Le BO lui aussi impacté par le G7

Un, voire deux matches sont menacés par le sommet mondial de fin août. Une perte sèche pour le club de rugby qui lorgne du côté d’Anoeta.

En août, les tribunes sont toujours pleines.

À l’image des seigneurs féodaux qui saccageaient sans le moindre état d’âme les récoltes des manants lorsqu’ils chassaient à courre, les grands de ce monde ont décidé de venir distraire leur spleen pré-automnal sur le petit bout de rocher qui est le nôtre et tant pis pour les gueux qui y habitent ordinairement. Nous n’oublierons pas à quel point le premier magistrat de la ville ne s’est soucié que de sa future investiture dans cette affaire, en ne défendant absolument pas les intérêts des Biarrots et en ne faisant pas preuve du minimum de bon sens nécessaire pour empêcher un G7 en plein mois d’août. Quarante-cinq sommets du G7 se sont déroulés sur la planète, mais pas une fois, pas une seule, au mois d’août. Une fois de plus, le prix de la bêtise en barre aura donc un candidat sérieux avec Michel Veunac.

Pas un jour ne se passe en effet sans que les Biarrots ne découvrent une nouvelle atteinte annoncée à leur liberté de vivre et de circuler. Périmètre sécurisé, périmètre ultra-sécurisé, badges, contrôles, fouilles, on en passe et des meilleures, avec une seule certitude : pendant quelques jours, le déconnomètre va marcher à fond !

Cette fois, c’est le Biarritz Olympique qui découvre que le mois d’août pourrait être difficile pour ses finances. Le stade d’Aguilera ne figure pourtant pas dans le périmètre doré à l’or fin où les maîtres du monde auront l’illusion de s’ébattre devant un peuple qui les acclame. Mais il y a une petite annonce qui est un peu passée inaperçue. « Pas le moindre rassemblement ne sera autorisé à partir du 18 août ».

Pour les clubs de rugby des villes côtières où les vacanciers sont nombreux, le mois d’août est l’équivalent des fêtes de Noël pour les commerçants. Les supporters habituels reprennent avec plaisir le chemin du stade après une longue coupure et les vacanciers sont ravis de venir découvrir un club aussi titré que le Biarritz Olympique. Comble de bonheur, les grandes métropoles souvent à demi désertes en août, sont heureuses de joueur leurs premiers matches à l’extérieur en attendant que les citadins reviennent.

C’est donc une à deux recettes du BO qui pourraient être impactées par ce G7.

Aldigé : « Je ne veux pas que ça coûte un sou au BO ! »

Contacté par téléphone, alors qu’il s’apprêtait à aller assister à la rencontre Union Bordeaux-Bègles-SU Agen, le président du Biarritz Olympique, Jean-Baptiste Aldigé, confirme totalement l’information : « Nous venons d’apprendre cela. La fédération n’a pas encore publié le calendrier de la saison prochaine, mais il est sûr que nous allons avoir au minimum un match d’impacté. »  Le président poursuit : « Nous ne savons même pas si nous serons autorisés à nous entraîner à Aguilera… Qu’est-ce que ça veut dire un rassemblement… Trente-cinq joueurs qui s’entraînent ensemble, c’est un rassemblement ? »  C’est sûr que si les joueurs doivent s’entraîner à deux maximum sur le terrain, ça ne va pas être simple de préparer l’équipe !

Aldigé se veut souriant mais a du mal à cacher son agacement : « Au mois d’août, nous faisons des recettes à 200 000 euros. Vous vous rendez compte de la perte sèche ! »

Quand on lui demande si le BO a un plan B, le président se montre cash comme à son habitude. « J’ai demandé à l’adjointe aux Sports, Stéphanie Ricord, de négocier de ville à ville avec Saint-Sébastien pour voir si nous pouvons utiliser Anoeta à cette période. Mais je ne veux pas que ça coûte un sou au BO ».

Si la mairie s’en occupe, le BO n’a vraiment plus rien à craindre !

 

Les approximations délibérées de Gave et Aldigé

Bisque, Bisque, Basque ! a pu se procurer le contrat de partenariat qui lie le BO à Sud Ouest. Et s’apercevoir de la mauvaise foi évidente de l’équipe dirigeante.

