Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.

Il apprend vite, le gamin…

Après s’être raté au premier tour, Emmanuel Macron a réussi une communication au millimètre à l’occasion de sa victoire face à Marine Le Pen.

Macron devant sa pyramide veut démomifier la vie politique française… (Capture d’écran TF1)

La lune de miel comme l’état de grâce présidentiel constituant souvent de très courtes parenthèses de l’existence, les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! devront donc patienter quelque peu pour retrouver l’habituelle impertinence de ce blog.

– D’abord parce que l’amour du pays aidant, je ne peux que souhaiter une totale réussite au nouveau président, même si mon Macronscepticisme naturel ne m’incite guère à l’optimisme ;

– Ensuite parce que l’adoption du costume présidentiel étant par définition exceptionnelle, personne ne peut dire à l’avance si celui qui a été désigné par le suffrage universel aura ou non les épaules pour le porter avec aisance. Il suffit de se remémorer la surprise totale Mitterrand et, à l’autre extrémité, la déception absolue Hollande ;

– Enfin parce que le choix du Premier ministre, que l’on devrait connaître dans quelques jours, sera révélateur de la stratégie d’Emmanuel Macron : viser autour d’En Marche une majorité gouvernementale pour les législatives ou composer d’ores et déjà avec un des anciens grands partis tant décriés.

Pas de place à l’improvisation

En attendant, force est de constater qu’Emmanuel Macron est un élève très doué, comme le confirment tous ses anciens professeurs. Après une soirée de premier tour où ni le discours de victoire ni la fête organisée à La Rotonde n’avaient été à la hauteur, le futur président de la République a offert, hier soir, aux foules ébaudies, des images léchées qui avaient longuement été réfléchies en amont.

Pas d’apparition du nouvel élu à son QG de campagne, contrairement à Chirac en 1995, qui saluait la foule d’un mince balcon et avait failli se manger le bitume tellement l’équilibre était instable. Juste des drapeaux de la France et de l’Europe pour célébrer l’événement. Comme une façon de dire que l’intéressé s’efface devant la grandeur de notre pays et de l’Europe.

Grand classique des télévisions, la traversée de Paris en voiture du nouvel élu avec son ballet de motards, n’a pas donné lieu aux traditionnelles glaces baissées et passants salués, comme si, dès le départ de son quinquennat, Emmanuel Macron tenait avec sa sobre voiture noire aux vitres fumées à montrer la distance nécessaire entre la foule et le représentant élu de tous les Français. La vie politique réserve bien des surprises, mais on a du mal à l’imaginer se faire une virée nocturne en scooter dans les jours à venir.

Le lieu choisi pour les festivités est très révélateur lui aussi du professionnalisme de son équipe. Entre la place de la Concorde, emplacement traditionnel des présidents élus de droite, et la Bastille, choisie par Mitterrand et Hollande, le Carrousel du Louvre, mélange de tradition avec les bâtiments royaux et de modernité avec la pyramide voulue par Tonton Mitterrand, symbolise à merveille le parti attrape-tout du pharaon ToutenMacron dont le pupitre avait été placé dans l’alignement absolu de la pointe de la pyramide.

Bien communiquer ne veut pas dire bien gouverner

On se souvient aussi de Sarkozy en 2007, traînant derrière lui sa marmaille d’enfants et beaux-enfants au milieu de la foule de la Concorde, tandis que tous les commentateurs s’étonnaient de l’absence de son épouse Cécilia, dont le cœur était visiblement resté à New-York. En arrivant par l’arrière du Louvre et en marchant seul jusqu’à son pupitre, Emmanuel Macron a voulu montrer aux Français qu’il avait conscience de la difficulté de la tâche qui l’attend. Contrairement au soudard Jacques Chirac qui, une fois élu, s’était allègrement assis sur le vote des Français de gauche désireux de faire obstacle au Front national, l’ancien ministre des Finances s’est voulu rassembleur dans son discours en remerciant tous ceux qui avaient voté pour lui « Je sais qu’il ne s’agit pas d’un blanc-seing. Je serai fidèle à l’engagement pris. Je protègerai la République ».

