Un bébé député, ça coûte énormément

À Aubervilliers, le séminaire de formation des députés En Marche a coûté 250 000 euros pour deux jours… Aux frais des contribuables, bien évidemment !

Toutes les mamans vous le diront, lorsque le cercle familial s’agrandit, le budget peut se retrouver sérieusement malmené avec l’achat des petits pots et couche culottes. Avec 313 députés élus, la plupart recrutés en catastrophe par Internet et par entretiens téléphoniques, le rassemblement En Marche connaît un sacré problème de formation de ses nourrissons à cocarde tricolore. Tout le monde a vu en juillet ces images d’une vice-présidente totalement dépassée dans l’hémicycle ou ces néophytes macronistes se trompant au moment des votes ou applaudissant Mélenchon, ce qui a fait sourire les vieux briscards de l’Assemblée.

Et quand on côtoie d’un peu près cette jeune cohorte appliquée mais pas toujours très douée, l’impression de pagaille absolue est encore pire. Ce confrère qui compte quelques décennies de Palais-Bourbon, n’est toujours pas revenu des confidences à son micro de cette députée d’un département proche, enseignante à la retraite soudainement bombardée parlementaire, et lui disant : « Je ne savais pas que c’était aussi dur et qu’on finissait aussi tard. Moi à vingt-trois heures, j’ai besoin de dormir… Il va bien me falloir deux ou trois ans pour m’habituer ». Et on opère une retenue sur son salaire en attendant ?

Il suffit d’ailleurs de connaître le parcours de certains de nos élus du département des Pyrénées-Atlantiques et leur absolue inexistence politique jusque-là pour se convaincre que nos nouveaux représentants étaient à peu près aussi préparés à cette fonction que le pape François à devenir chippendale.

En avant donc, pour un séminaire « team building » (On appréciera ce souci de défense de la langue française du mouvement majoritaire !) de deux jours à Aubervilliers, histoire de donner un semblant de cohésion à cet hétéroclite agrégat avant la nouvelle session parlementaire. Et que du lourd au programme si l’on en croit les journalistes qui ont fait le déplacement ! Jeux de rôles avec des foulards de couleur, pour se mettre dans la peau d’un ministre, d’un parlementaire ou d’un simple citoyen, chaises musicales où le perdant doit répondre à cette question d’une difficulté insurmontable : « Qu’est-ce qui nous motive ?», et même si l’on en croit l’image twittée par le député Mustapha Laabid de la 1ère circonscription d’Ille-et-Vilaine, atelier dessins pour que chacun exprime sa créativité.

Et l’apprentissage de la lecture et du calcul, ce sera pour l’an prochain quand on entrera au CP ?

C’est bien connu, un député ça mange énormément et cette petite plaisanterie comprenant la location d’un bâtiment de 8 000 m2 pour tenter de rendre présentables les nouveaux parlementaires a forcément un coût, qui s’élèverait selon l’hebdomadaire Marianne à 250 000 euros.

https://www.marianne.net/politique/exclusif-le-seminaire-team-building-des-deputes-macronistes-250000-euros-aux-frais-du

Guillaume Gouffier-Cha, le trésorier du groupe explique « Dans un premier temps, on avait imaginé faire ça à l’Assemblée, mais ce n’était vraiment pas pratique pour travailler de façon participative comme on le voulait« .

Les salles de l’Assemblée nationale sont effectivement inoccupées en ce moment, mais pourquoi se restreindre, puisque le groupe En Marche est entièrement financé par l’Assemblée nationale, et donc par le contribuable ? Malgré sa volonté de rupture affichée, le parti d’Emmanuel Macron est dans la droite ligne de ses prédécesseurs : la moralisation de la vie publique et les efforts financiers, c’est uniquement pour les autres !

 

Cache ta joie, Gattaz !

La réforme du travail pilotée par Macron, n’est qu’une façon de renvoyer l’ascenseur à ceux qui ont financé sa campagne. Et d’assigner à précarité des milliers de jeunes salariés.