Est-ce qu’il vous viendrait à l’idée de décider de la couleur de la moquette de l’ambassade de Russie sous prétexte qu’elle est basée à Paris ? Impossible de deviner si la moiteur de Hong Kong ou le grand air de Vancouver y sont pour quelque chose, mais le nouveau tandem dirigeant le Biarritz Olympique, Louis-Vincent Gave et Jean-Baptiste Aldigé, semble avoir une idée un peu particulière du mode de travail des journalistes français comme le prouvent l’éviction de la tribune de presse, jeudi dernier, de notre confrère Pierre Mailharin et le communiqué surréaliste publié hier « Lettre ouverte à bon entendeur », donnant à croire que le quotidien régional doit 33 000 euros au BO.

http://www.bo-pb.com/bopb/actualites/5b8d5f659a72b900555a5032

Pour en revenir à la Russie, tout Français normalement constitué sait qu’une ambassade constitue un territoire extraterritorial dont on ne doit pas (officiellement) s’occuper. Pour en revenir au rugby, les supporters, toujours prêts à accuser les journalistes de tous les maux, ne savent peut-être pas que la composition d’une tribune de presse relève de la compétence de l’UJSF (Union des Journalistes De Sport en France) et non du bon vouloir d’un président décidé à faire le ménage chez les plumitifs au moindre mot de travers.

https://www.ujsf.fr/

Bisque, Bisque, Basque ! condamne donc fermement cette voie de fait qui constitue une grande première dans le rugby français, particulièrement consternante dans une région réputée pour son hospitalité. Les syndicats de journalistes, mais aussi la Ligue Nationale de Rugby et le ministère des Sports ont été saisis de cet abus de pouvoir, et, même si la démission de la ministre Laura Flessel va probablement retarder les choses, on espère vivement que Monsieur Jean-Baptiste « Il n’est ici question que de rugby, n’est-ce pas ? » et son ami Louis-Vincent seront lourdement sanctionnés, à une époque où un mot de travers peut envoyer au frais pour trois mois en tribune le moindre entraîneur.

Échange de marchandises… et d’amabilités !

Le contrat est limpide : Le BO envoie une facture à Sud Ouest, tandis que Sud Ouest envoie une facture équivalente au Biarritz Olympique. Personne ne doit donc rien à personne.

Le rugby est un sport d’excès et on peut comprendre une réaction mal contrôlée, même si elle reste inexcusable. Parce qu’il est plus vicieux, le communiqué publié hier par le BO est totalement indéfendable et tous les journalistes doivent voler au secours de Sud Ouest. Dans toutes les rédactions de France, à l’exception notable du Canard enchaîné, la rédaction travaille aux côtés d’un service de publicité chargé de vendre des espaces du journal et de négocier des accords et des partenariats. Pour avoir travaillé pendant vingt ans à L’Équipe, je peux certifier que les cloisons sont étanches entre les deux services, chacun étant suffisamment occupé de son côté pour ne pas savoir ce que fait l’autre. Insinuer que les écrits de Pierre Mailharin ou Laurent Zègre peuvent être influencés d’une façon ou d’une autre par une tension entre les états-majors du club de rugby et du quotidien régional est donc une calomnie profondément insultante pour nos deux confrères.

Et laisser entendre que Sud Ouest doit 33 000 euros au Biarritz Olympique est tout aussi approximatif.

Les « échanges marchandises » sont une pratique courante dans les journaux. À L’Équipe par exemple, le comité d’entreprise et donc tous les salariés, bénéficiaient de l’usage d’un magnifique voilier Beneteau ancré au port de Deauville en contrepartie d’un certain nombre de pages de publicités gratuites qui paraissaient dans le quotidien sportif. Mais jamais le journaliste chargé de la rubrique Bateaux ne s’est senti obligé de dire du bien de Beneteau. Cet accord qui en général satisfait les deux parties n’a donc aucune incidence sur le contenu rédactionnel à venir. Contrairement à ce qu’affirment Gave et Aldigé, Sud Ouest ne doit donc strictement rien au BO, comme le prouve le contrat. En échange de publicités en faveur du quotidien régional dans le Stade, le journal annonce les matches et offre aussi de l’espace et de la visibilité au BO dans ses colonnes. C’est du donnant-donnant.

