Et la fin de l’histoire ?

Face à un journalisme de plus en plus désinvolte, le lecteur doit pousser un coup de gueule. (Chronique publiée dans Mediabask, le 27 juin)

Il faut croire que désormais les écoles de journalistes n’envoient plus leurs étudiants en stages d’été dans des quotidiens régionaux mais en estive auprès de bergers pyrénéens qui leur inculquent le comportement moutonnier.

Nous avons tous été émus par la noyade aux Sables-d’Olonne de trois sauveteurs en mer partis en pleine tempête à la recherche d’un marin pêcheur, Tony Guilbert, et de son chalutier « Le Carrera ». La coque retournée du « Jack Morisseau », le bateau des sauveteurs, la détresse des quatre rescapés, le numéro compassionnel de Macron, nous avons l’impression de n’avoir rien raté.

Les plus audacieux comme BFM ou France Info se sont même aventurés à interviewer la femme du disparu qui a estimé que son mari était toujours « très prudent en mer » ou deux apprentis formés par le marin-pêcheur qui gardaient un « très bon souvenir » de leur ancien patron.

Et tous les moutons-journalistes de rentrer dans leur bergerie-rédaction avec le sentiment du devoir accompli. Mais qui va leur expliquer qu’une histoire, ça a une fin ?

Autant le financement libyen de la campagne électorale de Sarkozy en 2007 n’est pas à la portée du premier journaliste-stagiaire venu, autant il n’était pas très compliqué de poser quelques questions à Saint-Georges d’Oléron où vivait le marin présumé imprudent.

Trois lectures de la même histoire sont en effet possibles. Soit, nous avons affaire à un drame de la misère, l’homme n’arrivant pas à joindre les deux bouts avec sa pension de retraite famélique et se retrouvant obligé de prendre tous les risques pour survivre. Soit, le responsable de cette catastrophe est un mordu de pêche qui ne peut se passer de sa dose d’adrénaline et qui ne rêve de crevettes que les jours de tempête. Soit, nous sommes en présence d’un Harpagon du chalut qui thésaurise son argent, malgré son âge avancé, en se moquant des risques qu’il fait courir aux autres. Vous pouvez chercher, vous ne trouverez nulle part les réponses à ces interrogations simples, que ce soit sur Internet ou dans la presse locale. Mes aimables confrères ont plié les gaules, si l’on peut dire, sans démêler les filets autour de ce drame et sans chercher à appâter quelques voisins avides de se confier.

Même désinvolture avec la légion d’honneur initialement décernée aux trois sauveteurs noyés, avant que l’Élysée ne se ravise et ne pousse la générosité jusqu’à médailler aussi les quatre survivants. Qui a eu l’intelligence de souffler à l’oreille d’Emmanuel Macron qu’il était le président des vivants tout autant que des morts ? Nous n’en saurons rien non plus dans ce qui devient un exercice de désinformation chronique.

Et c’est là qu’on constate qu’on perd décidément beaucoup d’esprit critique avec l’âge. Amusez-vous à lire le début de Cendrillon à vos enfants sans leur raconter si à la fin le carrosse va redevenir citrouille à minuit et vous m’en direz des nouvelles !

Pas comme ces journalistes qui nous prennent de plus en plus pour des courges…

 

Pour la SNCF, les premiers sont les derniers

Quand une simple panne transforme un wagon de première classe en concentré d’inhumanité… Plongée pendant près de six heures dans un sketch des Deschiens.

Entre la publicité sur Twitter et la réalité, il y a comme un rail d’écart…

Ne dites plus TGV, terme définitivement ringard, mais TGVQÇM, Train à Grande Vitesse Quand Ça Marche… C’est d’ailleurs pour cela que la SNCF qualifie ses TGV d’Inouï tellement on est surpris quand on arrive à l’heure. Mardi 27 juin, la SNCF, cette vieille dame qui était si ponctuelle quand elle était jeune, a réussi un Bordeaux-Biarritz en six heures, soit le temps que mettrait un cycliste à peine honorable pour relier les deux villes.

Heureusement grâce à ce contretemps, j’ai enfin pu dissiper un mystère qui m’intriguait depuis de longs mois. Détenteur d’une carte senior, comme nombre de plus de soixante ans, habitué à prendre mes billets sur Internet, j’avais remarqué que très souvent le billet proposé était moins cher en première classe qu’en deuxième. Je sais désormais pourquoi.

Seuls les chiens se tiennent bien

Petit mouvement de recul quand j’arrive à Bordeaux en voiture 12, place 33 : il y a beaucoup de chiens à poils longs et de seniors à poil blanc dans ce wagon de première, mais j’ai emmené de quoi travailler. Les premiers kilomètres me font vite comprendre que ça va être difficile.