Belle idée aussi que de faire venir après le discours et avant La Marseillaise, son épouse Brigitte, que les médias jugent souvent omniprésente, ainsi que toute sa parentèle et ses premiers soutiens dans l’aventure d’En Marche. Sans doute pour faire moderne, tous arrivent avec un look particulièrement décontracté et on ne jurerait pas que ses conseillers image soient totalement étrangers à ce sympathique hasard. Mais là aussi le dosage est le bon : Macron ne gomme pas son ancrage familial, mais montre aux Français qu’il gouvernera seul.

Bien sûr, les appétits ne vont pas tarder à se réveiller, les coups fourrés à arriver et les lendemains qui déchantent à se multiplier. Mais, après cette soirée très réussie, – une soirée où le Front national est largement battu ne peut être une mauvaise soirée ! -, je pense aux amis étrangers qui ne vont pas tarder à nous interroger : « Décidément, les Français vous ne faites rien comme tout le monde ! » par allusion au fait d’avoir élu le plus jeune chef d’État de la planète, mais aussi par amusement pour cette histoire de l’élève brillant tombé amoureux de sa prof de vingt-quatre ans son aînée, qui leur rappellera sans nul doute les obsèques de François Mitterrand avec ses deux « épouses », Anne Pingeot et Danielle Mitterrand présentes côte à côte à la cérémonie.

Reste maintenant à espérer qu’Emmanuel Macron saura manifester le même modernisme, le même refus des conventions dans son action politique et ne se sera pas contenté de vouloir le pouvoir sans trop savoir quoi en faire ensuite, comme nombre de politiques… Mais ça, c’est une toute autre histoire !

Face à la haine et la bêtise, nul doute possible

Pas de quoi sauter au plafond avec Macron… Mais voter blanc ou s’abstenir, c’est renforcer le Front national.

« On ne débat pas avec le Front national, on le combat » avait dit Jacques Chirac en 2002. Face à la dédiabolisation du Front national, Emmanuel Macron, quinze ans plus tard, a pourtant bien fait d’accepter la confrontation avec Marine Le Pen, permettant à tout Français doté d’un peu de bon sens de percevoir, lors du débat d’hier, la nullité abyssale de celle qui postule sans complexe à la présidence de la République, sans être seulement capable de lire (et comprendre !) les fiches préparées par son entourage.

Deux heures de débat ont suffi à sérieusement écailler le vernis de la bonne mère de famille proche du peuple, et à laisser apparaître la femme haineuse prête à toutes les contradictions (l’euro, les retraites…) pour faire prospérer sa petite chapelle.

La députée Colette Capdevielle a tout à fait raison de rappeler sur Twitter que l’extrême-droite, quand elle prend le pouvoir, ne le rend jamais. L’affaire de la présidence du Front national est ainsi totalement édifiante et montre bien à quel point ce parti a du mal à dénicher des candidats présentables. Obligée de passer la main le temps de la présidentielle, Marine le Pen avait confié les clés du parti dans un premier temps à Jean-François Jalkh. Pas de chance, ce charmant garçon a été contraint de démissionner au bout de quatre jours pour avoir tenu des propos négationnistes et commémoré la mort de Pétain. Steeve Briois, son successeur, ne s’est rendu coupable « que » de diffamation raciale et devra en répondre devant un tribunal. Quant aux deux grands copains de Marine, Frédéric Chatillon et Axel Loustau, ils sont, selon Le Canard enchaîné du 3 mai, adeptes des commémorations hitlériennes et des soirées déguisées en pyjama de déporté juif.

