Faut pas chatouiller le Bayonnais…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (7)

Salut Manzana,

La révolte bayonnaise en début de seconde mi-temps. L’Aviron chahute la mêlée charentaise et s’empare du ballon. Angoulême ne le reverra plus jusqu’à la fin du match.

Tu savais, toi, que les Charentais peuvent se montrer suffisants comme des Parisiens ou des Bordelais ? Moi pas ! Et je peux te dire que je suis sorti sacrément fier de nos couleurs, vendredi soir, après ce que les Angoumoisins ont osé nous faire. Voilà une équipe dont la réputation ne va pas au-delà de Confolens ou de Ruffec, une équipe qui devrait rentrer dans sa coquille d’escargot dès qu’elle franchit la Garonne et qui se permet de venir nous narguer sur nos terres. Et comment qu’on les a fessés…  Mais il faut que je te raconte dans l’ordre pour que tu t’y retrouves.

Jamais vu depuis le début de la saison une première mi-temps aussi insipide que celle qui a opposé notre cher Aviron à Soyaux-Angoulême. Et je laisse tomber le ballon et je repique à l’intérieur quand on est en surnombre, et je rate mes coups de pied.  À croire que les deux équipes se sont donné le mot pour ne pas filer de complexes aux joueurs de quatrième série.

À la 35e minute, alors que les nôtres mènent 14 à 9 grâce à un essai de Tisseron réussissant à se faufiler dans un trou de souris dès l’entame du match, et que l’ennui est palpable sur Jean-Dauger, je glisse un commentaire désabusé à Pantxika. Pas de réponse ! Je me tourne et qu’est-ce que je vois ? Elle dort à poings fermés. Et elle n’est pas la seule dans la travée. J’en compte six autres qui font de même, trois qui sucent leur pouce et quatre qui tournent le dos au match pour mieux pouvoir discuter avec leurs voisins. À la mi-temps, la bière est tiède et il souffle comme un vent de désespérance sur les buvettes. Fébrile, hésitant, l’Aviron semble bien parti pour perdre une fois de plus un match facile.

L’entame de deuxième mi-temps confirme toutes les craintes des supporters. Soyaux-Angoulême, ragaillardi, mène les débats et Pottoka a la queue basse des mauvais jours. Ric le métronome charentais enquille une quatrième pénalité et ramène son équipe à deux points de l’Aviron. Sur le renvoi, l’Aviron perd le ballon et les Charentais pilonnent l’en-but des nôtres.

Et c’est alors que se produit incontestablement, à la 50e minute, le tournant du match et peut-être même, souviens-toi de ce que je te dis Manzana, de la saison. Mêlée aux 22 mètres, introduction Angoulême. Le pack bayonnais est à l’agonie et s’écroule. J’ai tendance à trouver les arbitres anti-bayonnais primaires, mais sur ce coup personne ne peut contester la pénalité. Et tu sais ce que nous font ces suffisants petits coqs charentais ? Au lieu de jouer une pénaltouche, ils nous humilient en réclamant une nouvelle mêlée. L’affrontement se passe juste devant nous et j’ai le temps de voir passer une lueur de folie meurtrière dans le regard d’Iguiniz. Un pilier digne de ce nom ne peut accepter une telle humiliation sur ses terres. Introduction Angoulême, mais la mêlée ciel et blanc va faire le forcing et pourrir la sortie de balle. Agréablement surpris par cette révolte, les trois-quarts à leur tour décident de se retrousser les manches. Il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain. Saubusse à la 51e, Robinson à la 54e, Laveau à la 64e aplatissent en terre promise, avant que l’arbitre ne sanctionne les manquements charentais d’un essai de pénalité à la 69e minute. 41-12 au final et une soirée inoubliable. Crois-moi que Pantxika n’avait plus envie de dormir en deuxième mi-temps et que la fête a été belle.

Mais il faut que je te parle aussi de ce Grenoble-Biarritz que j’ai regardé à la sauvette en tirant les rideaux et sans mettre le son pour pas que mes voisins bayonnais ne m’accusent de traîtrise. J’ai quelque peine à le reconnaître, mais franchement le BO progresse de match en match et devient une équipe solide. Au passage, j’ai pu vérifier une fois de plus, combien le Biarrot peut être fourbe. Des talonneurs, j’en ai croisé dans ma carrière, des petits, des gros, des teigneux, mais votre numéro 2, ce Peyresblanques qui talonne avec le genou, ça je n’avais jamais vu. Il a conscience qu’il est en train de tuer le métier ? Si à cause d’un zozo comme celui-là, on nous appelle désormais les genouilleurs au lieu des talonneurs, c’est décidé, j’arrête le rugby !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Un sacré coup sur le carafon…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (6)

Salut Manzana,

Dans les dernières minutes, le BO plie mais ne rompt pas. C’est l’Aviron qui repart avec un sacré mal de tête.