Louis-Vincent Gave et Jean-Baptiste Aldigé le savent pertinemment, mais salir le travail parfaitement respectable de deux journalistes professionnels et tisonner les haines entre les supporters et les journalistes, pour faire oublier ses propres manquements, c’est tellement tentant…

Manque absolu d’élégance

Staline faisait disparaître sur les photos les membres du comité central qui avaient cessé de plaire. Gave et Aldigé font de même avec les présidents du BO. Après Serge Blanco de 2008 à 2016, puis Nicolas Brusque de 2016 à 2018, arrivent subitement… Louis-Vincent Gave et Jean-Baptiste Aldigé. Mais où sont passés Benjamin Gufflet et Benoît Raynaud ? Et là, contrairement à la tribune de presse, le duo ne pourra évoquer « le manque de place » puisque par définition, la place est illimitée sur Internet.

Triste comme Biarritz une veille de derby

Une affiche sinistre, une ville peu décorée, et Géronimo qui demeure irremplaçable dans le cœur des Biarrots.

Il faut se pincer pour y croire, tellement cette affiche, collée dans quelques vitrines, est à l’opposé de tout ce que représente le derby, ce rendez-vous joyeux et excessif tant attendu par les deux cités voisines. Et l’on espère pour le BO, fort mal en point financièrement, que le dessinateur de service qui a commis ce délit affiché, n’a pas eu le culot de se faire rembourser des frais d’aspirine au nom de son pauvre petit cerveau malmené par tant de créativité. Mais où est l’époque où Biarritz se couvrait de rouge et blanc à chaque derby et chaque match d’importance ?

Voilà où nous a conduit la chasse aux sorcière menée par Veunac et ses sbires à l’encontre de Robert Rabagny, alias Géronimo, l’employé municipal viré de ses fonctions au moment des municipales, pour avoir osé manifester une préférence politique pour Brisson.

Au lieu de se dire qu’un talent comme le sien pour enflammer la ville n’avait pas d’équivalent ni à Biarritz ni dans aucune place-forte du rugby, on a payé fort cher des comédiens de troisième zone pour imiter fort mal ce que Robert faisait fort bien et gratuitement.

 À la fin de l’année, c’est un Père Noël avachi sur sa chaise qui s’efforce de faire oublier celui qui, avec son char magnifique, allumait le feu dans les yeux des enfants. Pour Halloween, la Ville s’est contentée de lui piquer ses idées et l’emplacement dont il avait toujours rêvé, le Jardin public. Pour le rugby, on a choisi une niaiserie sur pattes, un Koxka bête et boutonneux à souhait, à la place de la pile électrique qui galvanisait le public comme personne.

Veunac est décidément très fort : depuis 2014, il a réussi à casser à peu près tout ce qui marchait et s’est avéré totalement incapable de réparer ce qui ne fonctionnait pas… Libérez Rabagny !

Faut pas chatouiller le Bayonnais…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (7)

Salut Manzana,

La révolte bayonnaise en début de seconde mi-temps. L’Aviron chahute la mêlée charentaise et s’empare du ballon. Angoulême ne le reverra plus jusqu’à la fin du match.

Tu savais, toi, que les Charentais peuvent se montrer suffisants comme des Parisiens ou des Bordelais ? Moi pas ! Et je peux te dire que je suis sorti sacrément fier de nos couleurs, vendredi soir, après ce que les Angoumoisins ont osé nous faire. Voilà une équipe dont la réputation ne va pas au-delà de Confolens ou de Ruffec, une équipe qui devrait rentrer dans sa coquille d’escargot dès qu’elle franchit la Garonne et qui se permet de venir nous narguer sur nos terres. Et comment qu’on les a fessés…  Mais il faut que je te raconte dans l’ordre pour que tu t’y retrouves.

Jamais vu depuis le début de la saison une première mi-temps aussi insipide que celle qui a opposé notre cher Aviron à Soyaux-Angoulême. Et je laisse tomber le ballon et je repique à l’intérieur quand on est en surnombre, et je rate mes coups de pied.  À croire que les deux équipes se sont donné le mot pour ne pas filer de complexes aux joueurs de quatrième série.