Entre mamie qui raconte ses vacances en Tunisie sans avoir conscience que tout le wagon l’entend et papy qui justifie auprès de son épouse sa mauvaise haleine en expliquant qu’il se « brosse régulièrement les dents mais a un problème gastrique », il n’est pas simple de préparer un article pour Bisque, Bisque, Basque ! alors que vous avez le sentiment d’être immergé dans un sketch des Deschiens. En fait, les seuls qui se tiennent bien, malgré la chaleur sont les chiens, les vrais, qui la ferment et le museau entre les pattes attendent que ça se passe, tandis qu’on rêve de mettre une muselière à leurs maîtres.

Il confond Morcenx et… Marseille !

Ayant compris que je ne réussirai pas à travailler, je sors un excellent bouquin. C’était sans compter sur l’impondérable de Morcenx. Le TGV ralentit puis s’immobilise en pleine voie. On nous annonce qu’une caténaire vient d’être arrachée.

Pas de ola, mais la java des seniors.

Et là, sans s’occuper le moins du monde des règles de bienséance, chacun des ancêtres de dégainer son portable et de téléphoner à haute voix dans le wagon. « On va être en retard ! Y’a un container (sic !) qui est tombé sur la voie entre Marseille (resic !) et Dax » Juste à côté : « Du melon et une salade de tomates, ça ira très bien » Un autre qui appelle toutes les deux minutes en fonction des nouvelles annonces de la SNCF : « Cette bande d’incapables annonce une arrivée à Biarritz à 20h 02… Non, 20h10… Non 20h15 » tandis que son épouse le tarabuste : « Va vite chercher de l’eau avant qu’il n’y en ait plus »

Presque six heure en compagnie de Deschiens de première classe, ça peut être très long.

Heureusement, pendant ces quatre heures d’attente quelques intermèdes comiques viennent agiter ce wagon transformé en Ephad en folie. Je ne suis pas près d’oublier le fou-rire de mes deux voisins anglais en entendant la chef de bord se débattre avec la langue de Shakespeare. Trop courte récréation avant les rouspétances incessantes : nous sommes dans un wagon climatisé, de l’eau nous a été distribuée, mais au lieu de rester calme, le club du troisième âge s’agite et récrimine sur la SNCF, sur le monde qui n’est plus ce qu’il était et sur « l’absence de politesse des jeunes », propos tenus sans rire par des gens qui ont manifesté une goujaterie, un sans-gêne et un manque d’éducation absolu pendant tout le voyage.

Agacé, dans l’impossibilité de lire, je pars finalement me réfugier dans un wagon de seconde classe où d’un seul coup je retrouve la vraie vie : des gens chaleureux et discrets qui s’amusent de la situation et font contre mauvaise fortune bonne humeur. Mon nouveau voisin me propose de l’eau à mon arrivée avant de replonger avec discrétion dans le film qu’il regarde sur sa tablette. Tout me parait d’un seul coup luxe, calme et volupté, loin très loin des affreux sales et méchants que je viens de côtoyer trop longtemps.

C’est décidé, la prochaine fois que je prends le train, je casse ma tirelire et je m’offre une place un peu plus onéreuse… en seconde !

 

Ce que je dirais à Macron s’il écoutait au lieu de parler

Sans surprise le grand bla-bla national tourne au show présidentiel.  Mais en ignorant les messages initiaux des gilets jaunes,  le Président de la République commet une lourde erreur.

Les forts en thème sont ainsi faits qu’après leur réponse vous ne comprenez même plus la question que vous avez posée. Dans le genre bête à concours, difficile de faire mieux qu’Emmanuel Macron, qui de show télévisé devant les petits maires, en plan communication où il arrive « à l’improviste » avant de s’asseoir « spontanément » à côté d’un gilet jaune, réussit petit à petit à détourner l’opinion publique des revendications initiales des gilets jaunes. Ces revendications qu’il ne veut à aucun prix satisfaire.

Puisque le grand bla-bla national se limite donc à la parole d’un seul, avec beaucoup de fumée et pas grand-chose derrière, Bisque, Bisque, Basque ! va se faire un plaisir de rappeler au prestidigitateur national les demandes fondamentales qu’il veut à tout prix faire disparaître sous le tapis.