J’ai été très touché que tu prennes de mes nouvelles quand je me suis retrouvé à l’hôpital Saint-Léon en soins intensifs, mais j’ignore si les collègues t’ont raconté en détail ce qui m’est arrivé. Il y a trois semaines, quand j’ai su qu’Hubert Vindemess, celui qu’on avait déjà coffré pour trafic d’hosties frelatées et de jambon falsifié, s’était évadé de la prison de Bayonne, j’ai tenté de te joindre mais on m’a dit que tu étais en vacances. Pour moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute, cet escroc s’était planqué à Domezain chez ses copains intégristes. Félicien, notre stagiaire landais, m’a immédiatement accompagné et nous nous sommes dirigés vers l’église Saint-Jean Baptiste, persuadés que nous allions trouver notre homme en train de faire trempette dans l’eau bénite. Heureusement que j’avais demandé à Félicien de couvrir mes arrières ! Alors que je déambulais dans l’église que je croyais vide, le sinistre Vindemess, planqué dans un confessionnal, m’a cassé un manche de pioche sur la tête avant que Félicien ne réussisse à le plaquer au sol et à alerter les collègues.

Tout cela on me l’a raconté, car tu te doutes bien que je n’ai guère de souvenirs. Il paraît simplement que dans l’ambulance, je me réveillais de temps en temps pour marmonner : « Je vais rater le derby, Je vais rater le derby ».

Reste cette étonnante impression d’être au paradis entouré de gens aimables et de jeunes femmes en blouse blanche totalement aux petits soins, ce qui n’est pas toujours notre lot quotidien dans la police. En reprenant conscience, j’ai compris que j’étais à l’hôpital où, je dois le dire j’ai particulièrement été bien soigné. Pantxika a vite été rassurée par les médecins : « On n’a jamais vu quelqu’un avec la tête aussi dure. Il n’a même pas une bosse. C’est le manche de pioche qui a eu très mal » Et Pantxika de rajouter à l’intention de tous ceux qui sont venus me rendre visite : « Les médecins sont formels. On lui a fait une radio du cerveau et on n’a rien trouvé ». Des fois, je me demande si elle ne se moque pas un peu…

Tu imagines sans peine ma joie, cher Manzana, quand, au lendemain de ma sortie de l’hôpital, je me suis retrouvé à Jean-Dauger, samedi soir en compagnie de mon épouse et de mon fils adoré qui a réussi à se libérer pour le match. Ah que c’est bon de voir ce stade bourré comme un festayre le premier soir des fêtes de Bayonne et paré de bleu et blanc ! Et je ne te raconte pas mon émotion au moment du Vino griego, entonné sans retenue par 17 000 personnes à l’exception de quelques pisse-froid de Biarrots contingentés dans une aile de la tribune nord.

L’entame du match m’a totalement surpris, avec un incident sur Jané dès le premier ballon. C’était l’occasion idéale de se réchauffer les mains en balançant quelques claques aux Biarrots, mais au lieu de cela les nôtres se sont contentés de les tenir au col et de les repousser presque paisiblement. Décidément le rugby n’est plus ce qu’il était. Est-ce Berbizier qui avait insufflé cet esprit de sérieux ? La première mi-temps, comme souvent dans les derbys, a été crispée au possible. Du Plessis, qui claquait un drop d’entrée, et Bustos Moyano qui se montrait habile dans le jeu au pied, semblaient dans un bon jour, tandis que les Biarrots paraissaient quelque peu empruntés. J’ai vraiment cru que nous allions l’emporter sans trop de difficulté. Hélas, hélas, la légendaire étourderie bayonnaise allait encore frapper avec un gros cadeau défensif et un essai cadeau offert à Artru, qui permettrait aux Biarrots de prendre l’avantage juste avant la mi-temps.

Guillaume Rouet a été un poison constant pour le BO. Pour l’empêcher de courir et de marquer, un fourbe Biarrot a même trouvé le moyen de lui baisser le short sur les genoux.

Et c’est ensuite, tu as pu le constater comme moi Manzana, que les deux équipes nous ont offert une deuxième mi-temps superbe. Les Biarrots un peu plus puissants, jouant au près et guettant la faute, tandis que les Bayonnais, plus véloces, cherchaient à créer du désordre. Si mon cœur n’a pas lâché ce jour-là, il ne lâchera jamais ! Coup sur coup Lucu puis Hamdaoui nous poignardaient à la 52e et 54e minute et nous avons tous pensé dans les tribunes que la cabane était définitivement tombée sur le pottok.

Mais c’était sans compter sur la vaillance des nôtres qui nous ont fait nous dresser de nos sièges. Un essai de Tisseron au large, deux minutes plus tard, puis un exploit de notre centre qui la jouait en solitaire, ce qui est bien normal quand on s’appelle Robinson, allaient ramener les Bleus à trois points des Biarrots. Suspense insoutenable. Et par charité, je ne parlerai pas de la fourberie du Biarrot qui a baissé jusqu’aux genoux le short de Guillaume Rouet, empêchant notre malheureux demi de mêlée de courir alors que l’essai semblait imparable !

