delà des étiquettes, est l’occasion de reconnaître le travail et le talent, nul doute possible…

Pour rester crédible, Macron doit virer Ferrand

Montrer ses muscles aux présidents étrangers, c’est très bien. Mais la cohérence impose aussi de savoir écarter ses proches quand ils sont en tort.

Et encore un faux-cul de première ! Richard Ferrand s’était montré très sévère pour les élus qui font travailler leur famille. Il savait de quoi il parlait.

La droite a beau s’égosiller pour faire oublier ses turpitudes passées, l’affaire Ferrand ne sera jamais l’affaire Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ayant battu une sorte de record national de la cupidité et continuant à faire des siennes puisqu’il refuse de rendre à son parti les trois millions d’euros récoltés par son mouvement pendant la campagne.

Richard Ferrand, le premier soutien socialiste d’Emmanuel Macron, devenu ministre de la Cohésion des territoires, n’avait pas eu de mots trop durs pendant la campagne présidentielle pour dénoncer les emplois familiaux et cette affaire Fillon qui « souille tous les élus de France ». L’homme savait visiblement de quoi il parlait, puisque il a employé pendant six mois son fils de 23 ans comme assistant parlementaire pour un total brut de 8704 euros et fait gagner en 2011 à sa compagne un petit pactole de 500 000 euros en lui proposant une juteuse opération immobilière avec Les Mutuelles de Bretagne qu’il dirigeait alors.

Une compagne avocate et non agent immobilier

Contrairement à Pénélope, les traces du travail du fiston ont été très faciles à établir et pour l’affaire immobilière le parquet de Brest a estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. Mais est-ce suffisant, alors qu’une loi sur la moralisation de la vie publique se prépare, pour accepter que Richard Ferrand poursuive ses fonctions de ministre ?

Imaginez votre réaction si vous souhaitez acheter un appartement à Biarritz et que quelqu’un vous propose à la vente un bien dont il n’est pas encore propriétaire. Vous seriez plutôt réticent, mais ce genre d’acrobaties immobilières n’a pas gêné Les Mutuelles de Bretagne.

Maître Alain Castel, ancien bâtonnier de Brest, qui avait supervisé l’opération à l’époque, déclare dans Le Parisien (29/5) avoir été « choqué » par cette transaction qui pour lui « relève de l’enfumage ». Rappelons les faits. Les Mutuelles de Bretagne cherchent de nouveaux locaux. La compagne du directeur Richard Ferrand, Sandrine Doucen, avocate de son métier et non agent immobilier comme on pourrait l’imaginer, propose un local qui ne lui appartient pas encore par l’intermédiaire de la Saca, une Société Civile Immobilière qu’elle n’a pas encore constituée. Sûre de revendre son bien, elle peut donc emprunter à 100% la somme nécessaire, rembourser presque instantanément et faire en quelques années un bénéfice de 586 000 euros selon Le Canard enchaîné du 24 mai.

Comme le dit maître Castel, « la vraie question, c’est pourquoi Richard Ferrand n’a pas fait acheter l’immeuble par la mutuelle. C’était l’intérêt de celle-ci ».

Volonté de faire un cadeau discret au jeune couple, volonté d’offrir à un directeur particulièrement performant aux dires de tous une prime conséquente sans susciter la grogne des syndicats, la fiscalité des entreprises étant beaucoup moins douloureuse que celle des particuliers… toutes les hypothèses sont permises puisqu’à ce jour aucune enquête n’est en cours, même si pour maître Castel « le dossier mériterait au moins des investigations complémentaires ».

La posture ne suffit pas

 Rien d’illégal donc, mais est-ce tout à fait moral pour un politique qui occupe maintenant le premier plan ? Emmanuel Macron réalise un très bon début de mandat. Comme l’écrit Jacques-André Schneck dans son blog politique « Souvenons-nous de sa phrase : « Ce qui manque aux Français, c’est la figure du roi ! ». Il fallait oser, mais il est en pleine cohérence et pour l’instant dans le sans faute ! Moi, il me bluffe ! » Sans être aussi enthousiaste que mon voisin de droite, force est de constater qu’il a su se couler dans le costume présidentiel avec une aisance que n’a jamais eu pendant cinq ans notre ancien capitaine de pédalo, François Hollande. Mais la politique est cruelle, avec ses bonnes et mauvaises séquences. Capable de se montrer brutal avec Trump, Macron s’est montré un peu trop conciliant avec Bayrou comme le prouvent les désastreuses investitures dans notre département, où le « roi du Béarn » a dû faire les fonds de placards centristes pour trouver des candidats à peine présentables comme Vincent Bru, grand pourfendeur du mariage pour tous.