Eh oui, il ne suffit pas de jouer aux osselets avec la main d’un président américain ou d’adopter un chien de la SPA au moment où sa popularité dévisse pour devenir le Président de tous les Français. À tous ceux qui renaudent actuellement sur le chef de l’État, j’ai envie de dire : « Vous avez voulu Macron, vous l’avez ! ». Voilà un homme qui avait été repéré par Minc et Attali après un brillant passage à la banque Rothschild, un homme qui a profité avec intelligence des machines à perdre que sont les primaires pour devenir le favori des sondages, mais surtout qui a su trouver les 50 millions d’euros nécessaires au financement d’une campagne présidentielle, alors qu’à l’en croire son patrimoine personnel est des plus modestes… Non, Macron n’est pas ingrat et c’est bien normal désormais qu’il cajole ceux qui l’ont nourri, comme Nemo le chien de l’Élysée lèche la main de son nouveau maître.

Si Pierre Gattaz, le patron des patrons, a été prié par les services de communication de l’Élysée de se montrer discret, ce n’est pas par hasard. Alors que l’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’a jamais été aussi grand en France (Sud Ouest 21 mai), Macron fait froidement voler en éclat le Code du travail, précipite les salariés jeunes dans la précarité absolue pour offrir encore plus de souplesse et de flexibilité au patronat.

http://www.sudouest.fr/2015/05/21/inegalites-l-ecart-entre-riches-et-pauvres-n-a-jamais-ete-aussi-haut-en-30-ans-1927595-5458.php

Autoriser les petites entreprises à dialoguer avec un représentant du personnel non syndiqué, c’est permettre les pires flagorneries, le cire-pompes de service devenant l’interlocuteur privilégié du directeur. Plafonner les indemnités de licenciement au lieu de laisser la Justice décider, c’est fragiliser encore un peu plus les rares contestataires tentant de survivre dans l’entreprise. Et utiliser le recours aux ordonnances à la place du débat parlementaire n’a rien de très glorieux.

Extrait du blog de Gérard Filoche.

Gérard Filoche, toute sa carrière a été un inspecteur du Travail remarquable. Avec abnégation, il continue à défendre les salariés et on ne peut que partager son point de vue quand il estime qu’on a « passé le code du travail à l’acide » et parle « d’un rêve de Medef ». Plus d’élection obligatoire de délégués du personnel dans les petites entreprises où règne déjà la terreur, plus de syndicats, c’est la fête du patronat !

http://www.filoche.net/

En fait, même s’il a effectué un début de mandat beaucoup plus habile que ceux de Sarkozy ou Hollande, Emmanuel Macron est en train de commettre la même erreur que Jacques Chirac en 2002. L’ami des patrons estime qu’il a été élu par 66% des Français et considère qu’il a les mains libres. Mais oublie que seul 24% des Français l’ont choisi au premier tour. Les autres, face au repoussoir Marine, se sont contentés de voter pour lui sans adhérer pour autant à ses idées ultralibérales.

Face à cet autisme délibéré, il n’y a qu’une seule réponse possible : la rue ! Le 12 septembre, il fait généralement encore très beau et la marche à pied est excellente pour la santé. Et s’il faut redescendre plusieurs fois dans la rue pour que le gouvernement comprenne la différence entre un putsch, où l’on donne délibérément tout aux uns au détriment des autres, et une réforme où l’on équilibre les concessions pour faire évoluer le pays, eh bien nous irons marcher avec plaisir jusqu’à ce que ce gouvernement revoie sérieusement sa copie.

Et tant pis si Gattaz en perd son sourire de benêt !