Sans se décourager, les Bleus poussent, poussent et poussent sans parvenir à franchir, payant leur déficit de puissance. Et Biarritz, pour la première fois depuis 2010, remporte enfin le derby.

Tu vas être surpris, Manzana, et sans doute attribuer cette crise d’objectivité au coup reçu sur la tête, mais le score reflète le match et la victoire des Biarrots est méritée même s’il m’en coûte de le reconnaître.

Alors que les Bayonnais quittaient le stade un peu déconfits, une grande émotion s’est emparée de moi. Finalement, si vous n’étiez pas là, les Biarrots, nous n’aurions pas la chance de vivre cet événement extraordinaire qu’est le derby et peut-être que le rugby n’aurait pas la même importance dans nos vies. Et je vous rappelle quand même pour pas que vous attrapiez bobo à vos petites têtes de Biarrots que nous menons 7 à 1 sur les huit derniers derbys disputés et que j’attends déjà le match retour avec gourmandise.

En fait, alors que suis encore obligé d’ingurgiter quelques médicaments contre le mal de tête, je partage totalement l’avis de Vincent Etcheto (Sud Ouest, 16/10) : « Je ne crois pas à la fameuse légende urbaine qui dit qu’une fois qu’on a perdu un derby, on en a pour quatre mois de mal de tête. On va prendre des Doliprane et la migraine, on va vite l’oublier ».

Je ne te raconte pas, Manzana, notre retour à la maison. Tu sais comment est Pantxika quand je vais bien. Alors depuis que les médecins lui ont dit de veiller sur moi… Lors de la sortie du stade, le moindre passant qui s’approchait à moins de trente centimètres, Pantxika était prête à lui mettre un coup d’épaule ou un croche-pied pour l’écarter. Cette fois, je ne risquais pas de rentrer à pied à Ustaritz (Lire l’épisode précédent). Et je ne te dis pas le cirque quand on s’est retrouvé devant la maison familiale. Les médecins m’ont provisoirement interdit de porter des charges importantes. Dans la voiture, j’avais un vieux Midi Olympique que je n’avais pas fini de lire. Pantxika a refusé que je le porte en disant qu’il était trop lourd et a menacé de grimper les marches qui nous conduisent à notre porte d’entrée en me portant sur les épaules si je ne l’écoutais pas. La honte devant tous les voisins !

Vivement que je retrouve la santé, tout comme l’Aviron !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Des vendanges sans Vino…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (5)

Petite soirée tranquille pour les Grenoblois qui ont laissé les Bayonnais vendanger toutes les occasions à leur portée.

 Salut Manzana,

Triste week-end, en vérité pour le rugby basque, même si vous avez fait mieux que nous en limitant la casse à Vannes et en ramenant un point de bonus. Tu es au courant, j’imagine, de la catastrophe que l’on a vécue à domicile, jeudi soir, face à Grenoble. Quand on est arrivé avec Pantxika en tribune Afflelou, rang F places 102 et 103, où nous retrouvons depuis des années de vieux amis abonnés, on a tout de suite compris en voyant les travées vides que la soirée allait être difficile. Et c’est là que le premier incident a éclaté avec mon épouse. On avait vaguement parlé de la grève du Vino griego souhaitée par l’association Les Gars de l’Aviron, mais sans arrêter de position.

Pour moi, une soirée à Jean-Dauger sans entonner notre hymne favori, c’est un peu comme si je ne buvais que de l’eau minérale Ogeu pendant les fêtes de Bayonne. Aussi, quand les premières notes ont retenti, je me suis levé comme d’habitude, tout en remarquant que nous n’étions guère nombreux à le faire. J’ai tendance à penser qu’il faut soutenir notre équipe quand elle est en difficulté, au lieu de lui rajouter une pression supplémentaire. Et soudain, alors que je chantais « Allez, Allez les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… », Pantxika a dévalé les marches jusqu’à la main courante, a tourné le dos au terrain et m’a fusillé du regard. Tu sais que je n’ai pas peur de grand-chose et que, quand je jouais, j’avais plutôt la réputation de ne pas être avare en pêches, marrons, mornifles et autres caresses de rugbymen, mais, franchement, quand Pantxika fait son œil noir façon All Black, je ne connais personne qui puisse faire front.

Il faut croire que cette colère a aussi terrorisé les joueurs car dès le coup d’envoi, les locaux faisaient assaut d’amabilité pour laisser passer le petit lutin grenoblois Gervais Cordin qui s’empressait d’aplatir. Ajoutez à cela une transformation réussie et une pénalité et il y avait déjà 10 à 0, à la sixième minute, quand Pantxika et les autres grévistes du Vino griego, ont décidé de regagner leurs places en tribunes.

Mais décidément, c’était la soirée des vendanges pour les Bayonnais, au vu des occasions ratées à chaque fois que l’en-but était en vue.