La révolte des nouveaux pauvres

En pulvérisant le code du travail, Macron a précipité dans la précarité des milliers de Français supplémentaires. Désormais les femmes de ménage qui se lèvent à l’aube pour redonner un peu de lustre aux entreprises, ne sont plus des salariées classiques, mais -miracle de la linguistique ! – des « techniciennes de surface » ! -, dotées d’un statut d’auto-entrepreneur. Est-il normal, alors que la France est la cinquième puissance économique mondiale, que des salariés à plein temps ne puissent arriver à nourrir leurs enfants ? Est-il logique que quelqu’un qui travaille trente-cinq heures par semaine perde de l’argent, avec ses frais de garde d’enfants et d’essence, par rapport à quelqu’un qui reste tranquillement chez lui ? Comment en touchant le salaire minimal peut-on se loger dans une grande ville où le moindre studio se loue 600 euros ? Ce sont ces travailleurs pauvres, n’ayant jamais fait de politique pour la plupart, qui ont envahi les ronds-points.

En réponse à leur désespoir, Macron et Philipe ont rusé, finassé, bricolé des mesures dilatoires qui ne concernent que quelques-uns. Une hausse immédiate et importante du salaire minimal est la seule solution pour que « travailler » ait un sens. Les politiques, les économistes vont hurler à la folie… comme à chaque fois ! Augmenter chaque année des dirigeants, parfois exilés fiscaux, parfois auteurs de catastrophes industrielles, est une évidence pour ces politiques et économistes, mais augmenter le peuple, quelle horreur ! Pourtant à chaque fois de notre histoire où la rue a obtenu quelque chose, on nous a prédit les pires catastrophes et à chaque fois cet appel d’air dans les porte-monnaie les plus légers a relancé la consommation du pays.

La goinfrerie de l’État

Sans surprise, Édouard Philippe a joué la même partition que le Président.son maître,

Des produits de première nécessité comme l’eau, le pain, les œufs, les pâtes ne sont pratiquement pas taxés pour que chacun puisse y avoir accès, ce qui est parfaitement logique. Mais quand on organise la désertification des campagnes, quand on laisse les plus pauvres s’installer dans les périphéries lointaines sans aucun moyen de transport possible, comment l’État peut-il se goinfrer à un tel niveau de taxes sur l’essence ? Il faut être un homme politique avec chauffeur pour ne pas se rendre compte de la révolte que peuvent ressentir ces Français qui travaillent toujours plus pour toujours moins d’argent. Et malgré tous ces signaux, nos politiques continuent encore et encore à pressuriser les mêmes… comme l’entourage de Louis XVI l’a fait avant 1789.

Tous les Français ont compris que la rapacité fiscale de l’État peut être sans limite. Récemment le Canard enchaîné nous apprenait que l’électricité est désormais taxée à 54%, ce qui signifie que nombre de Français ne peuvent plus se chauffer tant la facture énergétique est lourde. Savent-ils ces élus godillots qui votent sans hésitation le matraquage fiscal, ce que cela signifie d’avoir froid, d’avoir faim et de ne pas pouvoir offrir des cadeaux à ses enfants en fin d’année ? Dans un pays qui est prospère comme le nôtre, il est indécent de voir l’écart entre les plus riches et les plus pauvres ne cesser de croître.

La fin des privilèges

Avec un art consommé de prestidigitateur qui sait détourner le regard du public de l’essentiel, Macron, à chaque fois qu’il est interrogé sur la suppression de l’ISF ou sur le statut des hommes politiques, botte en touche en affirmant que ce sont des mesures qui ne rapporteront pratiquement rien à l’État. Le Président de la République est pourtant suffisamment érudit pour savoir que les symboles font parfois l’histoire. Louis XVI aurait pu garder la tête haute, plutôt que de finir dans le panier de son, s’il avait compris que le tiers-état n’en pouvait plus de crouler sous des taxes dont étaient exemptées la noblesse de robe ou d’épée. L’impôt sur la fortune est peut-être une mesure symbolique, mais elle est nécessaire pour donner un sentiment de justice fiscale et doit être rétablie d’urgence si Macron veut se débarrasser de l’étiquette « Président des riches ».

De la même façon, vous avez tous admiré la suavité avec laquelle les politiques estiment que ce n’est pas la question quand on évoque leur statut si particulier.

Quand un salarié a plusieurs activités, il paie des impôts sur l’ensemble de ses revenus. Pourquoi un élu, lorsqu’il a plusieurs mandats, paie-t-il un prélèvement à la source sur chaque indemnité séparément, ce qui l’amène à verser la moitié, voire beaucoup moins, que le contribuable ordinaire tout en bénéficiant d’un régime de retraite on ne peut plus favorable ? Si les élus contribuaient à même hauteur que les autres contribuables, sans doute seraient-ils plus attentifs aux taxes qu’ils votent.