Cornut-Gentille totalement hors sol

Les Ateliers de la République sont toujours de haute tenue et le débat d’hier soir, à la maison des Associations, n’a pas échappé à la règle. Classé parmi les plus présents et les plus travailleurs, le député républicain de Haute-Marne, François Cornut-Gentille, s’est montré affable et enjoué et a eu le mérite de ne pas hésiter à venir affronter des contradicteurs. Mais cet élu qui entame son sixième mandat a bien montré à quel point il est difficile de rester lucide quand on passe trente ans hors de la vraie vie. Visiblement, à ses yeux, à partir du moment où il a été réélu en 2017, il ne s’est rien passé de notable dans la vie politique. La perte de confiance des électeurs pour leurs hommes politiques ?  Les élus En Marche recrutés en catastrophe sur Internet et précipités sans formation à l’Assemblée ? Le débat escamoté au Parlement sur la moralisation de la vie publique ? Peccadilles que tout cela ! Alors oui, totalement d’accord avec vous, Monsieur le député, sur le renforcement nécessaire de l’Assemblée nationale, mais ce renforcement ne pourra se faire qu’avec une exemplarité totale des élus et avec une confiance retrouvée des citoyens. On en est encore très loin.

Les évidentes contradictions de Macron

Diminuer d’un tiers les effectifs de l’Assemblée et du Sénat, pourquoi pas ? Mais si on introduit « une dose de proportionnelle », on en revient à la politique à papa.

500 000 euros dépensés pour transporter les parlementaires en autocar à Versailles et les transformer en plantes vertes, contraintes d’écouter la bonne parole jupitérienne pendant une heure et demie, c’est sans doute un peu cher, mais c’est bien connu, les économies sont toujours pour les autres. Sans la moindre illusion sur le nouveau président – qui en dehors du Medef réclame une réforme du Code du travail ? -, je n’en reste pas moins fasciné par la façon dont le trublion de la politique française communique, fait bouger les lignes et ringardise des hommes politiques comme François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon.

Douanier peu convaincant après avoir été un contrebandier de première, le Béarnais devenu le chantre de la moralisation de la vie publique, s’est fait virer comme un débutant de son poste de ministre mais a voulu nous faire croire que les Palois lui manquaient. La vaste blague ! Quant à l’absence de cravate du leader de la France Insoumise, elle prête à rire et semble un peu courte comme programme d’opposition. D’autant plus que Mélenchon est habitué à porter une cravate au quotidien et qu’il l’ôte en franchissant le seuil de l’Assemblée nationale, ce qui est franchement grotesque.

Politiques à deux vitesses

Mais derrière ces anecdotes révélatrices, quel dommage que les médias se soient contentés de relayer le discours présidentiel d’Emmanuel Macron, sans souligner les contradictions qu’il recèle ! Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a surfé sur le mécontentement des Français à l’encontre de la plupart de leurs hommes politiques et a inventé un gadget, « la moralisation de la vie publique » qui lui a permis d’être élu. Alors, pour tenir ses promesses électorales, il annonce qu’il va réduire d’un tiers le nombre d’élus à l’Assemblée nationale et au Sénat et dans le même mouvement précise qu’il compte introduire « une dose de proportionnelle ».

Emmanuel Macron est suffisamment cultivé pour savoir à quel point ce qu’il propose est contradictoire. En dehors des symboles que sont les deux Chambres, pas un mot sur les assemblées régionales et départementales, elles aussi pléthoriques et qui mériteraient un sérieux dégraissage. Diminuer d’un tiers le nombre de parlementaires, c’est incontestablement diminuer le nombre d’amendements déposés, c’est simplifier le débat, c’est aller plus vite face à des lois qui ne voient jamais le jour faute de décrets d’application.

Mais introduire la proportionnelle, que ce soit à faible ou haute dose, c’est totalement modifier le jeu politique, puisqu’un certain nombre de leaders politiques n’auront plus à batailler pour être élus. Franchement, vous regrettez l’absence de Bayrou, Hollande, Juppé ou Sarkozy à l’Assemblée nationale ?

Créer des politiques à deux vitesses, les uns élus par cooptation, les autres grâce au suffrage universel, c’est professionnaliser encore plus un métier qui manque déjà singulièrement d’air. Et qu’on ne nous parle pas de la limitation à deux mandats, car le nombre de prébendes possibles est telle, qu’il restera très facile de faire toute sa carrière en politique en rebondissant d’un poste à l’autre. Surtout si on est sûr d’être élu sans avoir à quitter ses pantoufles et sans aller toucher le cul des vaches comme disait Chirac.