Comme si la hotte n’était déjà pas suffisamment remplie, le demi de mêlée isérois Lilian Saseras trouvait le moyen d’aplatir à nouveau. 20 à 0 au bout de vingt minutes de jeu et un silence de mort sur le stade.

C’est le moment qu’a choisi Pantxika pour dégoupiller complètement. Furieuse, elle s’est levée en hurlant : « Ce n’est déjà pas très marrant de vivre avec un policier (Merci pour lui !), alors je ne suis pas là pour souffrir et me faire mal. Je me casse ! » Et avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle était partie. Sur le terrain, à voir les mines défaites des vendangeurs en bleu et blanc et la façon de mettre des coups de sécateur à côté des cibles, on sent qu’ils sont un certain nombre à avoir eux aussi envie d’être ailleurs.

Heureusement Van Lill réussit son quatrième essai de la saison avant que l’arbitre n’accorde un essai de pénalité aux Bayonnais, juste avant la mi-temps. 14 à 20, c’est déjà un peu plus présentable, ce qui n’empêche pas les supporters d’être désespérés par le spectacle offert.

Le coup de gueule de Berbizier dans les vestiaires a été si fort que les spectateurs de la tribune officielle ont cru un instant à une réplique du tremblement de terre au Mexique. À la reprise, les Bayonnais semblent enfin capables de jouer en équipe et de récolter. Tisseron traverse la moitié du terrain avant d’aplatir et donne enfin l’avantage à nos couleurs : 21 à 20 !

Mais il est dit que notre équipe nous fera mourir de peur, avec son incapacité à tuer le match. Les vendanges continuent, de passes en avant à dégagements ratés et ballons tombés, et le suspense est tel que les services de sécurité dénombreront à la fin du match trois crises cardiaques et la naissance de deux prématurés. Ce n’est pourtant pas faute au public, décidément pas rancunier, d’avoir poussé avec son équipe.

Pendant ce temps, les Grenoblois, tranquilles dans leurs chaises longues, laissent passer l’orage avant que David Mélé n’enquille les deux pénalités de la gagne à la 66e et 74e. Sacrée piquette pour nos couleurs. Et des semaines pas très joyeuses en perspective.

Avec un déplacement difficile à Aurillac, le 6 octobre, il y a peu de chances que la sérénité revienne. Et ensuite, le 14 octobre, le match de l’année contre vous les Biarrots. Comme toi, Manzana, j’en ai vécu un certain nombre de derbys, mais celui-là, va être le match de la mort. Si Bayonne perd encore à domicile, j’en connais qui peuvent préparer leurs valises.

Quant à moi, ce que je vais te raconter ne va pas te convaincre des « joies » du mariage. Inquiet de ne pas voir Pantxika revenir, je ne me suis pas attardé à la buvette avec les copains. En arrivant au parking où était stationné notre véhicule, une sacrée surprise m’attendait. Plus de voiture ! Heureusement que je ne suis pas allé me plaindre au commissariat pour vol et que je me suis souvenu que Pantxika avait un double des clés. Et devine qui est rentré à pied jusqu’à sa maison d’Ustaritz ? Et crois-moi, j’avais pas très envie d’entonner le Vino griego !

Patxaran

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Nevers, ça ne me botte pas…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (4)

Salut Patxaran,

 Décidément, il n’y a que vous les Bayonnais pour faire ainsi du social et tendre la main aux petites équipes en plein doute. Contrairement à toi quand tu épies en douce le BO, je ne me cache pas pour regarder à la télé les matches de l’Aviron et ne crains pas de voir arriver un voisin armé d’une pétoire. Comme je n’étais pas de service, jeudi soir, je me suis donc tranquillement installé dans le canapé pour voir comment vous alliez aplatir comme des crêpes ces Bretons qui ne manient le ballon ovale que depuis l’élection de Macron, ou peu s’en faut.

C’est à cause du froid ou pour ne pas entendre Berbizier, qu’Etcheto avait mis son bonnet?

Et là, surprise, vous aviez visiblement décidé de faire soirée portes ouvertes et on lâche les Vannes. Ce n’était plus du biniou mais de la bombarde que vous ont joué les rugbymen vannetais, qui ont tout de même eu la délicatesse de ne pas trop vous vanner. C’est sympa de s’efforcer de mettre en confiance les petites équipes en les laissant gagner 38-22 et en leur offrant quatre essais. Mais après tout, comme le match avait lieu au nord de la Loire, peut-être avez-vous cru qu’il comptait pour du beurre salé. Encore de la tension en perspective pour vous jeudi prochain face à Grenoble !

Mais, malgré mon goût certain pour la moquerie que tu connais, je ne ferai pas trop le faraud. Aller s’enorgueillir d’une laborieuse victoire contre Nevers, quand il y a peu encore, le BO fracassait à Aguilera aussi bien le Stade Français que le Stade Toulousain, demande beaucoup d’imagination. Et bientôt des victoires contre Ahetze ou Ustaritz ?