Voilà ce qu’est le Front national qui essaie d’endormir la population et de surfer sur les mécontentements ! Et vous êtes prêts à conforter cette bande de joyeux drilles en vous abstenant ou en votant blanc, ce qui aura pour effet mécanique d’augmenter le score du Front National ?

Arrêter le « to vote or not to vote » !

Alors oui, comme beaucoup, l’ultralibéral Macron, ne me fait guère rêver, même si l’objectivité oblige à reconnaître que dans cette campagne électorale d’une rare médiocrité, il a su garder son flegme et contre-attaquer avec un certain panache. Mais comment peut-on minauder, tergiverser, barguigner, atermoyer ou se poser des questions devant sa glace « To vote or not to vote ? », quand la peste brune est en passe de gangréner notre démocratie. Le silence de Jean-Luc Mélenchon, que l’on a connu plus inspiré en d’autres temps, relève de la faute politique absolue. Un leader politique est là pour exprimer haut et fort son avis et non pour se planquer derrière ceux qui le suivent. Commençons dimanche soir par élire un président respectueux des valeurs républicaines. Après, il sera toujours temps au moment des législatives, d’exprimer à nouveau ses convictions et de doter Macron d’une majorité susceptible de calmer sa libido libérale.

Mais avant cela, faisons le boulot en votant Macron : plus le Front national sera bas et mieux se portera notre démocratie !

Un volontaire pour informer Arosteguy !

Michel Veunac, Max Brisson ou Claude Olive ont été très clairs en lançant des appels à voter Macron. Mais visiblement, la malheureuse candidate aux législatives Maïder Arostéguy ignore totalement qu’une élection présidentielle se déroule cette semaine. Postulant à d’importantes fonctions nationales, elle ne se serait pas permis sinon d’afficher sa présence aux ballets Malandain à l’heure où les Français étaient tous devant leur poste à l’occasion d’un débat qui engage l’avenir de notre pays.

Qui va parler avec elle et faire en sorte qu’elle cesse de se ridiculiser ?

Interdiction de laisser Mariner…

Entre une raciste incompétente et un illuminé ultralibéral, le choix est vite fait. Ce sera Macron… sans illusions.

À Biarritz, un électeur sur trois a trouvé acceptable les turpitudes de François Fillon. Comme si dans notre pays, la morale n’avait plus d’importance !

Biarritz a toujours manifesté beaucoup d’indulgence pour les élus un peu désinvoltes avec l’argent public, mais à ce point ! Alors que François Fillon ne récoltait que 28% de votes en sa faveur dans son département, les Biarrots, visiblement peu sensibles à la morale en politique, se sont tristement illustrés avec un tiers des votes accordés au mis en examen Fillon. Heureusement, et c’est là une des grandes consolations de cette bien triste élection, les Français ont fait preuve de bon sens en écartant le Tartuffe de la Sarthe du second tour de la présidentielle pour lui permettre, face à la Justice, de faire tranquillement la démonstration de son innocence et du complot à son encontre ourdi par la presse, ce qui devrait nous valoir quelques moments de franche rigolade.

Pas glamour le second tour

Et de rigolade on a bien besoin au vu des résultats nationaux de cette élection. On a connu plus sexy qu’un sprint final avec une représentante du Front national et un ectoplasme au programme tellement flou qu’il en devient très prévisible comme en témoignent la hausse de la Bourse au lendemain des résultats et les cris de joie, mal dissimulés, du Medef.

Pour leur part, les partisans d’une gauche radicale déplorent toux ceux qui, tentés par Mélenchon, ont cru malin de voter Macron dès le premier tour « pour faire barrage au Front national ». Mais il ne sert à rien de refaire le match. La règle du scrutin présidentiel étant connue de tous, il faut désormais se concentrer sur le second tour et se décider pour le moins pire des candidats, qui est évidemment Emmanuel Macron.