Le soleil, seul responsable de l’abstention?

Vent de fraîcheur sur l’Assemblée nationale. Mais Emmanuel Macron ne doit pas oublier que le premier parti de France reste l’abstention.

Réalisateur de « Merci, patron ! », le député de France Insoumise n’a pas l’intention de la jouer « Merci, Macron ! »

Il se murmure que la rupture avec les partis traditionnels, voulue par Emmanuel Macron, donne des sueurs froides au Premier ministre Édouard Philippe. Ce dernier, qui avait onze ans à l’époque, a sans doute entendu parler de la joyeuse anarchie qui s’était emparée de l’Assemblée nationale en 1981, quand des enseignants barbus et fraîchement socialos, s’étaient retrouvés avec la mallette de député. Même les boys de Chez Michou, le cabaret de la butte Montmartre, se montraient plus disciplinés que ces nouveaux élus ! Avec sa troupe improbable et majoritaire, nul doute que le sergent-chef Philippe, barbe de sapeur au vent, va devoir pousser quelques gueulantes pour conserver un peu d’ordre dans les rangs des nouvelles recrues d’En Marche.

Guère fanatique de Macron, même si je lui accorde des bons débuts, je vois pourtant plusieurs motifs de se réjouir de ce deuxième tour des élections législatives, malgré le désolant spectacle de politique à l’ancienne et de petites combinaisons d’un autre temps offert par notre 6e circonscription et cette 5e où Colette Capdevielle, au nom de son travail acharné, méritait mille fois d’être élue.

Bayrou enfin muselé

Un premier mandat pour plus de 400 néophytes, voilà qui va amener de la fraîcheur et de l’enthousiasme à l’Assemblée nationale. Les surboums n’ont pas encore été programmées, le disc-jockey pas encore recruté, mais il est clair qu’on va avoir quelques bonnes et mauvaises surprises. Surtout, et c’est là l’effet Macron, on revient aux origines de la chambre, avec Sandrine Le Feur agricultrice dans le Finistère, Laetitia Saint-Paul du Maine-et-Loire, militaire de carrière ou Stanislas Guerini, Parisien et petit patron d’une société d’entretien de linge, on en passe et des très intéressants…

Pas d’angélisme, toutes les classes sociales ne sont pas encore représentées parfaitement, mais l’arrivée de nombreuses femmes, avec du vécu professionnel au lieu d’années passées à traîner leurs fonds de jupes sur les sièges de velours rouge de l’Assemblée, va profondément modifier la vie parlementaire.

Autre bonne nouvelle pour Macron, avec 361 élus il dépasse confortablement le seuil fatidique des 289 députés et pourra voter sans souci les lois qu’il souhaite. Car les 51 sièges obtenus par le MoDem et assimilés ne vont pas constituer une minorité de blocage. Il va donc s’offrir le luxe de tenir quelque peu à l’écart l’arrogant Bayrou qui est persuadé – il est bien le seul ! – avoir une grande part dans la victoire de Macron. Les troupes du Béarnais logeaient dans une cabine téléphonique mais grâce à cet opportun ralliement au Président de la République, le Modem va empocher près de dix millions d’euros de l’État et retrouver quelques couleurs. Quand on vous dit que la politique, c’est avant tout une affaire de convictions…

Insoumis et communistes vont se faire entendre

André Chassaigne, député communiste de conviction, très apprécié de ses collègues.