De la même façon, alors que le salarié lambda va devoir justifier le moindre kilomètre parcouru s’il veut être remboursé par son entreprise, on ne voit vraiment pas pourquoi les indemnités de fonction des parlementaires sont octroyées sans contrôle. Quand le sénateur Didier Borotra n’allait pratiquement jamais au Sénat, au point de ne pas savoir dix-huit ans après son élection où était son bureau comme l’a démontré un reportage de M6, il n’avait aucun problème à salarier sa fille comme assistante parlementaire alors qu’elle vivait en Amérique du Sud (pratique fort heureusement interdite depuis) et à encaisser des indemnités de fonction, non imposables, alors qu’il n’avait quasiment aucun frais.

La candidature d’Ingrid Levavasseur aux Européennes sème la zizanie parmi les gilets jaunes, ce que souhaitait Macron.

Emmanuel Macron nous a fait croire en 2017 que la moralisation de la vie publique était sa préoccupation principale, avant de faire voter une réforme cosmétique qui ne s’applique même pas, contrairement à ses promesses de campagne, aux élus locaux. Ce détestable coup de marketing, il le renouvelle avec le grand débat national où il confisque la parole devant des petits maires apeurés – les seuls élus présentables qu’on ait pu trouver ! – sans chercher le moins du monde à changer quoi que ce soit aux privilèges de sa caste. Et il se frotte sans doute les mains en voyant Ingrid Levavasseur des gilets jaunes tenter de monter une liste aux Européennes, le plus sûr moyen de rendre ce mouvement inaudible. Mais que Macron ne s’y trompe pas. S’il continue à soliloquer sans prendre en compte les revendications exprimées, s’il continue à jouer les monsieur-réponse-à-tout sans chercher à réparer les injustices criantes, c’est une victoire à la Pyrhhus qui l’attend. Grand bla-bla national ou pas.

 

Gilets jaunes : les artistes s’en mêlent

Revisitant les événements qui agitent notre pays, Victor La Licorne met à disposition du public textiles et affiches pour manifester sa colère.

Le meilleur slogan du monde n’aura jamais la force d’une image. L’artiste biarrot Victor La Licorne que nous apprécions particulièrement à Bisque, Bisque, Basque ! l’a parfaitement compris et a transformé son actuelle indignation en images fortes. Ses illustrations politiques et revendiquées comme telles, étaient exposées sous le titre « La beauté dans la rue », vendredi 18 janvier au Newquay Pub à Biarritz, mêlant textiles et affiches de tous formats.

Dans l’univers de Victor La Licorne, que l’on peut suivre sur Facebook (https://facebook.com/VictorLaLicorne) et Instagram (www.instagram.com/victorlalicorne/), vous trouverez par exemple un Président de la République qui révèle son vrai visage dénué d’empathie, rappelant Jack Nicholson dans Shining, au dos d’un gilet jaune qui fera de vous le plus beau pour aller manifester.

À moins que vous ne préfériez cette image d’un ancien proche conseiller de Macron, se laissant aller à des violences policières dignes d’un CRS de mai 1968, alors que les forces de l’ordre nous expliquent encore ce matin fort benoîtement qu’elles ne peuvent se passer de flashball (Qu’en pense Lola, victime d’un tir tendu et d’une triple fracture de la mâchoire ?), cette « Benallisation des violences policières », visiblement assumée par le gouvernement mérite d’être dénoncée.

Heureusement, pour Victor La Licorne, l’amour a aussi sa place avec cette image revisitée d’un manifestant en fauteuil roulant embrassant une Marianne assise sur ses genoux et croyant à l’avenir même si les forces de l’ordre obscurcissent l’horizon.

Pour l’artiste biarrot, il ne fait pas de doute que « L’amour vaincra ». Ce point de vue sera-t-il partagé par tous ceux qui seront dans la rue encore aujourd’hui, qu’ils soient en gilets jaunes ou en casques noirs et matraques ?

Les affiches sont à retrouver chez Blackbird Biarritz, avenue de Verdun, ou directement sur le Facebook et Instagram de l’artiste. N’hésitez pas à le suivre, il paraît qu’une mise aux enchères du fameux gilet jaune « macronisé » aura bientôt lieu et que l’argent servira aux victimes du mouvement ! Bravo !

 

 

 

Gouvernement pyromane et médias aux ordres

Pourquoi les médias, concernant Christophe Dettinger et Didier Andrieux, utilisent des vidéos tronquées alors que d’autres sont beaucoup plus édifiantes ? Pourquoi le gouvernement attise les haines et fait deux poids deux mesures ?

Devinette : Trouvez celui qui est le vrai boxeur et celui qui pose pour la photo.

