Veunac ne peut plus se cacher derrière son petit doigt

Après trois ans d’inexistence totale, le maire de Biarritz doit s’attaquer aux dossiers majeurs de son mandat : la Cité de l’Océan, Le Palais, et la mise à niveau de la Ville.

Depuis 2014, il atermoie, tergiverse, lambine, procrastine, hésite, barguigne, doute, flotte, oscille, biaise et louvoie. Comme le cancre au fond de la classe, il espère que la mouche qui volète dans un rayon de soleil va lui apporter l’inspiration qui lui manque tant. Alors, en attendant l’illumination, il s’offre avec l’argent public des études et même des contre-études pour vérifier si les experts sont d’accord entre eux et exaspère par son indécision et son absence d’imagination aussi bien son opposition que sa majorité… Comment avez-vous deviné qu’il était question de Michel Veunac ?

Et puis, quand les échéances deviennent trop pressantes, confondant action et incantation, notre élu à écharpe tricolore sort une maxime sentencieuse qui lui donne le sentiment d’avancer dans les dossiers en souffrance, : « Je vous ferai aimer la Cité de l’Océan » ou le péremptoire : « Moi vivant, l’Hôtel du Palais ne sera jamais vendu ».

Même si depuis 2014, il fait trembler les murs de la mairie avec ses colères brutales qui traduisent toute son impuissance face à des dossiers qui le dépassent totalement, l’homme Michel Veunac reste à l’évidence un bon bougre. Titulaire d’un bâton de maréchal avec un poste de deuxième adjoint, il n’était juste pas fait pour revêtir l’écharpe tricolore avec le gros temps qui attendait la Ville après le désastreux dernier mandat de Didier Borotra.

Non, la Cité de l’Océan ne va pas mieux…

Si un jour des conseillers municipaux s’avisaient de donner le nom d’une rue à Didier Borotra, on espère qu’ils choisiront une impasse pour la façon qu’il a eu d’envoyer tout le monde dans le mur lors de son dernier mandat. Pour réaliser ses rêves grandiloquents et sa désastreuse Cité de l’Océan, Didier Borotra a planqué les moutons sous le tapis, en ne s’occupant plus des fondamentaux de la Ville, voierie, eaux usés, entretien, au profit du paraître et de sa gloriole personnelle. On connaît la suite…

Malgré le lourd endettement de la Ville, la situation aurait pu être rattrapable avec un maire à poigne. Hélas nos suffrages se sont portés sur Monsieur hésitation permanente ! La façon dont Michel Veunac gère le dossier de la Cité de l’Océan est ainsi particulièrement édifiante. On fait venir des spécialistes, on commande des études, pour finalement… ne rien changer. Et on continue avec le ludo-scientifique qui nécessite des investissements coûteux tous les trois ans et on se gargarise de chiffres soi-disant mirifiques, tout en sachant parfaitement qu’ils ne sont que le résultat d’une politique de dumping forcené. Le papier publié par Sud Ouest, le 22 août dernier, a ainsi beaucoup contribué à embrouiller les esprits, en persuadant les Biarrots que le naufrage est derrière nous : « Dimanche soir, le 20 août, le nombre d’entrées payantes s’établissait à 54 803. S’y ajoutent 2 729 entrées gratuites pour un total de 57 532 visiteurs depuis le 1er janvier.  À la même date de 2016, 45 140 personnes étaient entrées à la Cité de l’Océan, dont 42 757 payantes. » Pour mémoire, on rappellera que la fréquentation des musées à Biarritz dépend beaucoup de la pluie estivale, qui ne nous a pas oubliés cette année, et que Didier Borotra claironnait régulièrement que ce futur joyau, qui lui aura au moins permis de donner du travail à sa fille, atteindrait son point d’équilibre à 350 000 visiteurs par an.  Et qu’un aquarium comme celui de La Rochelle accueille… 800 000 visiteurs par an !

http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/2014/08/15/la-rochelle-l-aquarium-fait-le-plein-de-visiteurs-532684.html

Avec ses réformes cosmétiques, au lieu de réorienter vigoureusement le concept, Michel Veunac, comme dans tant d’autres domaines, diffère le problème, s’illusionne de chiffres qui ne sont pas bons et décide qu’il est urgent d’attendre… Biarrots, vous n’avez pas fini de mettre la main au portefeuille pour financer la mégalomanie de Borotra !

Hôtel du Palais : la seule solution, vendre !

Et, malheureusement pour nous, Michel Veunac se retrouve avec un dossier, celui de l’Hôtel du Palais, qui pourrait nous conduire à un désastre bien pire encore que celui de la Cité de l’Océan. L’appel à Four Seasons, a mis le doigt sur tout ce qui manquait au bâtiment de la grande plage pour prétendre au titre de palace. 50 à 70 millions de travaux de rénovation, qui finiront comme toujours à 100 millions d’euros.

Contrairement aux apparences, tout ne baigne pas à « L’Hôtel du Palais »

Michel Veunac a préféré couper la tête du porteur de mauvaises nouvelles au lieu d’écouter. Alors que le temps presse, il va nous annoncer lors du prochain conseil municipal, prévu le 29 septembre, qu’il fait appel à Accor et va faire cautionner l’emprunt nécessaire, puisque la Ville n’a pas un fifrelin, par La Caisse des dépôts.

Double mauvais choix : Accor qui n’a aucune expérience dans le très haut de gamme va essuyer les plâtres avec Le Palais et risque de commettre des erreurs conséquentes. Quant à la Caisse des Dépôts, la philanthropie n’est pas sa préoccupation première et, en cas de catastrophe industrielle comme des attentats qui feraient fuit les touristes hors de France et empêcheraient notre ville de rembourser sa dette, son seul souci serait de brader à vil prix pour récupérer sa mise.

Michel Veunac peut donc bien nous faire tous les mouvements de menton du monde. L’emprunt à faire est tel pour une ville surendettée comme Biarritz que, de facto, les Biarrots ne sont plus propriétaires de L’Hôtel du Palais. Alors que le bâtiment perd de sa valeur d’année en année, le bon sens commanderait de vendre d’urgence ce joujou adoré des politiques locaux qui devient un boulet financier pour les contribuables.  Malheureusement, connaissant Veunac…

Et dire que Veunac pourrait être le maire de la relance !