À la 35e minute, alors que les nôtres mènent 14 à 9 grâce à un essai de Tisseron réussissant à se faufiler dans un trou de souris dès l’entame du match, et que l’ennui est palpable sur Jean-Dauger, je glisse un commentaire désabusé à Pantxika. Pas de réponse ! Je me tourne et qu’est-ce que je vois ? Elle dort à poings fermés. Et elle n’est pas la seule dans la travée. J’en compte six autres qui font de même, trois qui sucent leur pouce et quatre qui tournent le dos au match pour mieux pouvoir discuter avec leurs voisins. À la mi-temps, la bière est tiède et il souffle comme un vent de désespérance sur les buvettes. Fébrile, hésitant, l’Aviron semble bien parti pour perdre une fois de plus un match facile.

L’entame de deuxième mi-temps confirme toutes les craintes des supporters. Soyaux-Angoulême, ragaillardi, mène les débats et Pottoka a la queue basse des mauvais jours. Ric le métronome charentais enquille une quatrième pénalité et ramène son équipe à deux points de l’Aviron. Sur le renvoi, l’Aviron perd le ballon et les Charentais pilonnent l’en-but des nôtres.

Et c’est alors que se produit incontestablement, à la 50e minute, le tournant du match et peut-être même, souviens-toi de ce que je te dis Manzana, de la saison. Mêlée aux 22 mètres, introduction Angoulême. Le pack bayonnais est à l’agonie et s’écroule. J’ai tendance à trouver les arbitres anti-bayonnais primaires, mais sur ce coup personne ne peut contester la pénalité. Et tu sais ce que nous font ces suffisants petits coqs charentais ? Au lieu de jouer une pénaltouche, ils nous humilient en réclamant une nouvelle mêlée. L’affrontement se passe juste devant nous et j’ai le temps de voir passer une lueur de folie meurtrière dans le regard d’Iguiniz. Un pilier digne de ce nom ne peut accepter une telle humiliation sur ses terres. Introduction Angoulême, mais la mêlée ciel et blanc va faire le forcing et pourrir la sortie de balle. Agréablement surpris par cette révolte, les trois-quarts à leur tour décident de se retrousser les manches. Il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain. Saubusse à la 51e, Robinson à la 54e, Laveau à la 64e aplatissent en terre promise, avant que l’arbitre ne sanctionne les manquements charentais d’un essai de pénalité à la 69e minute. 41-12 au final et une soirée inoubliable. Crois-moi que Pantxika n’avait plus envie de dormir en deuxième mi-temps et que la fête a été belle.

Mais il faut que je te parle aussi de ce Grenoble-Biarritz que j’ai regardé à la sauvette en tirant les rideaux et sans mettre le son pour pas que mes voisins bayonnais ne m’accusent de traîtrise. J’ai quelque peine à le reconnaître, mais franchement le BO progresse de match en match et devient une équipe solide. Au passage, j’ai pu vérifier une fois de plus, combien le Biarrot peut être fourbe. Des talonneurs, j’en ai croisé dans ma carrière, des petits, des gros, des teigneux, mais votre numéro 2, ce Peyresblanques qui talonne avec le genou, ça je n’avais jamais vu. Il a conscience qu’il est en train de tuer le métier ? Si à cause d’un zozo comme celui-là, on nous appelle désormais les genouilleurs au lieu des talonneurs, c’est décidé, j’arrête le rugby !

Patxaran

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.

Un sacré coup sur le carafon…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (6)

Salut Manzana,

Dans les dernières minutes, le BO plie mais ne rompt pas. C’est l’Aviron qui repart avec un sacré mal de tête.

J’ai été très touché que tu prennes de mes nouvelles quand je me suis retrouvé à l’hôpital Saint-Léon en soins intensifs, mais j’ignore si les collègues t’ont raconté en détail ce qui m’est arrivé. Il y a trois semaines, quand j’ai su qu’Hubert Vindemess, celui qu’on avait déjà coffré pour trafic d’hosties frelatées et de jambon falsifié, s’était évadé de la prison de Bayonne, j’ai tenté de te joindre mais on m’a dit que tu étais en vacances. Pour moi, ça ne faisait pas l’ombre d’un doute, cet escroc s’était planqué à Domezain chez ses copains intégristes. Félicien, notre stagiaire landais, m’a immédiatement accompagné et nous nous sommes dirigés vers l’église Saint-Jean Baptiste, persuadés que nous allions trouver notre homme en train de faire trempette dans l’eau bénite. Heureusement que j’avais demandé à Félicien de couvrir mes arrières ! Alors que je déambulais dans l’église que je croyais vide, le sinistre Vindemess, planqué dans un confessionnal, m’a cassé un manche de pioche sur la tête avant que Félicien ne réussisse à le plaquer au sol et à alerter les collègues.