En 2014, celui qui n’était alors que maire du Havre, s’était laissé filmer par son condisciple Laurent Cibien dans une salle de boxe en compagnie du champion de kick-boxing Jérôme Le Banner. Disons-le tout net, avec ses petits bras en allumettes et sa silhouette maigrelette, le « guerrier » Édouard Philippe prêtait un peu à sourire. Même sentiment hier soir sur TF1, en voyant celui qui est devenu Premier ministre faire un prévisible numéro de fermeté et annoncer que le gouvernement allait se montrer impitoyable avec les casseurs. La parole du « boxeur » Édouard Philippe serait crédible si le gouvernement décidait de traiter avec équité tous les fauteurs de troubles, ce qui n’est pas le cas. Pour parodier La Fontaine : « Selon que vous serez gilet jaune ou commandant de police »…

Un boxeur qui défend une femme avant de se rebeller

Prenons le cas de Christophe Dettinger, cet ancien boxeur professionnel filmé en train de frapper un CRS. Tous les médias chez qui les syndicats policiers ont table ouverte (BFM, TF1, Le Figaro…) se sont contentés de deux brèves séquences. L’une où l’on voit ce grand gaillard manifestant à visage découvert frapper un policier au sol et l’autre où il affronte avec un certain courage – et beaucoup plus de style qu’Édouard Philippe ! – un CRS casqué et armé d’une matraque. Les torts de l’homme semblent accablants. Ce qui est ennuyeux, c’est que d’autres vidéos, disponibles sur Youtube en un clic et quelques secondes de recherche, montrent la véritable histoire, celle que les médias aux ordres se gardent bien d’utiliser.

https://www.youtube.com/watch?v=-NTwurUqUwo

Acte 1.- Christophe Dettinger manifeste tranquillement sur la passerelle Léopold Senghor, en compagnie de sa femme et d’un ami. Avec sa haute silhouette et son bonnet noir, on le voit au sixième ou septième rang, lorsque la situation se durcit. Un mouvement de foule et il se retrouve gazé en plein visage par un CRS, alors qu’il n’a strictement rien fait.

Acte 2.- Une femme est projetée à terre juste à côté de lui. Alors qu’elle tente de se protéger la tête, un CRS la frappe. C’est ce même CRS, mis à terre par un autre manifestant, qui se fait frapper par le boxeur. Cette vidéo a été visible quelques heures sur le site du Parisien. Curieux hasard, elle n’est plus accessible.

Acte 3.- Fou de colère, Dettinger saute de la passerelle supérieure pour rejoindre la partie inférieure qui mène aux berges de la Seine et frappe un policier. Comme le dira celui qui est devenu fonctionnaire territorial à Massy et qui manifestait à visage découvert, « J’ai vu la répression, la police nous gazer, j’ai vu la police faire mal à des gens avec des flashballs, j’ai vu des retraités se faire gazer, j’ai vu plein de trucs ». Puis de marteler, en conclusion, qu’il est un citoyen « lambda »« Je travaille, j’arrive à finir mes fins de mois mais c’est compliqué. Je manifeste pour tous les retraités, pour le futur de mes enfants, pour les mères célibataires (…) J’ai la colère du peuple qui est en moi. Les présidents, les ministres, l’État, se gavent sur notre dos. C’est toujours nous, les petits qui payons. Moi quand j’entends « les gueux », les « sans dents », je me sens concerné ». Voilà l’homme que les médias ont présenté comme un dangereux délinquant, en se gardant bien de raconter l’incident dans sa totalité !

Benalla, Andrieux même combat

Passons maintenant à Toulon et au délicieux commandant Didier Andrieux, décoré de la Légion d’honneur. Peu avant la remise de sa médaille, il avait cassé le nez d’un major de sa compagnie mais avait toujours affirmé qu’il « visait une armoire » (Celle-là, il fallait oser !). Et que voit-on sur la vidéo ? Un homme noir qui a été interpellé et qui attend calmement qu’on l’embarque se faire frapper à trois reprises sans sommation par le colérique commandant. Ce dernier, n’ayant visiblement pas épongé sa bile, s’en prend ensuite à d’autres manifestants avec la même violence. Comme dirait Coluche, c’est terrible la police, au bout de cinquante réprimandes, on risque un blâme.

https://www.youtube.com/watch?v=CnUR-mqMNYo

Un chef d’entreprise, dans le Var, s’est offert quelques ironiques panneaux de publicité.

Ce gradé colérique n’est visiblement pas fait pour diriger des opérations de maintien de l’ordre, mais Édouard Philippe n’a pas semblé très ému par la situation, hier sur TF1. Tandis que le boxeur, actuellement en garde-à-vue risque une lourde peine de prison, ce galonné puncheur se contentera d’être entendu par la police des polices.