Quand on circule dans Biarritz, il est pourtant étonnant de voir comme l’idée a fait du chemin dans l’esprit des Biarrots, sans doute à cause du courage de conseillers municipaux comme François Amigorena ou Jean-Benoît Saint-Cricq, qui ont pris clairement position. Et la majorité municipale, même si elle hésite à sortir du bois, pense de même. Il n’est plus guère que Veunac pour continuer à clamer son « Moi vivant ! », ou un spécialiste des combats d’arrière-garde comme Patrick Destizon pour affirmer partout sur les réseaux sociaux qu’il ne faut « jamais vendre les bijoux de famille ». Et si, Monsieur le spécialiste des causes perdues, les bijoux de famille ont toujours servi en cas de mauvaise passe, à remettre à flot tout le monde. Regardons un peu les choses en face au lieu de se cacher derrière son petit doigt.

Aux dires de tout le monde, jamais Biarritz n’a été aussi sale, aussi mal entretenue. La voierie est dans un état pitoyable, on rapièce, on ravaude, sans jamais s’attaquer au fond du problème. Et est-il normal, en 2017, de continuer à déverser les eaux usées en douce après des grandes pluies au lieu de financer enfin des installations modernes, évitant aux visiteurs qui rêvent de baignades dans notre ville, les conjonctivites, otites et autres maladies de peau qu’on leur offre en prime ? Pour caricaturer, quel est l’intérêt de rénover à grand frais le Palais, si tout autour le touriste ne croise que des quasi-favelas.

Avec un peu d’imagination, Michel Veunac pourrait être un maire qui marque l’histoire de la Ville. Il franchit le pas, vend l’Hôtel du Palais, apure la dette de la Ville et profite de l’argent qui lui reste pour mettre enfin à niveau la Ville et avoir un geste fort envers les Biarrots, au lieu de privilégier systématiquement les touristes, comme la réalisation de cette piscine olympique qu’il avait promis dans son programme électoral avant de se dédire.

Mais, une telle décision demande une vision politique, de l’audace, de la témérité, du courage.

Peut-être pas les qualités premières de notre actuel maire qui, sans nul doute, va continuer à tergiverser, lambiner, procrastiner, hésiter, barguigner…

Le sale air des pourboires

LES CROQUIS DE L’ÉTÉ DE BISQUE, BISQUE, BASQUE ! (4/4)

Si vous pensez que rien n’a changé depuis votre enfance dans les cafés et restaurants, alors offrez-vous vite comme ultime lecture de vacances Les illusions perdues d’Honoré de Balzac. Car c’est à un magnifique hold-up silencieux que nous assistons actuellement, relayé par une presse qui répercute sans enquêter les jérémiades de l’UMIH (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie). D’où ces articles dans Sud Ouest, Le Figaro ou Aujourd’hui sur la baisse alarmante des pourboires et la demande des professionnels de les rendre bientôt obligatoires.

(http://www.lefigaro.fr/conso/2017/08/19/20010-20170819ARTFIG00011-faut-il-rendre-les-pourboires-obligatoires-en-france.php)

On le sait, les restaurateurs sont parfois beaucoup plus doués pour se plaindre de leur sort que pour servir des plats-maison. En juillet 2009, ils avaient réussi à convaincre le président Sarkozy de passer la TVA concernant leur profession de 19,6 à 5,5 %, contre la promesse de baisser les prix de 3 % et de recruter 140 000 personnes. Cinq ans plus tard, la Cour des comptes a estimé que cette mesure qui représentait un coût de presque trois milliards d’euros pour la collectivité avait eu des conséquences négligeables sur l’emploi, entre 30 et 50 000 personnes recrutées. D’où un retour en 2014 à une TVA à 10 %.

Mais nos restaurateurs, s’ils manquent parfois d’imagination dans leurs cartes, sont souvent d’une créativité sans limite en matière de droit du travail et d’exploitation du salarié. Il y a quelques années, il y avait dans tous les établissements deux catégories de salariés. Ceux qui travaillaient en salle, payés au SMIC mais bénéficiant de pourboires et le personnel de cuisine rémunéré un peu plus puisque n’ayant pas droit à la manne touristique. Sans la moindre négociation catégorielle, à l’exception de quelques chefs prestigieux, tous les commis de cuisine, plongeurs et autres ont été ramenés au SMIC, avec en contrepartie le partage des pourboires laissés par la clientèle. Ce qui a pour effet de faire baisser le niveau de rémunération de tous.

Vous avez sans doute remarqué, lorsque vous mangez dans un restaurant que le serveur n’encaisse plus que très rarement l’addition (… et le pourboire éventuel qui va avec !) et que vous êtes suavement invité à aller voir le patron qui trône derrière la caisse. Lorsque vous laissez un pourboire, il atterrit en général dans une petite boîte située à côté de la caisse. Et c’est là que tout se complique !

Razzia sur la caisse noire !

Les pourboires sont censés être partagés entre tout le personnel, mais dans quasiment tous les établissements, c’est le patron et lui seul qui contrôle cette sorte de caisse noire. Et les accommodements avec la loi, pourtant très claire sur le sujet, deviennent légion.

C’est la fille du patron, qui ne travaille dans l’établissement qu’un jour par semaine qui partage les pourboires à égalité avec le reste du personnel. Ce sont les erreurs passées dans les commandes par le personnel qui sont défalquées du total des pourboires, alors que cette pratique est totalement illégale. Pire, quand un salarié entre en conflit avec son patron et décide de rendre son tablier, celui-ci s’arroge le droit, encore une fois en toute illégalité, de ne pas verser au partant sa part de pourboire. (Article L147-1, L147-2, L3251-1 et L3251-4 du Code du travail)

Sans compter les patrons qui, lorsqu’ils se retrouvent seuls dans leur établissement, se prennent un peu d’argent de poche dans la boîte à pourboire. Quand j’ai financé mes études de 1970 à 1975 en faisant ce job, je touchais le SMIC, mais les pourboires encaissés équivalaient à deux fois le salaire. Certes la crise est passée par là, certes les Français sont sans doute moins généreux, mais comment ne pas soupçonner un enfumage de grande envergure ?

 Dans un grand établissement de la Côte basque qui emploie quinze personnes et sert cinq cents couverts par jour, chaque salarié en juin a touché vingt euros de pourboires par semaine.

Ce qui signifierait, si l’on divise ce total par les 3500 repas hebdomadairement servis que chaque client n’aurait versé pour son repas que dix centimes de pourboire. Difficile à croire tout de même ! Mais la presse, au lieu d’enquêter sur les forfaits en vigueur dans nombre d’établissements qui permettent de payer les salariés à environ 7 euros de l’heure, au lieu de chercher à faire parler les saisonniers qui évoqueront tous les deux tableaux de service, le faux pour l’inspection du travail et le vrai où le salarié est corvéable à merci, va continuer à égrener des articles sur la difficulté à trouver du personnel dans la restauration ou la nécessité de rendre le pourboire obligatoire.