À ce sujet, Jean-Luc Mélenchon ne s’est guère montré inspiré. Ses tergiversations et sa façon de se planquer derrière la décision des militants relèvent de la posture. Face au Front national, le réflexe républicain doit être immédiat, le combat sans nuance et les petites manœuvres oubliées. Bravo au PS mais aussi à Raffarin, Juppé, NKM ou même François Fillon pour avoir donné des consignes claires dès dimanche soir.

Et honte à tous ceux, qu’ils soient membres de Lutte Ouvrière ou des Républicains, qui se perdent dans les méandres du ni-ni, en laissant aux autres le soin de faire le sale boulot électoral !

Marine la joue peuple, Macron people

Stéphane Bern, mais aussi Line Renaud, Pierre Arditi, Erik Orsenna sont venus faire la cour au nouveau chouchou des médias.

Car une élection, jusqu’au jour du vote n’est jamais gagnée et le jeune paon Macron, ivre de lui-même et de son parcours météorique, ferait bien de s’en souvenir. Pendant qu’il se pavane à La Rotonde et contemple avec Brigitte son image dans les magazines, pendant qu’il essaie de nous faire croire à une nouvelle politique en exhumant du formol Bayrou ou Collomb, Marine se retrousse les manches et fait le job, que ce soit dans le Nord ou à Rungis. Malgré son passé de châtelaine de Montretout, elle arrive à convaincre les plus démunis qu’elle est à leurs côtés. Ce ne sont pas les people qui tournent autour du jeune énarque comme des papillons éblouis par la lumière qui feront gagner le candidat d’En marche. Et même si les sondages lui sont très favorables, un tour rapide sur les réseaux sociaux montre que beaucoup de militants chez Les Républicains sont restés dans la haine recuite de Hollande et affirment vouloir voter Marine Le Pen.

En 2002, les gens de gauche ont connu l’épreuve de devoir voter Chirac. La droite va découvrir, à l’issue de cette élection a priori imperdable pour elle, l’effet que cela fait d’aller à Canossa devant une urne. Mais voter pour ne veut pas dire adhérer : le Front national doit être combattu sans faiblesse, la tentation de la pêche à la ligne oubliée et le bulletin de votre où figurera le nom de Macron ne sera qu’un suffrage contre Marine.

… En attendant la belle bagarre des législatives pour faire triompher ses idées, la pâte à modeler Macron étant bien obligée de composer avec la majorité idéologique élue par les Français.

À lire sur Facebook la très intéressante réaction de Jacques-André Schneck, membre des Républicains, qui très tôt a pris ses distances avec Fillon et ne se pose pas de questions face au danger Front national :

https://www.facebook.com/jacquesandre.schneck

Les sondeurs, ces parasites de la République

Ils faussent régulièrement l’opinion et se trompent presque à chaque fois. À quand une interdiction des sondages lors des échéances électorales ?

Les rois de la courbe vendent du vent et le savent. Mais tant qu’ils trouveront des gogos pour acheter leurs sondages et des crédules pour les prendre au sérieux…

Ils ont annoncé Juppé pour la primaire de la droite, Valls pour celle de la gauche, et bien évidemment Hillary Clinton à la présidence des États-Unis, mais, toute honte bue, ils continuent à avoir leurs sièges réservés sur toutes les chaînes de télés où ils nous expliquent doctement l’évolution des tendances électorales, alors que près de 40% des Français avouent ne pas avoir encore pris leur décision.

Mais pour ces nouveaux docteurs Folamour de l’Audimat, pas le moindre doute, pas la plus petite remise en cause et des tripatouillages à faire hurler n’importe quel amoureux de la démocratie. Tous les Français vont aller aux urnes dans quelques jours avec l’idée très nette que les petits chevaux électoraux Le Pen et Macron sont les plus près du poteau final suivis de Fillon et Mélenchon, puis de Hamon, les « petits » candidats n’étant là que pour faire beau dans le paysage. Mais qu’en savent-ils, ces spécialistes qui ne voient jamais rien venir et qui poussent les Français à « voter utile » dès le premier tour, en agitant un classement totalement putatif, alors que personne n’a la moindre idée du résultat final ?