Tout cela on me l’a raconté, car tu te doutes bien que je n’ai guère de souvenirs. Il paraît simplement que dans l’ambulance, je me réveillais de temps en temps pour marmonner : « Je vais rater le derby, Je vais rater le derby ».

Reste cette étonnante impression d’être au paradis entouré de gens aimables et de jeunes femmes en blouse blanche totalement aux petits soins, ce qui n’est pas toujours notre lot quotidien dans la police. En reprenant conscience, j’ai compris que j’étais à l’hôpital où, je dois le dire j’ai particulièrement été bien soigné. Pantxika a vite été rassurée par les médecins : « On n’a jamais vu quelqu’un avec la tête aussi dure. Il n’a même pas une bosse. C’est le manche de pioche qui a eu très mal » Et Pantxika de rajouter à l’intention de tous ceux qui sont venus me rendre visite : « Les médecins sont formels. On lui a fait une radio du cerveau et on n’a rien trouvé ». Des fois, je me demande si elle ne se moque pas un peu…

Tu imagines sans peine ma joie, cher Manzana, quand, au lendemain de ma sortie de l’hôpital, je me suis retrouvé à Jean-Dauger, samedi soir en compagnie de mon épouse et de mon fils adoré qui a réussi à se libérer pour le match. Ah que c’est bon de voir ce stade bourré comme un festayre le premier soir des fêtes de Bayonne et paré de bleu et blanc ! Et je ne te raconte pas mon émotion au moment du Vino griego, entonné sans retenue par 17 000 personnes à l’exception de quelques pisse-froid de Biarrots contingentés dans une aile de la tribune nord.

L’entame du match m’a totalement surpris, avec un incident sur Jané dès le premier ballon. C’était l’occasion idéale de se réchauffer les mains en balançant quelques claques aux Biarrots, mais au lieu de cela les nôtres se sont contentés de les tenir au col et de les repousser presque paisiblement. Décidément le rugby n’est plus ce qu’il était. Est-ce Berbizier qui avait insufflé cet esprit de sérieux ? La première mi-temps, comme souvent dans les derbys, a été crispée au possible. Du Plessis, qui claquait un drop d’entrée, et Bustos Moyano qui se montrait habile dans le jeu au pied, semblaient dans un bon jour, tandis que les Biarrots paraissaient quelque peu empruntés. J’ai vraiment cru que nous allions l’emporter sans trop de difficulté. Hélas, hélas, la légendaire étourderie bayonnaise allait encore frapper avec un gros cadeau défensif et un essai cadeau offert à Artru, qui permettrait aux Biarrots de prendre l’avantage juste avant la mi-temps.

Guillaume Rouet a été un poison constant pour le BO. Pour l’empêcher de courir et de marquer, un fourbe Biarrot a même trouvé le moyen de lui baisser le short sur les genoux.

Et c’est ensuite, tu as pu le constater comme moi Manzana, que les deux équipes nous ont offert une deuxième mi-temps superbe. Les Biarrots un peu plus puissants, jouant au près et guettant la faute, tandis que les Bayonnais, plus véloces, cherchaient à créer du désordre. Si mon cœur n’a pas lâché ce jour-là, il ne lâchera jamais ! Coup sur coup Lucu puis Hamdaoui nous poignardaient à la 52e et 54e minute et nous avons tous pensé dans les tribunes que la cabane était définitivement tombée sur le pottok.

Mais c’était sans compter sur la vaillance des nôtres qui nous ont fait nous dresser de nos sièges. Un essai de Tisseron au large, deux minutes plus tard, puis un exploit de notre centre qui la jouait en solitaire, ce qui est bien normal quand on s’appelle Robinson, allaient ramener les Bleus à trois points des Biarrots. Suspense insoutenable. Et par charité, je ne parlerai pas de la fourberie du Biarrot qui a baissé jusqu’aux genoux le short de Guillaume Rouet, empêchant notre malheureux demi de mêlée de courir alors que l’essai semblait imparable !