Il est vrai aussi que les restaurateurs sont souvent de gros annonceurs pour la presse écrite et que tout le monde a intérêt à fermer les yeux sur les pratiques actuelles.

Bien sûr, il existe des exceptions, des restaurateurs respectueux de leurs salariés et totalement réglos sur les pourboires, mais combien sont-ils ? Un restaurant, c’est un moment de plaisir partagé, avec un serveur ou une serveuse qui a le talent de vous faire passer un moment de grâce et de vous faire aimer ce que vous mangez. C’est à cette personne et à cette personne seulement que devrait être destiné le pourboire qui est une façon de récompenser son talent. Libre à elle ensuite, de le mettre dans un pot commun géré par le personnel ou de l’empocher. Et dans ce cas-là, il est bien évident que les pourboires rendront le métier intéressant… Surtout si le patron ne s’en mêle pas !

Mais quand on sait ce que nous prépare Macron, avec sa réforme des lois sur le travail qui va précariser tout le monde, on se dit que nos amis hôteliers et restaurateurs, grands adeptes du libéralisme effréné quand il sert leurs intérêts, ne font qu’anticiper sur ce que veut le Président de la République. Bienvenue à Précariland !

Les cahiers de brouillon de la plage

LES CROQUIS DE L’ÉTÉ DE BISQUE, BISQUE, BASQUE ! (3/4)

De la même façon que l’humoriste est souvent un pessimiste-né qui a décidé de rire de tout et surtout de son désespoir, de la même façon que l’extraverti mouline des gestes et des mots pour qu’on ne puisse déceler sa véritable personnalité, il est tentant de penser que le tatoué, en offrant à la vue de tous ce qu’il a décidé d’inscrire dans sa chair, se livre à une opération de diversion pour qu’on se focalise sur ce qu’il montre plutôt que sur ce qu’il est véritablement.

Même s’il n’est pas né celui qui me verra tatoué, n’allez pas croire que je vais me lancer dans une diatribe anti-tatouage ! Certains sont superbes et donnent vraiment envie de connaître l’artiste qui les a dessinés tout autant que celui qui les porte. Fasciné à Biarritz par les corps dénudés qui s’offrent à la vue de tous et par les 14% de Français et de Françaises qui ont décidé de se faire tatouer un ou plusieurs motifs (http://www.leparisien.fr/societe/sept-millions-de-tatoue-e-s-17-01-2017-6576954.php), je reste néanmoins perplexe lorsqu’on me répète sur tous les tons qu’il n’y a aucun risque à se faire tatouer. Ce coup-là, on me l’a déjà fait en m’expliquant que je ne pouvais pas continuer à vivre avec un tympan perforé et qu’on me proposait une simple intervention chirurgicale « de confort » ! Au final, dix-sept ans de bagarres contre la maladie, onze opérations et une oreille définitivement perdue avant de réussir à enrayer les dégâts commis par le gougnafier qui m’a massacré avec son bistouri !

Manger un œuf, traverser une rue en dehors des clous ou même respirer dans certaines villes relevant désormais de l’exploit, je comprends donc parfaitement qu’on prenne des risques et cède à l’impérieux désir de se faire tatouer.

Je papillonne, donc je suis…

Ce qui me laisse perplexe en revanche, c’est le choix du motif. Si l’on écrit à la femme de sa vie, on va s’efforcer d’avoir du style et de gommer les banalités de ses phrases. Si l’on décide d’inscrire à vie un motif sur sa peau, pourquoi diable choisir une étoile, un papillon ou un signe zodiacal ? (Pardon, mon ami François, ton scorpion sur l’omoplate est magnifique !) Le tatouage ne semble plus être l’apanage des garçons et filles de mauvaise vie, ce qui après tout constituait une affirmation de soi parfaitement respectable, mais plutôt, très souvent, le choix de suiveurs en berne d’imagination.

Bien sûr, pour le tatoueur, il est sans doute plus commode et rentable de vous vendre un dessin mille fois exécuté qui ne mettra pas à mal sa créativité et son (absence de) talent, plutôt que de vous aider dans votre quête d’affirmation de soi, avec un dessin qui vous résume totalement.Alors que ce dessin choisi et mûrement réfléchi devrait incarner toute la force et la complexité de votre personnalité, c’est un peu comme si vous écriviez sur votre épaule avec votre dauphin ou votre petite fleur : « Je suis tout le monde et je n’ai pas la moindre imagination ! ».

J’aime les dessins longuement préparés qui correspondent à la personnalité profonde de celui qui a décidé en connaissance de cause de se les faire tatouer, à l’image de ce frère et de cette sœur, très complices dans leur enfance, qui se répétaient une phrase qu’ils ont transformée en anagramme intelligible d’eux seuls et visuellement très beau. Dans ce cas-là, le tatouage fait sens.

Réservé à ceux qui se sentent une âme de bâtisseur.

Et l’on vous épargnera ces prénoms de fiancées, inscrits pour l’éternité dans la peau parce qu’on croit que l’amour dure toujours, et grossièrement retouchés pour que la suivante ne s’agace pas chaque jour à l’évocation de l’ex. Ou ces tatouages maoris aux formes géométriques tellement faciles à réaliser par des bacs moins quatre du dessin d’art. Quand ces tatouages guerriers sont portés par un colosse qui dépasse le quintal, on peut leur trouver un certain charme, mais quand c’est une freluquette aux bras épais comme des allumettes qui s’aventure dans cette direction, difficile de ne pas sourire. Vous êtes très fier du dessin que vous a fait le tatoueur ? On en reparlera dans trente ans quand vos enfants se paieront votre tête…

Zlatan Ibrahimovic, le plus célèbre cahier de brouillon de la planète.

Reste enfin tous ceux qui succombent à la tentation de s’offrir un nouveau petit tatouage chaque année, qui finit, à force d’accumulations, par les faire ressembler à des cahiers de brouillon. Un peu de polynésien à droite, du japonais dans le dos, une phrase en lettres gothiques sur les côtes, sans oublier l’ancre de marine et la colombe de la paix.  Et surtout de la couleur partout, histoire d’en rajouter.

Et quand, déambulant sur la plage, on voit le bazar qui règne sur certains corps, on n’ose imaginer celui qui règne dans la tête de l’intéressé !