Si vous disposez de soixante minutes, ne ratez surtout pas le replay de l’excellent « Envoyé Spécial » d’Élise Lucet et vous allez mieux comprendre l’hypocrisie sans nom de tous ces jolis cœurs qui veillent jalousement sur le devenir de leur goûteux fromage en se parant des atours de la science.

 

La malice des sondés

Ah, il m’a bien fait rire, l’étudiant bordelais qui a parfaitement compris comment fonctionne l’attrape-gogo (minute 16’). Quentin, dix-neuf ans, se fait de l’argent de poche en répondant aux sondages en ligne sur Internet et touche pour cela environ un euro pour vingt minutes de travail (Ils sont princiers, ces sondeurs, même Macron n’a pas encore osé proposer ce salaire horaire!). Mais il a remarqué que le style étudiant célibataire et fauché n’était pas très prisé des producteurs de graphique. Alors, il s’est rajouté vingt ans d’âge, inventé une femme, deux enfants et des revenus annuels de quarante mille euros et se retrouve sollicité par les sondeurs, trois ou quatre fois par semaine.

La ruse ne date pas d’hier, puisque dans le club de rugby où je jouais l’un de nos coéquipiers occupait nos trajets en autocar avec des « enquêtes d’opinion » qu’il était censé faire au porte-à porte. Suivant les voyages, je me suis donc retrouvé ménagère de plus de cinquante ans anxieuse sur le choix de sa lessive ou mère de famille inquiète pour les dents de ses enfants. Nous avons tous ri de concert de la supposée « bêtise » des sondeurs qui faisaient confiance à de jeunes rugbymen chahuteurs comme nous. Sans comprendre que ces « marchands de vent », loin d’être bêtes, étaient parfaitement conscients de nos petits truandages mais bien obligés d’en passer par là pour vendre quelque chose à leurs commanditaires.

Écoutez bien Jean-Daniel Levy, le responsable du département politique d’Harris interactive (minute 19). Bien sûr qu’il ne va pas tordre le cou à la poule aux œufs d’or qui le fait vivre grassement, alors il louvoie, minimise, parle « d’une réponse sur six mille » biaisée, alors qu’il n’en sait strictement rien. Et l’on en arrive à ces redressements effectués par chaque sondeur. « Les instituts ne veulent pas donner les chiffres bruts (qui seraient pourtant plus près de la vérité !) car cela donnerait une mauvaise information ». Ben, voyons !

Sur quels critères sont faits les redressements ? Par qui ? Dans quelle intention ? Même le sénateur socialiste Jean-Pierre Sueur, auteur d’une loi réglementant les sondages n’en sait rien et parle de « redressements au doigt mouillé ». Et l’on s’étonne ensuite de voir les sondeurs se planter avec cette constance qui force l’admiration…

Le narcissisme des élus

Pour LCI, ( et les autres!) pas de doute, Juppé va triompher aisément.

Face à cet amateurisme désarmant, le législateur pourrait très bien rédiger une loi interdisant les sondages en période électorale. Sauf que, parmi les politiques, ces grands nombrilistes qui faute de glace se mirent dans les sondages, on ne trouverait peut-être pas une majorité d’élus décidés à faire de la peine à leurs amis sondeurs. On pensait par exemple Nicolas Sarkozy heureux de vivre et sûr de lui avec ses talonnettes de sept centimètres qui lui permettaient d’arriver à l’épaule de Carla. Dans l’excellente émission d’Élise Lucet, on apprend que trois cent trente-trois sondages ont été commandés par l’Élysée entre 2007 et 2009. Aux frais des contribuables, bien entendu. Mais vous conviendrez avec moi que dépenser 4186 € pour savoir si sa liaison avec Carla Bruni altère l’image de marque du chef d’État Nicolas 1er, était indispensable.