Sans se décourager, les Bleus poussent, poussent et poussent sans parvenir à franchir, payant leur déficit de puissance. Et Biarritz, pour la première fois depuis 2010, remporte enfin le derby.

Tu vas être surpris, Manzana, et sans doute attribuer cette crise d’objectivité au coup reçu sur la tête, mais le score reflète le match et la victoire des Biarrots est méritée même s’il m’en coûte de le reconnaître.

Alors que les Bayonnais quittaient le stade un peu déconfits, une grande émotion s’est emparée de moi. Finalement, si vous n’étiez pas là, les Biarrots, nous n’aurions pas la chance de vivre cet événement extraordinaire qu’est le derby et peut-être que le rugby n’aurait pas la même importance dans nos vies. Et je vous rappelle quand même pour pas que vous attrapiez bobo à vos petites têtes de Biarrots que nous menons 7 à 1 sur les huit derniers derbys disputés et que j’attends déjà le match retour avec gourmandise.

En fait, alors que suis encore obligé d’ingurgiter quelques médicaments contre le mal de tête, je partage totalement l’avis de Vincent Etcheto (Sud Ouest, 16/10) : « Je ne crois pas à la fameuse légende urbaine qui dit qu’une fois qu’on a perdu un derby, on en a pour quatre mois de mal de tête. On va prendre des Doliprane et la migraine, on va vite l’oublier ».

Je ne te raconte pas, Manzana, notre retour à la maison. Tu sais comment est Pantxika quand je vais bien. Alors depuis que les médecins lui ont dit de veiller sur moi… Lors de la sortie du stade, le moindre passant qui s’approchait à moins de trente centimètres, Pantxika était prête à lui mettre un coup d’épaule ou un croche-pied pour l’écarter. Cette fois, je ne risquais pas de rentrer à pied à Ustaritz (Lire l’épisode précédent). Et je ne te dis pas le cirque quand on s’est retrouvé devant la maison familiale. Les médecins m’ont provisoirement interdit de porter des charges importantes. Dans la voiture, j’avais un vieux Midi Olympique que je n’avais pas fini de lire. Pantxika a refusé que je le porte en disant qu’il était trop lourd et a menacé de grimper les marches qui nous conduisent à notre porte d’entrée en me portant sur les épaules si je ne l’écoutais pas. La honte devant tous les voisins !

Vivement que je retrouve la santé, tout comme l’Aviron !

Patxaran

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Des vendanges sans Vino…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (5)

Petite soirée tranquille pour les Grenoblois qui ont laissé les Bayonnais vendanger toutes les occasions à leur portée.

 Salut Manzana,

Triste week-end, en vérité pour le rugby basque, même si vous avez fait mieux que nous en limitant la casse à Vannes et en ramenant un point de bonus. Tu es au courant, j’imagine, de la catastrophe que l’on a vécue à domicile, jeudi soir, face à Grenoble. Quand on est arrivé avec Pantxika en tribune Afflelou, rang F places 102 et 103, où nous retrouvons depuis des années de vieux amis abonnés, on a tout de suite compris en voyant les travées vides que la soirée allait être difficile. Et c’est là que le premier incident a éclaté avec mon épouse. On avait vaguement parlé de la grève du Vino griego souhaitée par l’association Les Gars de l’Aviron, mais sans arrêter de position.

Pour moi, une soirée à Jean-Dauger sans entonner notre hymne favori, c’est un peu comme si je ne buvais que de l’eau minérale Ogeu pendant les fêtes de Bayonne. Aussi, quand les premières notes ont retenti, je me suis levé comme d’habitude, tout en remarquant que nous n’étions guère nombreux à le faire. J’ai tendance à penser qu’il faut soutenir notre équipe quand elle est en difficulté, au lieu de lui rajouter une pression supplémentaire. Et soudain, alors que je chantais « Allez, Allez les Bleus et Blancs de l’Aviron Bayonnais… », Pantxika a dévalé les marches jusqu’à la main courante, a tourné le dos au terrain et m’a fusillé du regard. Tu sais que je n’ai pas peur de grand-chose et que, quand je jouais, j’avais plutôt la réputation de ne pas être avare en pêches, marrons, mornifles et autres caresses de rugbymen, mais, franchement, quand Pantxika fait son œil noir façon All Black, je ne connais personne qui puisse faire front.