 

Le carnet du cimetière et le scotch de la gare

LES CROQUIS DE L’ÉTÉ DE BISQUE, BISQUE, BASQUE ! (2/4)

Dix ans pour honorer une promesse, même si mon camarade a l’éternité devant lui, ce n’est pas terrible ! Habitant depuis plus d’une décennie à Biarritz, je prends enfin le temps, ce matin de me présenter au cimetière du Sabaou où repose François-Xavier Beaudet. Après une enfance passée à Châteauroux, il était arrivé à Biarritz à la fin de l’adolescence, le temps de pratiquer assidûment le surf et le rugby, avant de rejoindre Paris et la rubrique moto-bateaux du journal « L’Équipe ». Bon copain et bon joueur de rugby, il était adoré de tous.

L’employé qui m’accueille dans une petite guérite assez semblable à celle des vendeurs de billets du stade Aguilera est charmant et visiblement ravi d’avoir un visiteur. « À quelle date est décédé votre ami ?». Aussi impensable que cela puisse paraître, je ne sais plus. Je me souviens du brouillard de ce jour de novembre, de ce voyage de presse partant de l’aérodrome de Toussus-le-Noble pour aller essayer une BMW sur un circuit de Clermont-Ferrand, de notre accablement en apprenant que l’avion s’était crashé du côté des étangs de Saclay, de notre espoir insensé en découvrant qu’un des journalistes avait eu une panne de réveil et avait raté le décollage. Malheureusement, notre spécialiste maison du réveil en carafe, ce compétiteur qui avait disputé plusieurs Paris-Dakar, se trouvait dans l’avion, ce jour-là et faisait partie des sept victimes…

J’hésite, avant de répondre : « Je dirais le début des années quatre-vingts ».

L’employé municipal ouvre alors le tiroir de son bureau et sort un grand carnet. Il ne remarque pas mon étonnement absolu quand je le vois commencer à déchiffrer péniblement les noms à demi effacés par le temps qu’un préposé a notés au stylo bille bleue au fur et à mesure des arrivées, en respectant bien le quadrillage des feuilles à carreaux prévues à cet effet.

Le temps passe, le feuilletage du carnet se poursuit. L’employé est désolé de ne pouvoir me répondre.

« Novembre 1988 ! » Cette fois, je suis sûr de la date et je me demande comment j’ai pu hésiter aussi longtemps.

Mon interlocuteur retrouve à cette date le nom de famille indiqué, me désigne la section 8, mais comme aucun prénom n’accompagne le nom et que la tombe ne porte pas d’inscription, je ne suis pas sûr d’avoir trouvé celui que je recherche.

En partance pour Paris, quelques heures plus tard, je rumine encore sur les quais de la gare ma déconvenue du matin. Comment, en 2017, peut-on faire si peu de cas de ceux qui ont établi leur résidence au cimetière de Sabaou ? Sans tomber dans le snobisme du cimetière Montparnasse, où des bornes interactives vous permettent de retrouver seul n’importe quel défunt et vous indiquent le chemin le plus rapide pour s’incliner devant sa tombe, ne serait-il pas possible en 2017 de demander à un stagiaire de saisir dans une base de données tous les noms des défunts contenus dans ce précieux carnet et de doter d’un ordinateur portable le préposé chargé de répondre à la clientèle, ce qui lui permettrait de répondre dans la seconde à n’importe quelle demande ?

À côté de moi, sur la voie numéro deux, un cyclotouriste hollandais s’agite beaucoup et je mets un certain temps à comprendre qu’il a besoin d’aide. Il stationne devant le panneau où sont, en théorie, affichés les emplacements des trains à venir et s’étonne de le voir désespérément vide. Amusé, je lui explique que c’est un préposé qui vient fixer un morceau de carton quelques minutes avant le départ. Le cyclotouriste apprécie mon aide, hoche la tête poliment, mais ne peut s’empêcher de trouver cela étrange. « Et vous n’avez pas de panneaux électroniques ? » J’éclate de rire : « À Paris, à Paimpol ou même à Ruffec, si… Mais pas à Biarritz ! « 

Comme pour confirmer mes dires, ils sont deux à arriver. Le chef, bedaine avantageuse, qui tient la maquette en carton du train à venir et la stagiaire chargée de porter le rouleau de scotch. Bien évidemment, le malheureux cyclotouriste étranger qui avait installé tout son fourbi devant ce panneau doit tout déménager, car il faut ouvrir la vitrine. La stagiaire peut alors opérer. Le numéro du train annoncé n’est pas très droit et elle n’a pas collé au bon endroit la maquette du TGV à venir… « Il faut que tu la déplaces d’au moins vingt centimètres sur la droite » affirme très sérieusement le chef qui n’a pas eu ses galons par hasard. Le visiteur hollandais vient de réaliser qu’il est très loin du wagon qui le concerne et détale fissa, vélo dans une main, bagages dans l’autre, en direction du bout du quai. J’ai juste le temps de hausser les épaules pour lui dire que la France fonctionne ainsi, avant l’arrivée du TGV, qui va s’arrêter loin, très loin, de toutes les prévisions établies. Confusion totale sur le quai. Juste avant de monter dans mon wagon, j’apercevrai le malheureux touriste qui s’était installé au moins cent mètres plus loin que la tête de la rame, revenir sur ses pas en courant.

Comment lui expliquer que c’est tout le paradoxe de Biarritz, les splendeurs et misères d’une ville courtisane, comme aurait dit Honoré de Balzac ? Biarritz, c’est un petit périmètre rutilant compris entre le quartier impérial et la Côte des Basques, histoire de faire croire aux touristes qu’ils arrivent dans une des plus belles villes du monde. Pour eux, rien n’est trop beau, n’est trop cher, mais, derrière ce décor de théâtre fardé comme une vieille catin, les routes défoncées, les bassins de rétention des eaux usées vidés en douce les jours de pluie, les quartiers périphériques mal entretenus, les services aux usagers réduits à la portion congrue, les associations de la ville à la diète permanente. C’est cette même ville qui s’apprête à engloutir soixante millions d’euros pour rénover L’Hôtel du Palais et supprime la piscine olympique promise pendant la campagne électorale de 2014. C’est cette même ville qui, du temps de Borotra, claquait annuellement 200 000 euros en frais de séjour et libations diverses dans le palace biarrot et ne recevait que 170 000 euros de redevance de l’établissement, chaque citoyen biarrot contribuant donc par sa feuille d’impôts à financer les vacances des plus riches. C’est cette même ville où le maire actuel déplore régulièrement les actes d’incivilité mais gare tous les soirs son véhicule sur le trottoir de l’avenue de la République, au mépris du code de la route, se fichant bien du mauvais exemple qu’il donne.