Si la gauche semble, sous Hollande, beaucoup moins gourmande de sondages, le vaniteux petit Catalan qui a donné sa parole de soutenir le vainqueur de la primaire de gauche avant d’aller faire des mamours à Macron, est visiblement un grand Narcisse qui ne s’ignore pas. Tout y passe en matière de sondages, sa coupe de cheveux, son air colérique, ou son apparence. Là aussi, aux frais des contribuables. Valls aurait mieux fait pour ses costumes de demander à l’ami de Fillon, ça nous aurait coûté beaucoup moins cher.

La paresse des journalistes

Pour remporter la primaire de la gauche, Le Figaro voit Montebourg.

Reste un aspect qu’Élise Lucet – allez savoir pourquoi ! – a passé sous silence. Si les sondages prolifèrent, c’est bien qu’il y a des imbéciles pour les acheter et d’autres pour les utiliser et donc les crédibiliser. Et il n’aurait pas été inutile de souligner la paresse des journalistes – presse écrite ou télévision, même combat ! – qui préfèrent visiblement torcher un article ou monter un débat d’une heure avec les derniers chiffres fournis par les adeptes du doigt mouillé plutôt que de plonger dans les programmes et de poser les questions qui fâchent, ce qui est leur rôle.

Bien sûr, il y a des exceptions notables et des journalistes obligés de se prêter à cet exercice journalistique à la demande de leur patron, mais les Français seraient tout aussi bien informés si l’on chassait les sondeurs des écrans et les remplaçait par Élisabeth Tessier ou autres manieurs de boules de cristal.

En fait, l’histoire des sondeurs, c’est un peu l’histoire de Mazarine, la fille autrefois cachée de François Mitterrand : il y a une élite qui sait mais qui, pour mille raisons diverses d’intérêt personnel ne dit rien et des gogos qui ne savent pas et prennent les chiffres fournis pour science triomphante, se perdant ainsi dans des conjonctures électorales absurdes.

Je vais voter Mélenchon au premier tour, mais j’en ai marre d’entendre autour de moi des citoyens avertis et réfléchis dire : « Hamon me plaît beaucoup mais j’ai peur de perdre ma voix en votant pour lui ». SI Hamon vous paraît l’homme de la situation, votez pour lui !

Oui, les sondeurs sont les parasites de la République et font main basse par leurs affabulations sur la plus élémentaire démocratie. Alors, en attendant que quelqu’un donne à ces petits marquis poudrés le grand coup de pied aux fesses qu’ils méritent et les chasse de la vie politique, faites-leur un grand bras d’honneur et votez sans calcul pour le candidat qui vous plaît réellement au premier tour. Et il sera toujours temps au second tour d’éliminer Marine avec le moins pire qui restera en lice.

Taubira sans forcer son talent

Parfois, la politique donne envie d’applaudir : Colette Capdevielle avait invité sa copine, l’ancienne ministre de la Justice, à débattre à Bayonne, à l’issue d’un conseil citoyen.

Le meeting à Pau et les contraintes d’avion ont laissé peu de temps à Christiane Taubira pour échanger, mais sa simplicité et sa disponibilité ont fait merveille.

Être scandalisé par les comportements d’un Fillon, d’un Le Roux ou d’un Cahuzac, ne signifie pas pour autant être dégoûté de la politique. La députée socialiste Colette Capdevielle qui souhaite « faire de la politique autrement », l’a bien compris en mettant en place les 23 et 30 mars derniers, un conseil citoyen sur la transition démocratique, avant de faire un compte-rendu public le 10 avril dernier.  Pas de doute que les propositions des dix-sept participants de ce conseil citoyen amélioreraient nettement la vie publique en France : élections des sénateurs, mais aussi des conseillers communautaires au suffrage universel direct, président de la République détenteur d’un mandat unique, députés limités à deux mandats, parité absolue homme-femme, suppression de la Haute Cour de Justice.