Enfin la très bonne nouvelle sera la présence de 16 élus de la France Insoumise et de 10 élus communistes qui ont déjà annoncé qu’ils ne céderaient pas un mètre de terrain dans le combat social qui s’annonce. Le député communiste du Puy-de-Dôme André Chassaigne était un parlementaire écouté de tous lors de la précédente mandature. Nul doute que lorsqu’il prendra la parole puis la donnera à François Ruffin, le réalisateur du documentaire « Merci patron ! » qui n’a pas du tout l’intention de la jouer « Merci Macron ! », ça va swinguer à l’Assemblée. Ruffin a des valeurs et pour l’avoir connu, il y a près de vingt ans, quand il était étudiant au Centre de Formation des Journalistes, je suis sûr que celui qui le fera marcher au pas et dire ce qu’il ne pense pas, même si c’est Jean-Luc Mélenchon, n’est pas encore né.

Anecdote révélatrice du personnage, très en phase avec la classe ouvrière qui crève la dalle autour d’Amiens, le trublion a décidé de ne s’octroyer que le SMIC et de reverser le reste de son indemnité aux œuvres sociales locales. Le panache !

Nous voilà donc avec une Assemblée nationale bien plus intéressante que prévue, même si les godillots qui lèveront le doigt uniquement quand on leur donnera l’autorisation, ne vont pas manquer. Emmanuel Macron, qui avait annoncé avant les législatives que le pire pour lui serait d’avoir une Chambre à ses ordres, va dont être servi et les débats de devraient pas manquer de tenue.

Reste pour lui à bien interpréter cette élection et à ne pas faire l’erreur commise par Chirac en 2002 qui avait méprisé le vote de gauche qui s’était porté sur lui face à Jean-Marie Le Pen. Si l’abstention s’élève à 56,83%, record absolu de la Ve République, ce n’est pas uniquement parce que nous sommes en période de canicule. Beaucoup ont hésité entre le vote blanc et l’abstention pure et simple. Sur 42859 votants à Biarritz, les volontaires chargés du dépouillement ont comptabilisé 4887 bulletins blancs (plus de 10%), ce qui est énorme au vu des taux d’abstention.

Alors oui, Macron a fait de bons débuts, oui Macron a fait blanchir les phalanges de Trump et traité d’égal à égal avec Poutine. Mais Macron, malgré ses idées novatrices et sa rafraîchissante vision d’une France « jupitérienne », reste minoritaire dans son pays. Il devra désormais convaincre les réticents qui redoutent une dégelée ultra-libérale et ce ne sera sans doute pas le plus facile.

Il faut sauver Roger-Viollet

Anne Hidalgo profite de la période électorale pour tenter un mauvais coup sur un fonds historique de 12 millions d’images. Mobilisation exigée !

Manifestation sur le parvis de l’hôtel de ville. (Photo Dominique Danne)

Ancien rédacteur en chef en charge de la photographie à L’Équipe, Dominique Danne reste un passionné absolu de l’image. Il nous fait parvenir ce texte que nous partageons bien volontiers avec les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque !

 « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle », affirme le proverbe.  Alors que dire quand une agence photo de renommée mondiale comme Roger-Viollet est en danger ? La ville de Paris actionnaire principal, aurait décidé après 79 années d’existence de fermer l’agence, sur décision de Bruno Julliard, premier adjoint au maire chargé de la culture.

La mission de l’agence est de diffuser, numériser, sauvegarder les fonds photographiques des musées et bibliothèques municipaux et de les mettre à disposition de la presse, édition, télévision …un fonds de 12 millions d’images dont les plus anciennes datent du XIXe siècle.

Ce fond contient des images de Paris à toutes les époques, les deux guerres mondiales, les grands travaux haussmanniens. Les solutions envisagées par la Mairie de Paris pour faire des économies seraient une diminution drastique des activités des activités de l’agence « Roger-Viollet, la Parisienne de photographie », voire la fermeture de l’agence ce qui mettrait 35 personnes hautement qualifiées au chômage.

Il faut vous faire une photo ?

Dominique Danne

Bru-Arosteguy, le choix désolant

Duplicité, reniements, absence de convictions, les deux candidats qualifiés pour le second tour, incarnent tout ce que les Français ne veulent plus en politique.