Oui, vraiment, les Biarrots sont braves, bien braves de se laisser malmener ainsi…

Les chaussettes de la daurade

LES CROQUIS DE L’ÉTÉ DE BISQUE, BISQUE, BASQUE ! (1/4)

Lorsque j’ai vu ces deux loustics arriver à sept heures du matin sur le ponton G du port du Brise-lames, avec leurs bermudas dans lesquels on en aurait logé quatre comme eux, leurs claquettes en plastique pas tout à fait idéales pour le bateau et leurs chaussettes blanches remontées à mi mollet, j’ai eu le pressentiment que la journée n’allait pas être banale.

C’est bien ici pour venir niquer le poisson ?

Les trois autres touristes déjà installés à l’arrière du Lorycaa, de placides pêcheurs de truites pyrénéens ravis de découvrir la pêche en mer, se regardent un peu interloqués, mais ne disent rien. Ce n’est pourtant que le début du festival !

Je m’appelle Alain Duclos et je suis moniteur de pêche au Yacht Club de l’Adour à Anglet. À Biarritz, tout le monde me connait sous le nom de Kojak, sans doute parce que, avec ma coupe de cheveux, je suis tout de suite peigné à la sortie de la douche. Comme souvent l’été, je suis accompagné par Jean-Pierre, un charmant garçon dont le seul défaut est d’être un fervent supporter de l’Aviron bayonnais, alors que je ne jure que par le Biarritz Olympique.

Ce qui ne nous empêche pas de nous comprendre au quart de seconde sur le bateau, en particulier quand nous longeons la digue nord de l’Adour et que le jusant rend la passe délicate à franchir. J’espère un instant que le roulis et les méchantes vagues qui arrivent de travers à cet endroit vont faire taire nos deux jeunes banlieusards, mais c’est peine perdue. Ils veulent tout voir, tout savoir, tout comprendre, ce qui me les rend plutôt sympathiques même si je sais que la cohabitation avec les trois autres pêcheurs, d’un modèle plus classique, risque d’être haute en couleurs.

Eh toi, Monsieur, quand tu n’amènes pas des touristes comme nous en mer, qu’est-ce que tu fais ?

Je leur réponds volontiers :

– Soit je pêche avec des copains, sois je dispute des concours.

– Des concours ? Des concours où c’est le premier qui prend le plus de poissons qui gagne ?

– C’est ça.

– Et nous, on pourrait en faire des concours ?

– Pas pour le moment, car il faut être licencié.

– Tu te rends compte, frère, au Pays basque, pour pas que leurs chômeurs s’ennuient, ils leur organisent des concours !

Je fais semblant de ne pas avoir entendu l’aparté entre Joe et Eddy, et ne cherche même pas à leur expliquer ce qu’est une licence dans un club sportif, désireux de leur laisser leurs illusions sur le Pays basque. J’adore quand on pense du bien de mon pays !

Pour les distraire, je les invite dans la cabine et leur montre le fonctionnement du sondeur qui nous permet d’avoir un dessin précis des fonds et de détecter les bancs de poissons. Il y en a bien un pour oser un timide « C’est de la triche ! », mais ils sont fascinés en voyant toutes ces taches de poissons représentées sur l’écran. J’ai beau leur dire que le sar est chipoteur (« C’est bien connu, le sar dîne à l’huile ») et la daurade parfois pimbêche (« La daurade adore vous laisser en rade »), j’entends déjà cliqueter les engrenages de leurs têtes, persuadés qu’ils sont de ramener du poisson à ne savoir qu’en faire.

Je trouve enfin la belle gravière où les pageots et les daurades roses ont l’habitude de venir chercher leur pitance. J’étudie quelques minutes les vents et les courants pour placer idéalement le bateau et jette l’ancre à l’eau. Avec trente-cinq mètres de fond, la pêche ne devrait pas être trop difficile pour nos débutants qui devraient connaître quelques belles sensations.

Sans nous concerter, Jean-Pierre, d’un naturel discret, décide d’occuper le côté tribord avec les trois pêcheurs pyrénéens, tandis que je suis sur bâbord avec mes deux banlieusards parisiens.

Apprendre aux deux impatients la lecture du fond pour que la ligne soit bien tendue et la perception des touches plus facile, montrer comment agiter doucement son appât pour que le poisson remarque le manège sans être effrayé, répondre aux inévitables questions et surtout donner les consignes de sécurité : interdiction formelle de prendre à pleine main un poisson qu’on ne connaît pas, car une piqûre de vive ou un coup de dent d’un baliste, ça ne pardonne pas. J’aime passionnément l’océan et ce métier de moniteur de pêche qui me permet de faire découvrir la mer à des inconnus me donne de profondes joies.

Contrairement à mes pronostics, mes deux élèves sont plutôt attentifs et appliqués. Le geste n’est pas encore très sûr et l’un d’eux rate une touche pour avoir laissé traîner trop de fil dans l’eau. Du côté de Jean-Pierre, les premiers tacauds et serrans, des poissons moins timides que les daurades qui attendent souvent un peu avant de se décider à mordre, arrivent dans le bateau sous les exclamations des deux frères qui aimeraient bien en faire autant. Je ne me fais pas de souci et je sens qu’ils restent confiants.

Une heure s’écoule, lorsque survient la première attaque sérieuse. Peio a eu une touche fulgurante et ferre le poisson au moment qui convient.

« Ouaaaahhh, les coups de tête ! » La canne plie et Peio, un ancien troisième ligne de Mauléon, a fort à faire pour ramener à bord son poisson. Je profite de l’occasion pour faire un peu de pédagogie : « Tiens ta canne droite… Cale-la sur ta hanche… Ne force pas… Remonte le fil régulièrement pour que le poisson ne puisse pas s’échapper… C’est pour ça qu’il donne des coups de tête » Et puis, quand je constate qu’il y a un client sérieux au bout du fil, je lance ce cri qui donne toujours des frissons aux pêcheurs : « Épuisette ! ». Jean-Pierre est à la manœuvre. Avec dextérité il passe le filet sous le poisson habilement maintenu en surface par Peio. Un beau sar de presque deux kilos gigote énergiquement dans le bateau. Peio a du mal à cacher sa satisfaction tandis que ses voisins le félicitent. « Le bol qu’il a celui-là ! » murmure Joe entre ses dents, tandis que son frère cadet Eddy inspecte minutieusement le morceau de gambas installé au bout de son hameçon. « Elle a une sale gueule ma crevette pour que personne n’en veuille ?»

Je suis habitué à gérer cette situation sur un bateau. Quand des pêcheurs attrapent du poisson et d’autres non, il vaut mieux être imaginatif. Pour faire diversion, j’ai en magasin un répertoire inépuisable d’histoires salaces, mais je sens que le moment est mal choisi.