Il faut croire que cette colère a aussi terrorisé les joueurs car dès le coup d’envoi, les locaux faisaient assaut d’amabilité pour laisser passer le petit lutin grenoblois Gervais Cordin qui s’empressait d’aplatir. Ajoutez à cela une transformation réussie et une pénalité et il y avait déjà 10 à 0, à la sixième minute, quand Pantxika et les autres grévistes du Vino griego, ont décidé de regagner leurs places en tribunes.

Mais décidément, c’était la soirée des vendanges pour les Bayonnais, au vu des occasions ratées à chaque fois que l’en-but était en vue.

Comme si la hotte n’était déjà pas suffisamment remplie, le demi de mêlée isérois Lilian Saseras trouvait le moyen d’aplatir à nouveau. 20 à 0 au bout de vingt minutes de jeu et un silence de mort sur le stade.

C’est le moment qu’a choisi Pantxika pour dégoupiller complètement. Furieuse, elle s’est levée en hurlant : « Ce n’est déjà pas très marrant de vivre avec un policier (Merci pour lui !), alors je ne suis pas là pour souffrir et me faire mal. Je me casse ! » Et avant que je n’aie pu esquisser le moindre geste, elle était partie. Sur le terrain, à voir les mines défaites des vendangeurs en bleu et blanc et la façon de mettre des coups de sécateur à côté des cibles, on sent qu’ils sont un certain nombre à avoir eux aussi envie d’être ailleurs.

Heureusement Van Lill réussit son quatrième essai de la saison avant que l’arbitre n’accorde un essai de pénalité aux Bayonnais, juste avant la mi-temps. 14 à 20, c’est déjà un peu plus présentable, ce qui n’empêche pas les supporters d’être désespérés par le spectacle offert.

Le coup de gueule de Berbizier dans les vestiaires a été si fort que les spectateurs de la tribune officielle ont cru un instant à une réplique du tremblement de terre au Mexique. À la reprise, les Bayonnais semblent enfin capables de jouer en équipe et de récolter. Tisseron traverse la moitié du terrain avant d’aplatir et donne enfin l’avantage à nos couleurs : 21 à 20 !

Mais il est dit que notre équipe nous fera mourir de peur, avec son incapacité à tuer le match. Les vendanges continuent, de passes en avant à dégagements ratés et ballons tombés, et le suspense est tel que les services de sécurité dénombreront à la fin du match trois crises cardiaques et la naissance de deux prématurés. Ce n’est pourtant pas faute au public, décidément pas rancunier, d’avoir poussé avec son équipe.

Pendant ce temps, les Grenoblois, tranquilles dans leurs chaises longues, laissent passer l’orage avant que David Mélé n’enquille les deux pénalités de la gagne à la 66e et 74e. Sacrée piquette pour nos couleurs. Et des semaines pas très joyeuses en perspective.

Avec un déplacement difficile à Aurillac, le 6 octobre, il y a peu de chances que la sérénité revienne. Et ensuite, le 14 octobre, le match de l’année contre vous les Biarrots. Comme toi, Manzana, j’en ai vécu un certain nombre de derbys, mais celui-là, va être le match de la mort. Si Bayonne perd encore à domicile, j’en connais qui peuvent préparer leurs valises.

Quant à moi, ce que je vais te raconter ne va pas te convaincre des « joies » du mariage. Inquiet de ne pas voir Pantxika revenir, je ne me suis pas attardé à la buvette avec les copains. En arrivant au parking où était stationné notre véhicule, une sacrée surprise m’attendait. Plus de voiture ! Heureusement que je ne suis pas allé me plaindre au commissariat pour vol et que je me suis souvenu que Pantxika avait un double des clés. Et devine qui est rentré à pied jusqu’à sa maison d’Ustaritz ? Et crois-moi, j’avais pas très envie d’entonner le Vino griego !

Patxaran

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Nevers, ça ne me botte pas…

LES PASSES CROISÉES DE MANZANA ET PATXARAN (4)

Salut Patxaran,

 Décidément, il n’y a que vous les Bayonnais pour faire ainsi du social et tendre la main aux petites équipes en plein doute. Contrairement à toi quand tu épies en douce le BO, je ne me cache pas pour regarder à la télé les matches de l’Aviron et ne crains pas de voir arriver un voisin armé d’une pétoire. Comme je n’étais pas de service, jeudi soir, je me suis donc tranquillement installé dans le canapé pour voir comment vous alliez aplatir comme des crêpes ces Bretons qui ne manient le ballon ovale que depuis l’élection de Macron, ou peu s’en faut.