Président du groupe parlementaire socialiste à l’Assemblée nationale, Olivier Faure souligne le bon de travail de réflexion effectué par ce conseil citoyen, « on peut être élu et partager avec vous l’essentiel de ce qui a été dit », avant de revenir à l’élection présidentielle : « L’intuition chez Benoît Hamon est de considérer que cette démocratie ne peut plus être intermittente ».

« La démocratie, notre bien commun »

Les quatre représentants du conseil citoyen avec Olivier Faure, Colette Capdevielle et Christiane Taubira.

Mais les sympathisants, présents salle Albizia à Bayonne, sont surtout venus pour écouter la « reine » Taubira qui, sans forcer son talent, va conquérir l’auditoire. « Bravo à Colette Capdevielle pour cette initiative. Contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’y a pas de divorce entre les citoyens et les élus, car vous considérez que la démocratie est notre bien commun. Vous ne tournez pas le dos à la chose politique, vous dites très clairement qu’elle ne vous convient pas sous sa forme actuelle. C’est dans une relation de respect mutuel que l’on peut avancer, même s’il est vrai que notre démocratie est fatiguée. » 

Cette magnifique oratrice qui ne cache pas « militer depuis 2002 pour une VIe République » estime qu’il faut moderniser les institutions de 1958 « car nous sommes devenus des citoyens plus instruits, plus cultivés, plus intelligents ». Claire dans sa condamnation de certaines pratiques – « Un député corrompu, c’est un de trop ! » -, Christiane Taubira dénonce aussi les fausses bonnes idées comme le referendum d’initiative populaire, « une usine à gaz, une fausse concession faite aux citoyens. Dans vingt-cinq ans on n’y sera pas arrivé ! », avant de conclure, magnifique : « Si on ouvre les espaces pour la parole citoyenne, elle sera forcément enrichissante »

Et l’on repense avec beaucoup de tendresse à cette ministre de la Justice applaudie au sein de l’hémicycle par une opposition qui ne l’avait guère épargnée, après le beau combat mené par elle en faveur du mariage pour tous. Bon petit soldat du socialisme, elle soutient sans états d’âme le candidat Benoît Hamon un peu partout en France. Le stupide système des primaires lui a ôté la moindre chance de pouvoir prétendre à l’élection présidentielle. Et pourtant, Taubira présidente de la France, voilà qui aurait eu une autre gueule que le bien fade Macron, l’insupportable Marine ou l’escroc patenté Fillon.

 

Valls presque aussi indigne que la droite

L’ancien Premier ministre trahit et, en plus, cherche à nous faire croire qu’il est « responsable ».

Malgré ses postures vertueuses, l’ancien Premier ministre vient de montrer sa vraie nature, celle d’un arriviste méprisable.

Au mépris de la morale la plus élémentaire, la droite a décidé de la jouer comme Michel Blanc dans Les Bronzés, en se disant que sur un malentendu, et tant pis pour les principes, le mis en examen pour escroquerie aggravée Fillon peut se retrouver président de la République. Et maintenant c’est Manuel Valls qui apporte sa solide contribution à la pire élection présidentielle de toute l’histoire de la Ve République en reniant sa parole.