D’autres daurades sont prises, toujours du même côté du bateau. Je déploie à la hâte une canne pour pêcher à mon tour et tenter de ferrer quelques beaux spécimens en laissant à Joe ou Eddy le plaisir de remonter le poisson. Discrètement, je sors mon arme secrète, une boîte de vers de Capbreton et leur montre comment enfiler l’appât sur l’hameçon avec une aiguille à locher. Avec ce dispositif, je suis sûr du résultat… Trop vantard, Kojak ! Rien ! Même moi, je n’arrive pas à avoir une seule touche, tandis que Jean-Pierre et ses boys n’arrêtent pas. Je sens mes deux élèves particulièrement crispés. Quand personne ne pêche, on peut toujours remonter l’ancre et tenter sa chance ailleurs, mais, dans le cas présent ils vont être quatre à hurler si j’annonce qu’on bouge.

Il est presque onze heures et je décide de faire preuve d’autorité. « Il ne nous reste plus que deux heures de pêche. On change de côté. » Courtois, les trois Pyrénéens flanqués de Jean-Pierre viennent prendre notre place, tandis que nous nous installons à la leur.

Nos lignes ne sont pas arrivées au fond que nous entendons crier dans notre dos « Épuisette ! » C’est Philippe qui est en plein combat à l’endroit précis où Eddy a patienté en vain pendant trois heures. Un superbe pagre vient remplir un peu plus le seau à poissons. Joe et Eddy, crispés sur leurs cannes ne disent plus un mot et je capte leur colère sourde. J’ai tenté de changer leurs bas de ligne, de leur montrer comment agiter leurs appâts sur le fond sablonneux, mais rien n’y fait. Et le pire, c’est qu’ils ne pêchent pas mal du tout par rapport à d’autres clients que j’ai pu avoir cette année… La pêche peut être cruelle parfois.

D’urgence, de toute urgence, trouver une idée pour dissiper les nuages noirs qui commencent à s’accumuler sur le bateau ! Je capte bien le regard inquiet de Jean-Pierre et décide que je dois me surpasser.

Grand cri de surprise de ma part, alors que je viens de me pencher sur ma boîte à hameçons.

– Joe, j’avais pas fait gaffe… Je sais pourquoi tu ne prends pas de poissons. Au Pays basque, on ne met jamais de chaussettes dans un bateau, sinon la daurade ne mord pas.

Arrête tes conneries, Kojak, je n’ai vraiment pas envie de rire !

Je reste imperturbable :

Tu as tort de ne pas m’écouter, Joe. Tu pêches bien et je ne comprenais vraiment pas pourquoi tu ne prenais pas de poisson avec ton frère. Tu devrais essayer, même avec une chaussette en moins, je suis sûr que tu verrais tout de suite la différence. Je ne peux pas t’expliquer pourquoi, mais c’est comme le vert pour les comédiens. Tu ne verras jamais un comédien porter cette couleur ou un pêcheur de daurades avec des chaussettes… »

Les deux frères se regardent en silence, l’air interrogateur. Il règne une tension absolue sur le bateau et, en silence, j’invoque le dieu des pêcheurs pour qu’il me vienne en aide. Je ne suis pas un garçon très exigeant, mais j’ai particulièrement besoin de lui aujourd’hui.

Alors que les trois pêcheurs locaux jettent de réguliers coups d’œil sur le côté et peinent à garder leur sérieux, Joe, exaspéré, décide soudain d’ôter ses chaussettes.

« J’en tiens un ! » Tout le monde croit à une blague, mais à la façon dont Joe bataille avec sa canne, il ne fait guère de doute qu’une belle prise est accrochée. Une daurade grise, un Zapatero comme on l’appelle ici, permet à Joe de goûter enfin à la sensation d’un sparidé livrant un beau combat pour sa survie.

Une fois le poisson mis à l’abri, Joe adresse un signe de tête autoritaire à son frère Eddy. Tandis que tout le bateau se retient pour ne pas hurler de rire, Eddy à son tour, l’air aussi honteux qu’une nonne faisant un striptease, ôte ses chaussettes.

J’ai peine à croire à un deuxième miracle possible. Et pourtant !

« J’en ai un moi aussi ! » Eddy se bat à son tour avec une belle bête, tandis que j’ai le sentiment que Jean-Pierre va tomber en syncope à force de se retenir de rire. Quand il va raconter ça aux Bayonnais…

Eddy sort une belle daurade rose, mais plus personne ne prête vraiment attention aux autres, car le poisson est soudainement devenu mordeur et chacun a fort à faire de son côté. Pour aider les deux frères à remplir leur seau, je capture coup sur coup trois beaux sparidés qu’ils pourront montrer triomphalement à leurs amis. Et de leur côté, ils réussissent à en sortir deux chacun.

Tandis que nous rentrons doucement dans l’Adour, je suis heureux en voyant les sourires qu’affichent nos cinq débutants et les échanges passionnés qu’ils ont désormais entre eux, toute timidité abolie… Ils en sont même à faire des selfies ensemble et à partager leurs adresses mail. Quand je vous disais que je fais le plus beau métier du monde !

Pour jouer mon rôle jusqu’au bout, j’ai même glissé à Joe, qui m’a assuré qu’il reviendrait l’an prochain : « Je m’en veux d’avoir mis autant de temps à réagir. Si j’avais vu plus tôt tes chaussettes, je te les aurais fait enlever tout de suite et tu aurais fait un carton. »

Joe et Eddy hochent la tête gravement. Le Pays basque est décidément une région pleine de mystères. Et, parole de Kojak, je ne serais pas plus surpris que cela, la saison prochaine, d’amener dans mon bateau un débutant venant de Pantin ou Sarcelles, un copain de copains de Joe ou Eddy, qui m’expliquera doctement qu’il est indispensable d’être pieds nus si on veut pêcher des daurades.

Une histoire certifiée authentique

Quelques détails ont été modifiés pour que les intéressés ne soient pas trop reconnaissables, mais cette histoire est véridique et a beaucoup fait rire les membres du Yacht Club qui connaissent la créativité de l’ami Kojak. Si vous souhaitez vivre une belle expérience de découverte de l’océan, le Yacht Club de l’Adour, qui possède deux bateaux au Port du Brise-lames à Anglet, peut vous emmener pêcher en mer tous les matins (départ 7 h 30 retour 13 h 30) pour la modique somme de 60 euros.

Pour tous renseignements : Yacht Club de l’Adour 05 59 63 60 31 et 06 14 74 60 20.

Géronimo déjà au taquet pour le derby

Exclusif : Les Bayonnais ont dû payer une très forte rançon pour obtenir la libération de Robert Rabagny…

Pour l’ouverture des fêtes de Bayonne et la foulée du festayre, Géronimo a tenu à être présent.