Alors pour te divertir, il faut que je te raconte le nouvel exploit de maman. Elle m’avait demandé de prendre deux places pour le match, mais depuis deux jours, elle maugréait. « Une dame de ma qualité… Il va voir ce qu’il va voir le latin lover ! ». Sans me vanter, tu connais mes dons d’enquêteur. J’ai donc très vite compris qu’elle reprochait à Gonzalo Quesada qui l’avait tant troublée lors du match du BO contre Béziers, de ne pas lui avoir fait signe ou téléphoné. Alors pour se venger du malotru tout juste bon à entraîner une équipe de rugby, maman a décidé une heure avant le coup d’envoi de ne pas venir au stade et de le punir par son absence. J’ai fait semblant d’insister, mais finalement je suis parti seul au stade, pas mécontent de la situation et me félicitant des amours malheureuses de maman.

Certes, nous avons gagné 32 à 20, mais il n’y a vraiment pas de quoi plastronner et il faut une imagination aussi débordante que celle de Nicolas Brusque pour voir dans le BO actuel une future terreur du Top 14. Surtout ne crois pas que j’éprouve un quelconque mépris pour ces Nivernais appliqués qui ont fait ce qu’ils avaient à faire avec leurs maigres moyens, mais quel ennui !  Et deux essais partout au final. Heureusement que Pierre Bernard avait acquis le secret de la botte de Nevers et a mis pratiquement tout ce qu’il voulait entre les poteaux avec 4 pénalités, un drop et deux transformations.

Pourtant, malgré ces deux tristes matches, le rugby reste passionnant. Dans « L’Équipe » du 13 septembre, Fabien Galthié explique de manière limpide tout l’écart qui sépare la France des grandes nations du rugby. On continue à recruter des joueurs en les faisant monter sur la balance sans se préoccuper de leur vitesse et de leurs qualités athlétiques. Je cite, au cas où tu n’aurais pas lu : « Ce qui me frappe, c’est que le Top 14 est le championnat professionnel le plus lent. ça se joue à 54 mètres par minute. Qu’est-ce que ça veut dire ? À partir du moment où le ballon est en jeu, c’est la distance parcourue en moyenne par les quinze joueurs de l’équipe. Le Pro12 c’est 80. Dès que tu vas en Super rugby, tu es à 90. Au niveau international, tu es encore au-dessus. On est 33% plus lent que le plus lent des championnats » Et après des calculs aussi savants, qui osera encore dire qu’il n’y a que les cons qui s’intéressent au rugby ? Même si à Vannes, vous deviez être plus près des dix mètres minute que des standards internationaux…

… Allez, Patxaran, ne t’étrangle pas de colère et donne -moi vite des nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

C’était Willie Du Plaisir

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (3)

Salut Manzana,

Ils me font marrer à la télé à parler en boucle des ouragans Irma et José. Celui qui n’a pas entendu Pantxika, mon épouse, chanter le Vino griego ne peut avoir une idée de ce qu’est une tornade de force 5 ! Et en plus elle n’était pas très satisfaite d’elle, estimant « manquer d’entraînement », et m’a glissé à l’oreille, alors que nos chers Bleus et Blancs rentraient sur le terrain de Jean-Dauger pour affronter Dax qu’elle allait devoir répéter à la maison. Mais c’est qu’elle va nous tuer nos petits derniers ! Quant à moi, je suis prêt à écrire à Gérard Collomb, le ministre de l’Intérieur et me porter volontaire pour n’importe quelle mission plutôt que de devoir endurer cela.

En fait, on fait les malins maintenant que notre cher Aviron l’a aisément emporté sur Dax (51 à 15), mais on n’était pas très rassurés en arrivant à Jean-Dauger. Je suppose que tu as lu comme moi, dans le Sud Ouest du 8 septembre, l’interview de Berbizier, toujours gai comme un croque-mort, intitulé : « La fin des illusions ». C’était prévisible, mais on sent qu’il y a comme de la friture sur la ligne avec Vincent Etcheto. Et notre Berbize démarre comme au temps de sa folle jeunesse quand on évoque son adjoint « Tout le monde a des responsabilités, staff et joueurs. Il faut bien les déterminer à condition qu’on voie tous la même chose. » Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais j’imagine qu’il a dû y avoir cette semaine entre les deux un débat technique de la plus haute importance, Berbizier préconisant de poursuivre pour les joueurs le régime carottes râpées, eau minérale Ogeu et footing à trois heures du matin et Etcheto militant pour un dégagement Irouleguy, ventrèche, gâteau basque d’une nuit entière pour que l’équipe se retrouve.

Quant au soufflon passé à Bustos-Moyano pour ses chaussettes en flanelle face aux poteaux à Colomiers, il a été efficace puisqu’au bout d’un quart d’heure de jeu, l’arrière argentin avait déjà enquillé trois pénalités entre les perches. 9 à 0 et la tribune Afflelou qui soupire d’aise.

Et c’est alors que la cabane a failli tomber sur le pottok !

