L’étonnante organisation de la mêlée bok

Mêlée Afrique du Sud retouchée 2

Seules les vues aériennes (ici à la 36e minute) permettent de décrypter le positionnement très original des Springboks en mêlée. (Capture d’écran TF1)

Nul doute que la première ligne galloise, régulièrement enfoncée par les Sud Africains à chaque mêlée, n’est pas prête d’oublier son quart de finale de Coupe du Monde à Twickenham. Surtout que, c’est une mêlée, qui a permis à l’Afrique du Sud d’inscrire l’essai victorieux à la 72e minute. Si les entraîneurs adverses ont probablement scruté à la loupe le placement pour le moins atypique de la mêlée sud-africaine (sans pouvoir le contrer pour le moment), quel dommage que les commentateurs ou les consultants ne cherchent pas à faire partager leur passion ovale au grand public, à l’occasion de cette Coupe du monde, en expliquant à quel point les « trouvailles » et la créativité jalonnent l’histoire de ce sport.

En mêlée, contrairement à ce que croient les profanes, il ne suffit pas d’empiler les kilos pour être efficace, mais organiser la force collective du huit de devant avec une stratégie bien précise. C’est ce que les Argentins avaient « découvert » dans les années soixante-dix avec leur fameuse « Bajadita », où les piliers inversaient leurs appuis pour concentrer leur force sur le talonneur adverse.

Dans cette « bajadita » revisitée, version sud-af’, tandis que Jones et Charteris, les deuxièmes lignes gallois, positionnent leurs corps en parallèle, laissant un espace conséquent  pour que leur troisième ligne centre Faletau, cale l’édifice avec les épaules (comme on peut le voir sur le cliché), les Sud-Africains Etzebeth et De Jager, comme leurs adversaires, laissent l’espace habituel au niveau des épaules, mais se resserrent au niveau des hanches, ne laissant que la place du cou au numéro 8 Vermeulen pour verrouiller l’ensemble. Avec cette position en forme de flèche inversée, et en poussant les piliers adverses sur l’extérieur, il est évident que le pack adverse a toutes les chances d’imploser au niveau de son talonneur et que l’on se protège, par cette organisation, du risque de se faire siffler par les arbitres.

Anciens premières lignes et autres amateurs de rugby, ne ratez surtout pas la demi-finale opposant l’Afrique du Sud à la Nouvelle-Zélande et regardez comment les Blacks, les joueurs les plus créatifs du monde,  vont arriver – ou pas!- à contrer la machine de guerre sud-africaine.

Une défaite imParrable

France Afsud 02

Sale soirée pour Parra : il donne un essai à l’adversaire, rate une pénalité facile et se fait amocher.

Il est certain que Morgan Parra y regardera désormais à deux fois avant d’enfermer par mégarde un chat noir dans son sac de sport, comme il l’a fait samedi au moment de se présenter sur la pelouse du Stade de France, face à l’Afrique du Sud. Émoustillés par le miracle réalisé par les pousse-cailloux, quatre jours auparavant, sur ce même stade face à l’Ukraine, les amateurs de rugby veulent à leur tour croire au miracle possible et sont prêts à danser une samba brésilienne. Mais le demi de mêlée tricolore, à qui l’on pardonnera beaucoup compte-tenu de ses états de service tricolores, se charge dès la première minute de jeu de doucher l’enthousiasme ambiant en se faisant contrer dans ses 22 mètres et en faisant cadeau d’un essai au véloce Pietersen.

Poursuivi par la vindicte du chat noir, le buteur maison glisse ensuite au moment de transformer une pénalité immanquable, avant de tenter de se racheter, en mobilisant ses troupes et en payant de sa personne.

Et l’on assiste à ce spectacle surprenant de Chouly jouant à chat avec la défense springbok, avant d’adresser une passe aux moineaux, pendant que Morgan Parra, soixante-dix kilos tout mouillé, s’efforce de charger ballon sous le bras et de traverser le surpuissant pack adverse!. Résultat, pour le petit Fouroux messin qui s’est pris pour Papé, une belle entaille à la joue, une contusion sévère à un genou et un remplacement par Doussain à la 67e minute, qui profitera de la situation pour amener de la vitesse et de l’autorité à une équipe un peu malmenée.

L’Afrique du rude dans son registre habituel

L’Afrique du rude, pour sa part, se contente de jouer petit périmètre, en multipliant les percussions, tandis que les avants profitent de leurs bras herculéens à chaque occasion de placage pour faire une douce écharpe autour des cervicales des joueurs tricolores et balancer quelques poires dans les regroupements.

Le diaphane mister Barnes, intronisé arbitre de la rencontre, multiplie les indécisions et semble bien dépassé. Il aura à cinq reprises recours à l’arbitrage vidéo, avec son compère l’Écossais Iain Ramage, qui passe et repasse les actions avant de valider un essai français de Huget à la fin de la première mi-temps et d’invalider, fort complaisamment pour la France, deux essais boks qui auraient pu sérieusement alourdir l’addition. Le match, au final, va durer deux heures, ce qui est beaucoup trop pour un aussi médiocre brouet.

7 à 13 à la mi-temps, mais pas grand monde dans les tribunes pour parier une antilope sur une victoire française. Du courage, de l’abnégation, des fulgurances de Dulin ou de Fofana, mais, derrière ces fondamentaux, une absence totale de ligne directrice offensive. On a connu l’équipe de France de Villepreux et Maso, décidée à attaquer dès le couloir menant au stade, on n’a pas oublié le pack des monstres avec Cholley, Palmié et Imbernon, qui fracassaient tout sur leur passage, mais qui est capable de dire actuellement quel est le style de jeu de cette équipe, alors que n’importe quel joueur de première année pourra expliquer très facilement les caractéristiques de la Nouvelle-Zélande ou de l’Afrique du Sud?

Être brave et vaillant ne suffit pas

C’est avec soulagement que tout le monde se lève au coup de sifflet final (10-19), n’ayant plus qu’une envie : tirer le rideau et ne surtout pas écouter les explications du « brave » Philippe Saint-André, yeux bleus et mine de chien battu, trouvant, malgré les huit défaites de la saison, des raisons d’espérer, ou du « vaillant » Benjamin Kayser qui se figure que le XV de France, lors de cette tournée, était très proche des deux meilleures nations de la planète rugby.

Sans vouloir être cruel et rajouter au défaitisme ambiant, il y a peu d’enseignements à tirer de cette tournée d’automne. Les Blacks comme les Boks n’ont pas été accrochés par les Français, comme le staff tricolore se plait à le croire. Ils ont déroulé tranquillement leur jeu, sans trop se forcer, en pensant aux vacances prochaines, et en sachant parfaitement qu’il leur suffisait d’accélérer un minimum pour l’emporter, à l’image de ces France-Roumanie des années soixante où la France, même en ayant fait la fête, même sur une jambe, finissait presque toujours par faire la différence.

L’enthousiasme, l’ardeur au combat et le hourra-rugby ne suffisent plus désormais pour se maintenir au plus haut niveau et la question de la compétence du staff qui dirige cette équipe mérite d’être posée. Si la France continue à évoluer sans le moindre plan de jeu, c’est probablement une nouvelle désillusion qui nous attend lors du prochain Tournoi… Même si Parra chasse les chats noirs de son sac de sport!