Comment s’étonner ensuite que les gilets jaunes soient exaspérés ?

Une violence inégalée en France

Il aura fallu attendre l’acte VIII, samedi dernier, pour que les gilets jaunes manifestent enfin avec un service d’ordre délimitant le périmètre et empêchant les autonomes ou les pilleurs de s’infiltrer dans le cortège avant de se livrer à d’inadmissibles exactions. La CGT pratique ainsi depuis des lustres assurant la sécurité de ceux qui viennent manifester et… l’ordre public.

Les grenades de désencerclement doivent être lancées au sol pour minimiser les risques. Samedi, à deux reprises, les CRS les ont lancées dans la foule. Un miracle qu’il n’y ait pas eu de blessés graves.

Le gouvernement a délibérément joué le pourrissement et la décrédibilisation du mouvement. Les dégâts faits à des magasins, les coups assénés à des fonctionnaires sont inacceptables mais les journalistes auraient dû faire preuve d’un peu plus de curiosité lors des manifestations. Les imbéciles en gilets jaunes posant devant des voitures brûlées et embarqués par fournées pour être conduits au tribunal étaient à l’évidence des « puceaux » des manifestations ayant mal jugé de la situation et ayant suivi des casseurs aguerris qui ont su se replier à temps et ne pas se faire prendre. Comment les journalistes n’ont-ils pas dénoncé ce que n’importe quel spectateur pouvait voir devant sa télévision ? Des CRS multipliant les tirs tendus de flashball, souvent destinés à des passants étrangers à la manifestation. C’est ainsi que Lola à Biarritz a subi une triple fracture de la mâchoire alors qu’elle était en train de filmer la manifestation. Mais aussi, des policiers en civil quittant les rangs des manifestants après les avoir bien « chauffés » avant de rejoindre la police pour tirer sur ceux qu’ils côtoyaient peu auparavant. Il n’est pas scandaleux que des policiers s’infiltrent dans des manifestations pour repérer les casseurs. Mais le bon goût voudrait dans ce cas-là de s’abstenir d’agir ensuite avec les forces de l’ordre. Et surtout, beaucoup plus grave, un usage absolument interdit des grenades de désencerclement, cette arme de guerre que dénonce Amnesty International. Cette grenade a tué Rémi Fraisse et ne doit être utilisée qu’au sol et dans des conditions d’urgence absolue. Lors de la séquence sur la passerelle Léopold Senghor, on voit très nettement à deux reprises les CRS lancer ce type de grenades au-dessus de la foule. Avec le risque de faire un carnage. Les fonctionnaires fautifs doivent être sanctionnés de la même manière que les casseurs. On prend les paris qu’il n’en sera rien ?

Les incidents multiples, la verbalisation des gilets jaunes installés sur des ronds-points pour « entrave à la circulation » montrent cette volonté de fermeté du gouvernement. Mais la fermeté ne peut aller sans la justice. Les vœux de nouvel an totalement hors sol de Macron ont démontré que ce gouvernement ne maîtrise plus rien. Le ridicule saupoudrage à l’égard des plus démunis face à des injustices de plus en plus répétitives, la volonté de ne pas aller chercher l’argent là où il est, c’est-à-dire chez les plus riches, le prélèvement à la source pour les salariés mais pas pour les entreprises et ce sentiment que ce gouvernement de pompiers pyromanes fait tout pour attiser la colère populaire, vont finir par nous conduire au désastre.

Les médias, avec des airs de douairière compassée, ont déploré qu’un boxeur puisse utiliser son « savoir », en l’occurrence ses poings face à un fonctionnaire de police. Reproche-t-on à Macron d’utiliser ses neurones à mauvais escient face à des interlocuteurs qui en ont beaucoup moins que lui ? C’est pourtant ce qu’il fait avec ses petites phrases méprisantes et discriminatoires à l’égard des plus démunis.

Vite une VIe République un peu plus présentable, où la « noblesse électorale » ne s’accaparera pas tous les pouvoirs et tous les privilèges en méprisant les revendications légitimes des plus démunis.

Trois petits anges égarés au tribunal

 

Accusés d’avoir favorisé la sœur du maire, les trois élus dacquois ont fait un grand numéro au tribunal correctionnel de Bayonne. Une affaire qui rappelle celle de Sophie Borotra travaillant pour papa à la Cité de l’Océan.

De gauche à droite, André Drouin, adjoint aux Finances, Élisabeth Bonjean, actuelle maire de Dax et Gabriel Bellocq, maire de Dax au moment des faits.