Ce premier tour des législatives le démontre : si un pottok revêtu d’une casaque EN Marche s’était présenté, il se serait retrouvé à coup sûr en tête pour le second tour. Mais les élites pensantes qui entourent le nouveau Président de la République auraient bien tort de plastronner. Voter Macron à la présidentielle pour faire barrage au Front national était une chose, voter pour Macron et ses idées une autre. Si plus de la moitié des électeurs inscrits n’a pas participé à ce premier tour des législatives, record historique de la Ve République, ce n’est pas uniquement par négligence ou par passion soudaine pour la pêche à la ligne, mais par refus de la partie qui est en train de se jouer. Et ce n’est pas l’accablante soirée électorale d’hier soir qui va leur faire réviser leur jugement.

La morgue de l’homme qui vole les mutualistes

Prenez par exemple le cas du nouveau ministre de la Cohésion des Territoires, Richard Ferrand, arrivé en tête dans la 6e circonscription du Finistère, ce qui laisse pantois quand on songe à ses actuels ennuis judiciaires. Cet homme, on ne le souligne pas assez, n’a pas utilisé à son profit les bénéfices d’une entreprise privée, mais l’argent versé par des mutualistes qui hésitent à changer de lunettes ou à faire soigner leurs dents faute de moyens. À sa place, maintenant que tout le monde sait qu’il a fait gagner 580 000 euros à sa compagne, on aurait rasé les murs. Mais ce n’est pas le genre de la maison, et on a eu droit à un chef d’œuvre d’arrogance de la part de l’ancien journaliste devenu ministre et se permettant d’admonester ses confrères « Malgré vos efforts méritoires, je constate que les Finistériennes et Finistériens m’ont réitéré leur confiance à hauteur de presque 34% (…). Je vous ai parlé un peu tard, parce que je voulais, moi, vérifier les informations avant de vous parler. Vous savez, c’est un vieux tic. Ce serait bien que vous en preniez de la graine. »

Voilà un homme qui n’est resté en place que parce qu’il sait tout des montages financiers de la campagne d’Emmanuel Macron et qui la ramène sans vergogne. C’est donc cela la nouvelle politique, prétendument incarnée par En Marche ?

Le « citoyen » Bayrou, contrebandier devenu douanier

Et que penser du « citoyen » Bayrou qui pérore et laisse éclater sa joie pour « ce jour historique » dans Sud Ouest. On dit que les anciens contrebandiers font les meilleurs douaniers. Dans ce cas-là, le ministre de la Justice était effectivement l’homme qui s’imposait pour moraliser la vie publique, car il n’est guère une combine où le MoDem n’ait trempé ces dernières années, comme le prouve l’enquête sur les emplois fictifs des assitants parlementaires au Parlement européen. Et voilà que cet homme, comme au bon vieux temps du général de Gaulle, appelle Radio France pour se plaindre du travail des journalistes. Et pris la main dans le sac, ou plutôt le portable vissé à l’oreille, il affirme avoir agi en « simple citoyen ». Un peu comme si le simple citoyen Veunac et le simple citoyen Marcel-le-cantonnier se décidaient à appeler en même temps le préfet. Devinez-qui serait pris au téléphone et qui serait éconduit ?

Pauvre 6e circonscription !

Et puisqu’on en est en plongée dans les bas-fonds de la politique française, prenons le masque, les palmes et la bouteille d’oxygène avant de nous intéresser à cette pauvre 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, qui méritait mieux qu’un duel Bru-Arosteguy au deuxième tour. Vous vous frottiez déjà les mains à l’idée d’un Peio Etcheverry-Ainchart, d’une Sophie Bussière ou d’un François Amigorena à l’Assemblée nationale ? Bienvenue en vieille politique, et contentez-vous de deux tâcherons sans foi ni loi, qui ont systématiquement renié leurs engagements, l’un n’hésitant pas à prendre position contre le mariage pour tous, tout en expliquant en 2017 qu’il regrettait depuis 2014 (Bonjour l’homme d’action !) d’avoir signé la pétion des maires de France, l’autre passée par l’UDI avant de chercher les courants ascendants chez Les Républicains, défendant Fillon au-delà de toute raison et  ne voyant aucune raison d’appeler entre les deux tours à faire barrage à Marine Le Pen dans le seul but de cajoler son très droitier électorat. Et c’est un de ces deux-là que vous imaginez, la semaine prochaine, franchir la porte de l’Assemblée nationale pour nous représenter ? Pour ma part, ce sera vote blanc. Et quant à ceux qui auraient la tentation de se prononcer en faveur de l’un ou l’autre des candidats, sachant qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire, cotisez-vous pour offrir au nouvel élu « La science politique pour les Nuls » afin qu’il ne nous fasse pas trop honte.