C’est à cause du froid ou pour ne pas entendre Berbizier, qu’Etcheto avait mis son bonnet?

Et là, surprise, vous aviez visiblement décidé de faire soirée portes ouvertes et on lâche les Vannes. Ce n’était plus du biniou mais de la bombarde que vous ont joué les rugbymen vannetais, qui ont tout de même eu la délicatesse de ne pas trop vous vanner. C’est sympa de s’efforcer de mettre en confiance les petites équipes en les laissant gagner 38-22 et en leur offrant quatre essais. Mais après tout, comme le match avait lieu au nord de la Loire, peut-être avez-vous cru qu’il comptait pour du beurre salé. Encore de la tension en perspective pour vous jeudi prochain face à Grenoble !

Mais, malgré mon goût certain pour la moquerie que tu connais, je ne ferai pas trop le faraud. Aller s’enorgueillir d’une laborieuse victoire contre Nevers, quand il y a peu encore, le BO fracassait à Aguilera aussi bien le Stade Français que le Stade Toulousain, demande beaucoup d’imagination. Et bientôt des victoires contre Ahetze ou Ustaritz ?

Alors pour te divertir, il faut que je te raconte le nouvel exploit de maman. Elle m’avait demandé de prendre deux places pour le match, mais depuis deux jours, elle maugréait. « Une dame de ma qualité… Il va voir ce qu’il va voir le latin lover ! ». Sans me vanter, tu connais mes dons d’enquêteur. J’ai donc très vite compris qu’elle reprochait à Gonzalo Quesada qui l’avait tant troublée lors du match du BO contre Béziers, de ne pas lui avoir fait signe ou téléphoné. Alors pour se venger du malotru tout juste bon à entraîner une équipe de rugby, maman a décidé une heure avant le coup d’envoi de ne pas venir au stade et de le punir par son absence. J’ai fait semblant d’insister, mais finalement je suis parti seul au stade, pas mécontent de la situation et me félicitant des amours malheureuses de maman.

Certes, nous avons gagné 32 à 20, mais il n’y a vraiment pas de quoi plastronner et il faut une imagination aussi débordante que celle de Nicolas Brusque pour voir dans le BO actuel une future terreur du Top 14. Surtout ne crois pas que j’éprouve un quelconque mépris pour ces Nivernais appliqués qui ont fait ce qu’ils avaient à faire avec leurs maigres moyens, mais quel ennui !  Et deux essais partout au final. Heureusement que Pierre Bernard avait acquis le secret de la botte de Nevers et a mis pratiquement tout ce qu’il voulait entre les poteaux avec 4 pénalités, un drop et deux transformations.

Pourtant, malgré ces deux tristes matches, le rugby reste passionnant. Dans « L’Équipe » du 13 septembre, Fabien Galthié explique de manière limpide tout l’écart qui sépare la France des grandes nations du rugby. On continue à recruter des joueurs en les faisant monter sur la balance sans se préoccuper de leur vitesse et de leurs qualités athlétiques. Je cite, au cas où tu n’aurais pas lu : « Ce qui me frappe, c’est que le Top 14 est le championnat professionnel le plus lent. ça se joue à 54 mètres par minute. Qu’est-ce que ça veut dire ? À partir du moment où le ballon est en jeu, c’est la distance parcourue en moyenne par les quinze joueurs de l’équipe. Le Pro12 c’est 80. Dès que tu vas en Super rugby, tu es à 90. Au niveau international, tu es encore au-dessus. On est 33% plus lent que le plus lent des championnats » Et après des calculs aussi savants, qui osera encore dire qu’il n’y a que les cons qui s’intéressent au rugby ? Même si à Vannes, vous deviez être plus près des dix mètres minute que des standards internationaux…

… Allez, Patxaran, ne t’étrangle pas de colère et donne -moi vite des nouvelles.

Manzana

Retrouvez « Les aventures de Manzana et Patxaran », de Pierre George et Jean-Yves Viollier, tomes 1, 2 et 3, chez Atlantica.