Rien n’est plus touchant qu’un élu cherchant à convaincre le tribunal de sa bonne foi. Gabriel Bellocq, maire de Dax au moment des faits : « J’étais dans le décisionnel pas dans l’opérationnel » Sous-entendu, j’étais maire mais je ne savais pas ce qui se passait à l’Office de Tourisme. Élisabeth Bonjean, première adjointe à l’époque, devenue maire en 2016 : « J’étais en Nouvelle-Zélande à l’époque des faits. J’ai vaguement su que ma sœur postulait pour une mission à l’Office de Tourisme et ne m’en suis pas inquiétée plus que cela ». André Drouin, chargé des Finances, et supérieur direct de la directrice de l’Office de Tourisme : « Personne n’a dit que c’était sa sœur, mais personne ne l’a caché » Encore un élu spécialiste en sémantique et désinvolture publique !

Car, derrière les belles déclarations d’intention, les faits sont têtus. Revenue de Loire-Atlantique pour s’installer au Pays Basque, Joelle Burgau de la Tullaye, sœur d’Elisabeth Bonjean, avait crée une société d’import-export de produits australiens, nommé « Naturabilis ». Le chiffre d’affaires de cette société parle de lui-même. 1700 euros annuels en 2011, 16 000 euros en 2012 et 17 000 euros en 2013, années où un miraculeux contrat  de 25 916 euros hors taxes avec l’Office de Tourisme dacquois est venu arrondir les fins de mois, puis 1060 euros annuels en 2014.

Bien entendu, les trois élus cités n’hésitent pas à accabler les services et particulièrement la directrice de l’Office de Tourisme, « incompétente et seule décisionnaire pour les marchés de moins de 90 000 euros ». Cette fois encore, comme le rappellent le président Gérard Denard puis le procureur Samuel Vuelta-Simon, les faits mettent à mal les affirmations des prévenus. Six entreprises avaient postulé à l’appel d’offres de l’Office de Tourisme et c’est Naturabilis, la moins bien classée de toutes avec 23 points sur 100, qui avait remporté le marché.

Ils ont tout appris par voie de presse

À en croire le trio d’élus, la décision incombait aux services et ils ne s’en sont pas mêlés. Sauf que la police judiciaire chargée de l’enquête a recensé 427 SMS comminatoires et suaves d’André Drouin, adressés à la directrice de l’Office du Tourisme, du genre « Fais pas chier ! », « Et ce cahier des charges, il est rédigé ? », « Tu as l’impression que je t’impose quelque chose… » et ce magnifique « Si elle ne s’exécute pas, c’est moi qui l’exécute ! »

Visiblement, la directrice de l’Office du Tourisme a tout fait pour que Naturabilis n’obtienne pas le marché. « Je refuse de faire le sale boulot. Encore une magouille ! » écrit-elle à une collègue. Aux policiers qui l’interrogent, elle déclare : « Drouin m’a dit que je devais choisir cette offre et c’est tout ! ». La directrice raconte aussi « J’ai pris rendez-vous avec le maire. Il m’a reçu et donné l’ordre de signer dès le lendemain… Et que je ne m’avise pas d’être en arrêt maladie ! ».

 Gabriel Bellocq ne nie pas cette réunion avec la directrice mais, par malchance, sur tout ce dossier, il a la mémoire qui flanche : « Je n’ai jamais su avant l’attribution du marché que la lauréate était la sœur de ma Première adjointe. Ce n’est que cinq ans après que j’ai découvert par voie de presse ce qui m’a conduit ici ». Même trou de mémoire pour Élisabeth Bonjean : « J’étais destinataire en copie des messages concernant ma sœur, mais je reçois tellement de mails que je ne peux pas prêter attention à tout. J’ai tout découvert par la presse en 2017. J’ai peu de souvenirs précis et à aucun moment je n’ai été l’entremetteuse. »

Des arguments qui ne convainquent pas le Procureur de la République, Samuel Vuelta-Simon, qui au terme d’un réquisitoire tranchant – « Les trois prévenus ont sciemment faussé le jeu dans un marché public » – réclame pour favoritisme et prise illégale d’intérêt une condamnation à six mois de prison avec sursis, 30 000 euros d’amende et trois ans d’inéligibilité pour Gabriel Bellocq et Élisabeth Bonjean, trois mois avec sursis, 20 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité pour le second couteau André Drouin et 15 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité pour Joelle Burgau de la Tullaye.

Les quatre avocats des prévenus, après cette démonstration implacable du procureur, ont sans doute connu des jours d’audience plus faciles, même si, sans surprise, ils ont plaidé la relaxe de leurs clients, victimes d’un « complotisme judiciaire ». Et le malaise grandit quand maître Bellegarde, avocat de Gabriel Bellocq, se tourne vers l’assistance pour répéter à plusieurs reprises : « Est-ce que Gabriel Bellocq est stupide ? » Poser la question, maître, c’est parfois déjà y répondre.