Oubliez les élus godillots, votez Capdevielle

La fête est finie et maintenant qu’il sait pouvoir compter sur une majorité, c’est un tapis de bombes que nous prépare Macron avec ses réformes du Code du travail ou du régime des retraites. Pour cette raison, on ne peut que souhaiter la présence d’un maximum d’opposants dans une Assemblée qui va marcher au pas. Bonne nouvelle donc que le score de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, même si le parachutage était plutôt détestable.

Dans la 5e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, qui peut se réjouir de la course en tête d’une Florence Lasserre-David, élue depuis seize ans mais diaphane et sans consistance, face à une Colette Capdevielle, députée pugnace et travailleuse, qui ne s’en laissera pas compter face à un Emmanuel Macron qu’elle apprécie à titre personnel, ce qui ne l’a pas empêché de rester fidèle à son parti ?

La moralisation de la vie publique, la transparence, une présence sans faille à l’Assemblée, il y a longtemps que la députée sortante se l’applique à elle-même. Et face à elle, une élue qui ne s’est jamais distinguée par une proposition originale à Anglet ou au conseil départemental et qui, sans doute visitée par la grâce et le saint-esprit macronien, brillerait subitement au niveau national ? Restons sérieux.

Alors si vous pensez que le suffrage universel, au-delà des étiquettes, est l’occasion de reconnaître le travail et le talent, nul doute possible…

Pour rester crédible, Macron doit virer Ferrand

Montrer ses muscles aux présidents étrangers, c’est très bien. Mais la cohérence impose aussi de savoir écarter ses proches quand ils sont en tort.

Et encore un faux-cul de première ! Richard Ferrand s’était montré très sévère pour les élus qui font travailler leur famille. Il savait de quoi il parlait.

La droite a beau s’égosiller pour faire oublier ses turpitudes passées, l’affaire Ferrand ne sera jamais l’affaire Fillon, l’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy ayant battu une sorte de record national de la cupidité et continuant à faire des siennes puisqu’il refuse de rendre à son parti les trois millions d’euros récoltés par son mouvement pendant la campagne.

Richard Ferrand, le premier soutien socialiste d’Emmanuel Macron, devenu ministre de la Cohésion des territoires, n’avait pas eu de mots trop durs pendant la campagne présidentielle pour dénoncer les emplois familiaux et cette affaire Fillon qui « souille tous les élus de France ». L’homme savait visiblement de quoi il parlait, puisque il a employé pendant six mois son fils de 23 ans comme assistant parlementaire pour un total brut de 8704 euros et fait gagner en 2011 à sa compagne un petit pactole de 500 000 euros en lui proposant une juteuse opération immobilière avec Les Mutuelles de Bretagne qu’il dirigeait alors.

Une compagne avocate et non agent immobilier

Contrairement à Pénélope, les traces du travail du fiston ont été très faciles à établir et pour l’affaire immobilière le parquet de Brest a estimé qu’il n’y avait pas matière à poursuivre. Mais est-ce suffisant, alors qu’une loi sur la moralisation de la vie publique se prépare, pour accepter que Richard Ferrand poursuive ses fonctions de ministre ?

Imaginez votre réaction si vous souhaitez acheter un appartement à Biarritz et que quelqu’un vous propose à la vente un bien dont il n’est pas encore propriétaire. Vous seriez plutôt réticent, mais ce genre d’acrobaties immobilières n’a pas gêné Les Mutuelles de Bretagne.