Bureitakiyaca, l’ailier fidjien de Dax délivre un petit coup de pied par-dessus Bustos Moyano. et percute sans ballon notre danseur de tango favori. Ce dernier a beau assurer à l’arbitre qu’il n’a pas touché son adversaire qui est tombé en marchant sur son lacet, c’est carton jaune pour le capitaine de l’Aviron, obligé d’aller lire les « Prolégomènes à la maîtrise de soi » sur le banc de touche.

Le Landais est fourbe, tu le sais comme moi. Non content d’inscrire trois points sur la pénalité qui s’ensuit, les Dacquois profitent lâchement de l’absence de notre arrière pour marquer un essai par le même Bureitakiyaca, qui nous a bien cassé les burettes celui-là, et mener 10 à 9.

En tant qu’ancien talonneur j’ai plus de goût pour les combats de devant que pour les entrechats des danseuses de l’arrière, mais l’honnêteté m’oblige à reconnaître que c’est l’ouvreur Du Plessis qui a sauvé la boutique bayonnaise. Permettant à son équipe de respirer avec ses longs coups de pied ( La NASA ferait bien de se méfier, il va finir par décaniller un de ses satellites), Willie va ajuster un drop plein d’intelligence pour permettre à l’Aviron de reprendre l’avantage au score avant d’alterner le jeu à merveille, même si Dax dans un ultime sursaut réussira à marquer un deuxième essai par Chiappesoni à la 25e minute. Ensuite, ce sera du rugby comme je l’aime avec plus qu’une seule équipe sur le terrain, la nôtre, qui va infliger cinq essais aux croqueurs de maïs, dont l’ultime à la 80e minute par Oulai, un beau bébé sénégalais qui a l’habitude de tout renverser sur son passage.

Victoire avec le bonus offensif donc et acclamations de la foule quand le speaker de Jean-Dauger a annoncé la victoire de Soyaux-Angoulême face au BO. Franchement, se faire battre par des cagouillards, vous n’avez pas de quoi être fiers les Biarrots pour une équipe qui affirme viser le top 14. Et si tu as regardé le classement, l’ami Manzana, qui est devant vous désormais ? Oh, je sens que je t’agace !

À Bayonne, tout le monde était tellement heureux de cette belle victoire qu’on s’est éternisés à la buvette où Laporte en a pris pour son grade. Je ne sais pas si tu as lu l’enquête d’ Antton Rouget de Mediapart, mais question pognon et affairisme, notre nouveau président pourrait presque donner des leçons à Fillon. Ce rugby-là me désespère.

(https://www.mediapart.fr/journal/france/070917/les-dossiers-noirs-de-l-argentier-du-rugby-et-de-bernard-laporte)

Heureusement, il y a toujours Pantxika pour me ramener au vrai rugby. Vers 2 heures du matin, elle me dit soudain : « Tu ne crois pas que deux ou trois jours de coupure en fin de semaine nous feraient du bien ? Si on allait en Bretagne ? Maman pourrait garder les enfants ! » Un peu surpris, je lui rappelle qu’elle m’a toujours dit que le Nord de la Loire n’existait même pas pour elle. Avant de me souvenir que notre cher Aviron s’en va jouer à Vannes, jeudi soir.

C’est promis, je te raconterai. Et il va falloir qu’ils soufflent sérieusement dans le biniou, les Bretons, pour arriver à se faire entendre quand Pantxika chantera notre hymne !

 

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Sacrée soirée à Aguilera

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (2)

Salut Patxaran,

Ta lettre reçue la semaine dernière m’a fait rudement plaisir même si « La séparation est un si doux chagrin » comme l’écrivait William Shakespeare dans Roméo et Juliette. Mais tu vas encore dire que je fais mon pédant de Biarrot, alors revenons-en au rugby. J’ai vu dimanche sur France 3 ton équipe en déplacement à Colomiers et je tiens à te féliciter. Après avoir pris 66 points à Perpignan, vous n’en encaissez cette fois que 36 en banlieue toulousaine, ce qui confirme des progrès très nets. Encore six mois d’efforts et peut-être que l’Aviron bayonnais arrivera à décrocher une victoire à l’extérieur ou au minimum un point de bonus défensif. Avec ce résultat, j’en connais qui vont encore passer une bonne semaine et avoir droit avec l’adjudant Berbizier à des footings à trois heures du matin dans le petit-Bayonne.

Mais comme je sens que tu t’énerves, Patxaran, et que c’est mauvais pour ton cœur, il faut que je te conte ma soirée à Aguilera vendredi soir. Je m’apprêtais à retrouver des copains à Aguilera pour BO – Béziers quand maman jaillit de son fauteuil : « Je veux voir le Latin Lover ! ».

Le quoi ?

– Mais oui, tu sais bien cet entraîneur qui est si beau…

– ???

– Celui qui a quitté la jolie petite Isabelle Ithurburu. Elle était mignonne, mais trop jeune pour lui.  Ce qu’il lui faut à Gonzalo Quesada, c’est une femme d’expérience comme moi.