L’affaire remonte à quelques mois, mais par discrétion Bisque, Bisque, Basque ! a préféré ne pas la raconter tout de suite tant les négociations se sont avérées délicates. Début juin, un groupe de supporters de l’Aviron Bayonnais se retrouve chez Ramina, à l’heure entre chien et pottok, où les verres se remplissent par magie et font la course avec les idées. « Quel dommage tout de même que Géronimo ne soit plus là pour animer en octobre le prochain derby avec Pottoka ! » Et c’est alors qu’un polyglotte, spécialiste de l’import-export et habitué à avoir toujours son passeport sur lui pour pouvoir aller et venir entre Biarritz et Bayonne, décide de faire le faraud : « Je connais ses ravisseurs. Je peux peut-être tenter d’intervenir ».

Deux jours plus tard l’homme revient, aussi solennel qu’un ambassadeur français rentrant de Tchéchénie : « Ils sont prêts à le libérer pour bonne conduite, mais ils demandent une rançon considérable » Les convives s’approchent mais ne peuvent retenir un « Oh ! » de surprise en entendant les exigences biarrotes : « Le poids de Serge Blanco en jambons de Bayonne en échange de Géronimo »

C’est pour cette raison que vous avez sans doute aperçu ces jours derniers dans les rues du petit-Bayonne des quêteurs en maillot bleu en blanc avec cette pancarte « Un euro pour Géronimo ».

Pour une noble cause comme le rugby, le Bayonnais sait être généreux, mais l’entreprise s’avéra impossible. On voit plus souvent dans sa vie une passe croisée d’Iguiniz au stade Jean Dauger que la somme nécessaire pour acheter en authentiques jambons de Bayonne l’équivalent du poids de Blanco.

L’émissaire secret qui faisait les allées et venues entre Bayonne et Biarritz dut aller confesser son échec. Dans un geste de surprenante mansuétude, les ravisseurs, sans doute lassés par le babil matin, midi et soir de l’animateur biarrot, acceptèrent que la rançon se limite au poids de Nicolas Brusque, ce qui était déjà nettement plus réalisable.

L’échange jambons contre mascotte eut lieu dans la nuit du 14 au 15 juillet dans la ville neutre d’Anglet, non loin du restaurant Le rayon vert.

Restait un problème de taille à surmonter : malmené par de longs mois de détention où on lui passait en boucle le Vino griego en l’accusant de trahison, Robert Rabagny ne se rappelait plus qui était Géronimo et affirmait être le père de Koxka.

Le psychiatre Puleoto en renfort

Heureusement, existe à Biarritz un psychiatre remarquable qui, par discrétion, se prétend restaurateur. Robert s’est donc allongé sur le divan d’une des petites salles annexes du Txik Txak et Soso Puleoto, le propriétaire de l’établissement, pour lui remettre les idées en place, procéda comme Obélix avec le barde Assurancetourix.

Miracle, au bout de trois coups sur la tête, Rabagny se souvenait de tout, de ses courses au milieu de la pelouse, des boucliers de Brennus brandis devant la foule, du camion de Géronimo qui annonçait la fête à venir.

Malgré tout l’indien restait envahi par quelques scrupules, heureusement vite dissipés par le très psychologue Puleoto.

Soso, le BO a une autre mascotte. Est-ce utile que je redevienne Géronimo ?

– On est en république Robert et chacun a le droit de faire ce qu’il veut. Si tu es heureux en indien, continue !

– Soso, je suis tout de même inquiet. À la mairie, comment vont-ils le prendre ?

– Mais, Robert, ils t’ont déjà viré honteusement. Que veux-tu qu’ils te fassent de plus ?

– Et le BO, tu crois qu’il va apprécier le retour de l’indien ?

– Ils se sont débarrassés de toi, Robert, donc, tu ne crains rien…

Jérôme Thion, qui prépare un Iron man, a participé à la course.

Totalement ragaillardi, Robert a retrouvé sa coiffe d’indien et est bien décidé à ne plus lui laisser prendre la poussière, comme il l’a confié à Sud Ouest (25/7).

Un homme qui est capable de vous annoncer qu’il a repeint dans la nuit le pont Grenet en rouge et blanc, qui crie aux participants de la foulée du festayre « Bienvenue à Biarritz ! »  et qui trouve le moyen de se faire applaudir par les Bayonnais, n’est pas un homme ordinaire. Robert a annoncé que cinq jours avant le derby d’octobre qui se déroulera à Bayonne, il sortira le camion et ira mettre le feu à toute la Côte Basque. C’est avec impatience que l’on attend que la fête commence… ou plutôt recommence avec cette irremplaçable figure du rugby local !

Et n’oubliez pas qu’une très bonne biographie de Robert Rabagny, alias « Monsieur Biarritz Bonheur » est toujours en vente ! Par modestie, je ne dirai rien de l’auteur mais il ne fait pas de doute qu’il a eu de la « plume » pour parler de l’indien…

Qui craint le grand méchant Caslou ? C’est p’têt’ vous, c’est pas nous !

L’ancien patron de La Semaine a traîné Bisque, Bisque, Basque ! devant le TGI de Paris pour « cyber harcèlement ». Verdict ? Débouté et condamné à verser 3 000 euros.

Une fois de plus, le pauvre pêcheur Hubert de Caslou a raté sa proie, et est rentré bredouille.

Cet homme, décidément, ne doute de rien. Ancien officier de marine à la retraite, il s’est convaincu qu’il suffisait d’avoir épousé une descendante d’une grande famille de la presse pour être capable de diriger un journal : on se souvient du désastre qui s’ensuivit avec La Semaine du Pays Basque. Le même Caslou a tenté cette année de faire mordre la poussière à Bisque, Bisque, Basque ! en réclamant 13 000 euros de frais de procédure et dommages et intérêts à ce blog gratuit, m’entraînant devant le Tribunal de Grande Instance de Paris, histoire d’alourdir l’addition.

Quand un patron de presse attaque un journaliste, on s’attend à ce que les lois sur la presse servent d’arbitre. Mais Hubert de Caslou est capable de… créativité juridique. Lorsqu’il adresse une assignation à Bisque, Bisque, Basque ! en février 2017, il a délibérément laissé passer de trois jours le délai légal pour intenter une action en diffamation (il sait très bien que l’enquête menée a été sérieuse et que j’ai encore des cartouches en réserve) et justifie son action par un décret datant du 4 août 2014 instituant l’article 222-32-2-2 du code pénal destiné à réprimer les cyberharceleurs.