Valls a signé une charte s’engageant à soutenir le vainqueur de la primaire de gauche, les quatre millions de téléspectateurs qui ont assisté au débat face à Benoît Hamon l’ont entendu affirmer qu’il serait évidemment loyal et se conformerait au verdict des urnes. Mais nous vivons décidément une époque sans foi ni loi. Aucune illusion à avoir : la plupart des politiques, il y a vingt ans, étaient tout aussi menteurs que les tristes sires qui font aujourd’hui la une de l’actualité. Mais à la différence de la génération actuelle, ils évitaient de se contredire en public, ce qui ne semble plus gêner la classe politique en course pour cette élection. Fillon persiste après avoir annoncé qu’il se retirerait en cas de mise en examen et Valls appelle à voter Macron. Comme l’affirme Arnaud Montebourg « Chacun sait désormais ce que vaut un engagement signé sur l’honneur d’un homme comme Manuel Valls : rien. »

La dictature des sondages

Mais cette pathétique turlupinade de Valls ne mériterait pas trois lignes si, pour se justifier, il n’ancrait dans l’opinion publique deux idées fausses. Il faut « barrer la route à Marine Le Pen » et « voter utile » dès le premier tour en mettant un bulletin Macron. Dans un autre registre, Jean-Luc Mélenchon, se montre tout aussi obsédé que Valls par les sondages, puisqu’il tente de galvaniser ses troupes en affirmant qu’il doit dépasser Fillon cette semaine « et qu’on s’attaquera après au suivant ».

Il est évident que je combattrai toujours Marine Le Pen, mais qui nous permet d’affirmer que la candidate du Front national est actuellement au coude à coude avec Macron, et nettement devant Fillon, Mélenchon et Benoît Hamon ? Les sondeurs, qui se plantent sur toutes les élections majeures comme en témoigne l’avènement de Donald Trump, sont à peu près aussi fiables que les aruspices, ces devins étrusques qui prédisaient l’avenir en contemplant les entrailles d’une bête sacrifiée pour l’occasion. Mais, mine de rien, ils façonnent l’opinion publique et, avec la complicité des journalistes qui trouvent nettement plus facile de commenter le dernier sondage plutôt que de parler des programmes des candidats, ils faussent totalement l’élection. Désolé, Messieurs les sondeurs, je ne vois aucun inconvénient à ce que vous continuiez à vous intéresser à l’achat de voitures par la ménagère de moins de cinquante ans ou de couches culottes par les pères de moins de trente ans, mais vos prédictions de charlatans qui expliquent à posteriori qu’ils avaient raison devraient être strictement interdites à l’occasion des élections car elles faussent le jeu démocratique.

Laisser parler ses convictions au premier tour

Et l’on en arrive à cette notion de « vote utile » qui me hérisse totalement. En fonction de sondages qui sont totalement faux et qui relèvent beaucoup plus du doigt mouillé que de la science, en fonction des inclinations des médias qui se sont pâmés tour à tour pour Balladur, Bayrou ou Macron, il faudrait donc voter tactique au lieu d’exprimer ses convictions. Si le législateur a prévu des élections à deux tours, il y a une raison. Au premier tour on choisit, et au deuxième on élimine, si le candidat de son cœur n’est pas présent. Et c’est très bien ainsi. Pour justifier son attitude scélérate, Valls essaie de nous faire croire qu’il faut s’opposer à Marine Le Pen dès le premier tour en choisissant Macron. Affirmation qui n’a d’autre but que d’éclaircir l’horizon politique de l’ex-maire d’Evry, même si, pour le moment, Macron fait mine de dédaigner cet apport un peu trop connoté. Le premier tour d’une élection est l’occasion unique de faire une radioscopie du peuple français, de voir qui aspire à l’extrême gauche, ou au Front national, qui est libéral ou anti-libéral. Il sera bien temps de penser à voter tactique ensuite.

Entre les primaires où les bobos friqués décident de qui se présentera au suffrage universel, les turpitudes de candidats qui élèvent le mensonge au rang de religion, les chaînes télé qui sans vergogne n’invitent que les grands candidats et la dictature des sondages qui conditionnent l’opinion des Français, cette élection est décidément très pénible.

Vite une sixième République avec la fin de cette monarchie présidentielle, un mandat unique de sept ans pour le chef de l’État et des candidats qui devraient obtenir les signatures des Français et non de grands électeurs, afin de revivifier notre démocratie à bout de souffle !