Et là, je vois ma mère, soixante-dix ans aux prunes tout de même, afficher son sourire le plus coquin et décréter : « Je viens ! » Et tu sais comment est maman quand elle a une idée en tête : elle écoute à peu près autant son fils que Michel Veunac son opposition.

L’avantage à Aguilera, c’est que, même en arrivant cinq minutes avant le coup d’envoi tu trouves autant de places disponibles que tu veux. Mes copains m’attendaient en tribune Kampf, mais rien à faire, il a fallu aller du côté des officiels dans la tribune Blanco pour tenter d’apercevoir l’idole argentine. Nous sommes arrivés juste au moment du coup d’envoi, mais maman trépignait. Installée au septième rang, elle n’apercevait pas le banc de touche et vitupérait de ne pas localiser le Gonzalo. Je lui ai dit que Guy Lafite était là, très beau lui aussi dans la tribune officielle, mais elle ne voulait rien entendre.

Pas facile dans ces conditions de suivre le match face à cette équipe de Béziers aussi collante que le sparadrap du capitaine Haddock. Entame catastrophique. Munro envoie la balle entre les perches dès la 9e minute et l’équipe biarrote joue à peu près aussi groupée que la majorité municipale.

Et c’est alors que, juste à côté de nous, arrive une maman avec quatre enfants entre six et dix ans. Beau tir groupé, Madame, mais vous êtes sûre que la halte-garderie c’est ici ? Maman, qui boudait jusque-là, a commencé à discuter avec les deux petites filles, puis avec les deux garçons, avant de chanter avec eux des « Aupa BO ! » totalement hors sujet, puisque la dégelée continuait sur le terrain et que le public voulait envoyer l’arbitre précisément à l’endroit où les quatre bambins demandaient instamment à leur mère de les y conduire.

9 à 0 à la mi-temps et une ambiance plutôt plombée dans le stade où Koxka, qui n’a déjà pas l’ait trop malin au naturel, ne savait plus quoi faire pour ranimer la foule.

Maman, qui ne boit d’habitude que du vermouth, se met alors en tête d’aller chercher un verre, sans doute dans l’espoir de croiser son idole. Elle revient avec un demi et une mine défaite.

Et ça repart. Simon Raiwalui, l’entraîneur des avants, a dû menacer quelques joueurs dans les vestiaires de s’occuper personnellement de leur cas, car le BO semble un peu plus déterminé. Mais c’est juste à ce moment-là que Koxka passe dans les travées et se fait interpeler par les quatre petits diables. « Et je veux un selfie ». « Et moi aussi je veux un selfie ». « Oui, mais pas avec lui, il est trop méchant ». Je vois la foule exulter et comprends qu’un essai vient d’être marqué, essai que j’ai raté à cause de la mascotte à grosse tête. Ce n’est que le lendemain aux actualités régionales que j’apprendrai que Adriu Delai est l’auteur de l’essai à la 57e minute.

Les selfies ça va un moment, mais ça creuse ! La mère repart en mission en confiant la garde de sa progéniture à ma propre mère, qui en profite pour me dire que si je l’étais montré plus dégourdi dans la vie, elle pourrait être une grand-mère heureuse en veillant sur mes propres enfants. Pendant ce temps, l’autre maman rentre les bras chargés de sodas et de barquettes de frites au ketchup. Évidemment toute cette boustifaille atterrit sur les vêtements des voisins tandis que les deux plus grands se disputent, avant de se réconcilier en se faisant des passes avec la bouteille de soda… pleine et débouchée ! Ce qui fait que je ne verrai pas plus l’essai d’Alex Arrate à la 62e.

Biarritz va ensuite dérouler sans génie, pour finir à 18 à 9, même si tout le monde semble satisfait du match.

Alors que je discute avec l’ancien deuxième ligne David Couzinet qui balaie d’une moue moqueuse mes réserves « On a gagné. Point !» tout en me dirigeant vers la sortie, je sens soudain maman totalement tétanisée. Juste à côté d’elle, devant le carré VIP, le beau Gonzalo Quesada devise paisiblement. Maman n’est même plus capable de proférer une parole et crois-moi, Patxaran, pour lui paralyser la langue, il lui en faut.

Ce n’est qu’un quart d’heure plus tard, en arrivant devant la voiture stationnée devant le restaurant de Soso Puleoto que maman a pu enfin dire, d’une voix rêveuse : « Sacrée soirée, tout de même ! »

C’est un point de vue, mais je ne suis pas sûr de le partager. Mais tu le sais comme moi, l’ami Patxaran, dans notre métier comme dans le rugby, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Pour la quatrième journée, j’espère que vous allez faire des misères à ces curistes de Dacquois et que de notre côté, nous allons écrabouiller les cagouilles charentaises, vendredi à Soyaux-Angoulême.