Maître Alain Castel, ancien bâtonnier de Brest, qui avait supervisé l’opération à l’époque, déclare dans Le Parisien (29/5) avoir été « choqué » par cette transaction qui pour lui « relève de l’enfumage ». Rappelons les faits. Les Mutuelles de Bretagne cherchent de nouveaux locaux. La compagne du directeur Richard Ferrand, Sandrine Doucen, avocate de son métier et non agent immobilier comme on pourrait l’imaginer, propose un local qui ne lui appartient pas encore par l’intermédiaire de la Saca, une Société Civile Immobilière qu’elle n’a pas encore constituée. Sûre de revendre son bien, elle peut donc emprunter à 100% la somme nécessaire, rembourser presque instantanément et faire en quelques années un bénéfice de 586 000 euros selon Le Canard enchaîné du 24 mai.

Comme le dit maître Castel, « la vraie question, c’est pourquoi Richard Ferrand n’a pas fait acheter l’immeuble par la mutuelle. C’était l’intérêt de celle-ci ».

Volonté de faire un cadeau discret au jeune couple, volonté d’offrir à un directeur particulièrement performant aux dires de tous une prime conséquente sans susciter la grogne des syndicats, la fiscalité des entreprises étant beaucoup moins douloureuse que celle des particuliers… toutes les hypothèses sont permises puisqu’à ce jour aucune enquête n’est en cours, même si pour maître Castel « le dossier mériterait au moins des investigations complémentaires ».

La posture ne suffit pas

 Rien d’illégal donc, mais est-ce tout à fait moral pour un politique qui occupe maintenant le premier plan ? Emmanuel Macron réalise un très bon début de mandat. Comme l’écrit Jacques-André Schneck dans son blog politique « Souvenons-nous de sa phrase : « Ce qui manque aux Français, c’est la figure du roi ! ». Il fallait oser, mais il est en pleine cohérence et pour l’instant dans le sans faute ! Moi, il me bluffe ! » Sans être aussi enthousiaste que mon voisin de droite, force est de constater qu’il a su se couler dans le costume présidentiel avec une aisance que n’a jamais eu pendant cinq ans notre ancien capitaine de pédalo, François Hollande. Mais la politique est cruelle, avec ses bonnes et mauvaises séquences. Capable de se montrer brutal avec Trump, Macron s’est montré un peu trop conciliant avec Bayrou comme le prouvent les désastreuses investitures dans notre département, où le « roi du Béarn » a dû faire les fonds de placards centristes pour trouver des candidats à peine présentables comme Vincent Bru, grand pourfendeur du mariage pour tous.

La vie politique est faite de postures, à l’image de la poignée de mains devant caméras entre chefs d’états, mais aussi de fond. Si Emmanuel Macron en évoquant une imminente moralisation de la vie publique n’est que dans la posture et le jet de poudre de moralité aux yeux des électeurs jusqu’à l’obtention d’une majorité au Parlement, il a raison de garder son vieux complice Richard Ferrand. Mais s’il veut vraiment rénover en profondeur les mœurs politiques, alors il doit donner l’exemple et sacrifier son ministre qui n’en a pas fait plus que bien d’autres, mais qui a le tort de se trouver sous les feux de la rampe à un moment où les Français n’en peuvent plus de la goinfrerie et du mélange des genres sans limite des politiques qu’ils élisent.

Car s’il faut attendre que Richard Ferrand fasse passer les convictions et le respect du mouvement En Marche pour lequel il militait si ardemment pendant la campagne présidentielle, avant les ors de la République et l’ivresse ministérielle, il est bien évident que les Français risquent de poireauter durablement. « Il n’y avait pas de conflits d’intérêts » répète Ferrand sur tous les tons. Ah, bon ? Et moi qui croyais que l’argent versé par les cotisants à leur mutuelle était destiné à les protéger de la maladie et non à améliorer l’ordinaire d’un jeune couple…