La vie politique est faite de postures, à l’image de la poignée de mains devant caméras entre chefs d’états, mais aussi de fond. Si Emmanuel Macron en évoquant une imminente moralisation de la vie publique n’est que dans la posture et le jet de poudre de moralité aux yeux des électeurs jusqu’à l’obtention d’une majorité au Parlement, il a raison de garder son vieux complice Richard Ferrand. Mais s’il veut vraiment rénover en profondeur les mœurs politiques, alors il doit donner l’exemple et sacrifier son ministre qui n’en a pas fait plus que bien d’autres, mais qui a le tort de se trouver sous les feux de la rampe à un moment où les Français n’en peuvent plus de la goinfrerie et du mélange des genres sans limite des politiques qu’ils élisent.

Car s’il faut attendre que Richard Ferrand fasse passer les convictions et le respect du mouvement En Marche pour lequel il militait si ardemment pendant la campagne présidentielle, avant les ors de la République et l’ivresse ministérielle, il est bien évident que les Français risquent de poireauter durablement. « Il n’y avait pas de conflits d’intérêts » répète Ferrand sur tous les tons. Ah, bon ? Et moi qui croyais que l’argent versé par les cotisants à leur mutuelle était destiné à les protéger de la maladie et non à améliorer l’ordinaire d’un jeune couple…

Macron n’y va pas de main morte

Impressionnant face à Donald Trump, le président Macron a remporté son duel… haut la main.

La rencontre de « deux mâles alpha » selon la presse américaine.

Pour avoir fréquenté des boxeurs dans ma jeunesse, j’ai toujours été frappé de la douceur avec laquelle ces sportifs vous serrent la main. Seuls les matamores de vestiaire, ceux qui cherchent à faire oublier leur médiocrité sur le ring, s’obligent à vous broyer les phalanges pour bien vous faire sentir leur virilité. Faute de pouvoir briller par sa hauteur de vues ou ses connaissances géo-politiques, le président américain Donald Trump a développé une stratégie bien à lui pour faire sentir à ses interlocuteurs qu’il entend demeurer le maître du monde. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, reçu à la Maison-Blanche en février dernier, n’est pas prêt d’oublier l’étreinte de dix-neuf secondes que le rustique président des États-Unis a fait subir à la petite miniature qui lui tient lieu de main. Ne ratez pas sa grimace de soulagement quand le supplice se termine, elle est désopilante.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/11/la-poignee-de-main-entre-donald-trump-et-shinzo-abe-derniere-d/

Emmanuel Macron apprend décidément très vite, même s’il n’a pas été élu à mains levées. Très à l’aise pour son premier G7, sachant habilement s’écarter avec Justin Trudeau tout en restant à portée de main pour offrir aux photographes l’image d’une jeune classe dirigeante triomphante, complice avec Angela Merkel comme jamais Hollande ne l’a été, le président français a retenu l’attention de tous les médias américains en se sortant

brillamment du traquenard tendu par Donald Trump. Face aux caméras, notre Macron que l’on découvre féroce, non seulement ne s’échappe pas face à la tentative de destruction de sa main droite par le soudard américain, mais il en rajoute et, pour notre plus grand chauvinisme triomphant, ce sont les articulations de Trump qui blanchissent, ses doigts qui papillonnent et se font flanelle pour tenter d’échapper à la broyeuse, tandis que Macron, sourire de façade et œil cruel rajoute une ultime pression avant de libérer les cinq otages. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le New-York Times à ce sujet :  » Leur poignée de main a suscité l’étonnement. Le président américain de 70 ans et son homologue français de 39 ans se sont donnés la main, entamant un salut viril qui s’est achevé en poignée de la mort bon enfant. Les mâchoires serrées, leur visage alternant entre sourires et grimaces, les deux hommes se sont serrés la main jusqu’à ce que les jointures de M. Trump pâlissent. A un moment, le président a essayé de retirer sa main, mais M. Macron a agrippé sa main encore plus fort et a continué à la serrer. Finalement, la seconde fois, M. Trump s’est retiré et M. Macron l’a laissé partir.« 

Même si Macron a franchi l’épreuve haut la main et si on applaudit des deux mains, on a le sentiment qu’il s’en est fallu de l’épaisseur d’un doigt que le président des États-Unis ne dégaine l’arme nucléaire s’il avait eu le fameux bouton rouge à portée de main.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170526.OBS9911/trump-aneanti-par-la-poignee-de-main-de-macron-la-presse-compte-les-points.html

Et c’est donc avec une certaine inquiétude que l’on attend la visite demain en France de Vladimir Poutine, autre grand primate de la virilité triomphante. Après le rituel baiser sur la bouche, vont-ils affronter un ours à mains nues pour pouvoir évaluer leur testostérone ? Tandis que Fillon, Juppé ou Valls regarderont les images en se répétant, nostalgiques, le vieil adage : « Aux innocents, les mains pleines ».

Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.