Verdict le 5 mars 2019.

Tu n’es pas le bienvenu, Manu !

Mardi, les élus enamourés accueilleront le Président de la République dans un Biarritz barricadé. Mais bien peu de Biarrots se réjouissent du futur G7.

Photomontage extrait du blog « Les moutons rebelles »

Vous êtes sûrs que notre pays a connu une révolution et que les privilèges ont été abolis ? Pour ma part, je ne vois pas de différence significative entre ces nobles qui saccageaient les récoltes des paysans en chassant à courre, il y a plus de deux siècles, et ce Président qui va obérer la future saison touristique en décrétant que le G7 se tiendra à Biarritz en plein mois d’août. Même morgue de caste, même mépris des populations qui travaillent, même volonté de faire continuellement la leçon aux plus pauvres et d’épargner systématiquement les plus riches.

Emmanuel, la courtoisie républicaine voudrait qu’on se réjouisse de ta venue, mais tu manques tellement de courtoisie à notre égard qu’à l’impossible nul n’est tenu.

Lundi soir à la télé, tu nous as fait le grand numéro du bourgeois de Calais, ou plutôt du bourgeois du Touquet, en pleine repentance, mais qui peut te prendre au sérieux ? Pour justifier les cadeaux fiscaux destinés aux plus riches, suppression de l’ISF et Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU), tu as donné plus de quatre milliards à ceux qui, t’ont fait roi et tu te retrouves maintenant fort démuni pour distribuer des miettes quand les gilets jaunes sont dans la rue. Mais comme tu adores faire la leçon aux Français, tu continues à défendre ta « théorie du ruissellement », voulant que l’argent versé aux riches finisse par profiter aux pauvres. Tu ne vois pas qu’avec le matraquage fiscal auquel tu te livres, tes petits ruisseaux font les grandes misères ?

Si encore, conscient d’être un privilégié depuis l’enfance, tu avais la dignité de la mettre un peu en veilleuse. Mais visiblement, tu n’as pas retenu les leçons du « Casse-toi, pauvre con ! » de Sarkozy, ou les « sans-dents » de Hollande et tu te permets, avec une belle inconscience de classe, un festival de petites phrases méprisantes. Les « illettrés », les « fainéants », les « cyniques » ou les « gaulois réfractaires », ceux qui ne veulent pas travailler « pour se payer un costard », par flemme de « traverser la rue », alors qu’on leur consacre « un pognon de dingue », apprécient beaucoup de ne pas savoir comment ils vont offrir des jouets à leurs enfants pour Noël tout en se faisant insulter par leur Président.

Brigitte et Emmanuel Macron vous le diront : Biarritz est une ville où on fait de belles rencontres (Photo Paris Match, août 2016)

Mardi prochain, tu vas parader dans un Biarritz barricadé et à ta dévotion, avec autour de toi des petits élus locaux qui vont te regarder comme si tu étais capable de les guérir des écrouelles mentales qui les frappent. Mais as-tu conscience que deux jours avant ta venue, les commerçants qui ont des commandes à honorer, les chefs d’entreprise qui ont besoin de circuler n’arrivent pas à avoir la moindre réponse de la mairie sur ce qu’ils pourront ou ne pourront pas faire ?

Et comme tu dois être en panne de phrases creuses, tu as même prévu un entretien en tête à tête avec Michel Veunac. En revanche, des questions aussi triviales que celles posées par des élus comme Guillaume Barucq sur le coût du G7 et le fait de savoir qui va payer l’addition de ce raout présidentiel, ou sur un dédommagement possible pour le manque à gagner que vont subir tous ceux qui vivent du tourisme, ou sur des aides pour la rénovation de L’Hôtel du Palais, ne t’intéressent visiblement pas. Le mépris de caste, encore et toujours !

Pour ma part, je ne m’abaisserai même pas à venir manifester pour ta venue. Pas envie de me prendre un coup de froid, un coup de chaud ou même un coup de sang avec des policiers aux abois et n’hésitant jamais à frapper les manants et les gueux qui osent dire qu’ils ne sont pas d’accord. Puisque tu aimes les beaux vêtements, je me contenterai donc de t’offrir le joli « costard » que tu es en train de lire et de me permettre ce conseil amical : en attendant une VIe République, plus que jamais nécessaire, traverse la rue et change de job, car, à l’évidence, tu n’es pas et tu ne seras jamais le président de tous les Français.