Une plainte en diffamation pour un journaliste, c’est un peu comme une sortie de route pour un pilote professionnel, ça arrive même si ce n’est pas souhaitable. Et quand on s’efforce d’offrir une information libre de toute complaisance et susceptible de faire sourire les lecteurs, le risque est bien évidemment décuplé. Mais je tombe des nues devant cette plainte infamante, qui me fait un peu le même effet que si on me brandissait la convention collective des bouchers-charcutiers, profession honorable s’il en est, pour me reprocher mes écrits de journaliste.

La démonstration implacable de Saint-Cricq

En route donc pour le Palais de Justice de Paris, le 6 juin dernier, face au « serial procédurier » Hubert Lamour de Caslou qui aura passé un temps non-négligeable devant les tribunaux cette année.

L’argumentaire de son conseil, Maître Darrière est simple :  Bisque, Bisque, Basque !  est, selon lui, un blog personnel et ne peut être considéré comme un support de presse. Hubert de Caslou ne comprend pas l’acharnement que je manifeste à son égard. 18 articles lui ont été consacrés entre février et octobre 2016, et le fait que son nom soit inscrit dans les « tags » en bas de l’article et qu’il reçoive un SMS lorsqu’un article parle de lui est bien une preuve de cyber harcèlement. Pour tenter de faire correspondre son action au cadre légal, il exhibe de surcroît un certificat médical daté du 17 novembre 2016 évoquant des « symptômes physiques et psychiques préoccupants ».

Bluffé par sa précision, son sens du détail, et sa combativité sans faille lors des conseils municipaux biarrots, j’ai eu l’excellente idée de faire appel à Maître Saint-Cricq qui va se faire un plaisir de mettre à mal la défense adverse.

Si 18 articles ont été écrits sur La Semaine du Pays basque en six mois, c’est parce que cet hebdomadaire faisait l’actualité. Ce n’est pas la faute de Bisque, Bisque, Basque ! si des salariés ont décidé d’entraîner aux Prud’hommes leur patron, si une descente de l’inspection du travail a eu lieu, si un partisan des « exécutions sommaires et des camps de travail forcé » a été recruté ou s’il a fallu procéder à une liquidation judiciaire de l’entreprise. Chaque article avait une justification journalistique, la meilleure preuve étant que Bisque, Bisque, Basque ! a cessé de s’intéresser à Hubert de Caslou en octobre 2016, à partir du moment où il avait disparu du paysage médiatique basque.

Ensuite Hubert de Caslou n’a été victime d’aucun harcèlement, puisque, par ordre d’apparition, il n’arrive qu’en quinzième position dans ce blog, bien après Michel Veunac, Max Brisson, Didier Borotra ou même Géronimo, l’ex mascotte du BO !

« Taguer » le nom d’une personne que l’on cite est une pratique absolument courante dans tous les supports de presse numériques et il n’y avait pas d’intention maligne dans ce fait, pas plus que dans celui d’envoyer des SMS aux personnes concernées par un article, histoire de leur permettre d’exercer un éventuel droit de réponse.

Caslou seul responsable de sa réputation numérique

Quant à la réputation numérique de l’intéressé, ce blog, simple témoin des acrobaties financières du personnage, n’y est pas pour grand-chose puisqu’il suffit de taper Hubert de Caslou sur un moteur de recherche pour apprendre qu’une de ses sociétés, Discom, vient d’être mise en redressement judiciaire ou pour trouver immédiatement des traces de ses brillants résultats financiers dans toutes les sociétés qu’il dirige.

http://dirigeants.bfmtv.com/Hubert-LAMOUR-DE-CASLOU-4718376/

Enfin le certificat médical prête à sourire. La généraliste consultée reconnaît qu’elle voit le sémillant ex-officier de marine pour la première fois. Quand on a cinq de ses sept salariés qui intentent une action en Justice contre vous, une liquidation judiciaire à assumer, un actionnaire principal Gérard Lignac qui n’est pas content de vous et qui affirme à Bisque, Bisque, Basque ! : « Caslou n’aura plus un sou ! », il est assez naturel d’être tendu. Et pour montrer l’état de santé très préoccupant du plaignant, maître Saint-Cricq a déniché sur Internet une photo où on le voit tout sourire, trois jours après ce certificat très alarmiste, remettre le prix Air & Cosmos à un bel aréopage.

Les lois de la presse s’appliquent à un blog de presse

Reste le cœur de la procédure et cette nouvelle tendance à contourner les lois sur la presse. François Fillon, par exemple, s’est bien gardé de porter plainte pour diffamation contre Le Canard enchaîné. Il a utilisé l’article L97 du code électoral qui interdit la propagation de « fausses nouvelles, bruits calomnieux ou autres manœuvres frauduleuses ». Bisque, Bisque, Basque !  n’est pas un blog personnel, comme voudrait le faire croire maître Darrière, un de ces blogs où on se prend en selfies avec les copains devant son verre de rosé, mais un blog d’information qui parle de l’actualité locale et nationale, rédigé par un journaliste professionnel. Pour maître Saint-Cricq, cette affaire ne peut donc être jugée qu’au regard des dispositions des lois sur la presse de juillet 1881. Donner satisfaction à Hubert de CASLOU reviendrait à prononcer l’oraison funèbre de la Loi sur la Presse et de la Liberté d’expression dans notre beau pays ! Le texte sur le harcèlement ne permet pas de tels errements.

La Présidente de la 5ème chambre du T.G.I. de Paris va parfaitement suivre ce raisonnement du juriste biarrot et débouter Hubert de Caslou de l’ensemble de ses demandes, le condamnant, le 19 juillet 2017, à me verser 3 000 euros au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Ils sont donc deux, jusqu’à maintenant, à ne pas encore avoir compris que Bisque, Bisque, Basque ! est un blog d’informations et doit être traité comme tel. Michel Veunac, le maire de Biarritz, qui continue à refuser de répondre à mes questions et s’étonne de mes réactions virulentes et ce malheureux Hubert de Caslou, qui en tant qu’ancien patron de La Semaine et actuel d’Air & Cosmos aurait mieux dû connaître le cadre juridique régissant nos métiers. Puisqu’il a souhaité revenir dans l’actualité du Pays Basque, nous nous ferons donc un plaisir de raconter ses prochaines audiences aux Prud’hommes face à ses anciens salariés. Mais après cette farce pas très catholique concoctée par l’homme à particule, comment ne pas penser à cette chanson de Churchill et Ranell  si populaire entre les deux guerres? (https://www.youtube.com/watch?v=ag4O7gQGf_A)

« Qui craint le grand méchant loup ?

C’est p’têt’ vous, c’est pas nous

Voyez d’ailleurs comme on tient le coup

Tralala la la »