Donne-moi vite de tes nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Sueur sur la ville

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (1)

Salut Manzana,

Depuis que Gaiztoa, notre méchant qui voulait criminaliser la Côte basque a disparu de la circulation *, on a peu l’occasion de se croiser et tu te doutes bien que je ne tiens pas à être vu à Biarritz en dehors des heures de service (À Bayonne, on dit que notre prime de risque dans la police est liée au fait de devoir traverser de temps en temps votre ville !). Mais comme tu aimes le rugby, j’ai pensé que ce serait sympa de s’envoyer un petit mot pendant la saison, histoire d’échanger quelques moqueries et autres raffuts bien sentis.

Avec la victoire de l’Aviron sur Béziers (27-23), ce sont les habitants du petit-Bayonne qui sont soulagés. Tu connais Berbizier, le nouvel entraîneur. Il s’était empressé de dire dans Sud Ouest qu’il avait changé. Tu parles ! Après la victoire en match amical contre le Racing, voulant se montrer grand seigneur, il avait annoncé aux joueurs qu’il leur autoriserait UNE bière s’ils gagnaient tous leurs matches jusqu’à Noël… La gueule des joueurs du cru ! Et pourquoi pas un radis en guise de repas ?

Tu as sans doute suivi le pitoyable déplacement à Perpignan où on a pris 66 grains. Le Berbizier, il hurlait tellement dans le vestiaire que les Catalans qui n’étaient pas au match se sont réveillés en sursaut, croyant avoir au-dessus de leur tête la patrouille de France franchissant le mur du son. Et au retour, il était tellement en colère que l’Aviron a dû l’expédier d’urgence le lendemain matin chez un stomatologue pour lui desserrer les mâchoires.

Évidemment, sa vengeance a été terrible. Toute la semaine, les malheureux habitants du Petit-Bayonne ont été réveillés à quatre heures du matin par le bruit des crampons métalliques des joueurs martelant le pavé à l’occasion de footings endiablés. Envisager de transformer Iguinitz en lévrier, il faut s’appeler Berbizier pour cela !

C’est donc pas très rassuré que je me suis rendu à Jean-Dauger, hier soir, en compagnie de mon épouse. Pantxika adore les hommes plus larges que hauts et presque aussi beaux que moi. Mais je suis toujours un peu inquiet quand elle est là, car elle se met dans un tel état lorsque l’Aviron l’emporte que je crains toujours qu’elle ne me fasse un orgasme en pleine tribune.

Aucune inquiétude à ce sujet, hier au soir, car mon épouse, comme toute la tribune Afflelou était à peu près aussi joyeuse qu’une nonne de Domezain un jour de carême. 13 à 3 pour Béziers à la mi-temps et une défense tellement calamiteuse que ma grand-mère, si elle avait joué au centre, aurait fait mieux. Pottoka avait beau s’escrimer pour que le public applaudisse, le cauchemar de la saison dernière était encore présent dans tous les esprits. Heureusement, face à une équipe sans grand génie, la câlinothérapie vocale façon Berbize pratiquée dans les vestiaires allait porter ses fruits et deux essais de Van Lill et Oulai, plus quelques claques distribuées aux Biterrois en fin de partie, histoire de leur apprendre à vivre, allaient permettre aux Bayonnais de l’emporter de quatre points.

À un poil de pottok près, on rentrait encore une fois à la maison la queue basse !

Et comme nous avons quelques aventures en commun derrière nous*, l’ami Manzana, je vais t’avouer un secret. Je t’ai déjà raconté que mon arrière-grand-père écoutait Radio Londres pendant la guerre dans le saloir à jambons. Jeudi soir, en tirant les rideaux pour ne pas être vus et surtout en coupant le son pour ne pas être entendu des voisins, j’ai regardé à la télé Carcassonne-Biarritz où vous avez perdu 16 à 3. Je ne voudrais pas être moqueur, mais votre président, Nicolas Brusque, je crois bien que vous devriez vous cotiser pour lui offrir des cours de communication. Sous prétexte que Biarritz a battu 24-15 Mont-de-Marsan lors de la première journée, le voilà en train de pérorer dans Sud Ouest (18/8) en annonçant que son club a l’étoffe pour remonter en Top 14. Et le pauvre de s’embarquer dans une explication confuse pour justifier l’éviction de Darricarrère, l’ancien entraîneur, et le choix de Gonzalo Quesada qu’il a fallu courtiser pendant des mois. Fallait voir sa tête pendant la deuxième mi-temps à Carcassonne, où le BO, malgré le vent, n’a pas réussi à marquer un point à une équipe étrillée par Massy… On aurait dit Arletty : « Top 14 ? Top 14 ? Est-ce que j’ai une gueule de Top 14 ? »

Mais on va en savoir un peu plus la semaine prochaine puisque ça va être votre tour de vous payer les Biterrois, tandis qu’on se prépare à un dimanche chagrin avec le déplacement à Colomiers.

J’espère que tu me raconteras.

Patxaran

 

* Lire « Les aventures de Manzana et Patxaran », tomes 1, 2 et 3, éditions Atlantica, de Pierre George et Jean-Yves Viollier